14 Fév 2017

Près de 13 000 personnes auraient été exécutées dans la prison syrienne Saidnaya entre 2011 et 2015. Pour le cinéaste Rithy Panh, cette violence demande notre pleine attention.

LE MONDE | 14.02.2017 à 06h37 • Mis à jour le 14.02.2017 à 07h15 | Par Rithy Panh (cinéaste)

« Je n’ai pas de solution pour la Syrie. Mais je veux savoir. Je ne détourne pas les yeux »

Par Rithy Panh, cinéaste

Je ne sais pas s’il y a un abattoir humain à Damas. Je ne dispose pas d’informations particulières mais je suis comme vous : j’ai lu ce nom, Saidnaya, le rapport d’Amnesty international, j’ai écouté les témoignages terrifiants, la soif, la faim, la torture, les pendaisons. J’ai observé cette photo prise du ciel, comme une araignée noire inapprochable. Je suis épouvanté.

Je me suis arrêté sur ce chiffre, entendu d’abord à la radio : 13 000 morts en quatre ans, dans ce seul lieu. Treize mille. Je l’écris sous deux formes, que chaque chiffre perdu dans le flux quotidien prenne sa signification. Se cherche un visage. Quatre années : le temps des Khmers rouges. 13 000 morts : ce chiffre m’a fait penser au centre d’extermination S21, à Phnom Penh, tout de suite – il ne faudrait pas dire « penser », c’est comme un réflexe de connaissance, une intuition, une estimation abjecte. Il y a tant d’images impossibles dans le monde. L’image des suppliciés, si proche, à portée de nos mains, nos mains impuissantes.

Dans l’approche du mal

Il y a tant de méthodes pour détruire l’homme et le faire parler. De quoi, et pour quoi, nul ne sait vraiment. Sauf peut-être Donald Trump, qui parle beaucoup mais ne sait rien de la guerre et de la violence véritable. L’homme démocratique peut aussi être un imbécile. A S21, on faisait manger aux prisonniers leurs excréments. On frappait. On électrocutait. On questionnait la nuit, le jour, pendant des semaines, des mois. Puis quand le dossier était complet, presque archivé déjà, le supplicié partait dans la nuit vers le champ de la mort.

Je ne compare pas, et comme je l’ai dit, je ne dispose pas d’informations particulières. Mais j’ai filmé des bourreaux de S21 et quelques rares survivants, dont le peintre Vann Nath dont j’écris ici le nom, une fois encore, peintre et prisonnier – que tout ne soit pas englouti par le nombre. Le travail de connaissance, de description de la machine de mort ne s’arrêtera donc jamais. Toi, lecteur démocratique, sagement assis dans ton canapé à lire Le Monde, tu es maintenant comme moi, l’âge venu : saisi par une connaissance partielle, terrible, qu’il faudra approfondir, le jour venu, pour comprendre, punir, vivre à nouveau ; et tu es saisi par ton impuissance. Que faire pour Saidnaya ?

Enfant, je ne savais rien du centre d’extermination S21. Je ne savais que ma propre condition, et encore. A chercher à manger, à boire, à tenir, à ne pas oublier les miens. A enterrer chaque jour, non loin de Battambang, ceux qui étaient morts dans la nuit. Je portais vers les fosses, entre deux bambous et dans une toile, les corps salis, légers, oubliés. Le pays était dans une telle souffrance : et alors, des lecteurs partout dans le monde savaient déjà, un peu, en partie, et sans doute se sentaient impuissants.

Je l’ai filmé dans L’Image manquante, et écrit dans L’Elimination (Grasset, 2012) : je me souviens, j’avais 14 ans, je regardais les avions filer dans le ciel, si bleu, si calme. Je me disais : mais pourquoi ne viennent-ils pas nous aider, nous sauver, nous écouter, nous bombarder, nous qui sommes promis à la mort ? Pourquoi ne m’expédient-ils pas, ces voyageurs, un appareil photo, au bout d’un parachute ? Que je puisse être l’œil du monde. Que vous ne puissiez plus détourner le regard.

Banalité du bien

Aujourd’hui, je sais en partie les crimes du pouvoir syrien. Y aura-t-il des procès ? Cet homme à grand cou et aux yeux noirs, qui fait torturer et massacrer, finira-t-il lui aussi dans une geôle climatisée, à s’expliquer et à attendre ? Je ne sais pas. La lutte contre le mal est sans fin. Je n’ai pas d’armes, je me sens fragile, impuissant, ébranlé par ces souvenirs. Mais je veux te dire, lecteur, ma colère, ma honte. Ma fatigue d’y penser encore. Et d’en parler de nouveau.

Mais cette pensée est une arme : certes, je n’ai pas de solution pour la Syrie. Mais je veux savoir, connaître. Je ne détourne pas les yeux. Je lis. J’écoute. Et, dans l’approche du mal, de mon enfance éternellement recommencée, je ne vois pas ma seule impuissance, ni le visage fermé des miens, perdu dans la terre du . Je vois chaque être. Je veux connaître les noms. Saidnaya. Les méthodes. Les cruautés. Je veux lire les livres. Ils existent. Admirer les films. Connaître les peintres. Découvrir les récits. Ce n’est pas une solution, mais c’est la guerre à l’impuissance.

Entre le travail de l’enfance et le chemin de l’efficacité, il y aussi la banalité du bien, qui se cherche, par la beauté, par les œuvres, par l’attention au visage : et, tenez-vous bien, ce ne sont pas que des mots. C’est le message adressé à l’enfant là-bas qui fixe le ciel et nous regarde.

Rithy Panh (cinéaste)

Lu 2 358 fois Imprimer Imprimer
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (3 votes. Moyenne : 5,00 sur 5)
Loading...

15 Réponses pour “Un texte de Rithy Panh”

  1. Gierts Patrick a dit :

    Merci Raoul !

  2. carlin jean-pierre a dit :

    Dans cette adresse bouleversante, Rithy Panh se présente (1) et nous interpelle. Son récit d’acteur dès le plus jeune âge que le temps transforme en histoire d’un drame absolu – la terrible histoire de son peuple, le peuple khmer – le conduit à un discours de témoin d’un autre drame absolu, celui du peuple syrien qu’aujourd’hui on assassine, lui aussi dans les pires atrocités.

    C’est très lourd, mais cela exige réponse. Nous ne nous sentons pas culpabilisés par son image du lecteur démocrate, etc, car au-delà de celle-ci, en toute humanité solidaire, il nous associe à son inquiétude : « tu es maintenant comme moi, saisi par ta connaissance partielle, terrible… et par ton impuissance ». On doit le remercier pour ce respect de ses frères humains d’ailleurs, en particulier ceux d’un pays avec ses propres turpitudes, celles de guerres coloniales – avec le Cambodge qui a eu sa part de souffrances de la guerre d’Indochine, pour ne citer qu’elle – et d’une décolonisation ratée. Turpitudes qu’un certain discours de Phom Penh ne pouvait effacer.

    Réponse simple, d’expression d’une solidarité, de partage de combat par la « pensée qui est une arme » pour faire « la guerre à l’impuissance ». Comme il y a la banalité du mal (Hannah Arendt), il y a peut-être aussi la « banalité du bien », telle que l’exprime admirablement l’auteur dans sa dernière phrase. Nous lui sommes reconnaissants de nous associer de cette façon à sa quête d’un espoir.

    Cet espoir se démultiplie dans ces jours de montée des périls où « il y a tant de méthodes pour détruire l’homme » : périls internationaux évoqués face à l’inquiétant Trump notamment, mais aussi européens face à la pression des néo-fascismes. Et, sans égoïsme national, péril français dans son contexte électoral, mais pas seulement, puisque le combat radical pour l’écosocialisme et le sauvetage de notre planète doit prendre le relais d’un accord COP-21 mort-né.
    Il est réconfortant de savoir qu’ailleurs aussi, d’autres femmes, d’autres hommes, « ne détournent pas les yeux » et qu’ils sauront toujours, le moment venu, en toutes circonstances, prendre le bon poste de lutte dans l’intérêt général humain.

    Nicole et Jean-Pierre Carlin

    (1) Raoul Marc Jennar ne nous le dit pas, mais, pour ceux qui l’ignoreraient, nous croyons pouvoir ajouter que Rithy Panh a signé une postface à son ouvrage « Comment Malraux est devenu Malraux ». Dans sa conclusion, il fustige les « beaux discours sur le développement. En un siècle, les méthodes n’ont pas changé », dénonçant enfin une « arrogance » qui « reste bien ancrée (…) l’Autre n’a pas d’histoire, pas de passé, pas d’identité ».
    Restons intransigeant « sur ce qui fait la dignité humaine », nous adjure Rithy Panh ! Sachons nous en souvenir, et pas seulement pour la solidarité avec les autres peuples, mais aussi, car le lien est nécessaire, pour l’avenir de notre propre pays face à la montée du fascisme.

  3. Raoul Marc Jennar a dit :

    Merci pour ce beau commentaire, cher Jean-Pierre. Une petite précision, toutefois. S’agissant du Cambodge, il n’est pas possible de parler d’une « décolonisation ratée ». Ce fut au contraire un immense succès à mettre au crédit de Norodom Sihanouk qui, au terme de ce qu’il a appelé lui-même la « croisade royale pour l’indépendance », a obtenu celle-ci de la France, en quelques mois, sans que fut tiré un seul coup de feu et sans qu’elle se traduise, comme ce fut le cas un an plus tard pour le Vietnam, par une partition du pays.Après l’indépendance, en dépit des efforts des USA pour chasser les Français, la coopération de la France fut intense : construction du port en eau profonde baptisé Sihanoukville, construction de l’aéroport international de Phnom Penh, de nombreux enseignants dans un pays qui serait resté intégralement francophone si les Khmers rouges – dont les principaux dirigeants (Pol Pot, Ieng Sary, Khieu Ponnary, Khieu Tirith, Hou Yuon, Khieu Samphan, les frères Thiounn,…) furent membres du PCF des années 50 – n’avaient pas fait disparaître 90% des titulaires d’un certificat d’études. Car même après l’indépendance, on apprenait le français dès l’école primaire.

  4. nuria a dit :

    pourquoi et comment nos civilisations sont elles si dévastatrices? qu’est ce qui fait que l’homme use et abuse de son animalité qui vient du fond des âges alors qu’il était face aux bêtes féroces pour survivre? pourquoi s’en prend il à d’autres humains? comment une minorité est elle capable de museler assassiner à grande échelle sans que « les grands » de ce monde ceux qui peuvent, soutiennent justement ceux qui ,torturent affament assassinent ?
    la peur? l’obéissance servile?
    Hier les dictatures , aujourd’hui d’autres dictatures ! demain? l’horreur?

  5. georges glise a dit :

    pour le cambodge, on sait ce qui s’est passé. pour la syrie, j’attends encore des preuves incontestables des massacres de cet abattoir humain, le rapport d’amnesty international ne m’a pas entièrement convaincu: qui a recueilli les témoignages, quand et où exactement. si l’origine est l’OSDH par exemple, on sait qu’il s’agit d’un seul homme basé à londres, qui multiplie les fake news par haine de bachar, comme il l’a fait pendant toute la bataille d’alep.

  6. carlin jean-pierre a dit :

    A l’attention d’abord de G. Glisse / n°5 : l’abomination n’est pas seulement celle de Saidnaya, mais celle qui touche tout un peuple ! De ce fait, même si, comme toujours, l’on doit être vigilant quant à une désinformation, voire intox bien sûr, « attendre des preuves incontestables des massacres » relève d’une certaine indécence : on n’insulte pas un peuple martyr ! Quel que soit son tortionnaire, il mérite le respect, d’autant que son dirigeant El Assad s’est mué en bourreau (même si « associé » à d’autres), lui qui avait pour mission première de protéger « son » peuple, – à l’égal de ceux qui, à une autre époque, au Cambodge, se sont livrés à des massacres comparables.

    Sur le Cambodge précisément, nous te remercions, cher Raoul, de mettre notre pendule à l’heure, même si (en regrettant ma phrase prêtant à confusion) l’ expression « décolonisation ratée » visait le processus en général, l’Afrique étant évidemment concernée au premier chef. Nos tropismes français sont plus souvent orientés vers ce continent ; en tout cas tes précisions sont les bienvenues.
    A cet égard, nous nous souvenons de cette époque de la fin de la décennie 1970 où nous avions été intoxiqués (avec plus qu’un doute pourtant), à Biarritz, par une équipe d’affidés au PCML de retour d’un ‘voyage d’info’ autour du lac Thonlé Sap, s’efforçant de convaincre l’auditoire, diapos à l’appui, que là-bas, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible… Depuis la formation PCF, frères ennemis, la triste brochette que tu cites avait bien ‘progressé’…

    Nicole / J.P. Carlin

  7. nuria a dit :

    A la fin de la guerre d’Espagne Franco a arrêté 500000 personnes dont plus de 53000 assassinées en quelques jours.. on recherche encore les corps.
    Ces arrestations représentaient 10% des forces de travail jeunes..qui en a parlé à l’époque? qui aurait cru une telle hémorragie ? certains de ces prisonniers ont dû travailler comme des forçats et 79% du salaire était reversé à Franco .
    Ils gagnaient une demi peseta par jour !!!!! et on disait que Franco pratiquait « une dictature molle!  »
    En Syrie un tué est un de trop. .. quels que soient les chiffres, le peuple souffre.et c’est cela que l’on doit dénoncer..

  8. Raoul Marc Jennar a dit :

    Après 1945, les « démocraties » occidentales se sont bien accommodées de la dictature fasciste de Franco. Comme de tant d’autres dictatures (Portugal de Salazar, Grèce des Colonels, et toutes celles d’Amérique latine). Et aujourd’hui, un grand silence complice couvre de nombreux massacres partout dans le monde parce que les intérêts des Etats ou des firmes transnationales sont en cause.Les condamnations n’interviennent que lorsqu’elles répondent à des intérêts, jamais à des exigences morales ou juridiques.

  9. AUSSEUR Robert a dit :

    Oui , lorsque nous voyons encore des « gens » , sévir = Autant dire des comme des animaux , incapables d’humanité ! Bien sûr qu’il nous vient l’idée du miroir et que ces gens devraient voir leur image se retourner , envers elles et ou eux = Avec les accompagnements physiques qu’ils , elles infligent aux autres , avec la même sauvagerie ! Ils , elles ne méritent pas autre traitement = Il faut mettre la société à l’abri de leurs excès assassins , aucun discourt ne peut se substituer à = çà !!!!!Ce qui se passe en Syrie , sus et tolérés par l’intelligencia ? mondiale ! = C’est à désespérer de l’humanisme mondial ………! Tous ces excès criminels encore possibles ?

  10. georges glise a dit :

    @carlin jean-pierre monsieur carlin, mon nom (glise) comporte un seul s, je vois que vous gobez complètement la doxa diffusée par les médias « main street): les méchants poutine et assad, les gentils: tous les autres, les ricains, l’arabie saoudite, al qaida, daech. vous nierez probablement que les rebelles d’alep’est étaient surtout des guerrilleros d’al qaida, vous nierez probablement due plus de la moitié des combattants entraînés par les américains pour l’armée syrienne dite « libre » ont rejoint daech avec armes et bagages; si on veut faire cesser la guerre en syrie, discuter avec assad est indispensable, la grande majorité des syriens est avec lui. cela dit je suis entièrement d’accord avec le dernier post de monsieur jennar ci-dessus sur la complicité des « démocraties » occidentales avec de nombreuses dictatures partout dans le monde!, et cela continue, notamment avec la dictature royale d’arabie et celles des émirats, avec l’égypte, les philippines, l’indonésie, la malaisie, etc…

  11. clement a dit :

    On ne saurait que conseiller à quelques-uns d’aller voir le site les Crises d’Olivier Berruyer,à moins que le Décodex du Monde ait déjà trouvé quelques fidèles ici ou ailleurs.

  12. carlin jean-pierre a dit :

    D’abord je constate que, sans réponse du n°5 à mon interpellation du n°6, sur des »preuves incontestables » des massacres de la prison syrienne voisine de Damas, l’interlocuteur est d’accord sur la nécessité de ne jamais sélectionner ou hiérarchiser dans l’horreur.

    Ensuite, hélas, le propos de Nuria / n°7 interpelle à son tour, cette fois à propos de la guerre d’Espagne. Le temps est relatif en effet, d’autant plus que, pour ce cas de guerre civile, le plus compliqué sans doute, aucune véritable possibilité de travail de deuil sérieux n’a été donnée au peuple. Comme s’en indigne Nuria, là-bas « on cherche encore les corps ». Naïvement, je pensais que des initiatives avaient été suivies d’effet : il y a une dizaine d’années, à Bayonne, un universitaire de Pau à l’occasion de la présentation d’un film réalisé sur ce douloureux sujet (rediffusé à la télé, je crois, sur Arte et non… TF-1) avait laissé percer quelque optimisme sur un travail efficace. N’en serait-t-il encore rien ?

    Enfin, troisième cas sur ce thème des massacres de population, un fait d’actualité retient toute notre attention : la déclaration de Macron à Alger qualifiant la guerre d’Algérie de « crimes contre l’humanité », au pire moment (campagne électorale), dans les pires conditions (interview). Une forme de sidération semble avoir saisi classes politique et médiatique : un silence accablant l’atteste ; pour combien de temps ? L’hypothèse, la pire, de ‘paroles verbales’ de pur opportunisme de campagne électorale n’est pas à exclure ; cela doit trotter dans certaines têtes. Si c’était le cas, l’affaire serait aussi grave que l’affaire Fillon – au plan moral.

    C’est là un triste écho à la conclusion de Raoul ci-dessus au n°8. Mais hélas, les « intérêts » qu’il évoque sont ici ceux d’une personne, un candidat à la plus haute charge… à moins qu’elle soit la représentante d’intérêts non pas collectifs au sens de l’intérêt commun, mais de ceux d’une oligarchie de la finance ?
    A suivre…

  13. carlin jean-pierre a dit :

    De la difficulté d’échanger en temps réel : illustration avec Mr. Glise qui, finalement me cherche une mauvaise querelle, avec l’excuse pourtant d’un chassé-croisé : mon dernier propos du 16 à 17.43 n’est pas encore ‘modéré’ et quand je l’ai rédigé, je n’avais pas moi-même connaissance de sa réponse n°10.
    Cependant, un point d’accord sur « la nécessité de ne jamais sélectionner ou hiérarchiser dans l’horreur » est peut-être possible, puisque lui-même n’avait pas pu lire ma conclusion.
    Je m’en tiens à cette éventualité, loin de toute querelle sur ce que, aussi bien, je n’ai pas écrit et regrettant que lui-même aie cédé à la tentation de relayer des médias eux-mêmes « mainstream » (et non « main street », je crois car je préfère le français), donc d’en dire trop, trop par rapport à ce que l’on sait réellement, moi comme lui.
    Un seul regret : avoir écorché votre nom, Monsieur Glise.

    J’en profite pour rectifier (un peu) ce que je disais le 16 à 17.43 (non modéré) au sujet des déclarations intempestives de Macron à Alger : sidération et silence auront été de courte durée, chacun aura pu finalement le noter. Ni Fillon, ni les médias ne semblent avoir pris la mesure de ce que les derniers qualifient de « dérapage », – loin d’une condamnation répondant à des « exigences morales ou juridiques » comme, en accord avec Raoul Jennar, nous le souhaiterions tous.
    L’hypothèse du pur opportunisme de campagne semble se vérifier, sans que cela choque beaucoup, hélas !

  14. Raoul Marc Jennar a dit :

    Sans m’interroger sur les mobiles de Macron, je voudrais simplement indiquer que la qualification de « crime contre l’humanité » aujourd’hui très précise (Statut de Rome de la Cour pénale internationale) incorpore des pratiques (tortures, exécutions arbitraires,…) qui furent celles des colons et de l’armée française non seulement en Algérie, ce qui est avéré, mais également en Indochine, ce qui est moins connu et fut dénoncé notamment par André Malraux et Léon Werth. Les cris d’indignation entendus pour dénoncer l’usage de cette qualification témoignent au moins de l’ignorance du droit pénal international de la part de leurs auteurs.

  15. carlin jean-pierre a dit :

    La période actuelle nécessite, hélas, un rappel inlassable de ce qui constitue des « crimes contre l’humanité ». L’expertise de R. M. Jennar en la matière nous est précieuse. Mais son propos du n°14 me conduit à constater, relisant ma propre intervention du n°13, que je n’ai peut-être pas été assez complet sur Macron et la guerre d’Algérie (en fait, il a évoqué la « colonisation », mais dans la globalité de la question, c’est identique).

    C’est à l’attention des lecteurs qui ne me connaissent pas que, pour lever toute équivoque, je crois donc utile d’ajouter ce qui suis. Mon sujet n’était pas de m’interroger sur la pertinence, sur le fond, des propos de Macron, mais d’en relever le caractère intempestif dans le contexte où ils ont été tenus : « au pire moment », « dans les pires conditions ». Opinion renforcée par la quasi absence de réaction, comme je l’ai noté ensuite au n°13 (« dérapage », allons bon !)
    L’hypothèse que j’émettais de pur opportunisme de campagne électorale de sa part devient plus que crédible – avec la conséquence grave au plan moral que j’évoquais aussi.

Répondre