26 Nov 2010

Suite à l’assassinat du Premier ministre du Rafic Hariri, en 2005, sous la pression de Jacques Chirac et de Georges W. Bush, le Conseil de Sécurité de l’ a créé un « tribunal spécial pour le Liban (). »

Grande première : alors que le recours à des tribunaux pénaux internationaux était jusque-là réservé aux trois grands crimes majeurs (crime de guerre, crime contre l’humanité, génocide), pour la première fois, une juridiction pénale internationale est mise en place pour un assassinat politique. Un signe supplémentaire de l’instrumentalisation de l’ONU et du droit à des fins partisanes. Pourquoi pas un tribunal pénal international pour l’assassinat de Patrice Lumumba, celui de Ben Barka, celui d’Amilcar Cabral, trois cas dans lequel l’implication d’une puissance é trangère était patente ? Sans même citer tous les autres assassinats politiques qui, hélas, n’ont pas manqué depuis la création de l’ONU. Jamais non plus n’a été ne fut-ce qu’envisagée la création d’un tribunal pénal international pour juger la politique israélienne systématique d’assassinats ciblés à l’étranger.

A l’époque de la création de ce TSL, le présumé coupable désigné par les médias et les chancelleries occidentales était la Syrie. Après plusieurs enquêtes, la piste syrienne a du être abandonnée. Mais après l’échec de l’armée israélienne face à la résistance libanaise pendant l’été 2006, une nouvelle piste a émergé : le , fer de lance de cette résistance.

Par contre, jamais la piste israélienne n’a été envisagée par ce tribunal de l’ONU. Bien que cet Etat soit connu pour sa pratique des assassinats politiques à l’étranger. Jamais n’ont été rappelés les actes d’agression d’ contre le Liban depuis plus de trente ans. Jamais n’est rappelée l’occupation du sud-liban par pendant 22 ans. Jamais la question n’a été posée : quel pays a le plus intérêt à un Liban faible et déchiré ? Au point de voir , en 1989, donner son feu vert à l’occupation syrienne.

Alors qu’après une interminable crise, un gouvernement d’union nationale incluant le Hezbollah s’est mis en place à Beyrouth, des informations filtrent dans la presse depuis plusieurs mois indiquant que le tribunal de l’ONU serait sur le point de mettre en examen des membres du Hezbollah. Les enquêteurs de l’ONU se baseraient sur des échanges entre téléphones portables pour étayer leur accusation.

Ce 25 novembre, on peut lire sur Le Figaro.fr – qui ne peut être accusé de sympathie pour le parti chiite – une information d’autant plus intéressante qu’elle survient après plusieurs arrestations de Libanais travaillant pour les services israéliens dans le secteur des télécommunications : Israël serait en capacité d’infiltrer le réseau libanais de téléphonie mobile.

rmj

Le parti chiite espère démonter les charges portées à son encontre par le Tribunal Hariri.

Israël aurait infiltré le réseau de téléphonie mobile libanais au point d’être en mesure d’attribuer à des membres du Hezbollah des communications imaginaires.

C’est en tout cas l’accusation qui a été formulée mardi par Hassan Fadlallah, un député du parti chiite qui préside la commission parlementaire des télécoms, ainsi que par Charbel Nahas, ministre des Télécommunications et représentant d’un parti allié du Hezbollah. Une plainte en ce sens a été adressée par le Liban à l’ONU.

L’accusation intervient au moment précis où la télévision canadienne CBC expose en détail le scénario d’une implication du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri, citant des sources et des documents issus de la commission internationale chargée d’enquêter sur l’attentat du 14 février 2005. L’analyse des communications téléphoniques libanaises aurait permis d’identifier trois réseaux d’appareils portables convergeant tous vers le Hezbollah. Ces «fuites» sont dénoncées par le procureur du Tribunal spécial pour le Liban, Daniel Bellemare. En attendant sa désignation officielle comme suspect, qu’il présente comme certaine bien que l’acte d’accusation n’ait toujours pas été publié, les militants du Hezbollah, tout comme leurs alliés, mettent en doute la crédibilité de l’enquête.

Parmi leurs arguments figure en ­bonne place le fait que le réseau téléphonique libanais serait «totalement» sous le contrôle d’Israël, comme l’affirmait en juillet le chef du Hezbollah. Hassan Nasrallah s’appuyait alors sur l’arrestation d’agents israéliens découverts à des postes clés du secteur des télé­communications. Le dispositif israélien reposerait notamment sur une «batterie de 24 antennes allant jusqu’à 60-70 mètres de hauteur dont l’orientation est clairement destinée à capter les communications sur le territoire libanais». Un élément qui a permis au Liban d’obtenir en octobre une résolution de l’Union internationale des télécommunications condamnant Israël pour le piratage de ses réseaux de téléphonie fixe et mobile, se félicite le ministre des Télécoms.

Clones de cartes SIM

Autre découverte libanaise : les principales antennes de transmission reliant le Sud, fief du Hezbollah, au reste du pays sont alignées avec une troisième antenne située en territoire israélien. «Ces emplacements semblent avoir été choisis à dessein au moment de la remise en état du réseau après la guerre de l’été 2006, explique Charbel Nahas au Figaro. Cet alignement permet à l’antenne israélienne d’envoyer des communications à l’antenne libanaise la plus éloignée comme si elles provenaient de l’autre antenne libanaise.»

Selon Charbel Nahas, l’équipementier Alcatel a été sollicité pour élucider des alarmes inexpliquées survenues pendant vingt jours, en 2006, dans le centre de contrôle du réseau. «La réponse est qu’elles sont le fait d’un intervenant externe ayant infiltré le réseau de transmission», assure-t-il. À entendre le ministre, les spécialistes israéliens seraient enfin en mesure de créer des clones de cartes SIM dont les communications ne seraient pas discernables de la puce originale. «En résumé, il lui est possible d’inscrire sur les registres libanais des télécommunications des communications qui n’ont pas eu lieu.»

Sibylle Rizk

Le Figaro.fr

25.11.2010

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