04 Fév 2017

(à qui profite le crime ?)

 

Ce vieil adage du droit romain a gardé toute sa pertinence. Appliqué avec rigueur, il permet souvent de déconstruire les propagandes gouvernementales et les manipulations médiatiques. A qui profitent les récents affrontements dans l’est pro-russe de l’Ukraine ? La question mérite d’être posée face au torrent de propagande diffusée à grands flots par la presse au service des intérêts US/OTAN.

Rappelons qu’avant et après son élection, D. Trump a annoncé son intention de normaliser les relations des USA avec la Russie, allant même jusqu’à envisager la levée des sanctions contre la Russie.

Quels sont les opposants à une telle politique ?

1) Une coalition guerrière au Congrès des USA dont le leader le plus éloquent est le sénateur républicain John McCain. Elle rassemble des républicains et des démocrates qui, avant même que débutent les évènements de 2014 en Ukraine, désignaient la Russie comme « la plus grande menace » ;

2) le complexe militaro-industriel américain et ses prolongements en Europe, toujours inquiets à la perspective de voir un conflit se terminer ;

3) l’OTAN dont la raison d’en perpétuer l’existence après la disparition de l’URSS est de conserver un ennemi russe au prix de multiples provocations dont la première fut de renier les engagements pris après l’effondrement de l’URSS de ne pas prolonger sa sphère d’influence au-delà de l’Allemagne réunifiée ;

4) certains pays de l’est de l’Union européenne qui entretiennent un climat revanchard à l’égard de la Russie ;

5) l’Union européenne, membre en tant que telle de l’OTAN depuis le traité de Lisbonne

6) enfin et surtout l’Ukraine, dont tout accord avec la Russie l’obligerait au minimum à respecter les accords de Minsk.

La Russie avait-elle intérêt à susciter les affrontements qui sont intervenus dans l’est de l’Ukraine depuis quelques jours ?

On sait que le bon sens et la logique ne président pas toujours aux choix politiques. Mais s’il est une qualité dont on peut créditer Vladimir Poutine, c’est d’une remarquable intelligence tactique.

Disposé à rencontrer les intentions affichées de D. Trump, connaissant les adversaires américains et européens d’un rapprochement entre les USA et la Russie, il n’avait aucun intérêt à ce que des incidents de cette nature surgissent avant même une première rencontre entre les deux dirigeants.

Néanmoins, tout étant possible dans le monde tel qu’il est, avançons l’hypothèse que c’est bien la Russie qui a provoqué ces récents incidents, avec comme raison, tester la détermination de Trump à ne pas tenir compte des opposants à son projet.

Cette hypothèse ne résiste pas à une réalité : Poutine sait parfaitement que Trump va avoir besoin du Congrès pour obtenir la ratification des décrets qu’il signe depuis qu’il a prêté serment. En effet, le droit public américain impose des limites strictes aux « executive orders » : (a) lorsqu’ils abrogent une loi (ex : Obama Care), cette abrogation doit être confirmée par une loi votée par le Congrès ; (b) ces décrets ne peuvent provoquer de dépenses nouvelles (ex : le mur contre le Mexique) ; (c) seul le pouvoir législatif peut modifier ou abroger un traité (ex : OTAN), (d) une loi du Congrès peut annuler un décret.  La Cour Suprême aussi. Un décret a moins de valeur qu’une loi. C’est ce que vient de rappeler avec éclat John McCain.

Trump va donc avoir besoin du Congrès alors que celui-ci est opposé de manière « bipartisane », comme on dit là-bas, à un rapprochement avec la Russie.

Poutine sait cela. En aucun cas, donc, il ne pouvait prendre le risque de faire un tel cadeau aux opposants américains à un rapprochement entre les USA et la Russie.

Donc, en aucune façon, le déclenchement des incidents ne pouvait être le fait de la Russie et des éléments pro-russes du Donbass qu’elle contrôle aujourd’hui plus que jamais.

La puissante machine de propagande US/OTAN s’est mise à l’œuvre pour dissimuler que ces incidents ont été provoqués par le pays le plus concerné et le plus hostile à un tel rapprochement : l’Ukraine. Un seul pays n’est pas tombé dans le piège : l’Allemagne dont les services de renseignement ont parfaitement identifié le rôle de Kiev.

Et Trump, piégé, n’a pu faire autrement que de suivre. D’où les déclarations de son ambassadeur à l’ONU.

Quant à la plupart des médias, sans effectuer la moindre analyse indépendante, ils véhiculent les mensonges fabriqués de toutes pièces par l’OTAN.

rmj

 

 

 

Lu 2 178 fois Imprimer Imprimer
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (5 votes. Moyenne : 4,80 sur 5)
Loading...

12 Réponses pour “Ukraine : quid crimen prodest ?”

  1. Octavio Alberola a dit :

    Si on suit la logique de ton raisonnement, cher Raoul Marc, l’impérialisme américain n’existe plus et il n’y a que les Trump (les bons) et les McCain (les méchants) avec l’OTAN. Donc, dans l’intérêt de la Paix du monde ( « normaliser les relations des USA avec la Roussie »), il faut soutenir Trump (défenseur de la Paix) contre les McCain, OTAN, Ukraine, et tous ceux qui aux EE UU et dans le monde protestent contre Mr. Trump !
    Raoul Marc, crois-tu vraiment Mr. Trump pacifiste?

  2. Raoul Marc Jennar a dit :

    Cher Octavio Alberola, ai-je jamais écrit ce que vous me prêtez ?
    Est-il si difficile de s’en tenir à ce que j’ai écrit sans y attribuer des sous-entendus qui n’ont pas leur place puisqu’ils sollicitent une opinion que je n’ai pas exprimée?
    Ai-je porté un jugement de valeur sur la politique de Trump ou sur celle de Poutine ?
    Etait-ce l’objet de mon papier, vu son titre ?
    Le sujet de mon papier portait-il sur les motivations globales de ces deux dirigeants ou sur la manipulation médiatique des récents évènements à l’est de l’Ukraine ?
    Je ne me laisse pas de m’étonner de l’incapacité d’avoir, sur Internet, des analyses objectives, froides, de faits précis sans que cela suscite des amalgames et des prises de position partisanes, enflammées, caricaturales, faussement sarcastiques.
    Internet n’est décidément pas le lieu approprié pour faire, avec rigueur et précision, de la science politique. Navrant.
    Un jour, je fermerai ce blog.

  3. ROSSIGNOL LILIANE a dit :

    Ah non ne fermez surtout pas votre blog !!! Vos analyses sont trop précieuses pour moi .Je vous ai découvert grâce à vos nombreuses conférences et livre contre le tafta
    Si parfois je ne suis pas d accord avec vous , cela permet de réfléchir et d analyser , donc merci et continuez à nous éclairer.

  4. nuria a dit :

    Cher Raoul, ce serait dommage que tu fermes ce blog alors que tes analyses sont objectives documentées et surtout éclairées en matière internationales!
    il n’a pas de place à la subjectivité pour ce qui concerne la politique internationale et comme tu le dis l’OtTAN est dangereux.
    NON à la guerre!

  5. gaudin a dit :

    Mon cher Raoul
    Je n’ai qu’une chose à dire :MAIS C’EST BIEN SUR !!!
    amitiés
    any

  6. Humbert a dit :

    @Raoul Marc Jennar – Bonjour Raoul !
    Ne ferme pas le blog à cause de quelques trolls qui ou n’ont rien compris ou tentent d’exister en répandant leurs bétises.
    Internet le permet, mais il a heureusement, beaucoup d’autres aspects positifs (dont celui de permettre le partage de réflexions et d’idées, au plus grand nombre.) C’est d’ailleurs déjà fait puisque j’avais partagé ton billet sur scoop it! , FB et twitter.
    Amitié,

  7. KATZI a dit :

    Non, cher Raoul-Marc,

    Votre analyse est parfaitement objective et à mon sens, bien trop rare dans les flots de désinformation otanesque anti-russe, dont vous décrivez parfaitement les essentiels « participants », opposants à la Paix la plus sensée.
    Il est effectivement navrant de constater le degré de conditionnement sur ce sujet, même chez certaines de mes relations que j’ai vu manifester « démocratiquement » pendant des années,( ignorant tout par ex de Soros, derrière l’Ukraine, les fausses révolutions colorées, la submersion de la Grèce sous les migrants de ses officines »Open Society »).
    Trump n’est certes pas un ange, et risque fort d’être largement « inspiré » par son conseiller spécial ( et gendre) pour relancer ultérieurement une situation explosive entre Israel et l’Iran. Cependant, vous avez parfaitement raison dans cette excellente analyse, de détailler son positionnement, et la remarquable stratégie de Poutine.
    Les commentaires de M Alberola parmi d’autres, veulent ignorer 2 faits: si le clan dit « démocrate » avait été élu, nous serions dans une situation de risque militaire chronique encore pire.. De plus, en fait de responsabilité en la matière, en France le suivisme otanesque depuis 20 ans de notre gouvernement est aussi honteux, que l’évidente servilité de nos médias et élus à cette propagande devenue « pensée unique » orwellienne.
    Rassurez-vous, il a fallu des mois à Jean-Luc Mélenchon pour arriver à contrer le tir continu des accusations lui radotant qu’il ne pouvait être que « pro-Poutine », jusqu’à ce qu’il expose enfin son non-alignement dans son remarquable discours de voeux du 5 janvier dernier.
    Parenthèse: si malheureusement le rapprochement avec Hamon est inconcevable, c’est comme vous le savez, non seulement qu’on ne peut gouverner en côtoyant les auteurs du désastre PS et national actuel, mais surtout qu’aucune sortie de l’UE ni de l’OTAN ne serait possible. Hamon sous contrôle, se garde bien d’envisager ce seul vrai changement essentiel.
    Par contre, pouvez-vous nous éclairer sur un point qui me taraude: peut-il y avoir offensive otanesque du clan « Mac Cain » (faisons simple), comme ils l’ont tenté précipitamment pendant la transition, indépendamment de Trump ?
    Sinon, si Trump maintient ses intentions de se « désolidariser » de l’Otan, l’UE en risque de désagrégation peut-elle tenter de nous imposer en l’état une « ‘armée commune ».Les guerres provoquées étant plus que jamais l’ultime prétexte au totalitarisme.
    Ne serait-ce qu’en ce sens, il est évident que la seule candidature en France de sortie de l’UE et de l’OTAN, est la plus dérangeante pour ces plans mortifères.

    D’où la multiplicité des scénari de programmes-doublure (Hamon), repoussoir (FN), scandale diversion (Fillon), idôlatrie du clone bankster sans programme.(ayant utilisé pour frais personnels 80% du budget de Bercy 2016). Etant donné l’enjeu global de cette élection pour nous, les peuples européens et l’ensemble du système, que faut-il de plus pour que les citoyens osent enfin la dignité de penser par eux-mêmes?

    « Les tyrans ne semblent grands que parceque nous sommes à genoux »

    Merci encore de rester debout, et pour tout ce que vous faites !

    Amitiés insoumises mais respectueuses,

    katzi

  8. Raoul Marc Jennar a dit :

    Merci, cher Katzi, pour votre soutien et j’associe dans cette gratitude les autres correspondants qui m’ont exprimé leur appui. Pour répondre à votre question, je dirai d’abord que spéculer sur l’avenir est un exercice trop dangereux pour que je m’y livre. Contentons-nous des faits observables aujourd’hui.
    a) Il y a, au Congrès des USA (Chambre des Représentants et Sénat réunis), une écrasante majorité anti-russe, pro-OTAN. Cette majorité réunit des démocrates et des républicains.
    b) L’OTAN est le résultat d’un traité. Le Président des Etats-Unis n’a pas le pouvoir de modifier un traité par décret. C’est le privilège du pouvoir législatif.
    c) Trump ne pourra donc pas faire ce qu’il a dit à propos de l’OTAN comme organisation. Mais il n’aura guère de difficultés à obtenir un large soutien parlementaire pour exiger des partenaires européens dans l’OTAN qu’ils augmentent leur contribution financière à cette organisation, ce qui a fait partie de son discours de candidat.Il n’y a guère d’audace à conjecturer que les gouvernements européens s’exécuteront.

    A propos de votre seconde question, je rappellerai que l’idée d’une « armée européenne » est ancienne. Elle a même précédé celle du Marché commun. A la suite de la CECA, les six gouvernements membres de la CECA ont négocié un projet de Communauté européenne de Défense (CED) signé en 1952. Il fut ratifié par l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. L’Italie était sur le point de ratifier lorsque, en 1954, suite à une campagne intense des gaullistes et des communistes, la France n’a pas ratifié le traité créant cette CED. Sous la Ve République, et pendant la guerre froide, l’idée ne fut jamais reprise. Le retour de la France au sein du commandement militaire de l’OTAN, dont de Gaulle avait retiré notre pays en 1966, pratiqué par Sarkozy en 2009 et mis en oeuvre par Hollande, confirme le rejet de ce projet. L’idée d’une « armée européenne » fait partie du bréviaire des fédéralistes européens.

  9. andrea naz a dit :

    Il ne pourra donc rien faire contre TAFTA non plus? Se contentera de CETA? Les détours menteurs doivent faire partie du plaisir de gouverner!
    Quant à la Russie, je pense que plus les vérités se disent, plus il y a d’espaces où on y voit clair, mieux c’est! mais on ne peut pas attendre que tous en soient éclairés; l’ambiance est morose, beaucoup de gens sont à vif!

  10. Anny Richard a dit :

    Merci monsieur Jennar, une fois encore, pour cette analyse précise et lucide. Non, de grâce, ne supprimer pas ce blog, très « pédagogique » et qui fournit les seuls, (ou presque), moyens aux béotiens comme moi, de mener une « lutte » véritable contre l’intoxication permanente des médias sous influence. Reprendre vos arguments, les diffuser est plus important que jamais.
    Je sais combien je vous dois pour avoir pu organiser des réunions publiques lors du référendum sur le TCE, à partir de vos écrits qui ont pu m’aider à « éclairer » mes concitoyens locaux à ce moment-là… et il y en aura d’autres !

  11. Raoul Marc Jennar a dit :

    Merci Anny, cela me touche beaucoup.

  12. Jean-Claude Moog a dit :

    Bonjour,
    A la suite de ces échanges, je vous confirme que jesuis toujours intéressé par vos réflexions, et qu’il serait dommage que vous nous en priviez.
    Toutefois, votre position ne fait pas état du déroulement des incidents et de leur déclenchement,. Je pense que l’absence de relation de ces faits affaiblit votre position. Quels ont été les actes déclenchant ce renouveau d’actes de guerre, pourquoi chacune des parties a t’elle choisi l’emploi d’armes lourdes, et dans quelles circonstances? Ces précisions factuelles renforceraient (ou non) vos hypothèses.
    Cordialement
    Jean-Claude Moog

Répondre