17 Jan 2018

Alors que des femmes se battent en Algérie, en Arabie Saoudite, en Iran, en Indonésie, partout dans le monde musulman, pour le droit à la libre disposition de leur corps dans tous les moments de la vie, nous défendons chez nous le droit à la différence qui conduit au communautarisme et à la différence des droits.

Alors que nous nous sommes battus, pendant des siècles, contre l’absolutisme meurtrier de l’Eglise catholique, qui a inventé sa propre technique de torture (la Question), qui a terrorisé des populations entières avec sa propre Gestapo (l’Inquisition), qui a exterminé des peuples entiers au nom de l’évangélisation, qui a exercé une véritable dictature morale jusqu’au milieu du XXe siècle, qui encore aujourd’hui s’oppose à de nouveaux droits qui ne s’imposent à personne, nous invoquons le danger de stigmatiser une communauté religieuse pour tolérer ce que nous avons combattu ici et ce que combattent là-bas ces femmes qui se battent pour leur liberté. Au prix de leur vie.

Je suis radicalement hostile à toute forme de discrimination ; je respecte toutes les croyances même si je n’en pratique aucune ; j’estime avoir le droit de critiquer le principe des religions tout en respectant les croyants ; j’entends qu’aucune religion ne s’impose à moi ni à toute personne qui n’y adhère pas librement ; je suis bien à l’aise dans une société vraiment multiculturelle (à ne pas confondre avec une mosaïque de ghettos communautaires comme en Grande-Bretagne où la loi commune n’est plus appliquée partout), à une véritable mixité si, et seulement si, elle se construit AU NOM DE L EGALITE.

La France n’est pas un pays où le Chef de l’Etat est le chef d’une Eglise ; la France n’est pas un pays où des textes religieux dictent la législation ; la France n’est pas un pays où la référence à un dieu est omniprésente jusqu’à se retrouver sur chaque billet de banque ; la France n’est pas un pays où l’on est obligé de prêter serment sur un livre religieux tout en invoquant une divinité ; la France n’est pas un pays qui a abandonné certains de ses territoires à une législation religieuse ; la France est un pays où il n’y a aucune obligation d’adhérer à un culte et d’en pratiquer les rites ; la France est un Etat laïc.

J’ai connu, dans ma Belgique natale, le temps où ne pas aller à la messe, où ne pas célébrer les grandes fêtes catholiques, où refuser le baptême, le mariage religieux, les funérailles religieuses valaient aux miens d’être montrés du doigt et stigmatisés.

J’ai vécu l’arrivée au d’évangélistes américains déclarant sans rire que si les Cambodgiens avaient subi les Khmers rouges, c’était parce qu’ils ignoraient le vrai dieu.

J’ai refusé une carrière universitaire aux Etats-Unis parce que l’omniprésence du religieux qui j’y ai ressenti m’était insupportable.

Le fondamentalisme religieux est une agression majeure contre la liberté. Il doit susciter une vigilance de tous les instants. Qu’il s’agisse des chrétiens hostiles au nom de leur bible au mariage pour tous, des juifs orthodoxes qui revendiquent l’application stricte de la torah ou des musulmans intégristes qui exigent l’application de la charia, les religions monothéistes dans leur stricte orthodoxie sont des entreprises liberticides. D’ailleurs, chaque fois qu’elles en ont l’occasion (à l’ONU, par exemple), elles s’unissent pour brimer les libertés. A commencer par celles des femmes.

La liberté de croire ne peut en aucune façon signifier l’obligation de croire. La liberté de manifester son opinion, fut-elle religieuse, ne peut d’aucune manière, se traduire par l’obligation de subir la manifestation de cette opinion. La libre expression des opinions s’arrête là où commence le prosélytisme.

Ce que j’exprime n’a rien à voir avec le droit de s’habiller comme chacun l’entend. Le débat vestimentaire, chez les uns et les autres, est une diversion pour éviter l’essentiel et pour exacerber les tensions. Les bonnes âmes chrétiennes qu’un voile effarouche aujourd’hui s’accommodaient fort bien avant 1963 de voir nos rues noircies du spectacle des curés en soutane et des religieuses voilées. Et les athées ne se sentaient pas pour autant agressés.

La communauté nationale doit être l’espace d’un commun épanouissement dans l’égalité des droits et des devoirs et dans l’exercice d’une liberté respectueuse de l’autre.

Raoul M. Jennar

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11 Réponses pour “Dérives dangereuses”

  1. Anny Richard a dit :

    Merci de ce rappel si juste… J’aurais aimé l’avoir écrit.
    J’ajouterais, cependant, ce n’est qu’une appréciation personnelle et je ne peux la référencer ni la justifier, que cette mise en scène du religieux dans notre espace public me semble être l’expression du désarroi profond de sociétés sans repères.
    Avant les « dieux » convoqués (dieu des chrétiens, des juifs, des musulmans), il est un autre dieu qui entend régir les esprits et le monde, c’est celui de l’argent roi. Je crains que les communautarismes religieux qui s’affrontent aujourd’hui et que les « bien-pensants » des différentes religions qui s’arc-boutent sur leurs principes et symboles ne le fassent au nom du dieu fric dont ils ne peuvent avouer le nom.
    La dés errance actuelle, les replis communautaires religieux ont, à mon sens, leur origine dans l’a moralité de nos sociétés et dans le soutien souterrain de ceux qui ont des intérêts très éloignés des droits et libertés de tous. Le chaos engendré maintient leur commerce à flot…

  2. Peretz a dit :

    Je suis athée et le revendique justement à cause de cet article qui est une confirmation à la nécessité de la laïcité. Le communisme a eu un moment l’avantage de défaire l’hégémonie religieuse en Russie, mais l’inconvénient de devenir à son tour une religion. Tout cela parce que l’idéalisme est une nécessité humaine. On voit que de toute façon il mène à des excès. Alors que faire ?

  3. Peretz a dit :

    @Anny Richard – Je suis athée et le revendique justement à cause de cet article qui est une confirmation à la nécessité de la laïcité. Le communisme a eu un moment l’avantage de défaire l’hégémonie religieuse en Russie, mais l’inconvénient de devenir à son tour une religion. Tout cela parce que l’idéalisme est une nécessité humaine. On voit que de toute façon il mène à des excès. Alors que faire ?

  4. Georges Pons a dit :

    Une fois de plus, ce texte va à l’essentiel. Dommage que les « religieux » de tout poil soient apparemment vaccinés contre le doute.
    En tous points d’accord avec Anny Richard, qui ajoute à bon escient que la plus toxique des religions, celle du veau d’or, a toujours fait bon ménage avec les autres. Lisons Vuillard et son « L’ordre du jour » pour rappeler la bonne entente du capital et son financement du III ° Reich.
    Il aura fallu près d’un demi siècle pour que cette religion se voit contrainte, mais sans véritable gêne, d’accepter un nom: « capitalisme, » avec ses temples, les bourses, ses liturgies, ses églises, son clergé, ses rituels.
    « Fric », c’est un peu vulgaire, mais « capital », qu’on emploie volontiers en lieu et place d’ « essentiel », qui pourrait craindre sans avoir l’esprit mal tourné, qu’il n’ait d’autre intention qu’entretenir par tous les moyens, y compris les plus violents, mais aussi et surtout les plus sournois, les plus perfides, un système implacable. La passion de la propriété, dès lors qu’on la justifie comme le moyen de transmettre à ses descendants quelque chose qu’ils n’ont rien fait pour mériter ce droit, fournit la base quasi intouchable d’un consensus mortifère pour l’humanité. Après nous le déluge !

  5. gaudin a dit :

    entièrement d’accord cher Raoul !
    bises
    any gerard

  6. Marie Bougnet a dit :

    Merci pour vos articles en général très intéressants. Pour celui-ci permettez-moi de modérer vos affirmations:
    1 Même si tous les monothéismes ont une fâcheuse tendance à vouloir s’imposer comme vérité universelle, même ils ont tendance à imposer leur conception du monde à la politique, le principe de séparation de laïcité a été un énorme progrès en France, accepté par les églises catholiques et protestantes. Il ne faudrait pas que ce progrès, sous différentes pressions rétrogrades, recule. Il faut aussi analyser les textes auxquels les monothéismes se réfèrent. La lecture du nouveau testament, livre de référence des chrétiens, est imprégnée de citations sur l’amour, et sur la séparation entre la religion et la politique ( mon royaume n’est pas de ce monde, rendez à César…), alors que la lecture du Coran montre un joyeux amalgame entre religion et politique.
    2 Vous comparez les habitudes vestimentaires ( récentes d’ailleurs dans notre pays) des femmes de religion musulmane et celles qu’avaient dans notre pays les religieux catholiques. Je me permets de faire une distinction entre les deux: le voile importé de pays musulmans conservateurs est le signe de la soumission des femmes vis-à-vis des hommes, ce qui semble une vraie régression à la femme que je suis. Alors que les habits des religieux catholiques montraient leur consécration à leur dieu.

  7. nuria valverde a dit :

    Je te retrouve bien là ! dans quelques jours je suis invitée à un repas laïc m’autorises tu à te citer et faire un copié collé ?
    avec toute gratitude
    un abrazo
    nuria

  8. Raoul Marc Jennar a dit :

    Bien entendu, chère Nuria. Tout ce qui est sur mon site est public et peut-être reproduit. Bises. Raoul

  9. Guillou a dit :

    Merci !

    J’imagine que toutes les « dérives » ont pour cause fondamentale la paresse des esprits.
    Aujourd’hui le problème urgent à résoudre est celui de vivre, mais de « vivre ensemble »…Le « Vivre Ensemble » n’arrivera pas comme l’Esprit saint dans la conscience de masses paresseuses , il sera un « combat »…l’universalité de ce combat n’a rien à voir avec une universalité religieuse révélée à « faire gagner » …
    les combats du passé en effet ne sauraient être oubliés, oubli égale dérive…Le « Droit à la différence » est aussi complexe à intégrer dans le combat laïque, mais c’est la même paresse d’esprit qui d’une part le proclame comme « simple », et d’autre part le combat comme « rétrograde »….
    J’ai cependant beaucoup apprécié le devoir de mémoire élargi auquel on est invité ici! Et c’est un plaisir de souhaiter la Bonne Année à « RMJ » enfin de retour !
    Amicalement
    Alain Guillou

  10. carlin jean-pierrre a dit :

    Oui, merci pour ce rappel pertinent – y compris pour les exemples personnels très illustratifs. Sur ce point, et sans aucune ‘compétition’, il y a eu (il y a encore) pire que la mise à l’index d’une famille comme cela a été le cas de celle de Raoul : la volonté individuelle de s’affirmer comme athée au sein même de sa propre famille, peut-être plus encore quand les convictions religieuses des membres de celle-ci relèvent davantage de l’affichage social (et professionnel !) – le « qu’en dira-t-on » – que d’une position intime sincère. Ce vécu personnel m’a contraint à l’éloignement ; les dommages relationnels ont été irréversibles, mais c’était le prix à payer.

    Mais revenons aux principes : il m’apparaît nécessaire de mettre un bémol, et plus, aux propos de Raoul sur la situation des femmes, – tout comme le dit fort bien, au n°6, Marie Bougnet, en son § 2 sur le « débat vestimentaire ». Entre le « voile importé de pays musulmans conservateurs » (je dirai plus exactement intégristes) et les « habits des religieux catholiques » d’autrefois, il y a une différence fondamentale qui passe par ce que M. Bougnet appelle justement « la soumission des femmes ». Alors non, le débat vestimentaire n’est pas une « diversion », car il implique d’abord ce droit essentiel des femmes à l’égalité. Ce qui, de mon point de vue, aurait mérité un premier paragraphe plus complet et précis de l’exposé de Raoul. Mais, sans aucune ambiguïté, nous tomberons tous d’accord sur le principe absolu de l’égalité femmes / hommes, évidemment… En ces temps de rébellion des femmes – ô combien justifiée et efficace ! – face aux harcèlements et crimes sexuels (sans aller jusqu’à évoquer, en revanche, le byzantinisme du débat sur l’écriture dite inclusive…), il est clair que ce principe de l’égalité passe par le principe d’une laïcité sans adjectif, pour faire court.

    Et nous mesurons là qu’il est nécessaire d’avancer toujours plus dans l’application des principes, et d’abord dans leur énoncé. Je ne me permettrais pas de remettre en cause en quoique ce soit le propos si bien venu de Raoul, que j’ai qualifié d’entrée de « pertinent » car, en plus, il nous livre un ressenti personnel très intéressant sur son parcours, si significatif, et sur les références historiques dont il ne se sépare jamais, pour notre bonne information. Ceci dit, et en toute clarté pour le débat, il me semble qu’il aurait pu évoquer, comme principe aussi, le droit au blasphème – en ce qu’il affronte des religions (et se distingue donc de l’insulte, inadmissible, des personnes, faut-t-il le préciser). Mais je crois qu’il l’a déjà développé ailleurs.

    Quoiqu’il en soit, puisqu’il dit ici que « la France n’a abandonné aucun de ses territoires à une législation religieuse », il convient quand même de rappeler qu’un concordat perdure en Alsace / Moselle et qu’il s’impose à tous les citoyens de ces territoires, jusque dans leur participation financière, et aussi avec pour effet d’interdire le droit… au blasphème !

    Et puis, ajoutons que, si notre chef de l’Etat n’est certes pas chef d’une église, il accepte de porter le titre de chanoine de Latran, faisant perdurer ainsi le principe d’une France fille aînée de l’Eglise (catho, cela va de soit). Là également, les références historiques sont significatives et il conviendrait de s’en dégager. Raoul en conviendra. Comme il sera d’accord sur le fait que Macron n’est pas le mieux placé pour cela, lui qui, en campagne électorale, était allé chercher par anticipation un mini-sacre sur le parvis de la cathédrale d’Orléans lors des fêtes Jeanne d’Arc – sorte d’adoubement par celle-ci… Je force à peine le trait…

    Pour en terminer, on ne peut que rebondir sur ce qui est dit au n°1 /Anny Richard, sur le rapport au fric de toutes ces religions marquées par le capitalisme dès sa naissance. Sans remonter au Moyen-Âge où les cathos jouaient les délicats, laissant aux juifs la ‘sale’ besogne du rapport à l’argent, tous sont aujourd’hui ‘modernes’. Le Vatican croule sous les ors et… l’or (malgré les péripéties banco-mafieuses)… Mais ça n’est pas mal non plus du côté musulman : ce n’est pas caricaturer Mahomet, ce n’est pas blasphématoire que de constater que les cousins chiites et sunnites, tendance wahhabite plus encore, rivalisent – dans leur démarche de confusion du religieux et du temporel conduisant au pouvoir d’Etat. Et ce n’est pas caricaturer non plus que de constater également qu’un Etat présumé laïque, la France, s’en accommode très bien : aujourd’hui, ‘l’inclination’ va du côté des plus intégristes hélas – faut-t-il nommer Arabie saoudite et Qatar ? -, surtout pour des questions de dépendance au fric, bien sûr. Inutile de développer.

  11. Guillou a dit :

    ..Et puis nous sommes soumis aux dogmes d’une religion « non dite » mais officielle, avec l’obligation pour « ceux qui ne sont rien » , d’aider « ceux qui réussissent »…et un monarque présidentiel « par la grâce de Dieu MEDEF » , qui uvre ses bras en croix à la télé en disant « aidez-moi » à de sous-citoyens dont en même temps on déménage « la Documentation » , la remplaçant par une « marque « , celle de l’église du « virtuel »…j’écris cela vraiment presque sincèrement…car il y manque encore du « pire », mais ce sont probablement des « fake news »…

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