20 Fév 2009

 Les mobilisations contre le démantèlement de l’école publique, de l’université publique, de l’hôpital public sont-elles le fruit d’une formidable intox ? Face à la rumeur, le gouvernement serait impuissant à démentir les intentions de qui lui sont prêtées.  Pauvre Darcos ! Pauvre Pécresse ! Pauvre Bachelot !  On ne les croit pas. On ne croit pas à la pureté de leurs intentions et à leur « engagement » en faveur du service public.  A cause des méchants mensonges qui circulent sur Internet !

Dans le style « faux-cul » qui lui est incomparable, le quotidien « Le Monde » (édition du vendredi 13 février 2009, p.10) s’inquiète des effets de la rumeur, du « buzz », un anglicisme qui désignerait la fausse information disséminée par Internet. Reconnaissant que l’information véhiculée sur la toile est devenue un des principaux éléments de formation de l’opinion, l’auteur de l’article dénonce un « travail de sape » où « les petites rumeurs préparent le terrain aux plus grosses ».

Nul ne peut contester qu’on trouve, dans les infos diffusées par le biais du Net, autant d’informations contraires à la réalité des faits que d’honnêtes relations des évènements. Nul ne peut nier qu’on y trouve autant d’analyses tronquées, de rapports biaisés, d’interprétations aberrantes que de solides travaux pouvant prétendre à la rigueur intellectuelle, voire scientifique. Dans la même proportion que dans la presse écrite, à la radio ou à la télé. Car, n’en déplaise aux journalistes et éditorialistes de la presse écrite ou audiovisuelle, ils n’ont de ce point de vue guère de posture morale à adopter par rapport à ce qui circule via Internet. Qu’on se souvienne de la campagne référendaire sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe où presque toute la presse écrite et audiovisuelle a failli au devoir d’une information honnête séparée de commentaires partisans. Qu’on écoute, chaque matin, sur cette station de radio publique qu’est France Culture, les éditoriaux tous systématiquement orientés vers la défense du système d’un Alexandre Adler, d’un Alain-Gérard Slama ou d’un Olivier Duhamel. Qu’on lise la manière dont l’hebdomadaire « Politis » fournit sur le NPA une information partielle et partiale (et ce fut spectaculaire dans sa relation du congrès de fondation du NPA). L’éthique ne serait pas d’un côté et l’intox de l’autre.  Loin s’en faut !

Qu’en est-il s’agissant des privatisations ? L’article du « Monde » déplore qu’il soit impossible de démonter une « rumeur fondée sur un raisonnement politique qui, partant d’une situation, choisit d’en décrire les évolutions possibles. A travers une mesure avérée, sont ainsi combattues toutes les mesures, bien pires qui pourraient en découler. Les potentialités étant par définition infinies, leur invraisemblance n’est pas démontrable. » C’est faire, une nouvelle fois, comme dans l’analyse que faisaient les adversaires du TCE, insulte à l’intelligence et à l’information des gens. Il faut appartenir à la défense du système pour passer sous silence le grand projet qui est à l’œuvre.

Ce grand projet a été initié dans les années Reagan-Thatcher-Delors : marchandiser toutes les activités humaines, c’est-à-dire faire en sorte que tout, le minéral, le végétal, l’animal et l’humain ainsi que ce que produit l’humain soit à vendre ou à acheter dans le cadre d’une concurrence libérée de toute limite, de toute contrainte. Pour ce faire, au niveau mondial, un instrument juridique ayant force contraignante a été négocié (pour ce qui concerne la France et l’Union européenne, par le gouvernement Rocard et la Commission Delors) et adopté (en France par la majorité soutenant le gouvernement Balladur) : l’Accord Général sur le Commerce des Services ().  Au terme de « séries de négociations successives » (article 19), toutes les activités de services de tous les secteurs devront être débarrassées des « obstacles » à la concurrence. Et, par le mécanisme dit du « traitement national », les Etats sont contraints, quasi mécaniquement, de passer de la libéralisation (= mise en concurrence) à la privatisation.

Dans l’espace de l’Union européenne, le Traité de Maastricht, la Stratégie de Lisbonne, le Processus de Bologne et les Décisions de Barcelone, tous ces textes adoptés à l’époque où le Conseil des Ministres de l’UE comptait une majorité écrasante de gouvernements sociaux-démocrates ou à composante sociale-démocrate, vont dans le sens d’une application de l’AGCS. Et ce qui a été acquis lors de la conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce à Hong Kong, en décembre 2005, sous l’impulsion du français Pascal , va dans le sens d’une accélération de la mise en œuvre de l’AGCS.

Les potentialités des décisions gouvernementales d’aujourd’hui (comme celles de la gauche plurielle) ne sont pas « infinies », contrairement à ce que laisse entendre « Le Monde ». Leur vraisemblance est « démontrable » et elles vont toutes dans le même sens : la privatisation de toutes les activités de service. Les lycéens, les étudiants, les personnels des écoles et des universités publiques, les personnels des hôpitaux publics ne sont pas habités par des rumeurs. Leurs craintes sont parfaitement justifiées. Et ils ont bien raison de résister à l’intox. Pas celle d’Internet. Celle du journal « Le Monde ».

(Pour plus d’infos sur l’AGCS, on peut consulter les sites d’Attac et de l’URFIG ainsi que AGCS, Quand les Etats abdiquent face aux multinationales, Paris, Raisons d’Agir, 2007)

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4 Réponses pour “La privatisation des services publics : information et rumeur”

  1. BA a dit :

    Société Générale : états financiers consolidés au 31 décembre 2008.

    Total dettes : 1 089 116 millions d’euros.

    Total capitaux propres : 40 887 millions d’euros, soit seulement 3,75 % des dettes.

    http://library.corporate-ir.net/library/21/217/217918/items/324870/87B0CCAB-9166-4D4A-84A1-D62197186AD3_etatsfinancier.pdf

    BNP : états financiers consolidés au 31 décembre 2008.

    Total dettes : 2 016 581 millions d’euros.

    Total capitaux propres : 58 968 millions d’euros, soit seulement 2,92 % des dettes.

    http://media-cms.bnpparibas.com/file/38/4/etats-financiers-4t2008.6384.pdf

    Pour préparer le terrain à la nationalisation de la Société Générale et de la BNP, Christine Lagarde vient de se déclarer en faveur de la nationalisation des banques en faillite.

    Pronostic : dans quelques jours, Sarkozy annoncera la nationalisation de la Société Générale et de la BNP.

  2. Nolwenn a dit :

    Bonjour,

    je suis votre parcours depuis longtemps, depuis le rassemblement dans le Larzac en 2003, où j’ai découvert des frissons dans le dos ce que signifiait le sigle AGCS. Là, j’ai brutalement ressenti, même si pas encore bien compris, la direction dans laquelle va le monde.
    Le puzzle s’est recollé dans ma tête. J’ai alors commencé à prendre la mesure de la puissance de certains lobbies, des multinationales, comme de certains groupes de pression politique. J’ai commencé à percevoir leur impact sur ma vie quotidienne. J’ai commencé à envisager en quoi la politique européenne éatit importante

  3. Nolwenn a dit :

    Bonjour,

    Je suis votre parcours depuis longtemps, depuis le rassemblement dans le Larzac en 2003, où j’ai découvert des frissons dans le dos ce que signifiait le sigle AGCS. Là, j’ai brutalement ressenti, même si pas encore bien compris, la direction dans laquelle va le monde.
    Le puzzle s’est recollé dans ma tête. J’ai alors commencé à prendre la mesure de la puissance de certains lobbies, des multinationales, comme de certains groupes de pression politique. J’ai commencé à percevoir leur impact sur ma vie quotidienne. J’ai commencé à envisager en quoi la politique européenne impacte notre mode de vie.
    Depuis, j’ai suivi avec attention et intérêt, et relayé autant que possible dans mon entourage, les débats sur la directive Bolkestein et le TCE, la candidature de la gauche unitaire à la présidentielle. Pour ces élections, la gauche unitaire m’a offert la possibilité de voter pour des propositions auxquelles je crois.
    Aujourd’hui encore, il me semble que les élections européennes sont l’occasion de continuer la réflexion sur la place de l’Europe dans l’OMC.
    Plus que jamais, avec cette crise mondiale d’origine financière, les propos fondateurs de « l’altermondialisme » (je ne sais pas comment le nommer autrement, avec toutes ces problématiques de terminologie qui traversent la gauche actuelle) me semblent des enjeux cruciaux.
    Le NPA parle de résister au système capitaliste. Il me semble que le lieu essentiel, le point focal de ce système sont les instances internationales (OMC, G7, G20, banque mondiale, FMI, et autres instances du même acabit). C’est en pointant les décisions qui se prennent là au nom de l’Europe ou des nations européennes que l’on comprend comment nos vies quotidiennes sont aliénées par le système capitaliste et les groupes de pression qui le composent. Que l’on se sente concernés par les luttes sociales ou écologiques (voir le deux), les centres et leviers de décisions, les mécanismes sont les mêmes.
    J’espère ne pas faire erreur en disant qu’une partie de votre démarche politique s’appuie sur cette conscience là, que c’est aussi ce qui vous motive pour être élu au parlement européen : non seulement la convergence des luttes européennes, mais aussi le fait de continuer à surveiller, expliquer, mettre en lumière, dénoncer les décisions prises au nom de l’Europe dans les instances internationales.
    Il me semble que ces enjeux ne sont pas assez mis en avant dans la campagne du NPA pour le sud-est. Il ne suffit pas de dire que le système capitaliste est intrinsèquement vouée à exploiter la majorité (ce que dis la gauche, la vraie, depuis des décennies). Vous êtes à même de continuer à expliquer à une population en lutte de plus en plus réceptive comment ça marche et là où il faut regarder pour bien comprendre les enjeux.
    Si les services public français et européens sont menacés, il y a bien l’AGCS derrière tout cela.
    Un discours juridique n’est peut-être pas très « sexy » dans un discours de campagne de parti politique, ça passe sans doute moins bien que certaines prouesses oratoires, mais c’est ce qui fait la rigueur, la justesse de vos interventions. Vos compétences juridiques et pédagogiques sont un atout important pour le mouvement social. Le discours altermondialiste aide la gauche traditionnelle à se renouveler.
    J’aimerai que vous gardiez ce cap et que les enjeux concernant les traités de l’OMC, les institutions de Bretton Woods, finissent pas transpirer bien plus dans les discours du NPA. Avec l’écologie radicale antiproductiviste, cette conscience là est un acquis majeur de la pensée politique récente.
    Continuez, courage et j’espère que les luttes fratricides de l’ex gauche unitaire prendront fin bientôt.

  4. Raoul Marc Jennar a dit :

    @Nolwenn –

    Bonjour,

    Il n’est pas contestable que l’apport de l’altermondialisme soit considérable dans l’élaboration des principes fondateurs du NPA. A lire, à ce propos, l’intéressante réflexion de Philippe Pignarre (« Etre anticapitaliste aujourd’hui », Paris, La Découverte, 2009).
    Il va de soi que si je suis élu, je consacrerai une partie de mon mandat au rôle de l’UE dans des institutions comme l’OMC et le FMI et dans les négociations avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique dans le cadre de l’Accord de Cotonou.
    De la même manière, je m’efforcerai de dresser la traçabilité de chaque proposition de la Commission européenne afin d’identifier quels sont les intérêts particuliers qui l’ont inspirée.
    Et je rendrai régulièrement compte de mon mandat partout où j’ai fait campagne (ce soir, ce sera mon 39e meeting).
    Mais je ne suis pas encore élu et la partie n’est pas gagnée.
    J’ai fait de mon mieux et je n’ai rien négligé pour mener une campagne de proximité, très pédagogique, ne promettant que ce qu’un parlementaire peut faire, compte tenu des pouvoirs limités du Parlement européen.
    C’est aux électrices et aux électeurs de décider maintenant s’il veulent me voir les représenter.

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