10 Mar 2016

Une étude de la Fondation Schöpflin et de la Fédération allemande des PME (BVMW) conduite par l’institut Prognos auprès de 800 PME allemandes tire la sonnette d’alarme

Communiqué de presse – 10/03/2016 – Pour les PME allemandes, les risques liés au TTIP l’emportent sur les bénéfices attendus, conclut l’étude présentée aujourd’hui à Berlin. Ces résultats mettent la Commission européenne au défi de montrer l’impact de sa politique commerciale sur les PME dont elle affirme faire sa priorité. Si les craintes des PME allemandes sont justifiées, le TTIP pourrait avoir un impact dévastateur sur l’économie et sur l’emploi en Europe.

Menée auprès d’un échantillon de 800 PME, dans lequel les grandes PME et les PME du secteur manufacturier sont fortement représentées, l’étude apporte un éclairage nouveau sur les attentes et les craintes des PME allemandes vis-à-vis des négociations commerciales en cours. Près de la moitié des entreprises interrogées est pourtant active à l’exportation mais la destination privilégiée est l’Union européenne. Un sixième a aussi réalisé des investissements directs étrangers, essentiellement en Europe.

Principaux enseignements :
Seulement 18 % et 15 % des PME interrogées s’attendent à ce que les nouveaux accords de commerce prévus facilitent l’ouverture de nouveaux marchés et l’approvisionnement en bien intermédiaires.
45 % anticipent une concurrence accrue, en particulier de la part des grands groupes internationaux. Et 28 % s’attendent à ce que leur entreprise ait des difficultés à y faire face.
Une majorité des PME interrogées pense que le TTIP aura des effets négatifs sur l’économie (56%) et les PME (62%) allemandes. Selon elles, les grandes entreprises seront les premières bénéficiaires du futur traité (57%) à leurs dépens puisque 40 % s’attendent à des effets négatifs sur leur secteur d’activité et 35 % sur leur propre entreprise.
Si l’harmonisation des normes est un objectif assez consensuel, 2/3 des entreprises préfèrent qu’elle soit conduite dans un cadre multilatéral, notamment dans les organismes internationaux de normalisation, plutôt que via des accords bilatéraux.
Sur la question très controversée de l’arbitrage d’investissement, seulement 17 % pensent qu’il s’agit d’un instrument important pour faire respecter les droits des investisseurs, alors que 67 % plaident pour un traitement non discriminatoire entre les investisseurs nationaux et les investisseurs étrangers en matière d’accès à la justice.

Dans un avis rendu en juillet 2015, le Comité économique et social européen avait déjà alerté sur la nécessité de mener une étude d’impact approfondie par pays et par secteur afin de mieux mesurer les effets possibles du TTIP sur l’activité des PME exportatrices mais aussi de celles qui n’exportent pas. Il ne suffit en effet pas de montrer que le futur accord pourrait lever des obstacles pour les 0,7 % des PME européennes qui exportent déjà vers les États-Unis pour conclure qu’il pourrait être bénéfique pour l’ensemble d’entre elles.
Les 20 millions de petites et moyennes entreprises européennes sont à l’origine de deux tiers des emplois privés et de 85 % des emplois crées entre 2002 et 2010. Dans la situation actuelle, il serait irresponsable de la part des eurodéputés et des États membres d’accepter des accords de commerce transatlantiques nocifs pour ces PME. La sagesse invite au contraire à suspendre la ratification de l’accord UE-Canada prévue en 2016 et les négociations du TTIP afin de conduire les études nécessaires et d’ouvrir un débat transparent et informé avec l’ensemble des acteurs directement concernées.

Contact : Mathilde Dupré, Institut Veblen, dupre@veblen-institute.org, 06 77 70 49 55
Note aux rédactions :
– Consulter la présentation de l’étude en Français
– La BVMW (Bundesverband Mittelständische Wirtschaft) est la principale association indépendante allemande de PME. Elle compte plus de 270 000 membres et a déjà exprimé des craintes vis à vis des effets des négociations commerciales en cours.
– Voir aussi « Un accord transatlantique à quel prix pour les PME ? », publié par l’Institut Veblen a publié en octobre 2015

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7 Réponses pour “TTIP (Tafta) : 62% des PME allemandes s’attendent à des effets négatifs pour les petites et moyennes entreprises”

  1. Bourdillon Jean Michel a dit :

    Merci RM Jennar pour tes articles toujours très intéressant !

  2. TTIP (Tafta) : 62% des PME allemandes s’attendent à des effets négatifs pour les petites et moyennes entreprises – Traité transatlantique TAFTA-CETA -> Danger a dit :

    […] http://www.jennar.fr/?p=4862 […]

  3. Peretz a dit :

    La concurrence ne doit jamais être totalement libre. Elle est destructrice d’entreprises moins puissantes que les grandes entreprises, C’est la loi de la jungle, la loi du plus fort. Il faut arrêter cette course qui mène à la catastrophe mondiale. Chaque pays doit défendre son économie contre ce qu’il faut bien appeler le capitalisme prédateur à la mode anglo-saxonne.. Il y a une place pour la position intermédiaire entre celui-ci et le marxisme. Pas de chance ce n’est pas l’U.E qui peut ou veut agir dans ce sens.Donc sortir de l’U.E est impératif et urgent.

  4. Guillou a dit :

    Merci de nouveau pour cet article révélateur et qui pour moiinterroge sérieusement la notion de « contradictions internes du capitalisme »…

    Peretz évoque une « position intermédiaire » entre « le capitalisme prédateur » et « le marxisme ».

    Personnellement, je ne crois pas que le qualificatif « prédateur » soit séparable d’aucune espèce de capitalisme…Mais je ne crois pas non plus à un « marxisme » !

    Ce qui n’empêche pas de « penser avec Marx » « penser avec Stglitz », et surtout , essayer de « repenser par soi-même » :

    Nous pouvons émettre « l’hypothèse » que nous voulons, la réalité globale nous échappera toujours, cependant , sans chercher une « position intermédiaire » qui risquerait , si l’on prétend l’avoir trouvée, de devenir le « nouveau dogme », accompagné forcément par des « nouveaux philosophes » et de « nouveaux économistes », il revient aux peuples de se saisir eux-mêmes dans la conscience qu’ils sont « le peuple planétaire » devant des défis inédits face auxquels tous les « systèmes établis » qu’ils soient des « systèmes de pensée » ou des « religions », sont « irrelevants »…Seule la vie d’une « planète-homme émergente » est capable de développer des racines « qui font sens » dans cette complexité universelle : ces racines sont justement productrice de « valeur » uniquement dans la mesure où elles sont « le travail de l’humain pour son devenir, bien commun en suspend »…Donc il y a place pour bousculer toutes les théories établies, bien sûr, en les contraignant à se dépasser dans la confrontation que l’exigence sociale elle-même implique.
    Amitiés

  5. giblin jean a dit :

    Dans la compétition mondialisée, les salaires sont la variable d’ajustement . Or les grands groupes, les multinationales ont depuis longtemps déjà délocalisé. La Chine est devenue l’usine du monde , elle exporte ses marchandises et le chômage . Les USA eux-mêmes sont victime , seules les multinationales (leurs actionnaires) qui exploitent les « ressources » humaines, minières, agricoles , etc , à travers le monde s’en tirent ; elles seules sont assez riches pour soudoyer les politiques et les fonctionnaires de Bruxelles. On comprend d’ailleurs mal pourquoi le lobbying y est autorisé. Les fonctionnaires qui choisissent pour nous les produits qui peuvent être importés sans danger pour notre santé devraient n’avoir affaire qu’à des laboratoires indépendants et étroitement surveillés pour délivrer les autorisations d’import.

  6. Raoul Marc Jennar a dit :

    Gibelin : mais pourquoi s’étonner ainsi ? Croyez-vous à la neutralité par essence ou par nature des institutions ? Croyez-vous à la neutralité des professionnels de la politique ? Les institutions européennes n’ont pas été créées pour le bien des gens mais pour affaiblir les Etats afin de donner un maximum de pouvoirs et de moyens aux firmes privées. Pourquoi a-t-on créé le marché unique ? Pour mettre les travailleurs des différents pays en concurrence . Pourquoi le patronat a-t-il poussé à un élargissement rapide de l’UE ? Pour accroître cette concurrence. Pourquoi avec l’Organisation Mondiale du Commerce a-t-on réalisé l’ouverture des marchés ? Pour étendre la concurrence de tous contre tous à la dimension de la planète. Ainsi, les fonctionnaires apatrides bruxellois qui ne sont jamais responsables de leurs choix devant les peuples, peuvent en toute tranquillité faire les choix attendus par les firmes privées dont la seule logique est le profit.Sur les conseils avisés des lobbyistes qui représentent ces firmes. Supprimer l’UE, reconquérir la souveraineté populaire sont des passages obligés pour retrouver notre capacité à veiller à nos intérêts collectifs.

  7. Tanguy a dit :

    Les PMEs allemandes sont inquiètes, mais Merkel semble 100% favorable au « partenariat transatlantique ». Ainsi, parlant de Clinton :

    […] J’apprécie sa pensée stratégique et le fait qu’elle soit une fervente partisane du partenariat transatlantique. […]

    Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/03/06/donald-trump-inquiete-l-allemagne_4877423_829254.html

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