29 Fév 2012

Suite à la demande de plusieurs participants, voici le texte de l’exposé que j’ai présenté le 28 février à Macon à l’invitation du Collectif local pour un audit citoyen de la dette publique

a)   oui à l’union des peuples d’Europe, non à une entreprise de démantèlement de la et des politiques de solidarité.

La manière dont les institutions européennes traitent les peuples d’Europe suscite un rejet grandissant de l’idée même d’intégration européenne. Il me paraît dès lors important de préciser le sens de ma démarche. Je suis de ceux qui critiquent fortement les orientations prises, dès 1957, par le processus d’intégration des Etats – et donc des peuples – de l’Europe : négation du primat de la , recul des exigences démocratiques, démantèlement des politiques de solidarité et de justice sociale.

Ces critiques, je les partage avec d’autres. Mais ce que je ne partage pas avec certains, je tiens à le souligner d’emblée, c’est l’abandon du projet d’union des peuples d’Europe. Quelle que soit la radicalité des critiques que justifie aujourd’hui la manière dont on nous impose un modèle de construction européenne, je refuse d’en tirer la conclusion qu’il y aurait une incompatibilité entre l’existence de nations et la fédération de ces nations. Il n’y a pas à yeux d’incompatibilité entre l’exercice de la souveraineté populaire au niveau national et au niveau européen, comme il n’y en a pas entre le niveau local et le niveau national.

Ce n’est pas parce qu’une manière de construire l’Europe a été dévoyée par le patronat et les tenants du libéralisme économique le plus débridé qu’il faut abandonner le projet européen.

A l’heure d’une mondialisation née à la fois des progrès technologiques, mais aussi de la volonté des gouvernements qui se sont mis au service du monde des affaires et de la finance, il y a une nécessité impérieuse, pour garantir un avenir aux générations qui viennent, à appartenir à un ensemble en capacité, sur la scène internationale, de protéger ses valeurs et ses intérêts. Dans un siècle qui s’affirme de plus en plus comme le siècle de l’Asie, où deux nations sont au moins 15 fois plus peuplées que la plus peuplée des nations européennes, il serait dérisoire de croire que le retour au périmètre étroit des Etats-nations offre une quelconque capacité à défendre les valeurs qui nous sont chères.

J’ajouterai que le nationalisme, c’est-à-dire l’exaltation de l’identité, souvent exacerbée en période de crise, demeure à mes yeux une source dangereuse de conflits. Et l’éclatement de la Yougoslavie nous a fourni une double démonstration. D’abord, qu’on ne fédère pas des peuples sans leur pleine et libre adhésion. Mais aussi que le sentiment national, si légitime puisse-t-il être, demeure un puissant facteur de guerre. Au regard du temps long de l’histoire, ne prenons pas les 67 ans de que nous venons de connaître entre Européens pour la garantie d’une éternelle.

Cela étant, la nécessité de se constituer en Etats-Unis d’Europe ne peut en aucune façon nous contraindre à accepter la manière et les orientations qui sont données à ce qu’on appelle aujourd’hui l’

b)   La crise depuis 2008 confirme la pertinence des arguments avancés en 2005 par les partisans du « non » de gauche au TCE

Lors du formidable débat qui s’est tenu tout au long de la campagne référendaire sur le traité constitutionnel européen, les partisans d’un non de gauche ont développé des raisons de s’opposer à ce texte qui se sont révélées dramatiquement pertinentes lorsque la crise a éclaté en 2008.

Nous avons eu raison de souligner que les nouvelles délégations de souveraineté s’ajoutant à d’autres plus anciennes ne s’accompagnaient pas de véritables mécanismes démocratiques de contrôle des organes de décision européens, le Parlement européen étant loin de disposer des moyens d’un véritable parlement dans une véritable démocratie (et, sur ce point, faut-il le dire, je ne prends pas la France comme un modèle, loin s’en faut). Nous avons donc eu raison de dénoncer le déclin démocratique qui accompagnait le renforcement de l’intégration européenne.

Nous avons eu raison de dénoncer l’ultra-libéralisme avec lequel est mis en œuvre le principe de la liberté de circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services. Cette manière de concevoir ce que la rhétorique de la Commission européenne appelle les « libertés fondamentales de l’Union », a érigé en principe moteur la mise en concurrence des Européens entre eux, de leur fiscalité, de leurs salaires, de leur législation du travail de telle sorte que les entreprises sont parties à la recherche du pays de l’Union pratiquant le moins disant fiscal, social et écologique. La liberté de circulation des capitaux, telle qu’elle fut appliquée, sans le moindre souci d’encadrement, a offert un boulevard à toutes les pratiques spéculatives. La liberté de circulation des services traduite dans le fameuse directive Bolkestein s’est avérée l’instrument de la mise en concurrence de toutes les activités de services et de la privatisation progressive de la plupart des services publics, un phénomène qui frappe aujourd’hui l’éducation et la santé dont on nous assurait alors qu’on n’y toucherait jamais. Nous avons donc eu raison de dénoncer le déclin social qui accompagne l’intégration européenne.

Nous avons eu raison de dénoncer le statut et les missions de la Banque Centrale Européenne. Nous avons eu raison de considérer comme inacceptable que son statut la soustraie à tout contrôle démocratique et que ses dirigeants n’aient pas de compte à rendre aux élus du peuple. Nous avons eu raison de déplorer que sa seule mission soit de lutter contre l’inflation, sans la moindre responsabilité en ce qui concerne le économique de la zone euro. Nous avons eu raison, mille fois, cent mille fois raison de dénoncer l’interdiction faite à la BCE de prêter aux Etats et autres pouvoirs publics à des taux modestes, la BCE ne pouvant le faire, à ces taux, qu’aux banques privées qui, elles, prêtent à des taux infiniment supérieurs aux pouvoirs publics, ce qui est une des causes dont on ne parle pratiquement jamais de la fameuse dette. On nous a répété que le statut et les missions de la BCE, c’était, à l’époque, la volonté du chancelier chrétien-démocrate Helmut Kohl. Nous avons eu raison de dénoncer le prix excessif payé pour la création de l’euro suite à une de ces capitulations face à l’Allemagne dont la France, de gauche comme de droite, semble décidément avoir pris l’habitude.

Nous avons eu raison et la crise nous a donné raison. Mais, par un formidable déni de démocratie, nous n’avons pas été entendus par ceux qui se présentent comme nos représentants. Et qui, manifestement, témoignent à l’égard du peuple le plus total des mépris. Souvenons-nous : en vue des élections présidentielles et législatives de 2007, François Hollande, au nom du , avait promis : « pas de nouveau traité européen sans référendum ». Quelques mois plus tard, en février 2008, c’est le vote des élus PS qui rendait possible la ratification du traité de Lisbonne, un texte dont l’essentiel reprenait les dispositions du traité constitutionnel rejeté par le peuple en 2005. Ce sont ces députés élus en 2007 qui vont, en juin prochain, se présenter devant nous.

c)   Les réponses des gouvernements de l’UE à la crise relèvent du dogmatisme idéologique le plus obtus parce qu’il y a une crainte que les vrais remèdes à la crise ne remettent en cause les contre-réformes néolibérales imposées depuis 30 ans

Depuis les années 80, au terme d’une formidable bataille des idées remportée par les tenants du chacun pour soi, nous avons connu ce que Serge Halimi a appelé le « grand bon en arrière » et, plus récemment, ce que Jacques Généreux a appelé « la grande régression ».

Au service du patronat et du monde de la finance, les idéologues du libéralisme économique et leurs agents dans la sphère politico-médiatique ont appelé « réforme » la remise en question de tous les progrès accomplis dans la lutte éternelle entre la minorité des puissants et l’immense majorité des plus faibles. Ils ont assimilé la défense de ces progrès à du passéisme, à de l’immobilisme, à une incapacité à s’adapter aux réalités nouvelles.

Ils se sont employés, parfois avec succès, grâce à la force des moyens modernes de diffusion des idées mais aussi grâce aux pièges d’une consommation érigée en valeur suprême, à convaincre le plus grand nombre qu’il ne faut pas opposer les riches et les autres, que nous sommes tous dans le même bateau, que l’objectif ce n’est pas d’être mais d’avoir, que la lutte des classes, c’est dépassé et que, de toute façon, il n’y a pas d’alternative. Comme si nous partagions tous le même pouvoir d’achat et les mêmes conditions de vie, comme si nous avions toutes et tous un égal accès à l’éducation, à la santé, au logement, au travail, comme si l’égalité des chances existait, comme s’il n’y avait plus d’exploiteurs et plus d’exploités. Comme s’il n’y avait plus qu’un seul système possible, qu’une seule politique possible. Ils n’ont pas cessé de nier la réalité millénaire de l’exploitation de l’homme par l’homme (exemple de fragments de poteries trouvés dans un village d’ouvriers proche de la vallée des rois, en Egypte, sur lequel est rédigé un appel à la grève pour obtenir une augmentation de salaire, 5000 ans avant notre ère). Ils ont obtenu une très grande victoire lorsque des gens se disant de gauche ont proclamé à leur tour « la lutte des classes, c’est fini.» Et nous avons connu alors, dans le processus d’intégration européenne, des avancées spectaculaires dans l’organisation de la concurrence de tous contre tous, dans le démantèlement de ce qui faisait la spécificité du modèle européen.

L’Acte unique européen de 1986 préparé par Jacques Delors, le Traité de Maastricht de 1992 préparé par le même, les décisions des sommets de Lisbonne en 2000 et de Barcelone en 2002 soutenues par Jospin, le TCE transformé en Traité de Lisbonne en 2007 avec la complicité du PS sont autant de dispositions contraignantes allant toutes dans le même sens, voulues par les droites européennes et les sociaux-démocrates, même quand ces derniers dirigeaient ou participaient à 13 gouvernements sur quinze.

Ces textes ont rendu possible la remise en question partielle ou totale de ce qui avait été considéré en son temps comme de grandes avancées vers un modèle de société moins inégalitaire et moins injuste : la sécurité sociale dans tous ses éléments, l’existence de services publics échappant aux contraintes de la concurrence dans le domaine de l’énergie, de l’eau, des transports, mais aussi de l’éducation et de la santé, le droit du travail, la progressivité de l’impôt, l’indexation des salaires et des allocations sociales. Je suis de ceux qui gardent en mémoire la déclaration choquante de Jacques Delors se réjouissant d’avoir obtenu en France la suppression de l’indexation des salaires sans une grève.

Face à la plupart de ces textes, chaque fois, les citoyens ont été encore un peu plus dépouillés de leur capacité à choisir comment ils entendent vivre ensemble.

Au gré de ces traités et de ces sommets, en dépit de toute une rhétorique qui tend à nous faire croire le contraire, il est devenu manifeste que l’idéal démocratique et la justice sociale sont absents du processus d’intégration qui porte le nom d’Union européenne.

d)   Deux derniers exemples en date : MES et TCSG

Deux traités dont l’un est en cours de ratification et dont l’autre va être signé à la fin de cette semaine confirment cette évolution.

Le premier adopté à l’Assemblée nationale le 21 février dans les conditions que chacun connaît, concerne une nouvelle institution qu’il n’est pas caricatural d’appeler un FMI européen. Cette institution s’appelle Mécanisme européen de stabilité.

Le texte définitif du traité instituant le MES a été adopté par les représentants des Etats membres de la zone euro le 2 février 2012.  Ce MES est destiné à prendre, à partir de juin 2013, la suite des instruments créés en 2010 pour faire face à la crise de la dette.

Le MES, dont le siège est fixé à Luxembourg, est doté du statut d’une institution financière internationale bénéficiant des immunités dont jouissent les institutions internationales. Il n’a donc aucun compte à rendre ni au Parlement européen, ni aux parlements nationaux, ni aux citoyens des Etats membres et ne peut en aucun cas faire l’objet de poursuites. Par contre, doté de la personnalité juridique, le MES pourra ester en justice. Locaux et archives du MES sont inviolables. Il est exempté de toute obligation imposée par la législation d’un Etat Membre.  Le MES, ses biens, fonds et avoirs jouissent de l’immunité de toute forme de procédure judiciaire.

En cas de litige entre le MES et un Etat Membre, c’est la Cour de Justice de l’UE qui est compétente.

Les membres du MES sont les Etats de la zone euro. L’institution est dirigée par un collège composé des ministres des finances des Etats membres appelés pour la circonstance « gouverneurs ». Ces gouverneurs désignent un conseil d’administration. Un Directeur général est nommé. Le Conseil des gouverneurs est compétent pour toutes les décisions relatives à l’intervention du MES. Le Conseil d’administration est compétent pour la gestion de l’institution. Le secret professionnel est imposé à toute personne travaillant ou ayant travaillé pour le MES. Toutes les personnes exerçant une activité au sein du MES bénéficient de l’inviolabilité de leurs papiers et documents officiels et ne peuvent faire l’objet de poursuites en raison des actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions.

Le but du MES est de « mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité» un soutien à la stabilité d’un de ses Etats membres qui connaît des graves difficultés financières susceptibles de menacer la stabilité financière de la zone euro. A cette fin, il est autorisé à lever des fonds. Son capital est fixé à 700 Milliards d’euros.

La légalité du processus d’adoption du traité créant le MES est plus que questionnable.

Pour éviter d’appliquer la procédure normale prévue par le traité instituant l’Union européenne lorsqu’on veut procéder à sa modification, les gouvernements ont fait appel à ce qu’on appelle la procédure simplifiée. Or, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne précise, en son article 48, § 6, alinéa 3 qu’une décision prise sous le régime de la procédure simplifiée « ne peut pas accroître les compétences attribuées à l’Union dans les traités. »

Or, on vient de le voir, il n’est pas contestable que le MES diminue les pouvoirs des Etats membres et augmente les compétences attribuées à l’Union, en particulier les pouvoirs de la Commission européenne.

Les défenseurs du MES considèrent qu’ils n’y a pas accroissement des compétences de l’Union puisque, formellement, le MES ne serait pas une institution de l’Union. C’est jouer avec les mots, et manipuler dangereusement les textes, car le traité créant le MES indique clairement que le MES implique la participation directe de la Commission européenne, et, en cas de litige, celle de la Cour de Justice de l’UE, deux institutions de l’Union. En outre, le Commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires siègera dans l’instance dirigeante du MES en qualité d’observateur. C’est la Commission européenne qui sera mandatée pour imposer à l’Etat concerné les conditions d’une intervention du MES.

Et pourtant, les gouvernements signataires du traité créant le MES ont choisi la procédure simplifiée et proposé, via cette procédure, d’inscrire la création du MES à l’article 136 du  traité sur le fonctionnement de l’Union.

C’est donc en toute illégalité que l’on procède à une extension des compétences de l’Union européenne. Il ne semble pas que ce coup de force ait ému la majorité des parlementaires français qui ont été les premiers à devoir le ratifier.

Il est important de souligner que ce MES va renforcer l’emprise des marchés financiers sur les Etats et la zone euro puisqu’il va être lui aussi soumis aux agences de notation chaque fois qu’il empruntera sur les marchés financiers. Les banques, qui peuvent emprunter à 1% auprès de la Banque Centrale européenne, prêteront au MES à un taux nettement supérieur et le MES prêtera aux Etats à un taux encore supérieur et ces fonds serviront à payer la charge de la dette qui entrera dans les coffres des banques. Ce MES, c’est un véritable mécanisme d’enrichissement des banques privées au détriment des Etats, c’est-à-dire des peuples.

C’est à un tel système que des parlementaires dits de gauche ont refusé de s’opposer à l’Assemblée nationale. C’est ce texte que le Sénat, dont on nous dit qu’il est majoritairement de gauche, a adopté aujourd’hui.  La France est ainsi la première à avoir, dans la précipitation et sans débat véritable, ratifié ce traité.

Le MES est étroitement lié au traité qui sera signé jeudi ou vendredi : à partir du 1 mars 2013, pour avoir accès aux aides du MES un Etat devra avoir accepté toutes les dispositions sur l’austérité budgétaire contenues dans ce que certains appellent le pacte Merkel-Sarkozy, d’autres le Pacte budgétaire et qui porte en fait le nom de Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire ( Il a été adopté par 25 des 27 Chefs d’Etat et de Gouvernement le 30 janvier 2012. Ils le signeront fin de semaine.

Ce traité comporte 8 dispositions essentielles :

  1. Les budgets des gouvernements doivent être équilibrés ou excédentaires. Des déficits sont temporairement autorisés en raison du cycle économique, de circonstances économiques exceptionnelles ou dans les périodes de grave récession. Cette règle sera  considérée comme respectée si le déficit structurel ne dépasse pas 0,5%. Le déficit structurel, c’est le déficit budgétaire calculé hors des variations de la conjoncture. Sa mesure ne fait pas l’unanimité, loin de là.  C’est la Commission européenne qui calculera le déficit structurel des Etats. A titre d’exemple, selon la Cour des Comptes, en 2010, le déficit structurel de la France était de 5% du PIB, soit 96,55 milliards d’euros. Le ramener à 0,5% supposerait de procéder à 87 milliards d’économies.
  2. Les Etats doivent introduire cette règle dans leur Constitution et mettre en place un mécanisme automatique de correction qui ne sera pas soumis à la délibération parlementaire. En France, ce sera donc le Conseil constitutionnel qui veillera à la conformité des budgets avec cette disposition constitutionnelle.
  3. Lorsque la dette publique dépasse 60% du PIB, les Etats doivent réduire ce dépassement en trois ans au rythme d’1/20e par an. Dans le cas de la France, dont la dette atteint 87% du PIB, cela signifie qu’elle devrait réduire la différence entre 87% et 60% d’un vingtième par an, soit 1,35% du PIB, ce qui représente, en dehors de toute croissance, 26 milliards.
  4. Lorsqu’un Etat connaît des déficits en dépassement des règles instituées (3% du PIB de déficit, 60% du PIB de dette), il doit soumettre un programme de réformes structurelles contraignantes à la Commission et au Conseil. On sait ce que doit contenir un tel programme : réforme du marché du travail, réforme des retraites, réductions salariales, réductions des budgets sociaux, de santé et d’éducation, privatisations.
  5. Les Etats doivent soumettre à la Commission européenne et au Conseil leurs projets nationaux d’émission de la dette.
  6. Lorsque la Commission affirme qu’un Etat est en infraction, les sanctions proposées sont automatiques et les autres Etats doivent les soutenir sauf si une majorité qualifiée est atteinte pour s’y  opposer.
  7. Tout Etat qui estime qu’un autre Etat ne s’est pas conformé aux règles de ce traité peut porter plainte devant la Cour de Justice de l’Union européenne. La Commission désignera le ou les Etats qui doivent être trainés par les autres Etats devant cette Cour. Souvenons-nous que cette Cour européenne de Justice privilégie systématiquement les choix néolibéraux et qu’elle a rendu des jugements qui soumettent le droit de grève au respect de la libre circulation des services ou des capitaux. Cette même Cour a validé le brevetage du vivant, y compris du vivant humain.
  8. Ce traité entrera en vigueur lorsque neuf des 17 Etats signataires l’auront ratifié.

Je rappelle que seuls les Etats qui auront ratifié ce traité pourront faire appel au Mécanisme européen de stabilité. Les deux textes sont étroitement liés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle 16 des 17 gouvernements signataires procéderont à la ratification du MES et du TSCG en même temps. La France de l’actuel occupant de l’Elysée a voulu procéder à la ratification du seul MES avant les échéances électorales de mai et juin.

Ce traité est inacceptable. C’est une aberration économique. C’est une agression de plus contre la démocratie et les politiques sociales.

Qu’est ce que cela signifie imposer l’équilibre budgétaire ? Cela peut relever du bon sens de ne pas dépenser plus que ce dont on dispose. Les partisans de cette rigueur budgétaire invoquent souvent le budget familial. Mais, chacun dans nos vies, pourrions nous acheter une maison, une voiture, un frigidaire, une machine à laver et payer la totalité en un seul versement ? Pour l’immense majorité des gens, c’est au paiement échelonné auquel on a recours, c’est à dire à l’emprunt. Parce qu’il nous est impossible de financer un tel achat avec le salaire du mois. Soit on économise avant d’acheter – quand il n’y a pas urgence – soit on emprunte.

Il en va de même des pouvoirs publics qui décident de construire une école, un hôpital, une route, un pont, un réseau de trams, que sais-je ? Exiger d’investir au moyen des seules recettes courantes, c’est décider de l’impossibilité d’investir pour l’avenir. C’est mettre fin à la possibilité pour les pouvoirs publics d’investir dans des services et des équipements. C’est bien cela le véritable objectif : obliger les pouvoir publics à s’en remettre au secteur privé, même si on sait que celui-ci n’investit que dans des secteurs rentables, même si on sait que cela signifie que l’accès à certains services, à certaines infrastructures dépendra dès lors du pouvoir d’achat de tout un chacun. Derrière cette exigence d’équilibre budgétaire, c’est un choix idéologique de société qui se profile : celui d’une société du chacun pour soi.

En outre, imposer l’équilibre budgétaire comme remède à la crise financière actuelle, c’est commettre une totale erreur de diagnostic puisque l’origine de cette crise, ce n’est pas en premier lieu l’endettement des Etats, ce sont les spéculations aberrantes auxquelles se sont livrées les banques privées et les fonds de pension, suite aux dérégulations qu’elles avaient obtenues des gouvernements depuis le milieu des années 80 .

Enfin, imposer une politique d’austérité massive et permanente, c’est à la fois provoquer une immense détresse sociale en augmentant la pauvreté et les inégalités et c’est aussi accroître les difficultés économiques puisque se priver de l’outil budgétaire, c’est assécher la capacité de consommation des ménages dans le même temps où se raréfie l’investissement dans l’économie réelle. C’est oublier que la plupart des pays de l’Union européenne tirent leur richesse de l’exportation vers les autres pays de l’Union et que, dès lors, si la demande diminue dans un pays, la capacité d’exporter des autres pays va diminuer elle aussi. Une telle politique conduit, comme on le voit déjà, à la récession. La récession entraîne une diminution des recettes fiscales qui rend plus difficile encore la réduction des déficits. On le voit, l’austérité ne met pas fin aux déficits, elle les accroît. L’Office français des conjonctures économiques vient de calculer que si on applique en même temps à tous les pays de l’Union cette politique d’austérité – ce que prévoit le traité Merkel-Sarkozy – le choc récessif sera extrêmement violent avec une récession de 3% en France et de 1,4 % en Allemagne.

Alors, me demanderez-vous, pourquoi les gouvernements soutiennent-ils une telle politique ? Le dogmatisme idéologique est la principale réponse. Comme elle le fut lors de la grande crise des années trente. Profiter de la crise pour achever le projet néo-libéral en se saisissant de l’occasion pour éliminer ce qui reste des acquis démocratiques et sociaux qu’on n’avait pas encore éradiqué, tel est la priorité des néolibéraux. C’est ce que Naomi Klein, qui a fournit une analyse pertinente de cette explication dans son livre « La stratégie du choc », appelle « l’effet d’aubaine ». En outre, sortir de ce dogmatisme, pour les tenants du , qu’ils soient de droite comme de gauche, c’est être obligé de désavouer toutes les contre-réformes qu’ils nous ont imposées depuis trente ans. Ce serait avouer qu’ils se sont trompés et qu’ils nous ont trompés. Alors, ils persévèrent.

On s’en rend compte, pour procéder à de tels choix, il est absolument indispensable d’écarter les peuples des processus de décision, au besoin en violant les procédures démocratiques comme on l’a vu. Ainsi, on adopte, à la sauvette, au nom de le procédure d’urgence, des textes qui ont été au préalable rédigés dans l’opacité la plus totale et sur lesquels les médias ont gardé un silence absolu. Ainsi on refuse de consulter le peuple sur des dispositions qui vident la souveraineté populaire au profit d’institutions qui échappent à tout contrôle démocratique comme la Commission européenne ou la Cour de Justice de l’Union européenne. De telles pratiques, dont nous sommes les témoins depuis tant d’années confirment une chose : le néolibéralisme est incompatible avec la démocratie. Mais de cela, on en a eu la démonstration depuis longtemps déjà, avec le Chili de Pinochet, comme avec l’adaptation des régimes communistes (Chine, Vietnam) à l’économie de marché. Le capitalisme privilégie la stabilité qu’offrent les régimes qui ne s’embarrassent pas des procédures démocratiques.

Ceux qui tiennent le discours de la rigueur et de l’austérité, dans l’actuelle majorité comme dans l’opposition, invoquent le courage nécessaire pour prendre des mesures qui font mal. Mais quelle est cette définition du courage qui consiste à aider le plus fort ? Quelle est cette conception du courage qui signifie s’opposer à son propre peuple ?

e)   Refonder l’union des peuples d’Europe en mettant en place une Europe démocratique, sociale et écologique.

Ce qui est à l’œuvre, c’est la réalisation la plus dogmatique qui soit d’un projet idéologique qui est la négation absolue des valeurs qui, depuis le Siècle des Lumières, font la spécificité de cet espace géographique et humain qu’on appelle l’Europe. La demande des citoyens libres et un système politique fondé sur la souveraineté du peuple.

Il y a trois cent ans naissait Jean-Jacques Rousseau qui allait donner en 1758 au peuple de France mais aussi aux peuples du monde un essai remarquable intitulé « le contrat social ». Quatre ans plus tard, Montesquieu publiait « L’esprit des lois ».

Ces deux ouvrages, avec quelques autres, posent les principes d’une démocratie qui s’est retrouvée dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et dans la Constitution de 1793. Certains de ces principes furent mis en œuvre sous la IIIe République et ont duré jusqu’à ce que commence l’intégration européenne. Depuis, ils n’ont pas cessé d’être battus en brèche, foulés aux pieds, vidés de leur contenu. Parce que, qu’on ne s’y trompe pas, c’est le rejet du Siècle des Lumières comme des valeurs à l’origine du programme du Conseil National de la Résistance qui est à la base de la révolution néo-libérale si bien servie depuis trente ans par les libéraux de droite et de gauche.

Nous ne sommes plus en démocratie. Parce que la démocratie, ce n’est pas seulement le libre choix de représentants et la liberté d’expression. La démocratie, c’est le pluralisme, c’est-à-dire la possibilité de choisir entre les porteurs de normes différentes. Ce n’est pas l’alternance entre les porteurs d’une même norme. (André Bellon). La démocratie disparaît lorsqu’il ne reste plus qu’une seule option : un choix entre libéraux, qu’ils se réclament de la droite ou de la gauche.

Il faut stopper cette machine infernale. Comment ? C’était ma conviction et mon espoir après 2005, cela le demeure aujourd’hui : en mettant au pouvoir en France une majorité qui sera élue sur l’engagement de remettre en question les traités existants et qui exigera l’ouverture d’une négociation pour refonder l’union des peuples d’Europe sur des bases nouvelles, faute de quoi la France s’abstiendra de participer aux activités des institutions de l’Union européenne.

En 1965, face à un diktat des partenaires européens, la France a pratiqué la politique de la chaise vide. Le compromis de Luxembourg de 1966 lui a donné raison. Rien n’empêche de procéder de la sorte aujourd’hui. La France est une grande puissance européenne. Elle a porté le projet européen dès sa naissance. Elle peut s’absenter d’une construction européenne dévoyée afin d’obliger l’indispensable remise à plat.

Plus que jamais, et je dirai même davantage encore qu’en 2005 à cause de la crise et des réponses apportées par l’Union européenne, l’attente chez les peuples d’un changement de cap se manifeste chaque jour un peu plus. Une France qui oserait rompre le consensus néolibéral et réclamerait une autre Europe, démocratique, sociale et écologique ne serait pas seule bien longtemps.

Une dernière chose avant de terminer. Relisons ensemble l’article 21 de la déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée le 10 décembre 1948 : « La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ». Cette volonté, s’agissant de l’Union européenne, elle s’est exprimée le 29 mai 2005. Elle fut bafouée en 2007 et en 2008.

Vu que c’est au niveau de l’Union européenne que l’essentiel se décide, n’est-ce pas cela le véritable enjeu des prochaines échéances électorales ?

Raoul Marc Jennar

28 février 2012

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15 Réponses pour “Où va l’Union européenne ?”

  1. Georges-Henri CLOPEAU a dit :

    Voilà un texte qui exprime parfaitement ma propre opinion.( je me permettrai de le diffuser parmi mes amis)

  2. Jacques Roman a dit :

    OUI, IL FAUT DÉMOCRATISER L’UNION EUROPÉENNE

    Entièrement d’accord avec RMJ sur ce point, et par conséquent sur la nécessité de renégocier les traités fondamentaux pour remanier l’Union européenne. JR

  3. 1/ “De mémoires d’ouvriers” 2/ Où va l’Union Européenne ? | jean carniaux a dit :

    […] 2/ http://www.jennar.fr/?p=2295 […]

  4. Alfred Admirateur a dit :

    Hola! Pu*ain, ça troue le c*l tellement c’est beau tous ces slogans alignés sous forme de loooooong texte. Pardon pour l’expression, mais moi, le génie politique à l’oeuvre, ça m’emballe à donf, j’en perd mon chelf control.

    NON à l’Europe du patronat, OUI à l’Europe des peuples!

    OUI à la gausse si toyenne du NON, NON à l’oligarssie des libéraux du OUI!

    OUI à la chouveraineté populaire, NON au peuple qui pense pas comme y faut!

    OUI à la démocrachie européenne, mais de GAUSSE!

    OUI, NON, OUI et NON, NON!

    J’en ai la larme à l’oeil tellement ça donne le vertige 🙂
    Courtoisierement, bien entendu.

  5. René de VOS a dit :

    Bonjour à tous,
    je viens de trouver un livre canadien très facile à lire et qui peut être utile à plein de gens : « Petit cours d’autodéfense en économie ; l’abc du capitalisme » écrit par Jim Stanford, publié chez Lux, 4ème trim 2011. Naomie Klein dit de lui qu' »il fait partie d’une espèce rare : celle des professeurs qui marquent notre vie. A la fois pragmatique et idéaliste, son livre a le pouvoir de changer le monde. » Et c’est illustré par Charb.

  6. rodriguez a dit :

    Bonjour,

    J’apprécie beaucoup ta bataille et ton argumentation contre le MES, contre le véritable coup d’état que recouvre cette décision..
    Mais je me range à présent dans cette catégorie des « certains » dont tu ne partages pas les critiques.
    Tu dis « Ce n’est pas parce qu’une manière de construire l’Europe a été dévoyée par le patronat et les tenants du libéralisme économique le plus débridé qu’il faut abandonner le projet européen ».
    Mais justement s’agit-il du simple dévoiement d’un projet libérateur et de portée universaliste ?
    Mais c’est faire l’impasse ET sur les motivations géopolitiques de sa création ET sur la totale et complète insertion présente dans le bloc impérial en crise.
    Dès le départ la construction européenne s’inscrit dans un projet américano-occidental (cf. Monet, Zbigniew Brzezinski déclarant dans le « Grand échiquier « l’Europe deviendrait, à terme, un des piliers vitaux d’une grande structure de sécurité et de coopération, placée sous l’égide américaine et s’étendant à tout el’Eurasie. […] Si l’Europe s’élargissait, cela accroîtrait automatiquement l’influence directe des Etats-Unis. […] l’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses Etats rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires. »)

    De ce point de vue le thème de l’existence de l’UE comme garantie de la paix est un véritable rideau de fumée idéologique au moment même où la crise systémique et les réponses que le système et l’UE lui apportent provoquent précisément et ravivent les antagonismes latents comme on le voit par exemple en Grèce avec la mise en œuvre des politiques d’austérité draconiennes et les mesures politiques qui froissent profondément le sentiment de dignité des peuples.(voir Theodorakis)

    Tu diras que c’est cela qu’il faut corriger.
    Soit!

    Mais je pense que c’est impossible dans le respect du cadre imposé de l’UE où tout est vérouillé, construit pour contourner la souveraineté des peuples, assurer la domination de l’oligarchie et la mettre à l’abri de toute contestation populaire.
    Le contournement des votes populaires aux referendum n’étant pas conjoncturels!

    C’est entretenir une pure illusion (et donc la paralysie) que de continuer à mettre en avant une « autre Europe », de prétendre par exemple changer les missions de la BCE dans un cadre justement choisi pour empêcher ces évolutions (inscription dans les traités et renforcement de ces orientations dans la récente modification des traités).
    Et c’est pure illusion que de penser que dans l’actuel rapport de forces politique en Europe une évolution concertée dans le sens que tu souhaites puisse avoir lieu.

    ALORS ?
    Faire ce constat est-ce céder aux sirènes du nationalisme ?
    Et prôner dans ce contexte des décisions unilatérales (de quelque peuple européen que ce soit) soumises à l’appréciation et à l’intervention des autres peuples est-ce un repli frileux?
    Ou bien est-ce renouer avec la tradition révolutionnaire dont l’intervention se situe dans une vision réellement universaliste parce qu’égalitaire?

    A la limite de manière provocatrice je dirais que le maintien de la perspective «des valeurs et de l’idéal européens » s’apparente à un européo-centrisme inquiet de la montée des puissances émergentes !

    Vouloir la déconstruction de l’UE pour redonner aux peuples leur souveraineté, leur capacité d’initiative ce n’est pas tourner le dos à la mondialisation dans ses aspects émancipateurs mais vouloir s’engager dans un moment de « deconexion » comme l’exprime par exemple Samir Amin afin de pouvoir commencer à travailler à de véritables intégrations régionales fondées cette fois sur la coopération, les avantages mutuels et non sur la guerre de tous contre tous au profit d’une infime oligarchie.

    Et n’est-ce pas ce qui se passe en Amérique latine où dans des conditions difficiles, contre l’hostilité impériale, l’ALBA et le CELAC mettent en place les outils d’un développement harmonieux et profitable à tous EN ROMPANT avec les institutions internationales bâties pour la domination et l’exploitation des peuples (FMI, Banque mondiale, OMC etc.) ?

    La paix ne sera pas le produit d’institutions anti-démocratiques imposées aux peuples mais naîtra de la rupture avec un système que sa crise précipite dans les interventions armées tous azimuts auquel l’Europe actuelle emboîte le pas !

    Amicalement
    Gilbert Rodriguez

  7. Raoul Marc Jennar a dit :

    @rodriguez – Bonjour Gilbert. Je te remercie de cet échange franc et courtois. J’apprécie beaucoup. Nous partageons la même analyse de ce que d’aucuns appellent « la construction européenne ». Nous faisons le même inventaire de tout ce qu’il faut corriger. Et nous divergeons sur la manière d’apporter les changements indispensables.
    Je ne crois pas qu’évoquer les valeurs qui identifient l’Europe relève de l’européo-centrisme. La particularité des philosophes des Lumières et des révolutionnaires de 1789-1793, c’est d’avoir pensé la liberté, l’égalité et la fraternité non seulement pour tous les Français, pour tous les Européens mais aussi pour tous les peuples du monde. Ces valeurs-là (et je ne me réfère qu’à celles-là – parce que je conviens que les croisades de l’Occident chrétien, c’est bien entendu autre chose, c’est même le contraire) sont universelles et j’aimerais que les gouvernants européens ne se contentent pas de les évoquer dans leurs discours (quand ils le font encore…).
    Je me méfie comme de la peste de toute forme d’exaltation de la nation. Lorsque la Yougoslavie a éclaté, j’ai été stupéfait de constater que, tout de suite, en oubliant pour le cas la concertation européenne, l’Allemagne a reconnu la Croatie, la France a suivi en reconnaissant la Serbie. On voyait là se renouer de vieilles affinités d’avant 1914 qui avaient survécu à deux guerres mondiales. Avec les conséquences dramatiques que ces reconnaissances ont provoquées pour les populations de l’ex-Yougoslavie. Et quand j’observe la montée en puissance des extrêmes-droites drapées dans leur drapeau national, je persiste à penser, surtout dans le contexte d’une crise majeure, que la paix n’est jamais acquise définitivement.
    Tu me permettras de ne pas considérer Samir Amin comme une référence respectable, lui qui déplorait la chute du régime des Khmers rouges en 1979.
    En fait, quand je te relis, je pense que ce qui nous sépare, ce n’est ni l’analyse, ni l’objectif (« vouloir la déconstruction de l’UE pour redonner aux peuples leur souveraineté, leur capacité d’initiative »), mais c’est sur la manière de « déconstruire » l’Union européenne pour bâtir une intégration régionale fondée sur la coopération interne et internationale.
    Tu évoques ce qui se passe en Amérique latine. J’observe que les changements intervenus l’ont été par la voie des urnes qui ont généré des « révolutions citoyennes » entraînant des processus constituants. Je ne propose rien d’autre. Cela exige que se constituent, de préférence dans des pays qu’on sera obligé d’écouter, des majorités animées de la volonté d’arrêter l’actuel processus d’intégration européenne.
    Il nous faut donc poursuivre la réflexion sur la meilleure manière de parvenir à une déconstruction-reconstruction. Bien amicalement, Raoul

  8. Jacques Roman a dit :

    @Abominable Jim (7)

    Exact : l’abstention aux européennes est forte.

    Elle est également très forte en Suisse, où la démocratie directe est pourtant courante : pourtant, les Suisses restent très attachés en grande majorité à leur forme de démocratie.

    40 % de participation en 2009, ce n’est pas si mal si on tient compte des circonstances : crise majeure traitée à peu près exclusivement par les États, souvent en dehors de l’Europe, et système de gouvernance européenne intransparent.

    Si nous arrivions à faire de l’Europe intergouvernementale une Europe démocratique – ce qui dépend entièrement des gouvernements élus par les peuples –, je parie qu’il y aurait moins d’abstentions aux européennes que lors des référendums suisses consécutifs à des initiatives citoyennes. JR

  9. Jacques Roman a dit :

    @Abomifreux Jim (votre10)

    Je ne conteste pas la courbe de l’indifférence électorale dont vous parlez, ni la conclusion que vous en tirez (désaffection du peuple à l’égard des dirigeants politiques).

    Toutefois (question de génération ou d’habitudes mentales), je crois fermement à la possibilité de modifier les institutions. Même si l’exercice peut paraître vain pendant longtemps, quelques exemples personnels m’ont confirmé dans l’idée qu’en définissant des institutions on crée ou on remodèle des coquilles qu’ensuite la réalité remplit d’elle-même, à condition bien sûr que la coquille ait été bien formée ou re-formée.

    C’est pourquoi, contrairement à vous, je suis convaincu qu’il est possible de changer l’Europe actuelle pour en faire une confédération démocratique.

    Pour cela, il faudrait en particulier :

    – redéfinir de manière encore plus claire les compétences de l’Union ;

    – réorganiser ses institutions sur le modèle exécutif-législatif-juridictionnel bien connu de tout le monde ;

    – Imposer le référendum pour toute modification des dispositions institutionnelles des traités fondamentaux ;

    – introduire des clauses de sauvegarde renforcées permettant à chaque État membre d’écarter (sous certaines modalités visant à préserver les droits des autres États membres) l’application d’une loi, directive ou décision européennes ;

    – introduire la proposition citoyenne de projet de loi européenne éventuellement assortie d’un RIC (référendum d’initiative citoyenne) ;

    – revoir le statut de la Banque centrale européenne de manière à lui imposer de fonctionner en se conformant aux politiques monétaires, financières et économiques définies par les organes politiques compétents de l’Union ;

    – accorder à la Banque centrale européenne le pouvoir de battre monnaie comme toute banque centrale ;

    – affirmer que l’économie est au service de la société et non l’inverse, et réaffirmer la prééminence des services sur les activités privées ainsi que la possibilité d’exproprier pour cause d’intérêt public.

    Toutes ces modifications, et d’autres, pourraient être introduites dans les traités actuels si les peuples le voulaient et s’ils donnaient corps à cette volonté en élisant des dirigeants nationaux et européens prêts à agir en conséquence. Pour cela, il faut d’abord que les Européens aient une vue très net (et consensuelle) des objectifs,

    Je ne dis pas que ce soit facile, mais permettez-moi d’être plus optimiste que vous ! JR

  10. Jacques Roman a dit :

    @Jim from demos (votre 12)

    Concernant la « création monétaire » et le pouvoir de « battre monnaie » :

    Ce n’est pas la même chose. Toutes les banques, même les banques privées, créent de la monnaie (même si c’est en fait de la fausse monnaie). En ce sens, la BCE crée de la monnaie, surtout depuis qu’elle soutient les banques à coups de demi-millards d’euros. Mais c’est honteusement, par une action indirecte et quasi clandestine dont la légitimité est ouvertement discutée sur les « marchés »,

    Je parlais de « battre monnaie » au sens habituel : comme on le fait aux ÉUA et au Royaume-Uni, dont l’endettement est pire que celui de l’Eurozone et qui peuvent néanmoins se permettre d’emprunter à des taux deux ou trois fois moins élevés parce qu’ils ont le pouvoir d’actionner instantanément la planche à billets.

    La BCE, au contraire, se trouve par rapport à la Federal Reserve et à la Banque centrale britannique et à leurs agences de notation (car ce sont bien leurs agences, pas les nôtres) dans la situation de se battre une main attachée derrière le dos.

    Vous demandez : « Comment voulez que même dans le cas où la gageure d’un Etat européen parlementaire équilibré et souverain par la volonté des peuples puisse être réalisée […] que les représentants des différentes Etats puissent se mettrent d’accord sur une politique monétaire commune que la BCE devrait appliquer ? »

    Par la négociation et l’évolution des esprits, en se rappelant que chaque État membre et État non membre de l’Union (les ÉUA par exemple) s’est trouvé à un certain moment ou se trouve dans la même situation que l’UE, puisque les grands États et même les petits doivent faire face en interne aux mêmes disparités que celle-ci. La grande différence est que les disparités sont beaucoup visibles dans l’UE à cause de sa nature intergouvernementale.

    De nouvelles politiques monétaires peuvent commencer à s’appliquer dans un petit nombre d’États membres. On l’a vu avec l’Eurozone. Avec le nouveau traité sur la gouvernance de l' »union économique et monétaire » , on s’achemine vers une eurozone réduite (au minimum 12 États membres). Si cette mini-eurozone fonctionne bien, elle s’agrégera peu à peu des États membres supplémentaires.

    Nous parlons là d’un processus de fédéralisation interne qui, c’est entendu, n’est pas forcément du goût de tout le monde.

    Dernière remarque :

    Il est vrai.que l’UE actuelle fonctionne sur la base de principes comme la liberté de circulation des capitaux, et que certains États membres désindustrialisés (le Royaume-Uni notamment) vivent en partie des traficotages financiers et ont intérêt au maintien de la situation actuelle.

    Mais vous en parlez comme si ces principes et ces situations étaient éternels. Pour prendre deux exemples, l’Église catholique a abandonné le latin et l’Union soviétique a disparu : peu de gens auraient cru ces deux choses possibles juste avant qu’elles se produisent.

    En démocratie, même imparfaite, les peuples ont le pouvoir de modfiier les politiques et les principes : le moyen est l’élection.

    Le citoyen ordinaire s’intéresse d’abord aux objectifs. Il faut d’abord définir des objectifs clairement partagés par la majorité des citoyens (moyennant les élections) dans tous les États membres, à aire passer par les élections Ensuite, votre question « Comment » (les moyens) trouvera tout naturellement sa réponse, même si ça doit prendre beaucoup de temps. Le tout est d’aller dans la bonne direction.

    Des objectifs consensuels clairs : voilà ce qu’il faut d’abord. L’UE est encore loin de les avoir fixés, et c’est ça donc ça qui doit être la priorité,du moins si l’on souhaite une Europe intégrée. Une fois ces objectifs fixés, tout devient possible. JR

  11. Jacques Roman a dit :

    @jim tout court

    Disons que ne ne faisons pas la même analyse : ni de l’évolution passé du système UE ni des perspectives d’évolution future.

    Je pars de trois constatations :

    – Un système européen très puissant de délégation de l’exercice des souverainetés nationales s’est mis en place ;

    – Ce système n’est pas suffisamment démocratique et transparent : il faut donc le réformer ;

    – C’est aux Européens qu’il appartient de le réformer s’ils le veulent, en utilisant leurs institutions nationales et les institutions européennes.

    Vous partez d’une série d’affirmations qui reposent sur des appréciations purement personnelles ou situations que vous présentez comme irrévocablement figées :

    – Je sous-estimerais la puissance de la BCE :

    Mais la BCE n’a q

    JR

  12. Jacques Roman a dit :

    [Reprise du message précédent, accidentellement interrompu en cours de rédaction – Merci au modérateur de supprimer le 15]

    Disons que nous ne ne faisons pas la même analyse : ni de l’évolution passée du système UE ni des perspectives d’évolution future.

    En ce qui me concerne, je pars de trois constatations :

    – Un système européen très puissant de délégation de l’exercice des souverainetés nationales s’est mis en place ;

    – Ce système n’est pas suffisamment démocratique et transparent : il faut donc le réformer ;

    – C’est aux Européens qu’il appartient de le réformer s’ils le veulent, en utilisant leurs institutions nationales et les institutions européennes.

    Vous partez quant à vous d’une série d’affirmations qui reposent pour la plupart sur des appréciations purement personnelles ou des situations que vous présentez comme irrévocablement figées :

    – Vous me dites que je sous-estime la puissance de la BCE :

    Mais la BCE n’a que les pouvoirs que lui attribuent les traités, qui sont modifiables.

    – Vous dites que j’établirais une différence entre battre monnaie et création monétaire qui ne vous semble pas vraiment importante dans le cas qui nous occupe.

    C’est pourtant cette différence qui explique que les ÉUA et le Royaume-Uni, encore plus endettés que l’Eurozone, empruntent à 2 % tandis que certains pays de l’Eurozone empruntent à des taux de deux à autre ou cinq fois supérieurs.

    La « création monétaire » est une notion largement imprécise, peut-être fausse, et en tout cas d’une complexité quasi alchimique.

    Disons alors que par « battre monnaie », dans le contexte, de notre discussion, il faut entendre la possibilité de mettre instantanément et sans limitations à la disposition des États membres de l’Eurozone toutes les sommes en euros dont ils ont besoin sous forme de pièces, de billets et de tous autres instruments-papier et électroniques.

    La BCE n’a pas ce pouvoir, alors que la Banque d’Angleterre et la Federal Reserve en disposent : c’est cette différence qui explique qu’il y ait actuellement une « crise de l’euro » spécifique. La négliger, c’est négliger un des facteurs essentiels de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

    – Il serait impossible à un pouvoir démocratique de fixer une politique monétaire analogue à une politique nationale et pouvant s’appliquer à des États aux caractéristiques différentes.

    Mais outre le fait que cette politique est en cours d’élaboration et même, pour une partie, d’application, l’impossibilité n’est pas plus évidente que celle d’une politique monétaire nationale s’appliquant à l’ensemble des départements et des provinces de l’État coonsidéré. Affaire de volontarisme et de solidarité.

    – Un super-Etat européen intégré et cohérent, dirigé par des représentants démocratiquement élus et légitimes pour les peuples serait impossible d’après vous, et cela serait démontré par l’histoire de l’Union européenne, qui a abouti à « un monstre technocratique métastatique à côté duquel même l’ultra-administration soviétique était de la rigolade, des élections rejetées de plus en plus par les peuples, des processus de décision infiltrés de tous côté par des intérêts de firmes et financiers qui n’ont aucune légitimité démocratique ».

    Mais l’histoire de l’UE montre au contraire que les instruments d’une véritable démocratie européenne sont beaucoup plus présents de nos jours qu’en 1957, où le fonctionnement intergouvernemental était la règle. La preuve en est le recours de plus en plus fréquent au référendum pour régler des questions européennes, et les taux de participation à ces référendums.

    Au dernier référendum français sur l’Europe (TCE, 2005), le taux de participation était de plus de 69 %. Le taux de participation aux Pays-Bas pour le référendum de même objet était de 63 %. Ces chiffres sont avantageusement comparables aux chiffres des élections purement françaises. Rien ne laisse penser que si un référendum était organisé sur le nouveau traité de gouvernance on n’obtiendrait pas des chiffres équivalents.

    Il y a d’autres signes de démocratisation (comme l’introduction de l’initiative citoyenne, qui prendra effet le 1er avril prochain, et le renforcement des pouvoirs du parlement européen).

    Vous nous parlez de ce qui se passera dans 20 ans : laissez-moi vous dire que vous avez de la témérité,

    Je ne me retiens pas de citer à ce sujet la chronologie vingtennale qu’on trouve dans le conte de fées de George Friedman intitulé « Les 100 ans à venir » (« The next hundred years ») :

    1900 : Londres capitale du monde, l’Europe en paix et collectivement et relativement prospère et dominant le monde

    1920 : L’Europe ruinée après la première guerre mondiale, trois grands empires presque millénaires (allemand ,austro-hongrois, ottoman), l’empire tsariste devenu empire communiste, les États-Unis et le Japon devenus grandes puissances mondiales

    1940 : l’Union soviétique alliée de Hitler, La France éliminée comme grande puissance, re Royaume-Uni seul contre l’Allemagne puissance européenne dominante, le « Reich de mille ans » en perspective

    1960 : L’Allemagne (écrasée en 1945) divisée en deux, occupée pratiquement ou officiellement par les ÉUA, l’URSS, le Royaume-Uni, la France et la Belgique. Le Royaume-Uni éliminé comme grande puissance mondiale, deux superpuissances dominent le monde : ÉUA et URSS, les empires coloniaux européens sont en voie de disparition rapide. le monde divisée par la guerre froide, la menace nucléaire.

    1980 : Les ÉUA vaincus par le Viet Nam et alliés objectifs de la Chine contre l’URSS

    2000 : L’Union soviétique disparue, amputée des États baltes et des républiques d’Asie centrale, l’Allemagne réunifiée, les États-Unis seule véritable superpuissance, la Chine capitaliste avec un gouvernement communiste, et son PNB dépasse celui de la Belgique, l’OTAN pratiquement aux frontières de la Russie et installée, la perspective d’une nouvelle guerre mondiale devient quasiment inconcevable

    2020 : L’Amérique a été attaquée chez elle, pour la première fois depuis le début des années 1800 (11 deptembre 2001) et mène deux guerres jusqu’à présent sans issue (Afghanistan, Iraq). tandis que l’Inde, Israël et bientôt l’Iran disposent de labombe atomiquel. Une nouvelle guerre se prépare en Iran, avec peut-être des incidences nucléaires, La Chine est devenue seconde puissance économique, devant le Japon, et talonne les ÉUA. L’Eurozone passe par une crise si grave qu’on parle de sa disparition et même de celle de l’Union européenne, le monde luji-même connaît la crise économique et financière la plus grave depuis 1929, et qui dure encore à ce jour .

    Complétez si vous l’osez (je ne vous demande pas d’aller jusqu’en 2040), et réfléchissez bien à la question de savoir si le retour aux souverainetés nationales à l’ancienne serait vraiment une si bonne chose ! JR

  13. Jacques Roman a dit :

    @Jim à plus (18)

    Que vouslez-vous, ce sont les approches de la centaine. Il faut me pardonner. JR

  14. Jacques Roman a dit :

    Merci, Jim papyphile.

    Je vais vous surprendre, mais il y en a plusieurs que je ne me rappelle pas avoir vu en leur temps !

    Amicalement. J

  15. Jacques Roman a dit :

    PROPOSITIONS DU SITE 1789PLUS CONCERNANT LA CONSTRUCTION DE LA DÉMOCRATIE

    Il y en a deux que je me permets de soumettre à votre attention particulière.

    Il s’agit :

    – de l’avant-projet de statuts de l’ « Association générale des citoyens et résidents français » (pour le contrôle citoyen de l’exercice des pouvoirs) ;

    – d’un avant-projet de refonte de la constitution de 1958 dont la pièce maîtresse est l’ « initiative citoyenne » (notamment sous forme de propositions citoyennes de projet de loi pouvant aboutit à un référendum).

    Vous les trouverez, avec toutes les explications et tous les hyperliens nécessaires, en cliquant sur

    http://www.1789plus.org//forum/index.php?sid=2d6742783d018739320e3b09965fef31

    Ceux que l’un ou l’autre de ces deux textes intéresse sont cordialement invités à se joindre aux rédacteurs. Dès que nous serons 50 inscrits (actuellement 23), un projet de règlement sera proposé aux participants afin d’asseoir l’opération sur une base vraiment démocratique

    JR (coordonnateur provisoire du site 1789PLUS)

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