31 Jan 2012

Je récuse d’emblée toute accusation de germanophobie. Un qualificatif trop vite jeté à la figure de ceux qui n’oublient pas l’Histoire. Il y a une que nous aimons, celle de Rosa Luxemburg, de Willy Brandt, d’Oskar Lafontaine, celle de Ludwig van Beethoven, de Bertolt Brecht, de Günther Grass, d’Hans-Magnus Enzensberger, de Jürgen Habermas. Mais il y a aussi une de qui, aujourd’hui comme hier, porte en elle la conviction de la supériorité de l’Allemagne et du modèle allemand, quel qu’il soit.

Comme je l’ai écrit à de multiples reprises, je désire plus que tout la paix et l’union entre les peuples d’. Le rêve des Etats-Unis d’ de Victor Hugo est le mien.

Mais je réclame le droit de dénoncer les dérives de ce qui s’appelle erronément la « construction européenne » comme je l’ai fait dans mes livres et articles et lors des dizaines de conférences que j’ai présentées depuis 2004.

La dérive néolibérale – inscrite dans les textes dès la fondation en 1957, mais entamée seulement avec l’Acte unique européen (1986) de Jacques Delors – est la plus dramatique de toutes, car elle appauvrit les peuples et accroît les inégalités et, par voie de conséquence, elle conduit les peuples à désespérer de l’Europe et, chez certains, à basculer dans le nationalisme, voire le fascisme.

La volonté de la droite chrétienne-démocrate allemande d’imposer ses diktats est une autre dérive. Il y a quelques mois, cette Allemagne-là se préparait à imposer un impôt sur les retraites des travailleurs belges contraints par les Nazis au travail obligatoire dans le Reich pendant la Deuxième guerre mondiale. Il y a deux jours, cette Allemagne-là voulait placer un Etat et un peuple souverains sous tutelle. Mais où va-t-on ? Pourquoi cette arrogance ? Ce n’est pas faire l’Europe que de soumettre les peuples qui y vivent à la loi d’un seul. Ce n’est pas faire l’Europe que d’imposer une idéologie et par là-même d’exclure tout choix, ce qui revient à mettre fin à la démocratie. Remplacer le armé des Napoléon, des Hitler ou des Staline par le idéologique des Reagan, des Thatcher ou des Merkel, c’est toujours du .

Une fois de plus en France, il se trouve à droite des gens pour affirmer : plutôt l’Allemagne que la  ! Les mêmes, hier, proclamaient « plutôt Hitler que le Front populaire ». L’union des droites d’Europe porte le combat idéologique au niveau européen. Face à la déliquescence sociale-démocrate, où on voit le président de l’Internationale socialiste et toute son organisation cautionner un gouvernement où se trouve l’extrême-droite, où des premiers ministres sociaux-démocrates font payer aux humbles les spéculations des riches, où le candidat du PS français ne propose rien d’autre que de corriger à la marge les aspects les plus douloureux d’un système par nature injuste, un sursaut des peuples européens s’impose. Le temps est venu de dépasser les frontières nationales pour construire, à la base, au niveau des peuples, une solidarité européenne de classe. Face à la guerre idéologique que mènent les droites, le message de Jaurès de solidarité entre les peuples d’Europe, y compris le peuple allemand, est plus que jamais d’actualité.

rmj

 

 

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7 Réponses pour “Deutschland über Alles : NEIN !”

  1. Pierre Gaugain a dit :

    Bonjour Raoul,

    Merci pour cet excellent texte et analyse. Oui effectivement il serait temps que les peuples d’Europe s’unissent, Mais comme tu le soulignes nous sommes en présence d’une déliquescence de la sociale démocratie Européenne mais aussi dans une atomisation des forces dites populaires, de gauche, dont le riombre des chapelles et autres boutiques idéologiques n’aide en rien l’émergence d’une telle idée…

    Que faire ? quelqu’un avait bien donné une réponse mais qui n’était pas à première vue la bonne…

    Je suis triste de constater puisque tu fais référene à nos illustres ancètres dont Victor Hugo, que les choses depuis le congrès de Tours en 1920 n’ont pas sur le fond tellement évoluées…..Il est vrai qu’a l’échelle de l »humanité 1920 c’était juste il y a une seconde….

    Il serait quand même utile pour rester dans la métaphore horlogère de mettre nos montres à l’heure….

    Là où les choses sont en train péniblement de se faire dans cette direction on ne peut dire qu’elles avancent à la vitesse souhaitée..

    amicalement,

    Pierre Gaugain

  2. René de VOS a dit :

    Cher Raoul,
    c’est effectivement bien triste et il y a là-dedans un goût de revenez-y absolument insupportable. La dictature financière continue son travail de destruction. Rien n’intéresse les grands banquiers et les grands possédants que l’accumulation de leurs profits. Tant que les peuples n’auront pas admis qu’il faut des gouvernements contre les puissances d’argent et non l’inverse, il n’y aura pas d’issue. Comme le dit Annie Lacroix-Riz, il peut y avoir simultanément entente et guerre entre les puissances dominées par l’argent. Et les deux camps sont capables de mener les deux stratégies en même temps puisque les deux leur rapportent autant. La dette grecque n’est rien du tout à côté des dettes privées accumulées par les banquiers et les financiers en France et en Allemagne ou aux Etats Unis et en Angleterre. Les industriels de la finance sont tous de mèche pour réduire les salaires et les coûts publiques partout de telle sorte qu’ils puissent se payer leurs dettes. Leurs capitaux sont entremêlés et leurs pratiques sont odieuses. Depuis son origine, le capitalisme n’en finit pas d’être en crise et ce sont les peuples qui paient la facture. Mais où sont donc ceux qui peuvent comprendre cela ?

  3. Alain Guillou a dit :

    Jalousie insulte médiocrité…Il va sans doute se fatiguer le troll !

  4. job Lamer a dit :

    c’est quand même étonnant de comparer Hitler, Napoléon et Staline ( trois grands tueurs de peuple) à Reagan, Tatcher et Merckel qui sont de terribles libéraux non sur le plan idéologique mais sur le plan de l’action économique. Je ne comprend pas de telle confusion!
    Les droites ne mêment pas principalement une guerre idéologique mais prennent des mesures contre les travailleurs c’est autre chose et c’est grave!
    Il y a quand même dans ce texte un relent de gemanophobie car il ne s’agit pas de l’allemagne mais du capitalisme. Les travailleurs allemands paient autant que les autres travailleurs la politique des libéraux!
    par contre le problème de l’unité pour vider les libéraux n’est pas posé et c’est pour cela qu’il me semble difficile d’aligner les noms de Jaurés, Luxembourg, habermas, etc…(ensemble plutot hétéroclite d’ailleurs…) qui , tous, ont lutté pour le front uni.
    La politique Mélenchonienne de dénoncer les socialistes me fait penser à la période Barbé-cellor du PCF c’est à dire avant le front populaire quand Staline ordonnait que les parti communiste en Allemagne et en France luttent plus contre les socialistes que contre la droite. Le probléme de l’unité n’est jamais posé et on en verra les conséquences.
    Mon intervention c’est pour dialoguer et débattre car l’heure est grave et les réductions et les réflexes ne doivent pas remplacer l’analyse et l’unité.

  5. Gilbert SOULET a dit :

    Bonjour à tous,
    et merci Raoul pour votre point de vue sur l’Allemagne qui nous oblige à réfléchir et à analyser la situation actuelle…

    Cependant, je trouve une forte contradiction avec ce que vous écrivez à propos du candidat du PS français qui ne proposerait rien d’autre que de corriger à la marge les aspects les plus douloureux d’un système par nature injuste et vous nous dites que le temps est venu de dépasser les frontières nationales pour construire, à la base, au niveau des peuples, une solidarité européenne de classe;
    François Hollande, pour le nommer, a écrit tout dernièrement que les socialistes ne sont forts que s’ils sont unis et que la gauche n’est victorieuse que si elle accepte de prendre la meilleure part de chacune de ses composantes.

    Notre solidarité européenne de « classe » ne devrait-elle pas commencer de cette manière?

    Très amicalement,
    Gilbert de Pertuis, Porte du Luberon

  6. René de VOS a dit :

    @Jim
    1. quand on insulte les gens, ce serait plus courageux de le faire à visage découvert
    2. ne rien savoir est respectable mais il est quand même préférable d’apprendre avant de juger : je vous recommande de vous renseigner d’abord sur la définition et les formes de ce qu’on appelle une politique de déflation
    3. polluer de la sorte une conversation entre des gens qui se respectent est intolérable

  7. René de VOS a dit :

    @Gilbert SOULET – Le problème est que le PS considère manifestement que ses propositions sont les propositions les plus à gauche possibles et que nous avons tort de lui réclamer de s’unir à nous pour nous débarrasser des puissances d’argent. Lui, il veut composer avec elles et il veut que nous nous rallions à lui. Et bien, c’est NON ! Souvenons-nous de la bataille contre le TCE : plus de la moitié du PS nous traitait de tous les noms parce que nous ne voulions pas de ce traité. Maintenant, ils s’en mordent les doigts mais le mal est fait car la leçon ne sert pas à grand chose : Hollande a fait un discours à la fac de médecine aujourd’hui et il n’a pas cessé de dire « je ». Quand comprendront-ils que « je » est la pire des prises de position dans une démocratie. Alors comment vont-ils faire pour intégrer les options hors des frontières, car, avec les autres, on ne peut pas dire « je ». Comment un roumain du delta du Danube pourrait-il s’identifier à un Hollande corrézien ? Comment Hollande peut-il lui dire « je » ?

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