02 Fév 2009

1- Pourrais-tu nous présenter ton parcours militant ? Comment t’a-t-il mené au NPA, et avec quelles attentes ?

 Mon engagement dans la vie sociale a d’abord été une implication en faveur des droits humains fondamentaux, individuels et collectifs ; je suis devenu sensible progressivement aux questions écologiques à mesure de l’amoindrissement des ressources naturelles, de la disparition croissante des espèces et des dégâts à l’environnement mettant en cause la santé du plus grand nombre. Il y a dix ans, je suis devenu un militant altermondialiste et j’ai pris progressivement conscience que l’exploitation des humains et l’exploitation de la terre ont une même cause : le capitalisme. Jusque-là je mettais en cause le néo-libéralisme, qui n’est que la phase actuelle du capitalisme. Le livre d’Hervé Kempf  « Comment les riches détruisent la planète » m’a fait passer de la contestation du néolibéralisme à la remise en cause du capitalisme.

Le PCF qui avait annoncé la candidature de Buffet une semaine après la victoire du « non » au référendum de 2005 a ruiné toutes les chances d’une candidature unitaire aux élections présidentielles. Après ces élections présidentielles de 2007, la gauche n’est plus qu’un champ de ruines. A la gauche du PS, une seule initiative est prise : la décision de la LCR de se dissoudre pour permettre à ses membres et sympathisants de participer à un rassemblement de femmes et d’hommes partageant un même projet anticapitaliste. C’est inédit dans l’histoire de la gauche française. J’ai refusé, comme certains l’ont fait, de condamner d’emblée ce projet et je me suis impliqué dans le processus.

2- Comment as-tu vécu la préparation du congrès fondateur  (textes, amendements, etc) ?

Un formidable exercice démocratique et intellectuel qui a été bien au-delà de ce que fut la préparation des fameuses 125 propositions des CUAL où il avait fallu passer certains sujets sous silence et adopter des formulations ambiguës pour ne pas déplaire au PCF. Aucun sujet n’a été écarté. On a travaillé en profondeur, au niveau des comités locaux ou des comités sectoriels sur quatre textes : les statuts du futur parti, les principes fondamentaux, un projet politique et social et un projet pour l’Europe. Il y a eu des milliers d’amendements venant de plus de 400 comités. Avec trois lectures des textes ainsi progressivement modifiés. Et le congrès constituera une ultime possibilité de modifier encore les textes. Tout en sachant que nous faisons le choix d’un parti processus, c’est-à-dire qu’on n’est pas figé sur des textes qu’on sacraliserait. En outre, il y a deux caractéristiques qui retiennent mon attention : le parti n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’un outil pour réaliser des objectifs. Pas de primat du parti sur ses membres donc. Autre caractéristique : nous sommes déterminés à lutter contre la professionnalisation de l’engagement politique.

3- Aux élections européennes, penses-tu qu’il faut aboutir à une coalition électorale avec les autres forces de la gauche « radicale » ? Pourquoi ou pourquoi pas ?

La question n’est pas de faire une coalition pour faire une coalition. La question est de donner du poids politique à un projet alternatif sur l’Europe. Donc pour moi, le contenu est prioritaire dans la question de l’unité de la gauche à la gauche du PS. Il faut se mettre d’accord sur ce que nous entendons par unité. J’ai proposé que nous nous accordions sur trois caractéristiques de l’unité :

1) une unité sur un contenu réel qui ne renie pas les raisons pour lesquelles on a combattu ce projet de société que fut le TCE, qui couvre à la fois la question sociale et la question écologique et qui s’inscrive en rupture avec le système et non en accompagnement du système et de ceux qui le défendent ; autrement dit l’unité pour porter un projet anticapitaliste au contenu précis et pas seulement l’unité pour l’unité qui ne débouche sur rien ;

2) une unité qui s’inscrive dans la durée et ne se limite pas aux élections européennes. Quel sens aurait une unité qui, d’emblée, s’arrêterait après les élections européennes faute d’accord sur les enjeux nationaux ? L’unité doit être un processus continu. Sinon, elle n’est qu’une posture et un prétexte pour la formation d’un cartel électoral occasionnel réduisant la démarche à du pur électoralisme sans véritable volonté transformatrice. Il n’y a pas d’unité à géométrie variable, une fois avec les uns, une fois avec les autres, au gré de calculs électoraux qui s’appuient sur un contenu réduit à des généralités. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots, les décevoir et risquer de les voir de nouveau se tourner vers de prétendus sauveurs ;

3) une unité qui ne soit pas seulement électoraliste et qui se retrouve sur le terrain, dans les luttes sociales et écologiques, contre la casse sociale, contre le démantèlement du droit du travail et des services publics, mais aussi contre le productivisme, le nucléaire, la marchandisation du vivant. La crise du capitalisme exploiteur et productiviste est une crise de civilisation que la démarche électorale seule ne pourra résoudre. Les résultats historiques du Front populaire ont dépassé le programme électoral limité du Front populaire parce qu’il y a eu un puissant mouvement social accompagnant le processus électoral et son résultat. Mais au final, le Front populaire a échoué parce qu’il ne remettait pas en cause la capitalisme et tentait, provisoirement, d’en atténuer les effets.

4- Comment voudrais-tu voir évoluer la gauche radicale et anticapitaliste à moyen terme ?  Comment envisages-tu l’évolution du NPA ?

Je suis convaincu qu’à la gauche du PS, et même au sein du PS, il y a beaucoup de femmes et d’hommes qui, s’ils prennent la peine de lire les textes que nous allons adopter au congrès fondateur du NPA, se sentiront en accord avec ces textes. Même si le NPA n’a pas le monopole des bonnes idées, j’espère qu’il va les rassembler pour qu’une force politique puissante qui rejette sans concession le capitalisme puisse émerger.

Nous créons le NPA comme une structure ouverte où toutes celles et tous ceux qui n’acceptent pas que le capitalisme soit l’ordre naturel des choses peuvent se retrouver et donner à leur volonté transformatrice l’efficacité d’une force politique susceptible de peser.

5- Quelles sont à ton avis les actions prioritaires à mener ?

Les sujets ne manquent pas. Avec « Demolition man » à la tête du pays, on détruit les services publics : les écoles, les hôpitaux, la poste, etc. Toutes les activités de service qui contribuent à l’exercice par tous des droits collectifs sont en train d’être privatisées.  Le régime connaît une très dangereuse dérive autoritaire : au fil des contre-réformes qu’il impose, le président contrôle le gouvernement, le parlement, la justice, les médias. La répression de la contestation politique et sociale s’amplifie. On envoie des flics avec des chiens dans les écoles ; on invente de prétendus groupes terroristes. On arrête des gens non pas pour qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils pourraient faire. Au fur et à mesure que croît l’exploitation et la paupérisation, l’Etat de droit recule gravement en France comme dans plusieurs autres pays d’Europe.  Il nous faut donc être présent dans toutes les luttes que réclame la résistance à cette évolution. Il nous faut aussi combattre les ravages du capitalisme et particulièrement avec la crise qui a éclaté, dénoncer les mensonges dont nous intoxiquent les média : il n’y a pas de bon capitalisme. On ne moralise pas ce qui, par essence, est immoral. Il faut dénoncer un discours qui veut faire croire qu’on va changer le système alors que dans le même temps on consacre des milliards d’argent public pour le perpétuer.

6- Quelle(s) raison(s) donnerais-tu aux lecteurs d’Anticapitaliste pour rejoindre le NPA ?

a) c’est un parti ouvert, pas caporalisé où chacun peut librement s’exprimer et faire valoir ses opinions, ses propositions ;

b) c’est un parti qui ne privilégie pas le terrain institutionnel, ce n’est pas une machine à faire élire quelques-uns, c’est un parti qui agit d’abord sur le terrain au niveau des luttes qui font le quotidien des exploités ;

c) c’est un parti qui refuse tout compromis sur l’essentiel : le capitalisme n’est pas amendable, la logique du profit est une logique d’exploitation. Pas de compromis avec ceux qui se compromettent avec le capitalisme ;

d) notre radicalité anticapitaliste ne nous interdit pas de soutenir tout ce qui va dans le sens d’une vraie transformation sociale, démocratique, écologique ;

e) c’est un parti internationaliste : nous sommes aux côtés de toutes les victimes du capitalisme dans le monde. Nous établissons des liens de solidarité avec les peuples en lutte et nous menons des actions concrètes contre l’impérialisme et le néo-colonialisme.

Avec beaucoup d’autres – militants des droits humains, altermondialistes, écologistes, militants de la décroissance – je me suis impliqué dans la construction d’une nouvelle force politique pour qu’elle porte ces cinq caractéristiques. Et, avec les militants de l’ex-LCR, nous y sommes parvenus. Nous avons relevé le défi de mettre ensemble des références et des cultures politiques différentes, des expériences différentes. Sans qu’on ait eu le sentiment d’avoir à se renier, à renoncer à ce qui fait, pour chacun, la motivation essentielle de son engagement.

 Le NPA porte un espoir nouveau à gauche et l’espoir doit se nourrir de nos actions et de celles et ceux qui nous rejoindront.

 « Paru dans la revue « anticapitaliste »  http://marxistesunitaires.blogspot.com/ « 

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3 Réponses pour “A la veille du congrès fondateur du NPA, un entretien à L’Anticapitaliste”

  1. Jovet a dit :

    En lisant cet interview, je me dis que la meilleure façon de stopper « demolition man » c’est d’être au pouvoir pour appliquer une autre politique, même si elle n’est pas conforme à ce que souhaitent les anti capitalistes.
    Donc d’avoir des élus ; pour les européennes, si le NPA et le front de gauche partent ensemble, ils peuvent sans doute avoir les 10 % qui leur permettront d’avoir des élus ; sinon, mettons 8 % chacun = 0 élu chacun.
    Donc, votons PS, cela contribuera plus sûrement à éviter la démolition, du moins à ce rythme effrené.

  2. Raoul Marc Jennar a dit :

    @Jovet

    Depuis 1983, le PS n’a pas conduit une « autre politique », mais au contraire, a été à la pointe des traités internationaux, européens et des législations nationales qui ont créé la mondialisation néolibérale.
    En 2004, le PS a fait campagne aux européennes en proclamant « Vers l’Europe sociale ! ». Pas un pas n’a été fait dans le sens de l’Europe sociale depuis 2004. Que du contraire. Et le groupe socialiste au Parlement européen s’est associé à la droite pour avancer dans une économie de marché dérégulée, financiarisée et mondialisée.
    Le PS français s’est rallié à l’économie de marché. Celle-ci a sa propre logique.Qui exploite les humains et la terre pour l’enrichissement de quelques-uns.
    Quant à élire des députés européens pour changer la donne, il ne faut rien connaître aux institutions européennes actuelles pour croire que les députés européens sont en capacité de changer les politiques européennes. Les citoyens, qui peuvent changer leur maire ou leur président de la République, n’ont aucune capacité de changer directement ou indirectement le président de la Commission européenne. Les députés européens ont surtout un pouvoir de dire « non » dans les matières où ils sont associés au travail légilsatif. Ils en ont usé moins de cinq fois depuis qu’ils ont reçu ce pouvoir. Le Parlement européen, c’est un tribune. Il ne faut pas la négliger, mais il ne faut pas non plus tromper les gens en faisant croire à des pouvoirs qu’il n’a pas.

  3. BA a dit :

    Le 24 avril 2004, aux Etats-Unis, le ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nicolas Sarkozy prononce un discours devant l’organisation American Jewish Committee :

    « Certains en France m’appellent Sarkozy l’Américain. J’en suis fier. Je suis un homme d’action, je fais ce que je dis, et j’essaie d’être pragmatique. Je partage beaucoup des valeurs américaines. »

    Le 4 avril 2009, Sarkozy l’Américain replacera la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN.

    Lisez cet article :

    La France parachève son retour dans l’OTAN.

    Nicolas Sarkozy et ses conseillers sont dans la phase finale d’un processus qui mettra fin à plus de quatre décennies d’une « exception » française au sein de l’Alliance atlantique. L’Elysée prépare, ainsi que le chef de l’Etat l’avait annoncé à l’été 2007, le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN.

    En 1966, c’est par une lettre adressée au président américain Lyndon Johnson que le général de Gaulle avait signifié le retrait de la France de ces structures, afin d’affirmer l’autonomie nationale en pleine guerre froide, et en s’appuyant sur l’acquisition de l’arme nucléaire.

    Le virage voulu par M. Sarkozy doit être scellé début avril à Strasbourg et Kehl, lors du sommet marquant les 60 ans de l’OTAN, auquel participera Barack Obama. L’Elysée a voulu accompagner l’événement d’un fort affichage franco-allemand. En témoigne la tribune que le président Sarkozy et la chancelière Angela Merkel publient dans « Le Monde » et la Süddeutsche Zeitung : « Pour répondre aux crises et aux conflits, affirme ce texte, les alliances fondées sur des valeurs communes, comme l’Union européenne et l’OTAN, prennent une importance accrue. »

    « Il est dans notre intérêt de faire de la construction européenne et du partenariat atlantique les deux faces d’une même politique de sécurité », ajoute cette déclaration commune, faite à la veille de la conférence annuelle de Munich sur les questions de sécurité en Europe, à laquelle doit se rendre, samedi 7 février, M. Sarkozy.

    Selon nos informations, l’Elysée a obtenu l’accord des Etats-Unis pour que deux commandements soient attribués à des généraux français au sein de l’OTAN. D’une part, le commandement basé à Norfolk en Virginie (Etats-Unis), appelé Allied Command Transformation (ACT), en charge de piloter les transformations de l’Alliance (doctrine, organisation et emploi des forces). D’autre part, un des commandements régionaux de OTAN, basé à Lisbonne, où se trouve le quartier général de la Force de réaction rapide de l’OTAN ainsi qu’un centre d’analyses de photos satellites.

    Ces deux attributions ont été négociées notamment entre le conseiller diplomatique de M. Sarkozy, Jean-David Lévitte, et le conseiller de M. Obama pour la sécurité nationale, le général James Jones. Révélées en janvier par un blog Internet français (celui du journaliste Jean-Dominique Merchet) et confirmées par nos sources, elles traduisent une volonté de l’Elysée de présenter la « rénovation de la relation » entre la France et l’OTAN non pas comme une fin en soi mais comme faisant partie d’une stratégie plus large, en plusieurs volets, impliquant des contreparties.

    « La France ne peut reprendre sa place » dans l’OTAN « que si une place lui est faite » avait déclaré M. Sarkozy au New York Times en septembre 2007. Mais les avis divergent, chez les experts et certains officiels français, sur le poids réel qui serait dévolu à la France à travers ses deux commandements. L’ACT, à Norfolk, mettrait la France aux premières loges de la réflexion sur la transformation de l’Alliance, mais ce commandement n’a aucun rôle quant aux opérations en cours. La plus importante est celle menée en Afghanistan, pour laquelle M. Obama pourrait demander officiellement, d’ici le sommet de Strasbourg-Kehl, de nouvelles contributions de troupes européennes. M. Sarkozy, qui a décidé, en 2008, d’augmenter le contingent en Afghanistan en lui conférant aussi un rôle de combat au sol, devra se prononcer sur la question.

    Le poste de Lisbonne apparaît quant à lui d’importance moindre, étant l’un des multiples commandements régionaux de l’OTAN. Certains critiques, à Paris, considèrent qu’il aurait mieux valu briguer des postes dans des structures plus décisionnelles, quitte à se contenter d’une position de « numéro deux ». En 1995-1997, la tentative de « retour » menée par l’équipe de Jacques Chirac avait buté sur le refus américain de céder le commandement Sud de l’OTAN, à Naples, très stratégique.

    Concrètement, la réintégration pleine de la France devrait se traduire par l’envoi de quelque 900 militaires français dans l’appareil militaire intégré de l’OTAN. Ce qui entraînera un coût financier élevé. Un paradoxe, évoqué par des connaisseurs du dossier, est que l’injection de personnel militaire français intervient au moment où Paris appuie, comme le fait le Royaume-Uni, l’idée d’un amaigrissement des structures de l’OTAN, dont le caractère pléthorique hérité de la guerre froide ne se justifie plus au regard des nouvelles missions de l’Alliance. Celles-ci sont centrées, depuis une quinzaine d’années, sur des opérations de forces expéditionnaires, avec des coalitions ad hoc de pays contributeurs, parmi lesquels la France tient un rôle de premier plan.

    Le « retour » complet de la France dans l’OTAN est conçu à l’Elysée comme une « normalisation », la levée à la fois d’une hypocrisie et d’un « tabou », car en réalité Paris avait déjà commencé, à partir de 2004 – et sans le clamer – à réinsérer des militaires dans les commandements intégrés, à Mons et à Norfolk (ils sont une centaine). Paris ne renonce, par ailleurs, en rien à sa dissuasion nucléaire, dogme sacro-saint hérité du gaullisme.

    La perspective du « retour » a renforcé la capacité d’entraînement des Français sur le dossier de l’Europe de la défense, même si, en raison de blocages britanniques, les avancées ont été modestes en 2008. L’Elysée espère aussi pouvoir mieux peser sur la formulation du nouveau Concept stratégique de l’Alliance, qui, avec la guerre en Afghanistan, sera au coeur du sommet de Strasbourg-Kehl.

    Dans les préparatifs du « retour », un accroc a cependant surgi. La Turquie a fait passer le message que la réintégration de la France devrait s’accompagner d’une plus grande souplesse de Paris sur la question de l’adhésion turque à l’UE, à laquelle M. Sarkozy est opposé. Au plan juridique, Ankara n’a pas de droit de veto sur le « retour » français. Mais pour régler ce problème politique gênant, l’Elysée a discrètement demandé à l’administration Obama d’intercéder.

    http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/02/04/la-france-paracheve-son-retour-dans-l-otan_1150483_0.html

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