13 Juin 2012

La langue de bois m’est étrangère. La propagande qui dit le contraire de la réalité me l’est tout autant.

Si le résultat du candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle fut à mes yeux un succès – le score à deux chiffres tant espéré lorsque fut lancée cette candidature – le résultat du premier tour des législatives est un échec. Un échec parce que le résultat de la présidentielle n’est pas confirmé. Un échec parce que le nombre de députés en situation d’être élus est dérisoire par rapport  à l’action que nous entendons mener pour que le résultat final de la présidentielle débouche sur une capacité à imposer une vraie alternative démocratique, sociale et écologique. Un échec parce que celui qui a porté avec un talent exceptionnel le message du Front de Gauche lors de la campagne présidentielle ne pourra pas le porter à l’Assemblée nationale.

J’entends les commentaires de camarades qui essaient de se consoler en comparant ce qui n’est pas comparable (les voix de 2007 et celles de 2012).  Mais le Front de Gauche n’existait pas en 2007.  Aucune comparaison ne peut être avancée avec cette proposition politique inédite. L’espérance dont le Front de Gauche est porteur n’est pas réductible à l’une de ses composantes.

Alors, pourquoi l’échec ? Pourquoi le recul du 10 juin par rapport au 22 avril ?

Ma première explication concerne le débat politique : il n’a pas eu lieu pendant la campagne législative. On n’a pas vu, dans les médias,  les tenants des différents projets s’opposer sur les grands enjeux de la législature qui  va commencer. Les médias, qui ont privilégié une personnalisation à outrance, ont leur part de responsabilité, contribuant gravement à la banalisation du FN et à une dépolitisation accrue. UMP et PS aussi, qui ont  ravalé le débat à de médiocres rivalités politiciennes. Mais le Front de Gauche également qui a perdu de sa visibilité. Son projet alternatif s’est effacé derrière la dispersion en 577 circonscriptions. Il a manqué une initiative nationale, un grand rassemblement, pour rappeler ce projet et en quoi il est en rupture avec ce que proposent  les autres.

Ma deuxième explication porte sur l’image effritée du Front de Gauche pendant la campagne législative. Alors que la candidature de Jean-Luc Mélenchon offrait l’image du rassemblement sur un projet global, c’est l’image d’un cartel d’organisations indépendantes qui s’est imposée. C’est le candidat d’un parti qui s’est présenté aux électrices et aux électeurs bien davantage que le candidat du Front de Gauche. Du coup, l’espérance dont le Front de Gauche est porteur s’est heurtée à l’image forcément réductrice portée par chacune de ses composantes. Même si, ici et là, des efforts ont été consentis pour exprimer le rassemblement, les électeurs ont vu davantage le parti politique dont est issu(e) le ou la candidate et ils ont voté en fonction de la représentation qu’ils s’en font. Cette perception du public a été renforcée par les médias qui ont, à de multiples reprises, souligné l’énorme déséquilibre entre les différentes composantes du Front de Gauche au niveau des candidatures. On n’a plus vu le projet commun et sa nouveauté ; on a vu la personne qui le portait, son parti et ses pratiques. Un grand nombre de gens qui aspirent au renouveau de la démocratie, à une implication citoyenne plus grande dans la vie de la cité, à une déprofessionnalisation du mandat public, à une rupture avec les pratiques locales trop souvent partagées avec les socialistes, à cette révolution citoyenne si bellement évoquée par Mélenchon n’ont pas nécessairement trouvé ce profil dans les candidatures proposées.

Ma troisième explication concerne le PS. Il fallait chasser Sarkozy et son gang. Mais cela ne peut, en aucun cas, signifier un chèque en blanc à Hollande. J’ai écrit à de multiples reprises les raisons pour lesquelles on ne peut faire confiance au PS. Je n’y reviendrai pas aujourd’hui.  Cela étant, alors que l’électorat du Front de Gauche fut indispensable pour l’élection de Hollande, le PS a tout mis en œuvre pour combattre le Front de Gauche allant jusqu’à pratiquer une indifférence scandaleuse à l’égard de la menace fasciste à Henin-Beaumont. Le PS s’est comporté à l’égard du Front de Gauche en ennemi et non en concurrent. Tout a été mis en œuvre pour faire batte un maximum de députés communistes sortants. Tout à été mis en œuvre pour faire battre Jean-Luc Mélenchon.

A son propos, je veux rendre hommage à son courage politique. Il a porté haut et fort le combat essentiel alors qu’en s’étend à nouveau la tache sombre du fascisme. Ici sont à l’oeuvre les disciples de Vichy ; là se manifestent d’authentiques nazis. Partout, avec la crise et les politiques qui l’ont provoquée, la bête immonde se réveille. Jean-Luc Mélenchon a mené ce combat avec panache, en dépit d’une fatigue confinant à l’épuisement. En face, le FN a utilisé des procédés qui signent incontestablement sa filiation fasciste.  J’étais de ceux qui pensaient que l’Assemblée nationale ne pouvait pas être privée de la grande voix de Mélenchon. Je n’étais pas convaincu qu’il fallait lui faire prendre les risques d’une circonscription aussi incertaine. Il y avait d’autres endroits où il aurait pu, avec une grande force symbolique, exprimer notre opposition commune à la fois au néolibéralisme qui dure et au fascisme qu’il génère. Mélenchon est un homme généreux. Il a fait don de sa personne pour un noble combat. Mais je regrette que ceux qui ont poussé à ce choix-là n’aient pas pris en compte le risque d’un échec et les conséquences pour la suite. Il y a des causes qui sont plus grandes que les personnes et qui réclament qu’on ménage ceux, trop rares, qui en sont les porteurs.

Pour l’heure, je m’en tiendrai à cet essai, forcément incomplet, d’explication d’un échec.

rmj

 

 

 

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27 Réponses pour “Front de Gauche : ma perception d’un échec.”

  1. Vassia Karkayanni Karabelia a dit :

    Tout a fait d’accord. Je partage.
    Nous continuons le combat.
    V.

  2. joseph lamer a dit :

    Début d’analyse interressante mais qui fait silence sur les particularité de la tactique de Mélenchon en particulier la façon brutale de s’adresser aux autres qui met mal à l’aise ainsi que d’autres points que je peux développer ultérieurement.
    Quelle conclusion tirer de ce que RMJ appelle clairement un échec.
    Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas stagner dans le front de gauche qui risque de devenir le champ de querelle entre différents petits groupes ou le mouvement de soutien au « courage de Jean Luc qui a fait don de sa personne » ( cette expression me parait décaler ) mais aller vers un autre mouvement : un front des luttes!
    Par ailleurs si les média ont un role important, ce rôle est surestimé! Les « gens » ne sont pas des idiots qui se font greffer dans le cerveau des idées réactionnaires. Tous se méfie des média, il suffit d’aller dans un bistrot pour entendre le discrédit des médias. Mais on réfléchit à partir de son quotidien et celui de son environnement et ces réflexion n’améne pas à une adhésion au front de gauche…Alors il faudrait remettre à plat nos analyses et nos affirmations. Sur ma ville par exemple, le front de gauche était hyperactif mais dans l’indifférence de la population et avec toujours ce même noyau d’une trentaine de personnes (trés sympas, d’ailleurs)…Toujours dans l’activisme et si peu dans la réflexion.
    Un autre point, les aspects autoritaires de Mélenchon ont refroidi pas mal de gens. Nous aspirons à une socièté non autoritaire qui reconnait chacun. La manière d’être des « dirigeants » augurent mal du type de socièté qu’ils veulent et cela n’est pas suivi par le « peuple ».

  3. Zakia HENRY a dit :

    C’est également ma perception et ma déception mais je reste optimiste malgré le fascisme ambiant et les trahisons du ps.

  4. Gavroche a dit :

    Tout a effectivement été mis en œuvre pour battre Jean-Luc Mélenchon et le FDG.
    Par les médias qui ne sont décidément plus que le relais des politiques, de la droite « décomplexée » pendant cinq ans, et aujourd’hui de la « gauche » dite socialiste, cette « gauche » qui n’est que le gentil gestionnaire vaguement rosâtre du libéralisme.

    Tout a été fait pour faire entrer dans les têtes non pas des idées, un programme, un changement de société, mais une peopolisation de la politique.

    Les électeurs ne sont finalement que de pauvres naïfs qui croient exercer leur « droit de vote », alors qu’ils ne sont qu’un alibi des politiques. En ce qui me concerne, le changement, le vrai, ne viendra pas par les urnes. J’en suis désormais convaincue.

    Et quand j’entends que Pierre Laurent souhaite participer au gouvernement, j’ai envie de … N’ont-ils rien retenu de 1983 ?

  5. combesque a dit :

    Mélenchon a fait preuve de mon point de vue d’une arrogance démesurée. On allait voir ce qu’on allait voir n’est-ce pas! Se présenter face à Marine Le Pen au lieu de commencer à bâtir un front des Gauches avec ouverture au non encartés ou ex encartés, discussions, assemblées me semblait une façon de faire plus appropriée et surtout s’inscrivant dans la durée (d’un quinquennat par exemple). Maintenant, il est en échec et nous avec. 4 millions de bulletins de vote ne méritaient pas d’être dilapidés sur un coup de dé alors que nous avons tout à faire, tout à prouver, tout à convaincre. Je n’apprécie pas les coqs.

  6. Jean-Michel Capuano a dit :

    Cher RMJ,
    Malheureusement je partage la totalité de tes conclusions, et particulièrement ton regret du « sacrifice » de jean-Luc Mélenchon dont nous aurions tous eu tant besoin à l’Assemblée Nationale.
    C’est une erreur que nous tous paierons très cher…
    Jean-Michel

  7. Gilbert SOULET a dit :

    Salut Raoul,

    Bonjour à tous,

    Même si j’apparais décalé, j’avais souhaité et écrit à mes Amis PS que les instances du PS ne présentent point un candidat face à Jean-Luc MELENCHON, ainsi que face à François BAYROU.
    Mais OUI, je suis allé jusque là et regrette encore de ne pas avoir été entendu.
    L’hémicycle aurait besoin de ces deux tempéraments, certes aussi différents.
    Mais le Parti Socialiste est trop gourmand;
    Aujourd’hui, les scènes de ménages vont ajouter à l’inconséquence.
    Très amicalement,

    Gilbert de PERTUIS, Porte du Luberon

  8. Le Gac André . Conseiller Général honoraire 29/Penn Ar Bed a dit :

    Je suis globalement en accord avec cette position : quand on a « la chance historique » (je parle des Temps …) d’avoir un porte-parole de la trempe et de la classe de J.Luc Mélenchon on ne le CRAME pas à Hénin-Beaumont,on ne le « laisse  » même pas y aller . Combien de camarades ont dit AVANT : » il prend un risque fou…  » . Et depuis : » Mais comment un type aussi « fin » a-t-il pu accepter de se faire  » suicider  » ?! Je n’arrive pas à comprendre moi non plus . André Le Gac, coordinateur de la campagne du Front de Gauche , 6e circonscription du Finistère ,( l’une des 2 P.G. sur les 8 ;6 autres P.C.F.)

  9. brigitte lugat-lescarret a dit :

    J’approuve malheureusement tout ce qui a été dit au-dessus. Aller défier Marine Le Pen sur ses terres me paraissait provocateur et bêtement « casse-gueule ». Mais je ne pensais pas que ça donnerait un vote sanction ! Où sont-ils tous ces gens enthousiastes des meetings de campagne électorale ? Convaincus par le PS ??? Et j’aimerais que Joseph Lamer explique sa phrase sur la reflexion à partir de son quotidien qui n’amène pas à une adhésion au FdG. Pourquoi à son avis ? Dans ma ville aussi il y a un groupe de militants comme chez lui. Résultat : 4,5%…Et le NPA 0,..%. Bien sûr il faut reconstruire, brique par brique, patiemment, comme on le fait depuis des années. Mais pour l’instant le coeur n’y est pas. Pas encore.

  10. Albert a dit :

    Les explications réelles de ces résultats sont peu abordées par les commentaires précédents et par l’article initial.
    C’est en fait très simple : on ne fait pas du neuf avec du vieux !
    Le FDG a été construit depuis le début sur plusieurs non-dits :
    Le PCF a essayé d’abord dans cette affaire de retrouver des couleurs électorales grâce à l’appui du PG et de JLM et non à développer une force nouvelle autonome.
    Si les résultats des législatives du FDG ne sont pas bons, c’est avant tout parce que le PCF continue de perdre des voix dans ses derniers bastions populaires et ce point n’est jamais évoqué dans le débat.
    Le PCF n’est pas clair par ailleurs et ce depuis le début sur la question de la participation à un gouvernement social-démocrate.Alors que la réponse devrait s’imposer d’elle-même, Pierre Laurent préfère dire que cette question sera tranchée après les élections !
    Enfin, le OUI à Maastrcht de JLM, son admiration sans bornes pour F. Mitterrand, ses amitiés maçonniques avec la droite, sa phrase malheureuse désormais célèbre pendant la campagne électorale sur les plages du Prado à Marseille (Les arabes et le berbères sont l’avenir de la France), son erreur de se parachuter dans la circonscription de MLP, etc. ne permettent plus de développer une force à la gauche de la gauche.
    Pour reconstruire, il serait impératif que le PCF, le PG et les autres petites organisations se sabordent et envisagent un congrès fondateur d’un nouveau parti mais hélas, le PCF n’acceptera jamais cette solution et continuera à privilégier son unité d’action sur le terrain avec le PS, notamment aux régionales et municipales.

    Albert, démissionnaire du PG depuis 1 an.

  11. joseph lamer a dit :

    si on fait le bilan des phrases creuses ou maladroite de JLM on est sidéré! Peut-on imaginé le changement par la grace d’un orateur dont les positions varient constament.
    Actuellement il y a des groupes FDG mais on retrouve toujours les mêmes personnes (plutot sympas voire trés sympas) mais le FDG ne proposait qu’un programme et non le « comment faire ensemble » pour sortir de cette société.
    Par ailleurs la présence à la bastille et ailleurs (toujours grossièrement surévaluée!) ne présentait pas une adhésion.
    Le front de gauche a poursuivi une politique politicienne et n’a pas créé un nouvel imaginaire social qui permet d’imaginer une autre socièté à partir du vécu et de la solidairté. Loin de là , il s’est montré autoritaire à l’image de son leader. Ca ne donnait pas envie. C’était un pis aller face à la médiocrité d’Hollande.
    La brutalité n’est pas la radicalité. Le bluff n’est qu’illusion…
    Et le soufflé retombe, là où il était: au fond du plat!
    J’espère qu’on va cesser de faire de Mélenchon une victime qu’il faut consoler. C’est du mépris. Mélenchon est responsable. Il croyait battre Le Pen, être le troisième. C’était de bien mauvaise analyse.

  12. Pierre Montoya a dit :

    Jean Luc Mélenchon a mené un combat particulièrement dur et il n’a pas gagné. Cela prouve au delà des préoccupations politiciennes, qu’il en a les moyens et qu’il peut rebondir. Il a à nouveau pris le chemin, autrefois emprunté par les grands dirigeants du mouvement ouvrier qui se déplaçaient selon les besoins de la cause, avec des succès et beaucoup d’échecs. C’est peut être dommage pour l’instant, là, à cette élections mais les choses vont aller très vite. La problématique, c’est le Front de Gauche. On peut noter que c’est dans les circonscriptions où celui ci apparait le plus uni et où les particularités internes s’effacent, qu’il fait globalement les meilleurs scores. Le taux de mobilisation des militants du PG est exceptionnel et là où le PC est manifestement en retrait par rapport au FdG, les résultats apparaissent moins bons. Au sein d’une force d’avenir ou en devenir, certains peuvent apparaitre comme celles du passé, il y a au FdG, cette contradiction a surmonter. De son côté , le PS n’a pas hésité à polluer le débat avec « la participation de ministres communistes » entre autre et le PC en dehors d’un vote des militants à venir, n’a pas su en annuler les effets. Ceci au point que la tension a été perceptible, plus ou moins selon les secteurs, le tout doublé d’une recherche de rapport des forces en interne. On peut sur ces éléments en déduire qu’il y a eu une certaine démobilisation des électeurs après les présidentielles. Par contre sur les quelques circonscriptions de ma connaissance où le FdG a été fusionnel , il y a eu de meilleurs résultats. Et enfin, le PS n’a pas fonctionné comme concurrent mais comme un adversaire, avec parfois le même vocabulaire que la droite, contre le FdG, ce qui va compliquer les désistements au second tour, avec des abstentions et une montée des votes blancs. Nous serons fixés dans quelques jours. Pour le reste, c’est avec la préparation du Budget 2013 voir 2014 que nous pourrons juger du devenir du Front de Gauche , de sa capacité à exister et à rassembler. La preuve par les faits, c’est pour bientôt et si par malheur il lui arrivait de ne pouvoir remplir sa mission, devant les désillusions qui attendent la majorité de nos concitoyens, c’est un boulevard pour le FN et une radicalisation de la droite. Le troisième pilier du capitalisme est en marche , après le personnel politique de la grande bourgeoisie et le second représenté par la social démocratie, c’est le tour du fascisme mode national catholicisme d’un pétainisme recyclé en neo libéralisme. C’est ainsi que le capitalisme résorbe ses crises avec les catastrophes qui vont avec.

  13. Victor a dit :

    @Pierre Montoya
    Je partage complètement votre approche. Il faut arrêter de se fixer sur la personnalité de JL Mélenchon dont on retrouve sur fil bien des critiques similaires à celles qu’on a pu lire dans les médias mélenchophobes. Il faut de tenir compte de l’état du FdG au stade de son développement actuelle, ce que fait d’ailleurs R.M. Jennar. Il faut aussi regarder de plus près les résultats sur Hénin-Beaumont avant de parler d’é chec: voir le billet de Mélenchon : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/06/13/cest-ma-fete/
    Pour ma part je trouve que la candidature de Jean-Luc Mélenchon est symboliquement exemplaire : par delà ce relatif échec, relatif par rapport à l’ambition de passer devant la lepen, le risque valait la peine de ramer à contre courant des faiseurs d’opinions qui banalisent le front national.

  14. Héloïse a dit :

    Pas en désaccord avec le sentiment d’échec…pas d’accord avec son explication…et…et si nous avions tous raison et tort à la fois ?

    L’ambiguité ne doit pas être cultivée, et la shyzophrénie n’est pas de mise, mais …si, « pour une fois », la fameuse « explication » devait passer par l’analyse de l’ambiguité de la situation ?

    Ambiguité multiple même, il me semble, et cela sans confusion :
    1/ ambiguité de « l’antisarkozysme rassembleur » (dois-je développer?)

    2/ ambiguité des « institutions républicaines » face à « l’ennemi fasciste »…(idem ?)

    3/ ambiguité du dilemne Etat ou Marchés : « reprendre le pouvoir sur les marchés » est une opération ambigue dans la mesure où l’on a besoin de l’Etat pour cela tout en ayant simultanément besoin d’anéantir cet état qui n’est qu’un instrument contre « le peuple »…Place au peuple, cela en effet est attendu…mais il est difficile de la préparer tout en respectant cet Etat là, cette constitution là ce mode électoral etc…

    4/ « la révolution citoyenne » est ambigue , c’est pour beaucoup d’électeurs disciplinés un oxymore : il nous faut encore travailler la contradiction avec la gouge de l’exaspération populaire : la revendication de souveraineté populaire qui sous-tendait le « NON du 29 Mai 2005 au projet de constitution transnationale » mérite que « la dynamique du front de gauche » soit celle de cette revendication !

    5/ « non aux licenciements boursiers » voila encore une ambiguité à travailler sans fuir le fait ambigu qui nous est imposé par « l’économie financiarisée » …

    L’ambiguité permet en effet de croire que nous acceptons comme « naturel et allant de soi » le licenciement « justifié »…Or il nous faut démontrer que sans licenciements boursiers la lutte contre toutes les autres causes de chomage deviendra la priorité de la « civilisation ».

    « l’humain d’abord », c’est ambigu et nous devons l’accepter et en dicuter, car le travail sur ce qu’est « l’humain » c’est sans doute la révolution culturelle attendue pour sauver « le genre humain »…etc…Donc, « notre échec » est lui-même ambigu, tout comme notre succès l’aurait été : la révolution citoyenne commencera quand on pourra se passer d’un leader charismatique « faisant don de sa personne » …Ceci dit, JL Mélenchon reste notre héros car il n’a pas hésité face au devoir de résistance, prenant trop de risques, diront les « semi-collabos »…
    Ambiguité? oui, car sans l’action de JLM précisément face à MLP, aucune chance de l’éliminer au deuxième tour : la haine serait passée dès le premier tour contre le PS…JLM a levé une partie des troupes de l’abstention, et j’espère que ses électeurs comprendont qu’il faut voter PS en se bouchant le nez, pour finir l’acte de résistance qui s’impose dans le Pas de calais en tout cas !

  15. Le Gac André . Conseiller Général honoraire 29/Penn Ar Bed a dit :

    Ce qui serait un début de changement pour un échange nécessaire, mais qui doit être limpide ,serait que les intervenant(e)s disent QUI ils sont et de quels lieux ( et milieux) politiques ils s’expriment . Je précise pour moi-même : au P.C.F. ( Fédération 29 nord de 1970 à 1985 , permanent fédéral 77/78 , puis  » rénovateurs  » puis … départ « avec  » P.Juquin , puis nulle part ,( même pas dans les « poubelles du P.S » comme la direction fédérale l’avait annoncé !!! ) . Puis maire (89/2001 et conseiller général 92/2011, puis …  » retraite « ,engagé ds le F. de G. depuis les Régionales avec la liste Gérard Perron ( maire de Lanester ,C.G. P.C.F.) . Nous ferons une première réunion/bilan sur la 6e du Finistère le 27 juin . Une 1ere ou une …DERNIERE ???!!!

  16. Héloïse a dit :

    Je salue Le Gac André comme les autres, et RMJ , mais le rôle du pseudo pour moi est utile à tous : si je lis un article dans le Figaro j’ai forcément des « à priori » conscients ou sub-conscients…

  17. Raoul Marc Jennar a dit :

    @Le Gac André . Conseiller Général honoraire 29/Penn Ar Bed – Bien d’accord André à propos de l’anonymat qui est, au-delà de toute considération pratique, une forme de lâcheté derrière laquelle se cachent le plus souvent de grossiers individus qui n’ont à la bouche – au clavier, devrais-je écrire – que la bave de leurs insultes. Et que j’efface de mon blog dès qu’ils le salissent.

  18. loursdecéretnonencarté a dit :

    D’accord avec l’analyse faite par Raoul Marc Jennar tout en ne négligeant pas celle joseph lamer.

  19. Héloïse a dit :

    L’avenir du front de Gauche est peut-être l’avenir du peuple souverain, c’est-à-dire que si ce dernier a perdu une bataille, elle reste précisément celle qu’il fallait livrer pour gagner l’estime de « soi » seul vrai enjeu au long-cours pour « un peuple » …tandis que commence, avec un socialisme de collaboration harcelé par un libéralisme autoritaire, la grande guerre du XXIè siècle, guerre aux peuples , guerre à la libre détermination, guerre à l’humain, guerre déclarée par les 1% dominants « libéraux pour eux seuls » et propriétaires des Etats asservis… Autant dire corrompus dès la formation des « élites »… Dans l’huma-des-débats de ce vendredi Janine Guespin et Jacques Michelet réfléchissent sur « la dynamique du Front de gauche ». Leur texte me fait penser que l’existence des dix partis co-fondateurs pouvant paraître réduits à un « cartel électoral » n’empèche pas de faire fructifier de façon inédite le pluralisme qui est « la principale qualité du front de gauche »: le potentiel de « résistance populaire » y est immense, et je crois qu’il faut répondre aux jeunes souhaitant adhérer directement au Front de gauche qu’ils y sont déjà dès qu’ils participent à l’un des fronts de gauche thématiques qui alimentent la dynamique nécéssaire, sans s’enfermer dans une « forme parti globale et supérieure nouvelle » fatalement condamnée aux défauts des anciennes, mais justement en adhérant « autrement » à l’une des formes parti co-existantes pour tout à la fois la subvertir, la régénérer, et l’utiliser « en partenariat » avec les syndicats et autres associations dans cette grande « synergie de prise de pouvoir populaire » qu’appelle la philosophie donnant priorité à l’humain : il convient d’être libre partout, et surtout dans ce front de gauche à vocation subversive ! Il y a trois axes essentiels d’adhésion qui dépassent l’appartenance bridée à un parti unique, fut-il « commun » : le premier c’est l’exigence constituante « place au peuple » !. Le second c’est l’exigence vitale d’une écologie humaine « pour une planète Homme » . Le troisième c’est « la justice sociale ». Les contradictions entre ces priorités si elles existent ne sont pas « antagoniques » mais « propédeutiques » : adhérer à l’un des fronts de gauche thématiques c’est devenir universitaire populaire des autres fronts thématiques : l’idée est que le peuple doit apprendre à apprendre dans et de ses luttes…ATTAC me semble pouvoir répondre à ce besoin « d’université populaire transversale ». Pour reparler de JL Mélenchon: son atout reste d’être plus que charismatique : il s’agit d’un pédagogue comparable à JAURES !

  20. Alain Guillou a dit :

    Pour un « FRONT COMMUN D’EXPLICATION »

    LE CANCER DE LA FINANCE A ETE INOCULE PAR DES HOMMES
    « Les mesures prises pour diminuer les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises sont importantes. Mais il y a aussi les dirigeants des grandes banques, ceux qui sont à l’origine du processus qui a amené la crise financière, ceux qui, par exemple aux USA, n’ont pas été inculpés après les événements de 2008 (…)La financiarisation déconnectée de l’économie réelle est un cancer qui prolifère depuis des années, qui fait éclater ses boursoufflures sur la Grèce, comme depuis des décennies sur les pays pauvres.
    Mais ce n’est pas un cancer ordinaire, qui tomberait sur l’humanité comme une maladie dont on n’est pas responsable. C’est une maladie qui a été inoculée par des hommes, qui ont sciemment pensé le projet. Ils ont entraîné dans leur cupidité bien des acteurs économiques jusqu’aux petits épargnants. Bien sûr, tout cela est lié à un système, le système économique libéral. Mais il y a des hommes aux manettes ! Je pense qu’il faudrait davantage les montrer, les désigner, pour que nos concitoyens voient qu’il y a eu des décisions prises, qu’il ne s’agit pas d’un système contre lequel on ne peut rien.(…). Ne serait-il pas bon que se réalise un front commun d’explications pour redonner aux citoyens barre sur les explications de la crise financière et sur les mesures économiques qui peuvent être prises ? Car ces décisions dépendent aussi de nous, les citoyens, de notre abstention ou de notre action. Comment, par exemple, avons-nous pu laisser les politiques obliger les Etats à financer leurs projets auprès du marché financier privé et non auprès de leurs banques centrales, et pour l’Union européenne auprès de la Banque Centrale européenne ?
    Comment nous-mêmes, citoyens, avons-nous pu laisser les politiques fermer les yeux sur les paradis fiscaux, y compris en Europe, qui privent nos pays, mais plus encore ceux d’Afrique ou d’Amérique latine, de ressources essentielles ?  » (…)
    Article signé par Dominique Fontaine, prêtre, vicaire général de la mission de France, à lire en entier dans L’Humanité des débats du vendredi 15 Juin 2012

  21. Isorine a dit :

    Le Front de Gauche a pour ambition – réussie pour la présidentielle – de réunir des partis politiques et des citoyens non militants ; compte tenu des résultats à la présidentielle ces derniers on été sinon majoritaire tout au moins déterminants pour le résultat obtenu ; Outre le carisme de J.L Mélenchon un des facteurs majeurs de séduction est très probablement la vision portée d’un nouveau type de société tournée vers l’Humain et les valeurs de justice et d’équité auxquelles nombreux sont ceux qui y aspirent ; mais aussi vision qui demande une distance et une analyse intellectuelles faisant la part des choses entre le réalisable à court et moyen termes et l’idéal voire l’utopie à plus long terme ; Alors nombreux sont ceux qui ont voté pour un idéal au 1er tour des présidentielles tout en sachant déjà ce que serait leur bulletin de vote au second tour; Pour les législatives on change de registre, il s’agit de donner une majorité présidentielle et c’est probablement les notions sécuritaire et de stabilité qui prédominent sur celles de l’appel à  » l’insurection  » et à  » la révolution  » quand bien même elles ne seraient qu’intellectuelles et il convient de se demander si les concepts et discours à prendre au second degré ne sont pas le plus souvent compris au 1er degré ; Au bout du compte l’on retrouve dans les résultats des législatives essentiellement le poids des militants engagés et de quelques autres avec une large déperdition des citoyens n’appartenant à aucun parti ; la question est de savoir si, dans la campagne des législatives, le réflexe des partis n’a pas pris le pas sur un discours plus ouvert sur un public plus large ; Un autre point peut-être, plus difficile à comprendre pour des électeurs moins avertis sur le fonctionnement des partis et pouvant apparaître comme des réglements de compte plus personnels que d’intérêt général, le discours anti-PS – quelques fois maladroit si non un peu lourd – tout en appelant au soutien des candidats PS au second tour ; L’épisode de la candidature de J.L Mélenchon n’est peut-être pas non plus étranger à la réaction d’électeurs ; En conclusion l’on ne peut que regretter que des candidats comme Daniel BORREIL n’ait pu avoir accès à l’émicicle ;

  22. Alain Guillou a dit :

    Le seul défaut du front de Gauche est de devoir se former dans un contexte paradoxal : la « démocratie » dans le cadre de laquelle il prend son envol est une machine à raboter les « excroissances » : la société resemble à ces arbres des boulevards passants , taillés et retaillés jusqu’à n’être rien que des négations de leur vraie nature…il n’y a aucun fruit en ville ! Donc le front de gauche a dû se choisir « un chef », qui orchestra comme un vrai chef de guerre une symphonie écrite contre les chefs…

  23. Héloïse a dit :

    @Isorine:
    JM Ayrault en votant ce matin a déclaré aux journalistes :
    « S’il faut travailler plus en commun, ce qu’on appelle le gouvernement économique, il faut aussi qu’il y ait un contrôle démocratique, qui ne peut être limité à mes yeux au seul Parlement européen »,(…) »Il faut qu’il y ait de la place pour les parlements nationaux : l’Europe, ça reste et restera une fédération d’Etats-nations »(…) »Si on passait à une autre étape, d’intégration plus forte, ce serait une souveraineté partagée, ce n’est pas la BCE qui va dicter aux gouvernements leurs conduites »,
    « Si on ne se projette que dans l’avenir et qu’on ne traite pas l’urgence, comme sortir de la domination des marchés financiers (…) l’étape de relance du projet européen sera contrariée », a dit le Premier ministre. »
    OUF ! ce fut long à venir…mais qu’en restera-t-il au lendemain de la « vague rose »?
    Il faut un groupe « Front de Gauche » à l’Assemblée, et cesser de mépriser les « minorités » en les confondant avec l’extrême néo-nazie créée de toutes pièces par le système oligarchique pour donner la peur de soi-même au « bas peuple populiste » !
    Si Le Front de Gauche a eu tort d’avoir raison contre Le Pen…Vous n’avez pas tort en regrettant l’intrépidité de JLM à Hénin Beaumont…Mais tout dépend là encore si l’on vise un succès électoral à crédit et finalement trompeur car « politicien de courte vue », ou si l’on associe le travail à long terme avec les sacrifices électoraux qu’exige l’honnêteté des « lanceurs d’alarme »…N’oublions pas que rien n’est « simple » …Et que tout(e) citoyenn(e) est en droit d’exiger des « politiques » qu’il(elle)s fassent aussi leur devoir de mémoire et de résistance !
    Bon Dimanche… je vous ai laissé une demi part de soleil mais il commence à mijoter dans son jus …la situation météo ressemble à la situation politique, mi figue lénifiante-mi raisin de la colère!
    Amicalement

  24. RV a dit :

    @Héloïse
    Je ne suis pas d’accord avec votre troisième point. (ce qui ne veut pas dire que je suis d’accord avec les autres)
    Le Front de Gauche a la convocation d’une constituante dans son programme. Si ce n’est pas une remise à plat de l’Etat actuel, qu’est-ce que c’est ?

  25. Chrétien a dit :

    Il faut saluer ce soir la victoire éclatante des stratèges du Front de Gauche et du PC,
    qui bien que hélas 44% des citoyens aient décidé de ne pas voter,
    et bien que le Front de Gauche n’aura pas de groupe à l’Assemblée avec ses quelques 9 probables députés,

    ne saurait constituer le constat d »erreurs stratégiques majeures et durablement installées depuis 40 ans.

    Car la réalité est plus forte que les nombres et les adhésions citoyennes clairement exprimées : en effet, nous avons tort d’avoir raison, et c’est pour cela qu’il nous faut persister à n’écouter que nous mêmes et nos leaders, car après la mort, il y a le paradis, et le paradis est bel et bien l’objectif de nos géniaux stratèges politiques, on ne peut en douter, la voie est clairement tracée.

    Grâce leur soit rendue.

  26. Alain Guillou a dit :

    @ Héloïse : il faudrait clarifier cette phrase : » Les contradictions entre ces priorités si elles existent ne sont pas « antagoniques » mais « propédeutiques » »
    Le nom « propédeutique » il faut l’expliquer , car il n’est jamais un adjectif, mais bon: est « propédeutique » la formation préparant à une formation supérieure : Par exemple l’étudiant ici c’est bien le peuple qui se déplace massivement pour entendre ce que signifie pour les partis du Front de gauche le « programme partagé ».
    Dans la mesure où le peuple en question exige d’être traité comme majeur et vacciné, ce qu’il vient chercher aux meetings, (par exemple), c’est ce qui va lui servir pour se former , c’est-à-dire forger sa compétence « Constituante »(entre autres)…Car le programme partagé propose d’élargir le « partage » jusqu’à la co-écriture d’une Constitution de VIè République « pour et par le peuple »…Les « différences » entre les partis du Fd G, pour ne pas devenir des « différents », doivent donc plutôt devenir des sources de réflexion partagée pour « former le peuple » à regarder en face à la fois la complexité des choses et sa responsabilité « unitaire » : prendre à bras le corps les problèmes posés à l’émancipation populaire exige une « éducation populaire » qui est une « propédeutique »… Si j’ai bien compris, alors, aucun parti tout seul ne prétend apporter « toute l’education populaire nécessaire et suffisante », sauf erreur de ma part.

  27. Héloïse a dit :

    @ RV: je n’ai pas bien compris votre dernier post, pourtant il me semble que nous sommes du même avis quant au « processus constituant » voulu par le Fd G .Amicalement.

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