28 Août 2007

 Monsieur le Rédacteur en Chef,

Le Figaro a publié, dans son édition datée du 21 août, un article intitulé « Le Far East de Phnom Penh » sous la signature de François Hauter. Voilà un bel exemple d’arrogance française et européenne et de très mauvais journalisme.

Je ne conteste pas qu’il y ait de la corruption au Cambodge. Mais pourrait-on soutenir que ce soit moins le cas, depuis 30 ans en France, sous des formes certes plus sophistiquées ?

Je ne conteste pas que le gouvernement cambodgien ait vendu des biens publics. Mais n’est-ce pas ce qu’ont fait et ce que font tous les gouvernements français depuis 1986 ? N’est-ce pas ce que le FMI, la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce  ont exigé du Cambodge ?

Je ne conteste pas qu’il y ait des casinos et des bordels au Cambodge. Mais l’exemple cité de la localité frontalière de Poipet est-il sensiblement différent de ce qu’on trouve près du poste frontière franco-espagnol du Perthus, à La Jonquère ?

Quant au rappel historique que contient l’article incriminé, on doit déplorer son caractère sommaire et caricatural.

Pas un mot sur la guerre américaine de 1970-1975 qui a vu le pays totalement détruit et 800.000 à un million de Cambodgiens tués. Pas un mot sur les massacres perpétrés par les , sur la disparition de la quasi totalité des élites et sur la déstructuration profonde d’une société cambodgienne marquée par une formidable et profonde perte de sens.

Pas un mot sur les agressions perpétrées par ces mêmes Khmers rouges  dès leur arrivée au pouvoir, contre le , agressions qui sont à l’origine d’une rupture des relations diplomatiques suivie d’une riposte graduée culminant fin 1978 par une intervention en vue de renverser un régime systématiquement hostile, avec l’appui d’insurgés cambodgiens.

Pas un mot sur cette « obscénité internationale » (Pascal Bruckner) qui a consisté à refuser de reconnaître que l’intervention vietnamienne a libéré le peuple cambodgien d’une des pires dictatures du 20e siècle, à imposer un des plus drastiques embargos à un peuple martyrisé, à imposer la présence à l’ d’un ambassadeur Khmer rouge pour représenter le Cambodge (1979-1989), à réarmer les soldats de Pol Pot, à refuser tout procès des dirigeants Khmers rouges pendant cette même décennie et toute référence à leurs crimes dans l’accord de paix de 1991.

Pas un mot sur la pacification du pays et la disparition de la guérilla Khmer rouge que l’ONU avait échoué à réaliser et qui est à mettre au crédit du premier ministre .

Alors, oui, 15 ans après l’opération ONU,  il y a encore beaucoup d’étapes à franchir au Cambodge avant que ce pays connaisse une basée sur un , ce qu’il n’a jamais connu dans son histoire. Mais combien de siècles a-t-il fallu à la France pour connaître un niveau de qui est loin d’être exemplaire si on le compare avec celui d’autres pays d’Europe ?

Les autorités françaises font beaucoup pour aider le Cambodge d’aujourd’hui à avancer à son rythme dans un processus d’évolution qui ne peut être que lent vers une authentique démocratie. Un article comme celui que vous venez de publier ne peut que dissuader ces autorités à poursuivre leurs efforts. Serait-ce l’objectif poursuivi ?

Raoul Marc JENNAR

Docteur en études khmères

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