25 Juin 2011

Il m’est impossible, pour des raisons professionnelles, de trouver, avant la fin de la semaine prochaine, le temps d’exprimer  mes opinions suite aux opinions formulées sur le sujet. Mais je suis heureux de présenter les réactions d’André Bellon.

La n’est plus aujourd’hui qu’une caricature. La disparition de toute souveraineté populaire éloigne les citoyens de la vie politique. Considérant de plus en plus leurs représentant théoriques comme illégitimes, les citoyens s’en détournent en même temps qu’ils se détournent des élections.

Rien d’étonnant donc à ce que la moindre critique de la vie politique et des élus rencontre un écho. Mais la voie est étroite entre la critique d’une vie politique fossilisée, hostile à son propre peuple, méprisante envers les citoyens et la remise en cause de la démocratie elle-même. Certains n’hésitent pas à franchir cet espace consistant non pas à critiquer le dévoiement du , mais le lui-même.

Tel est le cas des tenants du , nouvelle lune censée donner satisfaction aussi bien aux déçus du suffrage universel aujourd’hui qu’à ses adversaires déclarés.

Cette thèse est assez marginale dans la population, mais elle trouve un écho certain dans les milieux internautes, d’autant plus qu’il y a alors confusion entre popularité et agitation/ bruitage. En particulier, certains semblent considérer que le nombre de commentaires favorables à une thèse valide celle-ci, même si les mêmes personnes sont intervenues des dizaines de fois.

C’est par ce type de méthode qui s’apparente plus à de la pression organisée qu’à un débat raisonné que des tenants du tirage au sort ont tenté, depuis quelque temps, d’imposer leur thèse grâce à l’assaut des commentaires contre un texte particulièrement élaboré de Raoul Marc Jennar qui critiquait le tirage au sort sur son blog  HYPERLINK « http://www.jennar.fr » www.jennar.fr

Histoire d’avoir encore plus raison, les mêmes personnes se posent en victimes en déclarant, après avoir déposé nombre de messages, que ceux qu’ils combattent n’ont pas suffisamment fait la promotion de leurs analyses et autres vidéos. En bref, pour eux, la démocratie consiste à leur faire de la publicité. C’est sans doute une conception moderne de la chose : quelques personnes agissantes, submergeant les citoyens de messages et protestant dès qu’ils ne sont pas reproduits.

On comprend dans ce contexte leur intérêt pour le tirage au sort. Bien sûr, ajoutent-ils, tirage au sort parmi les personnes motivées. Est-ce à dire ceux qui inondent de messages ? Est-ce la nouvelle définition des citoyens ?

La méthode ne semblant apparemment pas suffisante, les tenants du tirage au sort cherchent à déconsidérer les défenseurs du suffrage universel. Ainsi Raoul Marc Jennar attendrait un intérêt personnel dans les élections et moi-même serais en « solidarité de classe (sic) » parce qu’ayant été élu il y a 20 ans, de 1981 à 1993. Seuls les tenants du tirage au sort seraient d’une honnêteté immaculée et d’un désintéressement total. C’est sans doute pourquoi certains de leurs portes paroles  ont fait la campagne de José Bové à la dernière présidentielle. Comprenne qui pourra. Je regrette d’avoir à dire à ceux qui utilisent ces arguments pitoyables que, espérons sans s’en rendre compte, ils utilisent les arguments de tous les antirépublicains depuis 2 siècles et particulièrement pendant les années 1930.

Oh, certes, ils se référent à l’Histoire. Les grecs, braves gens, utilisaient le tirage au sort. Outre que c’est globalement inexact, les cas réels étaient précisément dans le cadre d’un système oligarchique. Mais rien n’y fait et ce brave Aristote se voit convié à étaler sa pensée supposée au travers de citations tronquées ou faussement interprétées. En revanche, nos fanatiques du tirage au sort expliquent que c’est Napoléon III qui a « inventé le suffrage universel », faisant volontairement l’impasse sur la Révolution français et sur les débuts de la 2ème République pour valoriser l’exemple absurde qui les arrange, l’empereur n’ayant jamais conçu le suffrage universel que comme un instrument à plébiscite.

L’interprétation apologétique de l’Histoire n’a jamais été caractéristique, il est vrai, des authentiques démocrates. Mais comme, de toutes façons, il s’agit pour certains, d’avoir a priori raison et d’en trouver l’illustration, qu’importe ! D’ailleurs, ils reconnaitront leur erreur lorsqu’il sera devenu impossible de la nier et trouveront une autre explication sans jamais remettre en cause leurs principes de base.

Bien sûr, ces mêmes personnages expliquent parfois que les tirés au sort le seront en tenant compte de la réalité sociale, les heureux choisis reproduisant la société en réduction. Cette proposition en apparence juste présuppose que la typologie choisie est neutre, ce qui est absurde, et que les membres d’un groupe social représentent par nature le groupe dont ils sont membres, ce qui relève d’un très dangereux et liberticide déterminisme social. On n’est pas par nature le porte parole de sa classe sociale ou de sa profession.  Qui plus est, elle relève d’un corporatisme dangereux. Les élus, en démocratie,  le sont sur la base de mandats généraux et non des intérêts contradictoires de telle ou telle catégorie sociale. Et on oublie que le choix de ceux qui les représentent fait partie de la liberté des citoyens.

Histoire d’aller jusqu’au bout, certains proposent que les tirés au sort soient assistés d’experts, histoire sans doute de les libérer de la dictature des experts. Au fait, des experts choisis par qui ? On a ici le produit des modèles expertocratiques qui mythifient une science désincarnée dont nos sociétés souffrent depuis des décennies.

Il devient donc nécessaire de rappeler que le suffrage universel est un élément consubstantiel de la démocratie, que le tirage au sort est antidémocratique et que la démocratie moderne ne se mesure pas au nombre de courriels échangés, mais au débat raisonné devant les citoyens qui doivent en décider. Que ce principe soit aujourd’hui dévoyé est une évidence. Qu’on en tire pour conclusion que le suffrage populaire est inutile est un crime, pire ! une acceptation des raisonnements de tous les antirépublicains depuis deux siècles. Le devoir des démocrates est de redonner au suffrage universel sa force émancipatrice et non pas de l’enterrer et avec lui la liberté.

Lé démocratie s’affirme dans le combat et le débat et non dans la soumission au hasard. C’est cela le sens de l’histoire et de la grandeur de l’humanité.

 

André Bellon

Président de l’Association pour une Constituante

 

 

 

 

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6 Réponses pour “Réactions d’André Bellon aux commentaires (nombreux) des partisans du tirage au sort”

  1. Christine Dardalhon a dit :

    Je n’ai pas eu le temps, au moment de la parution de l’article de RMJ, de faire un commentaire dénonçant la dimension réductrice qu’il se faisait du « tirage au sort », comme si ce dernier pouvait se substituer purement et simplement à l’élection, sans tenir compte de la nécessaire relocalisation du politique qui permettrait l’exercice de la démocratie directe.
    Je profite de l’article d’André Bellon pour le faire sans directement commenter cet article, mais en apportant mon petit point de vue sur la question.
    Voici brièvement comment je conçois la démocratie directe :
    L’ assemblée de tous les « usagers », ou de tous les « résidents » – je préfère ces termes à celui de « citoyens » car ils n’excluent personne – prendrait des décisions après débat, ou, mieux, après « palabre », et, si cette position devait être portée devant une assemblée géographiquement plus large, cette dernière ne serait que virtuelle, et composée de membres tirés au sort dans chaque assemblée locale, responsables sur ce seul mandat, et retournant à leurs occupations aussitôt après en avoir rendu compte.
    Les décisions dans cette assemblée « fédérale » ne pouvant être prises qu’après retour des membres mandatés et rendu compte des débats auprès de l’assemblée de base, avec « navettes » si nécessaire.
    Le tirage au sort, sans autre paramètre que le pur hasard, pourrait être envisagé dans les assemblées de base en fonction de la taille de la « cité », mais j’avoue ne pas y être favorable et préférer la réduction des cités à une « taille humaine » pour permettre de l’éviter.
    Il est à noter que, même avec nos institutions élitaires, cela pourrait se pratiquer déjà au niveau des communes :
    il suffirait qu’une liste candidate à l’élection municipale annonce dans son programme qu’aussitôt élue elle se dessaisira de son pouvoir décisionnaire au profit des « administrés », (inscrits ou non sur les listes électorales), réunis en assemblée. Si elle était élue, le conseil municipal se bornerait alors à valider en les signant les délibérations et décisions prises par l’assemblée, puisque la légalité actuelle l’impose.

  2. René de VOS a dit :

    Avec la réponse d’André Bellon, je me sens quand même un peu moins minoritaire ou étranger dans ce débat. Merci

  3. Cooli a dit :

    Mr Bellon and Jennar, ou est le débat dans un billet pareil ou vous semblez tout melanger sur ce qui (bon ou pas bon) a pu etre commenté sur vos billets précédents?
    « Lé démocratie s’affirme dans le combat et le débat et non dans la soumission au hasard. »
    Et le débat demande un effort de discernement, non?
    Par exemple, il serait bon pour le débat d’avoir votre avis/réponse sur un des derniers commentaires, qui ne tombent dans aucune des catégories dont vous parlez plus haut: http://www.jennar.fr/?p=1975#comment-3010
    Merci d’avance!

  4. Annie a dit :

    bonjour,
    je viens ici témoigner d’une disconvenue qui vient de m’arriver.
    Je m’étais inscrite sur le forum de cette appel pour une constituante. J’ai fait quelques tropics
    Je parcours et lis une intervention vous appelant en substance « le sauveur ». j’écris que j’ai toute estime pour vous (que j’ai déjà écris ici) mais que de sauveur je n’y crois pas, tout citoyen peut avoir des qualifications équivalentes.
    je me fais insulter. On me traite de troll.

    je me suis désinscrite.

    comment en effet peut-on à la fois réclamer de nouveaux élus, tiré au sort ou autre et refuser de nouvelles têtes, de nouveaux savoirs, cela me fut insupportable, encore des gens avec de bonnes idées qui sont dans l’incapacité des se les appliquer à eux-mêmes.

  5. Bauduret a dit :

    Cessons de discuter du sexe des anges et abordons la question concrètement. Continuer de discuter en opposant suffrage universel et tirage au sort relève d’un attitude politicienne de la pire espèce. J’ai envoyé à André Bellon et Raoul-Marc Jennar un texte de présentation d’une « Chambre des Citoyens ». Ce projet ne remet pas en cause ni le suffrage universel ni l’existence des partis politiques, mais il donne au citoyens par l’intermédiaire du tirage au sort les moyens de contrôler l’Assemblée Nationale, sans droit de veto. J’attends toujours leurs commentaires. Je précise que ce texte n’est pas l’oeuvre d’un « révolutionnaire en chambre isolé », il est signé par 3 membres d’ATTAC, a été publié sur une liste de discussion comprenant 80 personnes qui s’intéressent à la question de la démocratie. Il fait partie d’une brochure intitulée « Quelques pistes de réformes institutionnelles pour régénérer une démocratie chancelante » qui a fait l’objet d’un article d’une page dans le journal « Lignes d’ATTAC » de Janvier. Etienne Chouard a reproduit ce texte sur un des deux blogs, mais je n’ai l’ai pas retrouvé. Peut-être ai-je mal cherché. Accuser les citoyens de faire un mauvais usage du suffrage universel nécessite au préalable de s’interroger sur les conditions dans lesquelles ils l’exercent. Qui les informent, de combien de temps disposent-ils pour s’informer, quelle culture leurs diffuse-t-on dès l’école, à la télé, au cinéma etc…? Ces questions, qui n’apparaissent pas dans ce débat sont traitées dans la brochure.
    Je suis impatient de lire enfin les commentaires de Raoul Marc Jennar et André Bellon sur une proposition qui a le mérite d’être concrète. Cessons de discuter « en général », abordons vraiment les vrais problèmes.

  6. Jacques Roman a dit :

    Bonjour à tous.

    Ceci est mon premier message (je viens de m’inscrire).

    Je n’ai pas encore eu le temps de lire les débats antérieurs sur le tirage au sort. En tout cas, qu’André Bellon et Raoul Marc Jennar sachent qu’ils ne sont pas les seuls de leur avis.

    Je me permettrai les premiers commentaires suivants :

    1) Les Grecs, plus particulièrement les Athéniens, ont sans doute eu les premiers l’idée théorique de la démocratie. et même, c’est possible, les premiers partis politiques à vocation démocratique;

    2) N’empêche que la Grèce antique ne pratiquait pas la démocratie mais l’oligarchie : sur une population de 300 000 à 400 000 personnes aux environs du Vème siècle avant notre ère, 30 000 à 40 0000 seulement composaient ce qu’on appelait le peuple.

    3) Il faudrait expliquer précisément comment le tirage au sort a été appliqué – et combien de temps – dans la Grèce antique. Mes quelques recherches ne m’ont pas permis de m’en faire une idée précise (ma faute sans doute).

    4) Laisser désigner par tirage au sort (car il ne s’agit pas d’élire : le tirage au sort étant le contraire de l’élection) ceux qui vont prendre des décisions au nom du peuple, c’est renoncer non seulement à participer soi-même à l’exercice du pouvoir, mais encore renoncer à déléguer cette tâche à de véritables mandataires librement choisis : autrement dit, c’est le contraire de ce qu’avait prévu la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et de ce que prévoit la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

    5) Tirer au sort les décideurs, c’est renoncer à tout débat politique : à quoi bon des partis et des mouvements d’opinion si en définitive il faut s’en remettre au sort ?

    6) Les tirés au sort, surtout si leur mandat est court (mettons un an) comme le voudrait la logique du système, auront tendance à se concentrer sur des questions d’intendance ponctuelles. Qu’ils veuillent élargir leurs points de vue, et ils se transformeront très vite en sociétés de débat largement inefficaces et coûteuses.

    7) Par contre – et c’est un gros « par contre » – , le tirage au sort a un grand rôle à jouer dans le contrôle des pouvoirs par les citoyens.

    En effet. la question à poser raisonnablement n’est pas d’abolir l’élection sous prétexte que c’est imparfait pour le remplacer par un système dix fois pire, mais de remédier aux imperfections de l’élection.: le contrôle direct de l’exercice des pouvoirs (tous les pouvoirs, y compris les pouvoirs judiciaire et médiatiques) par les citoyens est un excellent moyen de prévenir et de faire sanctionner les abus.

    À cet égard, l’idée de « chambre des citoyens » évoquée ici par Bauduret (voir plus haut) me paraît très intéressante, sauf qu’à mon avis (déjà présenté sur le site d’Étienne Chouard ) il doit plutôt s’agir d’un réseau complet d’assemblées et de comités citoyens , réseau entièrement détaché des institutions constitutionnelles officielles : l’excellente loi de 1901 sur les associations fournit le cadre tout indiqué pour mettre en place ce type d’assemblées et de comités.

    Une chambre de citoyens qui aurait, par exemple, le statut de seconde chambre législative reproduirait vite à l’identique les défauts qu’on attribue au système électoral. Elle ferait partie des pouvoirs institués alors qu’elle serait chargée de contrôler les pouvoirs, ce qui serait contradictoire. Des clans et des partis finiraient par s’y créer, qui ressembleraient comme deux gouttes d’eau aux clans et partis politiques actuels, avec toutefois la grande différence qu’ils ne reflèteraient même pas les vraies divisions de l’opinion publique..

    Un système de contrôle civique chargé d’observer le fonctionnement de tous les pouvoirs et de faire des recommandations dans le cadre soit de missions ponctuelles, soit de missions plus générales (par exemple d’une durée d’un an).permettrait – surtout s’il était associé à une pratique large mais prudente du référendum d’initiative citoyenne – de remédier aux défaillances du système électoral.

    Il n’y aurait alors aucun inconvénient à ce que ces organes civiques, puisqu’ils ne prendraient pas de décisions, soient systématiquement composés par tirage au sort.

    8) Dernière remarque : on dit souvent que par le jeu de la loi des grands nombres une chambre de tirés au sort représenterait fidèlement la composition sociologique du pays.

    C’est vrai, mais quelle importance ? Il ne s’agit pas ici de représentation sociologique mais de représentation politique.

    Les Indiens ont beaucoup de mal à se débarrasser de leur système de castes : merci de ne pas l’introduire chez nous !

    JR (coord.prov du projet EUROCONSTITUTION.ORG)

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