07 Août 2007

bruxelles_21juin.jpgLors du sommet de Bruxelles des 21 et 22 juin 2007, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’Union européenne ont décidé de confier à une conférence intergouvernementale le mandat de rédiger un « traité modificatif » chargé d’introduire dans les traités existants un certain nombre de modifications.

D’emblée, ceux qui nous dirigent ont tenu à préciser le libellé d’un considérant nouveau qui sera introduit dans le préambule du traité sur l’Union européenne. Il est formulé comme suit : « S’inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe, à partir desquels se sont développés les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie et l’Etat de droit ; ».

Le Vatican a donc obtenu satisfaction. Relayé par l’Allemagne, l’Irlande, Malte et la Pologne, il a obtenu qu’il soit fait référence à « l’héritage religieux » dans une disposition de droit européen décrivant les valeurs qui sous-tendent le processus d’intégration européenne. C’est le triomphe de Merkel et des chrétiens-démocrates, ceux-là mêmes qui sont à la pointe de l’orientation néolibérale de la construction européenne.

Or, en quoi consiste cet « héritage religieux » comme source de valeurs universelles ? L’irruption de l’institution ecclésiale comme pouvoir temporel, le césaro-papisme, les instruments de domination dont s’est dotée l’église catholique (confession, croisades, inquisition, index, délit de blasphème), l’intolérance et le fanatisme religieux à l’origine de multiples guerres et d’immenses souffrances peuvent-ils être considérés comme sources de valeurs ? Le sac de Béziers (« Brûlez les tous, Dieu reconnaîtra les siens »), le massacre de la Saint-Barthélemy, les horreurs sans nom de la guerre de Trente Ans, la peine de mort pour celles et ceux qui ne s’inclinaient pas devant les attributs d’une religion, le Gott Mit Uns de la Wehrmacht, la germanophilie du Vatican et son silence à propos du génocide des Juifs, les popes orthodoxes bénissant les canons serbes et les massacreurs de Srébrénica sont-ils sources de valeurs ? La domination au quotidien des consciences et des comportements par les « ministres du culte » doivent-ils guider les générations futures ?

Cette référence aux valeurs religieuses signifie-t-elle, pour les femmes, que l’Europe offre le cadre juridique d’une intolérable ingérence des religions qui nient leur autonomie et la libre disposition de leur corps ?

Les écritures dites sacrées veulent répondre aux grandes questions des hommes. Mais nombreux sont les croyants qui pensent que l’absolu de leur Dieu autorise le mépris voire l’élimination de ceux qui n’adhèrent pas à ces écritures. L’obscurantisme religieux est un danger qu’il faut combattre tout le temps, car il s’appuie sur une inclination permanente de bien des humains à la servitude volontaire. L’intolérance religieuse est une constante qui s’est aggravée avec l’apparition des religions monothéistes. Tout au long de l’histoire de l’humanité, la religion s’avère avoir été la principale source de violences. Selon l’UNESCO, les violences religieuses sont à l’origine de la mort de plus de 200 millions de personnes. Quatre-vingt conflits latents ou ouverts ont aujourd’hui un fondement religieux. Plus que jamais s’avère juste le constat de Thomas Paine : « Croire en un Dieu cruel rend l’homme cruel »

A la volonté des Eglises d’imposer leurs dogmes aux législateurs, volonté persistante dans le monde et en particulier en Europe, il faut imposer la laïcité, c’est-à-dire, non seulement la liberté de croire ou de ne pas croire à n’importe quelle révélation, mais aussi et surtout l’absolue neutralité des lieux, espaces et institutions publiques. La laïcité offre le cadre du respect mutuel, de la tolérance et de la paix civile. Elle reconnaît la liberté des consciences et accorde une valeur égale aux choix de chacune et de chacun. Elle fait barrage à toute ingérence d’un courant de pensée dans la vie collective. Il faut exiger que toute référence à un héritage religieux quelconque soit bannie de tout texte européen.

JdM, 7 août 2007.

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