15 Juin 2011

Voici la version française du texte posté il y a quelques jours en anglais.

Fin mai, deux journées d’audience se sont tenues à la , à La Haye, Pays-Bas. A l’ordre du jour, la requête introduite par le en vue d’obtenir des mesures  conservatoires dans le cadre d’une « Demande en interprétation de l’arrêt du 15 juin 1962 en l’affaire du Temple de Préah Vihear ( c. ) ».

Pendant ces deux journées, les représentants de la Thaïlande ont tenté de convaincre la Cour que ce pays a toujours été désireux d’entretenir des relations de paix et d’amitié avec le Cambodge et que cette « tradition pacifiste » est une valeur fondamentale de la politique étrangère thaïlandaise.

Selon l’Ambassadeur Plasai, la  politique étrangère de la Thaïlande – ou le Siam, ainsi qu’il s’appelait autrefois – « s‘inscrit dans le cadre d’une longue et traditionnelle diplomatie thaïlandaise qui est avant tout une diplomatie pacifiste. » Et il a essayé de démontrer à la Cour que « le tableau du grand méchant loup qui guette le petit agneau que le Cambodge essaie de peindre est tout à fait faux. » Cet effort pour donner de la Thaïlande une image très positive fut poursuivi par le professeur Alain Pellet, un des conseils français du Gouvernement de Bangkok. Tous deux usèrent d’une méthode bien classique pour parvenir à leurs fins : mentir par omission. Mais les faits historiques sont là.

En sa qualité de voisin amical, le Siam, allié de l’Axe, cette coalition regroupant l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon impérial, profita de la défaite de la France en 1940 pour annexer trois provinces présentées comme des « territoires perdus » alors que le Cambodge faisait partie  de l’empire colonial français.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande, après la défaite de l’Axe, refusa de rétrocéder les provinces cambodgiennes. Cela prit une année et exigea la menace française d’opposer son véto à l’entrée de la Thaïlande à l’ONU avant que les provinces furent restituées au Cambodge.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande commença, en 1949, à occuper le jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de se retirer par l’arrêt de la Cour Internationale de Justice de 1962.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande, en 1962, par la voix de son représentant à l’ONU, affirma ses droits souverains sur les provinces cambodgiennes de Battambang, Kompong Thom et Siem Reap.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande envoya, le 3 avril 1966, ses forces armées dans le Temple de Preah Vihear qui l’occupèrent quelques jours avant d’être chassées par l’armée cambodgienne.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande, pendant toutes les années soixante, s’ingéra dans les affaires intérieures du Cambodge et tenta de déstabiliser le Gouvernement de celui qui était alors le Prince Norodom Sihanouk en soutenant et en offrant des sanctuaires à un groupe de guérilla appelé « Khmers Serei ».

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande exprima son plus ferme soutien aux auteurs du coup d’Etat qui renversa le Prince Norodom Sihanouk en 1970.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande ordonna à ses forces armées, le 9 juin 1979,  de commettre un crime contre l’humanité en refoulant sous la menace des armes 45.000 réfugiés cambodgiens sur des champs de mines dans les environs du Temple de Preah Vihear ; des milliers moururent.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande, pendant les années soixante-dix et quatre-vingt, profita largement de l’aide humanitaire internationale destinées aux centaines de milliers de Cambodgiens auxquels elle refusait le statut de réfugiés et qu’elle parquait dans des camps sous le contrôle menaçant d’unités spéciales de l’armée thaïlandaise.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande fut parmi les pays qui imposèrent la participation des Khmers rouges dans le processus de paix.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande refusa de respecter certaines dispositions des Accords de Paix sur le Cambodge dont elle était un des signataires, en protégeant des compagnies thaïlandaises impliquées dans la déforestation  dans des zones contrôlées par les Khmers rouges, en accordant protection à des soldats Khmers rouges ayant combattu du personnel des Nations Unies et, comme ce fut constaté par des observateurs de l’ONU, en déplaçant des bornes frontières vers l’intérieur du Cambodge.

En sa qualité de voisin amical, la Thaïlande a ordonné, en février dernier, à ses forces armées d’utiliser des armes à sous-munitions contre la population cambodgienne, ce qui fut confirmé par les représentants de 18 gouvernements (Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chili, Croatie, Irlande,  Japon, Laos, Liban, Mexique, Nouvelle-Zélande, Sierra-Leone, Slovénie, Suisse et Zambie) et par de  nombreuses ONG également.

Tels sont les faits et ils ne sont pas contestables.

Aucun de ces faits n’ont été rappelés par les représentants de la Thaïlande, fin mai, à La Haye, ni par leurs conseils.

Les observateurs constatent que les relations entre les deux pays étaient la plupart du temps normales lorsqu’il y avait un gouvernement civil à Bangkok.  Et qu’elles sont tendues voire davantage quand il y a un gouvernement militaire. Ou, comme aujourd’hui, cinq ans après le dernier coup d’Etat militaire – il y eut 18 coups d’Etat militaires au cours des 80 années écoulées – lorsque le gouvernement civil est sous l’influence de l’armée.. Le gouvernement thaïlandais représenté à La Haye est celui qui a tué plus de 90 manifestants l’an passé.

Une « tradition pacifique » et un » gouvernement pacifique », assurément.

Raoul Marc JENNAR

Docteur en études khmères

Conseiller du Gouvernement Royal du Cambodge

 

 

 

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2 Réponses pour “La Thaïlande, un voisin amical ?”

  1. do a dit :

    Salut,

    Il faut rajouter que c’est de Thaïlande que décollaient les bombardiers américains B52 qui allaient bombarder le nord-Vietnam. Et qu’ensuite il y revenaient. Et que la Thaïlande servait alors pour le « repos du guerrier », comme on disait à l’époque. C’est pourquoi il y a encore aujourd’hui autant de prostitution en Thaïlande.

    Il faut remarquer aussi que la Thaïlande étant américaine depuis des décennies, elle aida les Khmers rouges (pro-chinois) après l’alliance que Mao et Nixon signèrent dans les années 1971-72. Ainsi, après la défaite des Khmers rouges face aux Vietnamiens qui parvinrent par conséquent à stopper l’auto-génocide du cambodge, l’armée Khmer rouge pu se réfugier et établir ses bases dans le nord-ouest de la Thaïlande afin d’y survivre et d’avoir la possibilité de tenter une éventuelle reconquête du Cambodge. C’était sans doute aussi par amité pour le Cambodge. Et là, il ne s’agit plus seulement de la Thaïlande, mais aussi et surtout des USA !

    Bien à toi,
    do

  2. khmerdefrance a dit :

    salut,

    Je veux juste dire une phrase très simple et très facile à comprendre, même pour un môme en primaire:

    Il ne faut pas oublier qu’un voisin amical n’envahit pas son voisin plus faible qui est le cambodge !!!!! c’était un 2008 apres que le temple khmer de preah vihear soit reconnu comme patrimoine mondial de l’humanite.

    En effet, même si la thailande emploie un expert en la matiere ou un grand orateur…le resultat est le même, je vous laisse reflechir (les faits sont là comme le dit si bien le Dr Jennar).

    Vive l’amitié entre les peuples.

    A bon entendeur.

    Khmerdefrance.

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