17 Sep 2012

LES ACTEURS ET LES VICTIMES

Voici la liste des principaux acteurs de la chaîne de commandement au sein du Ministère israélien de la défense, de l’armée israélienne et des services secrets israéliens impliqués dans l’encerclement des camps de Sabra et Chatila et les massacres qui y ont eu lieu.

Ariel SHARON, Ministre de la Défense

Avi DUDAI, Aide personnel ai

FORCES DE DEFENSE D’ISRAEL (FDI)

Lieutenant Général Rafael EYTAN, Chef d’Etat Major

Lieutenant Colonel Zeev ZACHRIN, Oficier d’ordonnance de Eytan

Moshe LEVI, Chef d’Etat Major adjoint

Major Général Amir DRORI, Chef du Commandement Nord commandant le corps expéditionnaire au Liban

Brigadier Général Amos YARON, Commandant la 96e division des FDI qui est entrée dans Beyrouth Ouest par le Sud

Colonel DUVDANI, Etat Major de la 96e division

Lieutenant ELUL, Officier d’ordonnance de Yaron

AMAN (services de renseignement des FDI)

N° 1 : Major Général Yehoshua SAGUY

Général Moshe GILBOA : en charge du Renseignement, des Recherches et des Evaluations

MOSSAD

N° 1 : Yitzhak HOFI

N°2 : Nahum NAVOT

SHIN BETH

On peut noter, dans différents procès-verbaux consultés, qu’il y a toujours un agent du Shin Beth aux côtés de Sharon, mais le nom n’est jamais révélé.

Les principaux acteurs libanais impliqués dans les massacres de Sabra et Chatila :

Béchir GEMAYEL, Commandant en Chef des Forces libanaises regroupant les Phalanges, les Cèdres du Liban et les Tigres. Bien qu’il soit mort au moment des faits, c’est lui qui a, avec Sharon et les services secrets israéliens, préparé ces massacres.

Fadi FREM, Commandant en Chef adjoint des Forces libanaises, il succède à Béchir Gemayel dans cette fonction après l’assassinat de celui-ci.

Antuan BARIDI, dit Toto, adjoint de Fadi Frem.

Elie HOBEIKA, responsable de la sécurité personnelle de Béchir Gemayel ; responsable des services de renseignement des Phalanges ; c’est également un agent noir du Mossad.. C’est lui qui commande en chef les massacres à partir du poste de commandement avancé israélien.

Michel ZOUEIN, adjoint d’Hobeika ; une des trois personnes qui ont commandé les Phalangistes dans les camps pendant les massacres.

Zahi BUSTANI , officier phalangiste

Fouad Abu NADER, officier phalangiste en charge des opérations. Jesse SOKAR : officier de liaison phalangiste auprès de Yaron.

Saad HADDAD, major de l’Armée libanaise, rayé du cadre et devenu le chef de l’Armée du Liban Sud, équipée et entraînée par Israël

Joseph EDDE, commandant au sein de l’Armée du Liban Sud

Dib ANASTASE, issu des Gardiens du Cèdre, chef de la police militaire des Phalanges ; une des trois personnes qui ont commandé les Phalangistes dans les camps pendant les massacres.

Maroun MASHAALANI, commandant la Phalange dans Beyrouth Est ; une des trois personnes qui ont commandé les Phalangistes dans les camps pendant les massacres.

Karim PAKRADOUNI, porte-parole des Phalanges.

Personne ne fut jugé. Ce crime contre l’humanité est resté impuni. Seule l’Histoire jugera.

UN BILAN DEFINITIVEMENT PROVISOIRE

Les estimations varient quant au nombre réel de victimes. Ce bilan ne sera jamais connu avec précision, les massacreurs ayant eux-même enfoui un grand nombre de cadavres dans des fosses communes creusées avec les bulldozers israéliens. Des cadavres non identifiables ont également été ensevelis dans des fosses communes par la Croix Rouge libanaise et l’Armée libanaise. Une de ces fosses, totalement remplie, formait un carré de 45 m de côté et de 9 m de profondeur.

Dans son Rapport final, la Commission israélienne d’enquête (Commission Kahan) concède entre 700 et 800 victimes et n’évoque jamais les disparus dont le sort met en cause directement les FDI qui ont fourni les camions, autorisé la sélection et l’enlèvement et permis la déportation.

La Croix Rouge libanaise, le 22 septembre 1982, déclare avoir trouvé et enseveli 663 corps.

Mme Bayan el Hout, Professeur à l’Université de Beyrouth, procède depuis 1984 à des recherches approfondies pour tenter d’identifier les victimes[1]. La difficulté réside dans le fait que les listes établies ne contiennent pas toutes des informations quant à la nationalité, le sexe et l’âge. Bien souvent, les listes ne comportent que le nom des victimes.

A partir d’une recherche personnelle portant sur 430 victimes, effectuée en 1984, elle a pu établir les indications suivantes :

– 209 Palestiniens, soit 48,6 %

– 120 Libanais, soit 27,91 %

–  les autres personnes étant d’origines diverses, totalisant une dizaine de nationalités (Algérie, Egypte, Iran, Jordanie, Syrie, Tunisie, Turquie,…)

– 303 hommes, soit 70,47 %

– 112 femmes, soit 26,05 %

– 15 enfants dont 6 foetus (provenant de femmes éventrées) et 9 nouveaux-nés retrouvés parmi une dizaine de corps.

– 94 victimes avaient moins de 12 ans dont 46 Palestiniens et 32 Libanais

– 67 victimes avaient entre 13 et 18 ans dont 35 Palestiniens et 21 Libanais

– 199 victimes avaient entre 19 et 50 ans dont 91 Palestiniens et 48 Libanais

– 70 victimes avaient plus de 51 ans dont 37 Palestiniens et 19 Libanais.

En étudiant en outre 15 listes différentes de noms de personnes  identifiées, Mme el Hout est parvenue à réunir des informations concernant la nationalité de 596 victimes. Parmi celles-ci, 305 sont des Palestiniens (51,17%) et 176 des Libanais ( 29,53%).

Mme el Hout est en mesure de publier les noms de 906 victimes. Il s’agit de personnes identifiées auxquelles il faut ajouter celles dont l’identification a été impossible et celles qui ont  été enfouies dans des fosses communes par les massacreurs eux-mêmes.

A ces victimes s’ajoutent les personnes enlevées et disparues. Mme el Hout a pu identifer 484 personnes qui ont, avec certitude, été enlevées et n’ont plus jamais réapparu.

Il y a deux catégories de disparus : ceux qui sont enfouis dans des fosses communes, à l’intérieur même des camps –  fosses que les autorités libanaises n’ont jamais permis d’ouvrir – ainsi que ceux qui ont été enterrés dans les sous-sols de la Cité Sportive d’une part et, d’autre part, ceux qui furent emmenés, par camions entiers (dont le nombre fournit une indication pour quantifier les disparus), depuis la Cité sportive vers des destinations inconnues. Des cadavres furent retrouvés à Bikfaya, près de la propriété des Gemayel. Victimes expiatoires ?

Selon le Jérusalem Post (30 septembre 1982), neuf femmes juives ayant épousé des Palestiniens avant la création d’Israël et ayant fui avec eux en 1948 compteraient parmi les disparues.

Mme el Hout a donc identifié 1.390 personnes décédées sur place ou enlevées et disparues. Toutes les estimations sérieuses effectuées dans les mois qui suivirent ont considéré comme vraisemblable le nombre de 1.800 pour les personnes non identifiées, assassinées sur place ou enlevées et disparues.

Ce qui autorise une estimation de 3.190 personnes comme nombre minimum de victimes  du « nettoyage » des camps de Sabra et Chatila voulu par Ariel Sharon.

A ce résultat de l’entrée des Forces de Défense d’Israël dans Beyrouth ouest et leur implication dans les massacres de Sabra et Chatila, on doit ajouter que les opérations israéliennes au Liban à partir du 4 juin 1982 ont fait 19.085 morts et 31.000 blessés dont 84% étaient des civils, dont 33 % avaient moins de 15 ans et 25% avaient plus de 50 ans.

A la souffrance morale des survivants s’ajoutent les souffrances multiples qui vont marquer leur vie dans les mois et les années postérieures aux massacres. Les autorités libanaises refusent d’ouvrir les fosses communes creusées par les massacreurs. Ni les autorités libanaises, ni les FDI ne fournissent la moindre information sur les disparus. Les maisons ont été détruites et les autorités libanaises vont freiner par tous les moyens leur reconstruction. Les services sociaux que fournissait l’OLP avant son évacuation ont disparu. Une répression terrible s’abat sur cette population traitée en ennemi par un pouvoir phalangiste protégé par Israël. Sans compter les nouvelles victimes et les nouvelles souffrances provoquées, de 1985 à 1988, pendant ce qu’on appellera « la guerre des camps», imposée par le mouvement fondamentaliste Amal, avec l’appui de la Syrie.

*  *  *

Lorsqu’on entre dans le camp de Chatila par le boulevard qui relie l’ambassade du Koweït à l’hôpital Akka, immédiatement sur la droite se trouve un enclos. Lors du 20e anniversaire des massacres, en 2002, nous fûmes quelques-uns à planter des oliviers de part et d’autre d’une stèle improvisée. Jusqu’alors, cet espace était un dépôt d’immondices. Sous la terre, à cet endroit précis, reposent des centaines de victimes anonymes des massacres…

Raoul Marc JENNAR

 



[1] J’adresse mes plus vifs remerciements à Mme Bayan el Hout qui a bien voulu m’autoriser à publier les résultats de ses recherches.

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4 Réponses pour “Sabra et Chatila, y a trente ans (4)”

  1. obermeyer a dit :

    30 ans ! combien auront déjà oublié ?
    merci pour la rigueur et la concision du récit ; il est bon d’avoir rappelé l’impunité dont ont bénéficié , et bénéficient encore les criminels nommément cités .
    pour la justice internationale également : 2 poids , 2 mesures …..
    j’espère voir cet article dans de grands journaux .

  2. Melou Francis a dit :

    Bonjour cher Raoul,

    Grand merci pour le rappel très précis et argumenté de cet honteux, tragique et dramatique moment de l’histoire mondiale. Que de cruautés et de cynisme ! inqualifiable !
    Félicitations pour la pertinence et la qualité de ces quatre séries.
    Ce serait bien que celles-ci puissent paraître dans certains médias, pour rappeler la monstruosité de ces criminels jamais punis.

    Amitiés.

    Francis.

  3. Ronvaux Ph. a dit :

    Merci pour ce remarquable travail.

  4. Accueil - axedelaresistance.com » Sabra et Chatila il y a trente-quatre ans. Les acteurs et les victimes a dit :

    […] procède depuis 1984 à des recherches approfondies pour tenter d’identifier les victimes[1]. La difficulté réside dans le fait que les listes établies ne contiennent pas toutes des […]

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