25 Avr 2008

 Souvent, dans la presse occidentale, il s’écrit que le est une dictature, que la corruption y sévit, que le système judiciaire est aux ordres des puissants, que la liberté de la presse n’existe pas. On peut lire de telles assertions dans la presse et l’édition au même.

La présente note se propose de dresser un état des lieux aussi honnête que possible.

Il me semble important, en guise de préalable, de rappeler certains faits historiques presque toujours passés sous silence par les contempteurs du Cambodge.

Suite au coup d’État soutenu par les USA le 18 mars 1970, le Cambodge, qui s’efforçait jusque-là de maintenir une neutralité précaire, a été plongé dans une guerre civile, régionale et idéologique de grande ampleur. Le pays est devenu pour vingt ans le champ de bataille de plusieurs conflits: d’abord entre partisans d’une république alignée sur les USA et partisans de Norodom Sihanouk, le Chef de l’État renversé, et ensuite, entre ses grands voisins immédiats le Vietnam et la Thaïlande, entre communistes de Pékin et communistes de Moscou, entre l’Est et l’Ouest. La guerre qui a duré cinq ans a causé la mort de 800.000 personnes au moins. Toutes les infrastructures du pays ont été détruites. Le régime qui s’est mis en place le 17 avril 1975 est entré dans l’histoire sous le nom officiel de Kampuchéa démocratique, mais il est mieux connu sous le nom de régime des . L’idéologie de ce régime, marquée par un collectivisme porté à un niveau jamais atteint dans l’histoire de l’humanité, par un nationalisme irrédentiste, par du racisme, a été mise en œuvre dans le plus total mépris de la dignité humaine en ayant recours à la délation, à l’asservissement, à la déportation, à l’épuisement et à l’élimination physique comme méthodes de gouvernement. Lorsque ce régime, après avoir mené pendant près de quatre ans des actes d’agression répétés contre son voisin vietnamien a été renversé, environ 1,7 millions de personnes étaient mortes, des millions souffraient de traumatismes profonds, d’épuisement et de maladies diverses. Des professions entières avaient disparus, surtout celles exigeant des études et en particulier des études universitaires. L’encadrement social était anéanti. Une formidable perte de sens frappait une société de survivants. Il n’est pas faux d’affirmer que le Cambodge était, en 1979, ramené à l’âge de la pierre.

Pendant les dix années qui ont suivi, le peuple cambodgien a été puni d’avoir été délivré de la barbarie par un Vietnam considéré alors comme un instrument de l’expansionnisme soviétique. A l’ONU, une coalition s’est formée pour considérer que l’ambassadeur Khmer rouge était le seul représentant légitime du peuple cambodgien. Un embargo a interdit toute aide à la reconstruction et au développement du pays. Les pays membres de cette coalition ont été jusqu’à reconstituer l’armée de Pol Pot afin qu’elle lutte contre le corps expéditionnaire vietnamien présent au Cambodge. C’est ce que le conseiller à la sécurité nationale des USA a appelé une « guerre par procuration ». C’est ce que le philosophe français Pascal Bruckner a appelé  « une obscénité internationale ». Cette situation a duré dix ans. Dix longues années pendant lesquelles les habitants du Cambodge, rescapés des horreurs de la guerre et de la barbarie polpotiste, n’ont pu compter que sur l’aide du Vietnam, de l’Union soviétique et ses pays satellites et d’une vingtaine d’ONG occidentales.

Jamais, pas une seule fois pendant dix ans, il ne fut proposé en échange du départ des troupes vietnamiennes de garantir le non retour des Khmers rouges au pouvoir.

Il faut attendre la conclusion des accords de Paris en octobre 1991 et une opération de l’ONU pour que la situation change radicalement. Si l’ONU réussit l’organisation d’élections, l’introduction du pluralisme politique, le rapatriement des réfugiés, elle échoue totalement à régler le problème posé par la persistance d’une force armée des Khmers rouges qui contrôle davantage de territoires après le départ de l’ONU qu’avant son arrivée. Il reviendra aux autorités cambodgiennes, sous la direction du Premier Ministre , de pacifier le pays. Ce sera chose faite fin 1998, tout juste vingt ans après le début de l’intervention libératrice des forces vietnamiennes.

Avant de porter tout jugement de valeur sur la situation actuelle du Cambodge, il est important de garder à l’esprit d’où il vient, dans quel état ses forces vives se trouvaient il y a trente ans, dans quelles conditions les populations cambodgiennes ont survécu depuis lors et depuis quand la paix et la stabilité politique – des conditions incontournables pour le développement économique – existent réellement.

LA DEMOCRATIE

Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que la ne se décrète pas et qu’il ne suffit pas d’organiser des élections pour avoir une société démocratique. La résulte d’un processus long d’appropriation de leur destin par des citoyens qui en confient provisoirement la conduite à des dirigeants tenus de rendre régulièrement des comptes.

Ce processus n’a guère d’enracinement dans la société cambodgienne. Avant la colonisation, il s’agissait d’une monarchie absolue que le protectorat français n’a pas remise en cause. Après l’indépendance, le régime est rapidement devenu un régime a parti unique. Il n’est pas davantage inutile de souligner que le bouddhisme théravadique pratiqué au Cambodge encourage l’acceptation d’une société organisée autour d’un dirigeant lui-même considéré comme le centre d’une cosmogonie.

En dépit de cette absence de tradition et de culture démocratiques, des scrutins reconnus par tous les observateurs internationaux comme libres et honnêtes – avec des faiblesses décroissantes d’un scrutin à l’autre – ont permis d’élire une Assemblée nationale en 1993, 1998 et 2003. On peut même affirmer que les élections législatives de 2003 ont été les plus libres et les plus équitables jamais organisées en cinquante ans d’indépendance. Et, sans nul doute, le scrutin le plus démocratique jamais organisé en Asie du Sud-Est.

La violence politique a décru de manière considérable. Elle est aujourd’hui sans commune mesure avec ce qu’on observe régulièrement dans plusieurs pays réputés démocratiques d’Asie du Sud-Est. Les progrès accomplis au Cambodge, si on compare avec ce qui ce passe dans ces pays, permettent d’affirmer que le Cambodge a réalisé en quinze ans ce que d’autres n’ont pas encore atteint alors qu’ils n’ont pas connu de tragédies comparables et qu’ils disposent d’élites depuis des décennies.

La législation électorale a été améliorée à plusieurs reprises et encore récemment ; le contrôle du processus électoral est devenu plus neutre grâce à l’introduction de représentants de l’opposition au sein de la Commission Nationale Électorale.

Fait totalement nouveau dans l’histoire du pays, des élections municipales ont instauré une démocratie pluraliste au plan local. Le premier scrutin a eu lieu en 2002, le deuxième en 2007. Ce dernier n’a donné lieu à aucune contestation de la part des formations politiques d’opposition.

Certes, des progrès peuvent encore être accomplis pour améliorer la qualité des scrutins et surtout la qualité du débat démocratique dont la pratique se heurte en tout premier lieu à des traditions culturelles qui incitent peu à la contestation de ceux qui représentent l’autorité. Ainsi, en période électorale, mais également en dehors des scrutins (par exemple pendant certaines sessions de l’Assemblée nationale) les divers courants politiques du pays devraient disposer d’un accès équilibré aux médias électroniques (radios et télévisions). Les dirigeants du pays devraient accepter la discussion publique contradictoire. Ce n’est pas encore le cas.

Il y a une majorité gouvernementale et il y a une opposition politique présente et active au Parlement et sur le terrain. Certes, il existe ce que les politologues appellent un « parti dominant », le Parti du Peuple Cambodgien (PPC). Mais la persistance avec laquelle, scrutin après scrutin, ce parti est confirmé dans la confiance que lui accorde une grande majorité de la population n’est pas un phénomène contestable.

Même s’il recourt à des pratiques pour inciter les électeurs à le soutenir qu’on retrouve également dans les démocraties occidentales et que la morale politique réprouve, l’incidence de ces pratiques est marginale dans l’explication de son succès qui tient à trois facteurs d’une importance majeure pour les Cambodgiens qui ont vécu la tragédie et qui n’ont jamais quitté le pays :

  • ses dirigeants incarnent la résistance contre tout retour des Khmers rouges au pouvoir de 1979 à 1993 ;
  • ils ont mis fin à l’emprise des Khmers rouges sur des zones entières du pays qu’ils contrôlaient parfois depuis 1970 et ils ont pacifié le pays ;
  • ils ont réussi un démarrage économique qui même s’il est anarchique, même s’il ne provoque pas une redistribution équitable de la richesse produite, se traduit néanmoins par l’émergence d’une classe moyenne et des performances dignes d’être soulignées :

– un taux de croissance à deux chiffres en 2005 et 2006 ;

– une augmentation des investissements étrangers directs passant de 131 milliards de   US$ en 2004 à 483 US$ en 2006, signe de la confiance des investisseurs étrangers ;

– le revenu moyen par habitant est passé de 247 US$ en 1994 à 593 US$ en 2007 ;

– la pauvreté s’est réduite de 1% par an au cours des dix dernières années (de 45% à 35%) ;

– le taux de scolarisation est passé de 68 à 77% pendant la même période.

Il est bon de rappeler aussi, pour expliquer les difficultés de l’opposition à s’implanter largement, que ses principaux responsables, émigrés en Occident, ont été associés, pendant les années 80 à la coalition qui combattait la présence vietnamienne et le régime alors en place au Cambodge, coalition dont l’élément central et décisif était constitué par la force armée des Khmers rouges.

Si des progrès peuvent et doivent encore être réalisés pour consolider et enraciner la démocratie pluraliste, ils ne doivent pas dissimuler ceux, considérables, qui font partie de l’acquis.

L’

La séparation des pouvoirs et  le respect de la loi par tous de la même manière sont deux éléments essentiels d’un État de droit. Sauf à faire preuve d’arrogance et de parti pris, il convient de constater que ces deux éléments sont ceux qui, même dans des pays occidentaux qui se présentent au monde comme des modèles, continuent à faire débat. Dans bien des pays occidentaux, les injonctions du pouvoir exécutif au pouvoir judiciaire et une application facultative de la loi selon le statut social des personnes alimentent les débats politiques et les commentaires de presse. On observera donc la situation du Cambodge en gardant cette réalité à l’esprit et en se rappelant d’où il vient.

Depuis plusieurs années, les autorités cambodgiennes travaillent à la mise en place d’un corpus législatif destiné à avancer vers un État de droit.

Déjà, un code de procédure civil et un code de procédure pénal ont été adoptés. Six législations majeures sont en chantier :

  • – code civil
  • – code pénal
  • – loi sur l’organisation des tribunaux
  • – loi sur le statut des juges
  • – amendement à la loi sur le Conseil Supérieur de la Magistrature
  • – loi sur la corruption.

L’espoir du gouvernement – et il avait pris en 2005 un engagement en ce sens à l’égard des pays donateurs – était de pouvoir faire adopter ces lois au cours de la législature qui s’achève. Il n’y est pas parvenu. Non seulement l’ampleur de la tâche réclame des travaux pratiques de longue durée (que l’assistance technique de pays amis ne peut réduire), mais l’approbation de telles dispositions et leur mise en œuvre suscite une interrogation fondamentale qui renvoie à l’état du pays : que vaut une législation qu’on n’applique pas faute de moyens humains et financiers ?

La volonté politique du gouvernement ne peut être questionnée. Elle est entière. Mais gouverner le Cambodge en 2008, oblige à prendre en compte des réalités nées d’un passé lointain comme d’un passé récent.

Comme dans beaucoup de pays d’Asie, la caractéristique majeure de la société cambodgienne, c’est son caractère clanique. Parce que le pouvoir séculier n’offrait aucune garantie pour la sécurité ou pour la promotion sociale, le clan a continué à apporter ce que les pouvoirs publics étaient défaillants à garantir. Y compris pendant la période coloniale. Une société clanique est incompatible avec un État de droit. Or, s’il est une réalité qui perdure, qui a marqué tous les régimes y compris celui de Pol Pot et qui affecte très profondément encore aujourd’hui la société cambodgienne, c’est ce caractère clanique. Il traverse tous les secteurs de la vie politique et économique en ce compris la police et l’armée dont le poids réel est beaucoup plus important qu’il n’y paraît. Le gouvernement, dont les membres procèdent de ce système, sont donc freinés chaque fois qu’ils s’efforcent d’en sortir pour évoluer vers un État de droit. La mutation ne peut donc être que lente.

Cette lenteur est aggravée par un facteur, certes conjoncturel, mais qui pèse lourdement dans le Cambodge d’aujourd’hui : la destruction des élites. Comment mettre en place un Etat de droit dans un pays où les métiers du droit ont été anéantis à près de 100%  il y a à peine trente ans ? Et que la Faculté de Droit de Phnom Penh n’a été ré-ouverte qu’en 1990 (ce qui ne fournit au mieux en 2008 que trois promotions de juristes). Comment instaurer un régime d’égalité devant la loi, alors que la plupart des magistrats disponibles (survivants de la tragédie ou initiés au droit dans le cadre de l’idéologie communiste) ont été formés à la soumission au pouvoir, que ce soit le pouvoir d’un seul homme ou le pouvoir du Parti ? Et qu’à moins de les mettre tous à la retraite, il « faut faire avec » ?

C’est pour rencontrer ces difficultés que le gouvernement a entrepris des efforts spécifiques de formation dans les professions pratiquées dans le système judiciaire. En collaboration avec l’Ecole Nationale de la Magistrature (Bordeaux), des sessions de formation sont organisées tant à Bordeaux qu’à Phnom Penh. Une école de formation des magistrats a été créée en 2002. Les premières promotions vont permettre l’arrivée de nouvelles générations de magistrats. De même, des efforts de formation sont en cours en ce qui concerne les greffiers et les huissiers. En collaboration avec l’Université Lyon II, la formation des notaires est en préparation. Enfin, il y a lieu de signaler l’existence du tribunal pilote de Kandal.

Dès l’aube de la démocratie, la nécessité de combattre la vénalité des titulaires de fonctions judiciaires s’est fait sentir. Il en va de même dans cette démocratie naissante qu’est le Cambodge. Il n’est pas en mesure d’offrir au personnel de la fonction publique un salaire suffisant qui le mettrait à l’abri de la corruption et qui justifierait une répression appropriée de celle-ci.

Sans que ces faits puissent être perçus comme de nature à dissimuler les efforts accomplis, il faut signaler, en guise d’illustration de défaillances occasionnelles du système judiciaire cambodgien, les cas relatifs à l’assassinat de militants syndicalistes et les poursuites contre d’autres défenseurs des droits des travailleurs.

Les lois citées ci-dessus sont indispensables. Mais leur effectivité réclame une capacité de les mettre en œuvre et un personnel adéquat pour les appliquer. Or, on est encore loin du compte. Et le gouvernement est le premier conscient de ces difficultés. Il vit au jour le jour le cas d’une excellente loi de 2001sur la propriété foncière dont il éprouve les pires difficultés à la faire respecter.

LES

Depuis 1993, des progrès considérables ont été accomplis dans un pays où le souci des libertés individuelles n’avait jamais été une priorité des autorités, quelles qu’elles soient, et qui, de surcroît, a connu les pires bestialités pendant le conflit 1970-1975 et a atteint, entre 1975 et 1979, un des plus hauts sommets de la barbarie dans l’histoire de l’humanité.

Le terreau cambodgien est loin d’être le plus fertile pour une culture des droits humains. Il suffit pour s’en convaincre de lire ces lignes du journaliste britannique Philippe Short dans sa biographie de Saloth Sâr, mieux connu sous le nom de Pol Pot : « Contrairement aux histoires pour enfants de la plupart des pays où la vertu est récompensée et la méchanceté punie, le monde imaginaire qui offrit à Sâr et à ses contemporains leurs premiers aperçus des coutumes de la société cambodgienne n’était pas régi par des règles aussi tranchées. Dans la légende khmère, les voleurs sont impunis et coulent des jours heureux ad vitam aeternam. Des hommes sont exécutés pour des actes qu’ils n’ont pas commis. A condition qu’elle réussisse, l’infamie n’est pas condamnée. La ruse est admirée ; l’honnêteté décriée ; et la bonté passe pour de la stupidité.  Il n’y a guère de place pour la compassion. Les juges sont décrits comme des imbéciles ; la vraie ne saurait émaner que du roi, dont les jugements sont sans appel. » (SHORT Philip, Pol Pot. Anatomie d’un cauchemar, Paris, Denoël, 2007).

A ces pesanteurs culturelles, il convient d’ajouter les traumatismes consécutifs à la période (1970-1979) de la guerre puis des Khmers rouges dont les survivants (40% de la population) sont profondément marqués. Traumatismes qui, comme observé dans d’autres tragédies du genre, génèrent des comportements chez les enfants des survivants. Il n’y a eu, de la part de la communauté internationale, aucun effort massif de thérapie en la matière. Un programme « culture de la paix » préparé par l’UNESCO n’a pas trouvé les financements requis.

Ce sont les Cambodgiens eux-mêmes qui ont pris en charge certains effets d’une culture de la violence qui a profondément imprégné une société où elle était déjà présente avant la décennie soixante-dix. Et de ce point de vue, on peut affirmer que c’est une des réussites de l’opération des Nations Unies que d’avoir favorisé l’implantation d’ONG actives dans le domaine des droits humains. Certes, certaines se sont totalement discréditées en instrumentalisant cette cause à des fins de politique partisane. Mais quelques-unes jouent un rôle très utile dans la société cambodgienne de 2008, comme l’ADHOC et la LICADHO. Elles accomplissent un travail remarquable d’assistance juridique, de présence dans les prisons, d’enquête même. Elles remplissent une fonction utile de développement de la société civile dont le dialogue avec les autorités en est encore toutefois à ses prémisses.

De même, un Comité national pour les Droits de l’Homme fonctionne auprès du Premier Ministre et s’efforce de trouver des solutions aux centaines de cas qui lui sont soumis.

Il y a au Cambodge une presse écrite en langue khmère, favorable au gouvernement et une presse d’opposition. Il y a également une presse dite internationale avec des titres en anglais et un titre en français. Parmi les titres en anglais, certains développent une ligne éditoriale systématiquement hostile au gouvernement. Il y a une édition cambodgienne qui publie des ouvrages en khmer, en anglais et en français. Certains de ces ouvrages sont de véritables pamphlets hostiles au gouvernement. L’ironie de la situation, c’est que ces écrits qui dénoncent une dictature et une censure de la pensée sont publiés librement dans le pays qu’ils accusent. Dans des pays du Sud-Est asiatique que l’Europe et les Etats-Unis traitent en amis et dont ils ne questionnent jamais le respect des libertés fondamentales, de tels écrits seraient interdits et leurs auteurs seraient emprisonnés.

Aucun pays au monde n’offre de telles facilités aux entreprises de presse étrangères qui veulent s’installer au Cambodge. Aucun pays d’Asie du Sud-Est n’autorise les ONG actives dans le domaine des droits humains à publier les mises en cause des autorités telles qu’on peut les lire au Cambodge. Le Cambodge est un des rares pays d’Asie qui a dépénalisé le délit de diffamation. Il n’y a aucune restriction à l’accès à Internet au Cambodge.

Cette liberté de la presse vient d’être confirmée par Bernard Krisher, le propriétaire du Cambodia Daily, un journal qui depuis quinze ans mène une opposition farouche au gouvernement : « Our newspaper has never been censored, threatened or otherwise been interfered with even though the powers that be don’t necessary like what we print. We are as free as The Washington Post in Washington and The New York Times in New York. »(20 mars 2008).

Une liberté que confirme l’Index de la Liberté de la Presse que publie chaque année Reporters Sans Frontières et qui, pour l’année 2007, place le Cambodge au 85e rang (sur 169 pays) avant Timor (94e), l’Indonésie (100e), la Malaisie (124e), les Philippines (128e), la Thaïlande (135e), Singapour (141e), le Laos (161e), le Vietnam (162e) et la Birmanie (164e). On notera que le Cambodge, soumis à surveillance constante et à suspicion permanente de la part des Européens et des Américains, fait beaucoup mieux que leurs amis proches de Singapour et de Thaïlande.

Est-ce que cela signifie que tout est parfait ? Bien évidemment non. Relevons quelques problèmes récurrents.

Des journalistes subissent des intimidations lorsqu’ils soulèvent des problèmes liés aux litiges fonciers, en particulier lorsque ceux-ci impliquent des militaires. Ces menaces prennent souvent la forme de menaces de mort.

La liberté d’expression signifie la liberté pour les citoyens, organisés ou non, d’exprimer et de diffuser leurs opinions, dans le respect de la loi, par divers vecteurs : conférences, brochures, tracts, pamphlets. Ce n’est pas toujours le cas au Cambodge où on a vu une organisation de jeunesse politique empêchée de distribuer un tract.

Ainsi que déjà signalé, les formations politiques n’ont pas un accès équilibré aux radios et télévisions, ni aux stations publiques, ni aux stations privées dont la plupart appartiennent à des hommes d’affaires proches du principal parti. Selon une ONG d’observation des procédures électorales, 90% de la couverture politique sur la chaîne publique de télévision sont consacrés aux activités du gouvernement et en particulier du principal parti de la coalition gouvernementale.  

POUR CONCLURE

Beaucoup, sans nul doute, reste à faire. Mais il serait injuste de ne pas reconnaître que beaucoup a été fait. Et que cela a été fait dans des conditions exceptionnelles compte tenu d’un passé tragique encore tout proche.

Il importe plus d’aider les autorités et le peuple cambodgien à surmonter les blocages qui les empêchent d’avancer que de les culpabiliser en prétextant qu’il n’y a aucune volonté de les surmonter. En ayant conscience que les progrès demandent souvent plus de temps que la durée du mandat des experts internationaux chargés, par les gouvernements occidentaux et les institutions internationales, de les observer.

La volonté politique existe. Mais elle ne peut suffire. Elle doit se conjuguer avec les moyens et s’inscrire dans la durée, au Cambodge plus que dans n’importe quel autre pays.

Raoul Marc JENNAR

Docteur en études khmères

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13 Réponses pour “Cambodge, la démocratie, l’Etat de droit et les droits humains : un état des lieux”

  1. durand gasselin samuel a dit :

    Bravo. Je découvre la situation du Cambodge, avec le peu que j’en savais bien à sa place.

  2. Joël Jovet a dit :

    Merci de cette note qui nous renseigne sur l’état réel du Cambodge aujourd’hui.

  3. Joël Jovet a dit :

    Merci de cette note qui nous renseigne sur l’état réel du cambodge et de sa population.

  4. Delahayes Colette a dit :

    Merci, ceci est une découverte pour moi.

  5. Copas a dit :

    Que peux-t-on faire, sans porter atteinte à la dignité des Cambodgiens, pour les aider ?

  6. Raoul Marc Jennar a dit :

    Aider les Cambodgiens ?
    Ce dont ce pays a le plus besoin tient en un mot : formation. Aujourd’hui, le Cambodge manque dramatiquement de gens dotés d’une formation, quelle qu’elle soit (sauf « manager »; les universités privées qui fleurissent ici ne forment que ça alors qu’il y a si peu à « manager »). Trois cent mille jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et beaucoup n’ont qu’une qualification limitée.
    J’ai envie d’ajouter (mais je me demande si ce sont seulement les Cambodgiens qui en ont besoin) : les aider à s’ouvrir sur le monde, à voir comment on vit ailleurs. Les aider à apprendre une langue internationale, les accueillir chez nous pour qu’ils découvrent d’autres formes de sociabilité que celle qu’ils connaissent.

  7. Copas a dit :

    Merci

  8. Annie a dit :

    Je rentre de 6 mois d’Asie du sud-Est. Vietnam, Thaïlande et Cambodge. J’ai essayé de ne pas voyager idiote comme je l’ai vu faire pour les 90 % des touristes croisés. La plupart n’ont aucune idée de la culture, de l’histoire, de la situation économique, des pays qu’ils visitent et jugent. Ne les interessent que les plages, le climat et les plages + les femmes asiatiques. Et après ils disent « je connais… ». Il se trouve que j’ai une culture générael sur l’Asie un peu au-dessus de cette moyenne, et qu’en plus j’ai un sens de l’observation développé.
    J’ai ressenti diverses choses concernant les habitants et leurs modes de vie et de perception dans chacun de ces pays. Chacun est différent de l’autre,
    Au Cambodge on perçoit la pauvreté ce qu’on ne perçoit pas à ce degré dans les 2 autres pays. Elle induit un comportement au quotidien, le salaire des fonctionnaires trop bas pour vivre conduit à la corruption. Est aussi perceptible qu’ils ne parlent aucune langue étrangère ce qui freine considérablement la communication avec la population.
    Mon blog était censuré au Vietnam car j’y ai parlé à plusieurs reprises de la corruption que me rapportait les habitants, ce dont je n’ai pu communiquer au Cambodge et je le regrette.
    La population cambodgienne est la plus joyeuse de vivre des trois, le rire, la musique, le goût esthétique dans les plus petites choses du quotidien, la beauté arride, comme en Afrique, de la campagne, forme un attachement physique faute de contact plus profond qui laisse sur sa faim.
    Il est évident pour moi, qu’ils n’ont pas de rancune envers quiconque, pas le sens de la culpabilité de certains, et celà aide à la vie ensemble nécessaire, une classe moyenne est visible dans les rues de Phnom Penh;
    Une question : les millions de visiteurs d’Angkor apportent beaucoup d’argent au pays, cette ressource est-elle utilisée à bon escient ? Car j’ai vu se monter dans la ville de Siem Reap une grande quantité d’immeubles, presque tous identiques, pour loger les futurs touristes ? uniquement ?

  9. Annie a dit :

    Je rentre de 6 mois d’Asie du sud-Est. Vietnam, Thaïlande et Cambodge. J’ai essayé de ne pas voyager idiote comme je l’ai vu faire pour les 90 % des touristes croisés. La plupart n’ont aucune idée de la culture, de l’histoire, de la situation économique, des pays qu’ils visitent et jugent. Ne les interessent que le climat et les plages + les femmes asiatiques. Et après ils disent « je connais… ». Il se trouve que j’ai une culture générale sur l’Asie un peu au-dessus de cette moyenne, et qu’en plus j’ai un sens de l’observation développé.
    J’ai ressenti diverses choses concernant les habitants et leurs modes de vie dans chacun de ces pays. Chacun est différent de l’autre,
    Au Cambodge on perçoit la pauvreté ce qu’on ne perçoit pas à ce degré dans les 2 autres pays. Elle induit un comportement au quotidien, le salaire des fonctionnaires trop bas pour vivre conduit à la corruption. Est aussi perceptible qu’ils ne parlent aucune langue étrangère ce qui freine considérablement la communication avec la population.
    Mon blog était censuré au Vietnam car j’y ai parlé à plusieurs reprises de la corruption que me rapportait les habitants, ce dont je n’ai pu communiquer au Cambodge et je le regrette.
    La population cambodgienne est la plus joyeuse de vivre des trois, le rire, la musique, le goût esthétique dans les plus petites choses du quotidien, la beauté arride, comme en Afrique, de la campagne, forme un attachement physique faute de contact plus profond qui laisse sur sa faim.
    Il est évident pour moi, qu’ils n’ont pas de rancune envers quiconque, pas le sens de la culpabilité de certains, et celà aide à la vie ensemble nécessaire, une classe moyenne est visible dans les rues de Phnom Penh;
    Une question : les millions de visiteurs d’Angkor apportent beaucoup d’argent au pays, cette ressource est-elle utilisée à bon escient ? Car j’ai vu se monter dans la ville de Siem Reap une grande quantité d’immeubles, presque tous identiques, pour loger les futurs touristes ? uniquement ?
    Les routes moyens indispensables à tout progrés économique sont dans un vrai désastre.

  10. Longuerue a dit :

    Merci de cet etat des lieux au Cambodge car j’étais très inquiète pour ce pays en écoutant les émissions de France-Culture, vous êtes enfin un observateur compétent et impartial .

  11. marion a dit :

    etat des lieux extremement interressant;
    ce qu il est malheureux de constater ici; c est ces generations sacrifies; le resultat de l histoire est ici perceptible au quotidien; desesperance de la jeune generation; pauvrete et manque de moyen de s epanouir;
    c est un constat alarmant et qui fait beaucoup de peine a voir; on ne peut pas sortir indemne de son experience au cambodge; alors on a envie d aider et on trouve certaines portes fermees; la petite corruption des pauvres qui volent aux encore plus pauvres; des instituteurs qui vivent sur le dos de leurs eleves;
    et pourtant malgre cela on s attache au pays et alors vient une question comment cette population si attachante a t elle pu plonger dans l enfer des khmers rouges?
    comment ces hommes qui voulaient rendre le monde plus juste sont ils devenus si inhumains? comment de si belles intentions peuvent elles s accompagner d un coeur si froid? d un manque de compassion si destructeur?
    Qu’il inflige encore sa marque a la societe d aujourd hui, qui devra sans doute panser ses blessures pendant beaucoup d année; et qui peine a guerir de cette blessure profonde: et qui malgre tout comme le dit si bien cette jeune femme avance car « l important c est de rester vivant »:
    je vous remercie car vous me donner un peu d espoir, l espoir que ce pays si beau vera des jours meilleurs;;;

  12. Norith a dit :

    Merci de votre éclaircissement et de votre impartialité. Beaucoup de gens portent un jugement négatif sur le Cambodge sans réellement connaître son parcours. Pour les Cambodgiens expatriés souhaitant rentrer au pays pour aider leurs compatriotes, je lance un appel pour qu’ils viennent y investir et y créer du travail dans le domaine de l’agriculture.

  13. Thol a dit :

    Au Cambodge c’est la loi des plus forts qui règne.
    http://www.whokilledcheavichea.com/

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