06 Oct 2009

Avec la ratification irlandaise du traité modifiant les traités européens encore appelé , tout ce qui justifiait le rejet de ce traité qui n’était en fait qu’un copier-coller du Traité établissant une Constitution pour l’Europe () va devenir réalité. Les millions de femmes et d’hommes qui ont dit « non » à une Europe des inégalités vont, dans un contexte aggravé par la crise du capitalisme, devoir maintenant en subir les effets.

 Il n’est pas inutile de rappeler ne fut-ce que synthétiquement, ce qui attend celles et ceux qui ne vivent que de leur travail – quand ils en ont. Il n’est pas non plus inutile de garder en mémoire l’appui qu’ont apporté à ce traité, aux côtés de la droite, les socialistes et les Verts.

 A propos de la laïcité :

 Comme dans le TCE, « l’héritage religieux » est mentionné comme « source de la , de l’Etat de droit et des libertés fondamentales » ; l’ (UE) reconnaît les Eglises, mais pas la laïcité (le mot et la chose sont absent des textes). Le retour en force de l’ingérence des Eglises est ainsi encouragé. L’Europe des Lumières s’obscurcit dangereusement. Les droits des femmes à peine conquis sont directement menacés. Le Vatican triomphe.

A propos de la démocratie:

Si quelques dispositions renforcent le poids du Parlement européen, celui-ci reste largement un Parlement croupion : il n’est pas l’unique législateur et ses pouvoirs de contrôle sont limités (pas de séparation des pouvoirs), il ne peut pas proposer ses propres textes (le monopole de l’initiative est maintenu en faveur de la toute puissante Commission européenne qui peut s’opposer aux attentes du Parlement et du Conseil des ministres tous deux pourtant issus du suffrage universel). Le citoyen qui peut changer, par le suffrage universel, son maire, son parlementaire, son gouvernement est totalement impuissant face à une Commission européenne qui n’est pas comptable de ses actes. Le traité ne modifie pas le caractère technocratique et opaque d’une Commission européenne plus que jamais aux ordres des lobbies de la finance et du business. Le traité consacre un défaut de démocratie qui, lorsqu’il se constate ailleurs, provoque les condamnations indignées de l’Union européenne.

A propos des droits sociaux fondamentaux.

La Charte des droits fondamentaux traduit un terrible recul par rapport à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et aux Conventions internationales qui la précisent (le Pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques). Il est en recul par rapport à la Charte sociale de Turin de 1961. Ni le droit à la santé, ni le droit au logement, ni le droit à un revenu minimum, à une pension de retraite, à une allocation de chômage, ni le droit à l’accès à un certain nombre de services (transports, poste, etc), ni le droit à la sécurité sociale et à l’aide sociale ne sont formellement garantis dans ce texte. Pire, ces droits, lorsqu’ils sont mis en œuvre dans certains Etats membres, sont désormais directement menacés par les « quatre libertés fondamentales de l’Union européenne » :  liberté d’établissement et de circulation des personnes, des marchandises, des capitaux et des services.

 A propos du des politiques européennes :

La disparition de la formule « concurrence libre et non faussée » qui se trouvait dans le TCE n’entraîne pas de changement dans l’orientation des politiques. Un article du nouveau traité rappelle le primat d’une « économie de marché ouverte où la concurrence est libre » et un protocole (même valeur que le traité) indique que « le marché intérieur comprend un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée ». La seule politique de l’UE, c’est, plus que jamais, de mettre en concurrence toutes les activités humaines. Pas de place pour la coopération ; pas de place pour la solidarité. Mme Merkel l’a confirmé au Parlement européen : en ce qui concerne le libéralisme des politiques, « rien ne va changer ». Pire, un tel texte rend impossible toute espèce d’Europe sociale.

A propos des services publics :

Rien n’est plus mensonger que d’affirmer que l’UE protège désormais les services publics (baptisés « services d’intérêt général »). Un protocole dont l’intitulé parle des « services d’intérêt général » ne concerne en fait dans son contenu que les « services d’intérêt économique général » lesquels sont soumis aux règles de la concurrence. Il s’agit-là d’une formidable mystification de la part des auteurs du traité. Comme ceux-ci l’ont déclaré : « la liberté d’établissement et la liberté de circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services continuent de revêtir une importance capitale ». Le traité de Lisbonne soumet comme jamais les services culturels, d’enseignement, de santé et sociaux à la logique du marché.

A propos de la mondialisation néolibérale :

L’affirmation selon laquelle désormais l’UE protégerait contre la mondialisation est totalement mensongère et démentie par le texte : celui-ci renforce la subordination de toute politique à une économie de marché sur le modèle imposé par les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ; il renforce les pouvoirs de la Commission européenne pour négocier des politiques de dérégulation à l’OMC. Les pouvoirs du Comité 133 sont consacrés et renforcés dans la mesure où il ne devra plus se prononcer à l’unanimité. Son opacité demeure. La négociation de la mise en œuvre de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), dont l’objectif ultime est la privatisation de toutes les activités de services -qu’elles soient nationales, régionales ou municipales – en sera facilitée. Le traité de Lisbonne facilite la soumission des services publics locaux, régionaux et nationaux aux règles de l’AGCS.

A propos de la subordination de la majorité des 27 Etats à l’OTAN

Le traité est aussi un traité d’adhésion collective à l’OTAN, une organisation qui n’est pas européenne et dont la direction se trouve au Pentagone, à Washington. Il est précisé que «  l’OTAN reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. » Les Etats se sont engagés dans ce traité à augmenter leur capacité militaire dans le cadre de l’OTAN. Il n’y aura pas d’Europe européenne et pacifique. Le traité met en place une Europe auxiliaire militaire des gendarmes du monde.

Comme l’écrivait très justement Pierre Bourdieu, « l’Europe européenne fonctionne comme un leurre dissimulant l’Europe euro-américaine qui se profile. » Face à cette nouvelle avancée de ce qu’il appelait «  la restauration conservatrice », l’heure n’est pas à la résignation, mais à la résistance. J’y reviendrai.

RMJ

6 oct. 2009

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Une Réponse pour “Un bond dramatique vers l’Europe des inégalités”

  1. gilles a dit :

    L’industrie dans la tourmente de la finance
    Un livre de Denis Langlet à lire pour comprendre, s’armer, agir….
    Par Jacques Cotta du site « La Sociale »

    L’industrie dans la tourmente de la finance.

    Alors que les sommets internationaux se succèdent et que les gouvernants du monde entier promettent des jours meilleurs, les plans sociaux tombent. Dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans les banques et compagnies d’assurance, mais aussi dans les petites et moyennes entreprises, des centaines de milliers de travailleurs, de salariés, sont confrontés à la perte de leur emploi ou au chômage partiel, à la difficulté croissante de « faire leur fin de mois ».

    Pendant ce temps, de retour du G20, monsieur Sarkozy affiche sa satisfaction. Il proclame la réforme du capitalisme en marche ! La moralisation du système serait sur la bonne voie…

    Parole, parole… L’étude produite par Denis Langlet dans son ouvrage « L’industrie dans la tourmente de la finance » est un matériau qui tombe à pic pour démontrer que toutes les déclarations n’engageront que ceux qui auront décidé de bien vouloir y croire. Il s’agit d’un livre explicatif, extrêmement documenté, dans lequel toute affirmation est étayée.

    Denis Langlet est ingénieur et par ailleurs élu du personnel et délégué syndical depuis des années dans un grand groupe multinational. Familiarisé aux questions économiques qui rythment la vie des entreprises il a le mérite d’exposer là des mécanismes qui ont conduit à la crise avec simplicité et exactitude, alors que les spécialistes en général se complaisent dans la complexité et la vanité.

    Si les seconds cherchent d’abord à interdire aux citoyens la compréhension des évènements sur lesquels ils pourraient agir, Denis Langlet fait l’inverse. Il s’adresse à nous pour permettre d’appréhender et analyser une situation qui pèse sur la société dans son ensemble et sur la vie du plus grand nombre. Son livre est un outil pour agir.

    Ainsi, chiffres à l’appui, il dégage l’importance des fonds et leur action notamment dans les opérations dites de LBO dont la caractéristique est de contraindre les employés des entreprises visées –industrie, PME, PMI- à trimer dur pour rembourser une part des emprunts contractés par les fonds afin d’acquérir l’entreprise, puis pour la restructurer et la revendre souvent à d’autres fonds, dans une nouvelle opération de LBO, avec un profit considérable. Evidemment, dans la restructuration, l’entreprise est souvent démantelée, et les employés qui auront travaillé dur pour permettre au fond de s’offrir leur outil de travail seront en partie virés…. Il analyse exemples à l’appui les pressions que les « Hedge Fund », ces fonds hautement spéculatifs, exercent sur les entreprises pour tirer des profits suffisamment rapides et importants dans le seul but de satisfaire gestionnaires et actionnaires. Après une déréglementation impulsée tout autant par les gouvernements de droite et de gauche -1982 et la victoire de Delors et Mauroy dans le gouvernement d’union de la gauche ont constitué un tournant- l’auteur dégage le poids des fonds au niveau international et au niveau national, et leur influence sur les entreprises même lorsqu’ils y sont très minoritaires. Au titre des dossiers qu’il traite, celui de l’Aéronautique prend une valeur toute particulière d’abord pour l’importance économique et stratégique de cette industrie, ensuite pour la mobilisation des fonds et des grandes puissances financières qu’elle suscite….

    Dans son ouvrage, Denis Langlet éclaire d’une lumière crue la captation par le capital de la valeur issue du travail.

    Evidemment, le discours officiel tenu par les gouvernants, les responsables ou spécialistes économiques, les grands patrons, présente la réalité économique et la crise comme un accident venu d’ailleurs. L’auteur montre bien, là encore avec détails et exactitude, citations à l’appui, la construction politique qui a permis ou conforté la situation de crise dans laquelle nous nous trouvons et dont vont pâtir des centaines de millions d’individus à travers le monde, des dizaines de millions en Europe et en France. Les directives européennes sont citées, analysées. De Rome à Maastricht, de Barcelone à Lisbonne, toutes les décisions qui pèsent sont présentes dans cet ouvrage et permettent de comprendre le travail minutieux du capital et de ses représentants dans le temps et la durée.

    Quelques mesures simples renouant avec les traditions républicaines, nationalisation du secteur bancaire, défense de la monnaie, remise sur pied d’un grand plan de développement industriel, défense et extension du secteur public, une simple régulation comme la France l’a connue dans les années 45, s’imposeraient ici et maintenant pour tenter d’entraver la spéculation qui se poursuit et fait des ravages… Les solutions ébauchées par l’auteur donnent un contenu réel à la nécessité de se réapproprier notre souveraineté. Loin de revendiquer en termes abstraits et insaisissables une rupture avec l’Union Européenne qui ne saurait être décrétée, il montre bien que la rupture sera le produit de la bataille politique pour permettre que soient prises les mesures urgentes de défense et sauvegarde qui s’imposent.

    L’industrie dans la tourmente de la finance, un travail pour mieux comprendre, et donc pour mieux s’armer, pour agir…

    Jacques Cotta

    Le 18 novembre 2008

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