04 Juil 2017

A partir de 1999, je me suis adressé aux Françaises et aux Français à travers des articles, des livres et des conférences. Je l’ai fait d’abord pour alerter sur l’Organisation Mondiale du Commerce et les accords qu’elle gère, instruments de la mondialisation néo-libérale voulus, négociés et adoptés par nos gouvernements et ratifiés par nos parlements. Je me suis surtout concentré sur l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) dont la mise en oeuvre progressive conduit au démantèlement par étapes de tous les services publics et à l’ubérisation de nos sociétés et aussi sur les droits de propriété intellectuelle qui réduisent l’accès aux médicaments essentiels, favorisent les manipulations génétiques sur le vivant végétal, animal et humain et portent gravement atteinte à la biodiversité en légalisant la bio-piraterie. Ce qui m’a amené à mettre en lumière le rôle néfaste de l’Union européenne dans ces domaines, notamment par un livre à l’origine d’une évolution de mon engagement dans la sphère politique : « Europe, la trahison des élites ».

Ce livre, dont un chapitre analysait le projet de traité constitutionnel européen, m’a conduit, en 2004, à être, avec Yves Salesse, le co-auteur de l’appel des 200 pour un « non » de gauche au TCE et à devenir un des animateurs de la campagne pour ce « non ». Ce rejet du TCE se fondait sur l’espoir d’une possibilité de réformer l’UE. C’était un « non » pour un « oui » à une autre Europe, plus démocratique, plus sociale, plus écologique. J’ai animé 132 réunions publiques en 2004-2005. Notre victoire m’a conduit à participer, avec des centaines d’autres, à une tentative de transformer l’essai à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007 en élaborant un projet politique qui serait porté par une candidature commune. Nous avons passé toute l’année 2006 à travailler sur 125 propositions émergeant de dizaines de comité unitaires antilibéraux, les fameux CUAL. Mais nous nous sommes fracassés sur le choix de cette candidature, le PCF entendant imposer à tout prix sa candidate. Un authentique rassemblement alternatif se brisait sur la volonté d’un appareil politique partisan. Première immense déception.

Sur les ruines de la gauche après l’élection de Sarkozy, rien n’a bougé pendant des mois. Et puis est survenue la proposition de la LCR de se dissoudre pour créer un rassemblement plus vaste, chacun apportant la richesse de ses engagements antérieurs. Ce fut le NPA où je me suis engagé après un échange épistolaire public avec Daniel Bensaïd. Ce projet fut très bien accueilli et les adhésions furent nombreuses jusqu’à dépasser les 9000. J’ai participé au processus constitutif, au congrès fondateur, puis à l’exécutif du NPA. Le grand débat, alors qu’approchait l’élection du parlement européen de 2009 était la question de l’unité à la gauche du PS. Mélenchon avait quitté le PS et créé le PG qui s’est lui même associé au PCF au sein du Front de Gauche. Celui-ci nous proposait une démarche unitaire. Nous répondions positivement à condition que cette démarche ne soit pas réservée aux seules élections européennes, mais aussi aux scrutins qui allaient suivre : régionales, puis municipales. Ce que le FdG a refusé. Le NPA est parti seul aux élections et n’a eu aucun élu. Cet échec a provoqué au sein du NPA une sorte de repli sur soi accompagné d’une reprise en main par les anciens cadres de la LCR dans la plus classique des logiques d’appareil. Et des milliers d’adhérents sont partis sur la pointe des pieds. Une deuxième grande déception provoquée une nouvelle fois par la capacité de nuisance d’un appareil.

J’ai rallié alors le PG. Mais j’ai très vite observé que son fonctionnement portait en lui tous les défauts du PS, avec un dirigeant principal n’accordant sa confiance qu’à un premier cercle de proches inconditionnels. Par ailleurs, l’affrontement des appareils cartellisés dans le FdG conduisait rapidement à l’impuissance de celui-ci. Le Front de Gauche portait en lui une espérance. La volonté hégémonique du PCF, qui avait déjà détruit l’espérance des CUAL, et ses liens avec un PS dont il condamnait en même temps les politiques, reproduisaient les mêmes effets destructeurs. Troisième déception.

J’ai pris du recul, observant la dérive d’un Mélenchon de plus en plus attiré par une pratique solitaire de l’action politique. Son mouvement en faveur d’une VIe République, dans laquelle Mélenchon et ses fidèles se réservaient une capacité de contrôle absolue sur le M6R, a servi en quelque sorte de laboratoire pour ce qui fut ensuite la France Insoumise. Le projet politique qui en est sorti représentait cependant une véritable alternative démocratique, sociale et écologique, même s’il était entaché de quelques fantaisies bolivaristes. Le candidat qui portait ce projet apparaissait comme le seul choix possible à gauche, un choix certes par défaut, mais qui offrait le véritable vote utile pour qui adhère à des valeurs reniées et désertées par le PS et ses différents candidats potentiels. Quel qu’il fut, un candidat du PS, à mes yeux, avait perdu toute crédibilité. Le soir du 23 avril apporta la belle surprise de voir Mélenchon obtenir plus de 7 millions de voix, ce qui le situait électoralement au même niveau que Fillon et Le Pen. Il obtenait la première place dans de nombreuses villes importantes et dans de nombreuses circonscriptions. Compte tenu de l’absence de dynamique unitaire, avec un PCF envoyant des signaux contradictoires, ce résultat devait être considéré comme une très grande victoire. Mais au lieu de cela, on assistait au spectacle démobilisateur d’une déception injustifiée et d’une contestation du résultat. Au lieu de mobiliser son électorat sur les enjeux à venir – les législatives – le candidat laissait éclater ses blessures d’amour propre, relayées jusqu’à la stupidité par ses représentants sur les plateaux de télévision. Par la suite, tout est allé dans le même sens, démontrant une incapacité d’être à la hauteur des responsabilités que confère la confiance de millions de femmes et d’hommes. Les aboiements et les éructations, un temps disparus, reprirent de plus belle. Et n’ont plus cessé depuis. L’esprit partisan de l’appareil dirigeant de la France Insoumise, qui se confond avec l’appareil du PG, expliqua le refus d’ouvrir les candidatures aux législatives à des compagnons de route qui apportaient pourtant une immense valeur ajoutée. Avoir écarté la candidature de Monique Pinçon-Charlot relève du sectarisme le plus imbécile. Ce ne fut malheureusement pas le seul cas emblématique d’une démarche où l’idée de rassemblement a été ravalée au niveau du ralliement inconditionnel. Aujourd’hui, le spectacle de la compétition stérile entre deux groupes parlementaires prétendant chacun au monopole de la radicalité de gauche est indigne des souffrances des millions de femmes et d’hommes victimes du système. Quatrième déception.

Et la dernière. Parce que chaque fois, j’y ai cru. Parce que chaque fois, j’ai cru devoir inviter mes lecteurs et mes auditeurs à m’accompagner dans le soutien apporté à ces tentatives de rassemblement. Parce que chaque fois, la logique des appareils à tué l’espérance à laquelle j’ai contribué.

Je n’ai pas la prétention de me considérer comme un leader d’opinion et encore moins comme une conscience. Je me suis contenté d’agir en intellectuel engagé. Je regrette de m’être fourvoyé et d’avoir incité des gens à se fourvoyer aussi. Je les prie de croire à la sincérité de mes engagements successifs. Je renonce désormais à m’exprimer sur tout ce qui relève de la politique politicienne.

rmj

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31 Réponses pour “2007-2017 : dix ans de déceptions”

  1. poussant hebert geneviève a dit :

    La candidature de Monique Pincon-Charlot a été écartée ? Les bras m’en tombent !

  2. françois plet a dit :

    expérience pas loin d’être partagée … reste que la FI a suscité un immense espoir et fait s’éveiller ( ou se réveiller ) des milliers et des milliers de citoyens : on en fait quoi ?

  3. Octavio Alberola a dit :

    Enfin la lucidité et le courage de dénoncer « la plus classique des logiques d’appareil ».
    Bravo, Raoul Marc !

  4. Octavio Alberola a dit :

    Commentaire deOctavio AlberolaEnfin la lucidité et le courage de dénoncer « la plus classique des logiques dâ��appareil ».
    Bravo, Raoul Marc !

    @Octavio Alberola

  5. Anne de Hartoulari a dit :

    Par des voies peu différentes, des raisons identiques, nous arrivons au même constat. Je persiste à penser que parmi le 8 millions qui ont voté pour la 6è République au 1er tour des présidentielles, une partie aura entrevu la possibilité d’une mutation vers une société plus juste. Vous y avez largement contribué, par vos infatigables et courageuses interventions, encouragements, apports pédagogiques pour l’éveil d’une conscience politique critique.

    Merci pour tout cela.

  6. Raoul Marc Jennar a dit :

    Vous en faites ce que vous souhaitez. Moi, je ne veux plus inviter à soutenir ou à combattre.

  7. giblin jean a dit :

    Tout cela est fort regrettable , mais Mélenchon n’a pas été pire que d’autres autocrates dans la défense d’un projet dont il n’est d’ailleurs pas le seul artisan, de loin le meilleur projet de toute l’offre politique de ces dernières élections , et qu’il a porté avec le talent que l’on sait . Sa mauvaise humeur à l’heure de l’échec répond aux mauvais procédés que l’on a employés contre lui , tous médias confondus .

  8. Humbert a dit :

    « Je renonce désormais à m’exprimer sur tout ce qui relève de la politique politicienne. »
    ça je comprend très bien, mais le vote de millions de gens compte, et lui n’est pas guidé par la politique politicienne, mais par l’espoir (tu as raison, déçu pour le moment) de voir se réveiller un peuple qui relève la tête au lieu de la garder basse (au point de continuer à voter pour des corrompus, parfois !)…
    Que tu continues tes analyses très fines et intéressantes, toi le militant infatigable, qui nous a si bien expliqué tant de choses, dont les moindres sont les dérives €uropéennes et le TTIP, je l’espère encore.
    Quoi qu’il en soit, la lecture de tes avis est toujours prise au sérieux, et attendue !
    Amitié,
    Humbert

  9. Raoul Marc Jennar a dit :

    Etre incapable de maîtriser ses humeurs quand on prétend à des fonctions qui impliquent les responsabilités les plus graves, y compris celle du feu nucléaire, c’est montrer qu’on n’est pas digne d’une telle fonction. Mais je vous concède qu’il avait annoncé qu’il ne resterait pas président après l’adoption d’une nouvelle Constitution.

  10. Georges-Heuri Clopeau a dit :

    Cher Raoul-Marc,
    Non, tu ne t’es pas fourvoyé, et tu ne nous a pas trompé, au contraire. Nos échecs ont en effet des causes « politiciennes », c’est à dire que des politiciens se sont accrochés à des étiquettes, sensées assurer leur avenir personnel, au lieu de s’accrocher aux idées. Toi, tu nous a éclairé, manifestement sans ambition personnelle, et tu nous a aidé à comprendre.
    Un programme de gouvernement de la 5e république permettait de prendre le pouvoir pour en sortir sans casse, tout en faisant de nombreuses réformes très cohérentes et favorables pour nous, le peuple. (Nous risquons aujourd’hui une révolution violente et aveugle).Et ce programme, « l’avenir en commun », peut rester un ciment pour notre unité.
    Il faudra encore préciser les plans A et B…Comme j’aimerais te voir y travailler, avec Jacques Généreux.
    Mais dans l’immédiat, je crois que nous avons tous besoin de repos, ce qui n’empêche pas les rêves. Il faut de temps en temps, comme on dit, recharger les batteries. Mais ne perd pas courage ; Nous sommes nombreux autour de toi à la France insoumise !
    Et à bientôt !

  11. nuria valverde a dit :

    Cher ami ,dix ans de déceptions dis tu ?
    peut être parce que je suis issue d’une famille qui n’a jamais vue son idéal se réaliser, je n’ai pas eu de déceptions. Juste un pincement au cœur en me disant ce sera pour la prochaine fois. Et j’en viens à donner raison à une amie qui disait avec philosophie (elle était prof de philo) nous avons les politiques que nous méritons. Nous perdons non pas parce que tel appareil ou tel homme .. mais parce que nous sommes incapables d’une vision unitaire et cohérente . parce que défendre son bout de clocher est plus important qu’un programme.
    le Conseil National de la Résistance a eu cette capacité parce qu’ils étaient en guerre et une poignée, et que les enjeux étaient déterminants pour l’avenir d’une nation: La France.
    L’abstention est le révélateur de cette incapacité à l’union.
    La politique est ce qu’elle est ,et les courageux Insoumis relèveront le défi.Ils sont le futur .
    nuria

  12. Raoul Marc Jennar a dit :

    Chère Nuria, soyons lucides, les Insoumis sont soumis à un appareil : celui du PG. Et ce ne sont pas les vociférations de leur chef qui vont rassembler puisqu’il ne supporte que les ralliements à sa personne. Encore une fois, c’est raté. Alors, il ne faut plus compter sur moi pour appeler à soutenir des opérations toujours sous l’emprise d’un appareil.

  13. ERASMI a dit :

    Pour avoir suivi une trajectoire en grande partie similaire – à l’exception du NPA – je partage ton analyse et ta déception, au sortir d’une décennie qui s’annonçait prometteuse, à plusieurs reprises en effet. Pour autant, je ne pense pas qu’il convient de laisser le champ libre à d’éventuels adeptes de la pensée unique.
    Avec ton autorisation, je me propose de diffuser ce post, afin de le faire partager à d’autres, histoire de contribuer à enrichir leur réflexion.

  14. Raoul Marc Jennar a dit :

    Pas de problème pour diffuser puisque c’est sur mon blog et sur facebook, accessibles à tous.

  15. Matthieu a dit :

    J’ai suivi à peu près le même parcours (PG, m6r) mais je me suis arrêté là quand j’ai remarqué les même choses que toi. Je savais que l’expérience de la FI serait identique aux autres, alors j’ai préféré m’investir dans des choses plus intéressantes.

    A mon sens, Mélenchon et son clan font à présent plus parti du problème que de la solution.

  16. ggilles a dit :

    « l’année 2006 … les fameux CUAL. Mais nous nous sommes fracassés sur le choix de cette candidature, le PCF entendant imposer à tout prix sa candidate. »
    10 ans après, c’est un avis mais pas nécessairement la réalité.
    qui a voulu imposer une candidature à qui?
    ca pose la question de la légitimité de décision/choix dans des mouvements sans statuts, comme aussi au FDG.
    petit rappel sur les cual: pour la fameuse désignation il y a du avoir environ 15000 participants, dont une majorité pour le candidat PC qui proposait aussi d’autres alternatives. si vraiment le PCF avait voulu forcer la main c’est ses 100000 adhérents qui se seraient prononcés.
    ca pose surtout le problème pour l’instant d’une seule force militante encore fortement implantée à gauche, malgré son faible score électorale. ses adhérents doivent-il s’effacer? ne pas participer aux décisions?
    peut-etre que l’émergence d’une seconde force importante permettra de surmonter ce problème.

  17. Gierts P. a dit :

    Je serais un peu plus orphelin, mais c’est la vie. Et comme disait je ne sais plus qui, il est un temps pour cultiver son jardin, alors longue vie à toi, mais je suis sûr que tu as encore plein de choses à dire.

  18. nuria valverde a dit :

    Bonjour Raoul
    il est possible et probable que tu aies raison sur le personnage qui ne supporte que le ralliement à sa personne.
    pour la majorité de ceux que je connais des Insoumis, ce serait le ralliement au programme qui importe, et c’est d’eux que viendra le changement.
    JLM n’est plus tout jeune et il y a toujours un remplaçant !!!!!

  19. emmanuelle mandovi a dit :

    Surtout ne pas se décourager! Continuer à creuser son sillon. Votre avis est infiniment précieux. Nombreux sont ceux qui s’y réfèrent souvent :
    « La vérité ne devient pas erreur parce-que nul ne la voit. L’erreur ne devient pas vérité, parce-qu’elle se propage et se multiplie »

  20. Riela Arthur a dit :

    Bonjour
    Cher ami,
    Je me permets d’utiliser cette expression car depuis une vingtaine d’années, je t.ai rencontré plus d.une foise et j.ai toujours lu , avec le plus grand intérêt, tes textes.
    Je te remercie avec une immense gratitude pour toute la profondeur et la clarté de tes analyses que j.ai beaucoup utilisé .
    Merci encore
    A présent ,mes sentiments rejoignent les tiens .il est désespérant de constater que les erreurs se répètent et s’aggravent alors que le temps pour stopper la course à l’abîme se raccourcit
    Je pense que nous sommes nombreux à être écœurés et à vouloir jeter l’éponge
    (Ceux de notre génération)
    Cependant je pense que le mouvement de la FI ,dans lequel JLM a joué un grand rôle(j’accepte tes réticences mais elles mériteraient une discussion plus approfondie) a lancé quelque chose qui peut faciliter l’émergence d’un mouvement populaire et démocratique
    Notre différence d,appréciation porte plus sur le rôle des meneurs et de leurs relations aux masses
    Ce qui me désespère le plus est le manque de prise de responsabilité des « masses » comment accepter cette absence de réflection ,ce suivisme du moindre courant d’air ,un détail érigé en théorie ,le »onmaverpasdit,jesavezpat »
    J,espère avoir à nouveau l,occasion de te rencontrer et surtout de continuer à profiter de tes points de vue
    Très amicalement
    A Riela

    T

    .

  21. Riela Arthur a dit :

    message parti par maladresse avant relecture donc 2eme ligne : « fois » et « utilisées » 5eme ligne. Merci

  22. huillet a dit :

    Le fond ou la forme ? Le programme ou la tête de liste du mouvement ? Malgré toutes mes réticences face aux manifestations parfois hors de propos de JL Mélenchon, je me dis qu’il est parfois bon face à Jupiter d’avoir un simple mortel qui tonne… et si je qualifierais volontiers de traîtrise la conduite d’un José Bové et encore plus celle d’un Hollande, on ne peut en aucun cas appliquer ce terme au leader de la France Insoumise… Pour conserver quelque espoir en l’avenir, il ne me reste que la solution d’espérer que cette fois, c’est toi qui te trompes… et ‘un jour que j’espère prochain, nous pourrons à nouveau profiter de tes analyses pertinentes..
    Gratitude et amitié
    Dany

  23. Raoul Marc Jennar a dit :

    Si le temps et l’envie m’y conduisent, je fournirai des analyses sur certains sujets où j’ai les capacités requises. Mais on ne me lira plus sur les péripéties d’une gauche qui se rassemble d’autant moins qu’elle en parle beaucoup. Et je ne crois pas à la vertu mobilisatrice des éructations.Faire du Jaurès n’est pas nécessairement à la portée de ceux qui s’en réclament.Bien cordialement.

  24. Poupet François a dit :

    Bonjour,

    Il est vrai que la mauvaise humeur de Mélenchon a été contre-productive, que la volonté de contrôle de la campagne législative a été une erreur, d’autant plus que la direction de la FI a patiné dans l’organisation pratique de celle-ci (affiches arrivées au dernier moment, peu de relais d’information sur les modalités pratiques d’organisation,…). Par ailleurs, les affiches sus-nommées, placées d’une manière trop importante sous le patronage visuel de Mélenchon, avaient tendance à effacer la présence des candidats : bref, affiches peu attirantes.
    Il est vrai que Mélenchon souffre de lui-même : s’il faut lui reconnaître parfois beaucoup de talent dans la mise en mot des maux de notre pays, de pédagogie, pour l’instant, tout tourne trop autour de lui, pour le meilleur et parfois pour le moins bon (envolées acerbes et acrimonieuses mal placées à certains moments).
    C’est le péché mignon des trotskistes : l’organisation autocentrée :). C’est ce qui m’a fait rapidement sortir du PG (la pyramide du pouvoir).

    Malgré tout, nous avons pu mener, par exemple dans la 5ème circonscription de la Vendée, une campagne modeste mais vraie : notre collectif du CRS (collectif de résistance sociale) s’est allié à la FI pour cette campagne, autour d’un candidat ancien paysan et d’une jeune professeure des écoles.
    Pas de comptes de campagne vérolés, comme cela avait été le cas lorsque nous avions travaillé avec le PCF, donc pas de recettes surnuméraires, mais du boulot militant. Bon, on ne fait que 9 pourcents, mais c’est quand même pas mal du tout.
    Pas de confiance aveugle dans le sauveur suprême (il n’y en a pas), pas d’alliance inconditionnelle avec la FI, mais on ne peut pas laisser le vide politique s’étendre : un PS de droite, un PC en post-opératoire…
    Il y a du champ politique pour tout ce qui est collectif de citoyens, syndicalistes, associatif : sur des valeurs de gauche non-autoritaire !
    Courage,M. Jennar. Meilleures pensées pour vous et merci encore pour votre travail d’éclairage politique.

  25. ademat a dit :

    Je pense que votre ressenti est partagé par beaucoup : espoir et déception, voilà un parfait résumé de la situation politique à gauche depuis de trop nombreuses années. Ce qui nous unit doit être plus fort que ce qui nous divise, marre de ces petites guerres partisanes.
    Des personnes comme André Chassaigne et François Ruffin semblent être capable de bâtir véritablement.

  26. Sénat Guy a dit :

    Bonjour.
    Pour gérer/changer la société la société de façon pacifique, il n’y a pas d’autre solution me semble-t-il que de prendre le pouvoir dans le cadre des institutions existantes pour les transformer. Dans ce cadre il est nécessaire de constituer des groupes d’humains convaincus, organisés, tenaces et compétents pour convaincre les citoyens lors d’élections et être ainsi élus sur le programme concocté patiemment à l’intérieur du groupe.
    Ce groupe forcément militant, motivé, travailleur et coordonné par lui même avec sa propre conscience collective cela s’appelle un « Parti », et un parti fait de la politique. Faudrait-il faire de la politique non politicienne? C’est quoi ce « truc »? Raoul, explique moi s’il te plait?
    Guy Sénat de Castelnaudary.

  27. Guillou a dit :

    NON !

    à 74 ans je dis non au renoncement …Communiste, j’ai collé des affiches « Mélenchon », les unes signées « PCF », les autres « Insoumis »…dans plusieurs villes en Bretagne en Pays de Loire et en Périgord…un inconnu insoumis quelque part m’a dit « oui, il faudrait aboutir à un Front Commun, mais dommage que les cocos comme toi refusent de comprendre que le PCF doit mourir…Je refuse cela avec d’autres lâchetés, en effet.
    Je dis non au désespoir sans nier l’analyse qui pourrait y conduire…Je trouve l’analyse sévère de Raoul Marc Jennar juste…mais incomplète: La réalité est dialectique et tout le monde peut l’imaginer, mais la raison des échecs tient au fait que la nécessaire organisation unitaire n’existera que le jour où le « faire » prouvera que le « penser » n’appartient à personne : ce jour là sera pratiquée et vécue « la dialectique d’une mise en commun » …quoi qu’on en « pense  » à la « direction des appareils ».: le mouvement populaire ne mourra pas quel que soit le sort des « appareils », mais il pourrait vivre plus heureusement si les appareils en question , plutôt que de s’entre-tuer, en quête d’hégémonie, choisissaient de vivre vraiment, donc,  » en phase » avec cette « affaire du peuple ». J’espère relire de l’espoir ici chez RMJ encore !

  28. Annie Stasse a dit :

    Cher Raoul Marc,
    j’ai suivi à un élément près la même route, les mêmes constats.
    Le seul qui comporte un désaccord est votre « adhésion », votre confiance donnée aux FI.
    D’emblée après mes expériences du PG, du FdG, je n’ai donné aucune confiance à Mélenchon, d’autant son propre comportement de chef unique revendiqué, son impossibilité à quelqu’alliance que ce soit, ses ralliés n’ont jamais su qu’insulter tous ceux qui par malheur ne se ralliaient pas les yeux fermés.
    J’ai commencé ma méfiance dès 2015 : déjà tout avait commencé à mal tourner. Déjà sur Mediapart on commençait à se faire insulter si jamais nous n’avions pas exactement les mêmes analyses.
    Ici aussi, sur ce blog j’ai du « oser » une fois ou deux dire mon désaccord : j’y ai aussi reçu quelque « amabilité ».
    et moi aussi j’ai décidé de ne plus émettre d’avis politique sur mon blog, (je ne me compare pas à vous, je n’ai aucune célébrité). J’y ai détruit tous mes billets depuis 2005 et j’ai recommencé à 0, j’y parle juste de la vie…

  29. Raoul Marc Jennar a dit :

    Annie Stasse : je ne sais pas où vous avez lu que j’avais « adhéré » à la FI, que je lui avait fait « confiance ». Vous réécrivez ma propre histoire. Je n’ai jamais été membre de la FI. Vous ignorez mes critiques à l’égard de Mélenchon et de la FI. J’ai considéré que le programme présenté par le FI comportait de nombreux éléments méritant mon appui et que je soutenais la candidature de Mélenchon par défaut. Décidément, on a beau s’épuiser à écrire dans la nuance, on se retrouve toujours enfermé dans des catégories et caricaturés.Comme je suis content de prononcer le mot de Cambronne à tout cela !

  30. Annie Stasse a dit :

    @Raoul Marc Jennar
    Excusez-moi, j’ai sans doute mal interprété vos écrits.
    Il faut dire que durant cette campagne j’étais bien remonté contre tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une adhésion à Mélenchon, et plus particulièrement aux FI.
    On arrêtait pas de se faire insulter si on émettait des réserves sur twitter en particulier, et sur le page du PCF de Facebook c’était assez dur aussi pour les PCF qui n’avaient comme choix que disparaitre ou se soumettre. Chassaigne est celui qui a le plus refusé ce joug.

    je me suis désabonnée de différents site payants où j’étais abonnée, pour ces raisons.

    c’est pas sous un nouveau joug qu’on se défera du joug du libéralisme. Seule une alliance fraternelle, dans la discussion, des voix d’avis divers, La gauche n’a réussi qu’en s’alliant, en acceptant la richesse des avis, des expériences, des courants.

  31. Raoul Marc Jennar a dit :

    Annie Stasse : nous sommes bien d’accord. Moi aussi, j’ai déploré l’agressivité et le sectarisme de certains militants FI. J’ai parfois mis ce comportement digne des Sans-Culottes sur le compte de la colère bien légitime qui anime certains. Mais, comme les fous furieux de 1793-1794, certains étaient incapables de discerner entre la critique venant d’une gauche aussi radicale qu’eux et les critiques venant du marais ou de droite. Pitoyable spectacle de ces « insoumis » se soumettant d’un même élan à leur nouveau Bonaparte.

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