15 Fév 2018

A toutes et tous,

J’ai consacré une partie importante de ma vie, depuis 1988, au .

Je ne peux me taire quand je lis ce qui se publie dans la presse en Europe et aux Etats-Unis. Le Cambodge est un pays que nous avons très mal traité, nous les Occidentaux. Un pays certes imparfait. Mais lequel peut prétendre être parfait ?  Sauf dans les délires d’un Trump, terriblement typique de la plupart des Américains, n’en déplaise à ceux qui se démarquent de lui.

Sauf aussi, dans les autosatisfactions béates et arrogantes de la plupart des gouvernements européens complices de s’être tus quand les Polpotistes massacraient leur peuple et d’avoir infligé, pendant douze ans, le plus terrible des embargos pour punir le peuple cambodgien d’avoir été libéré d’un régime génocidaire par les « méchants » vietnamiens.

Voici un document auquel j’ai contribué, qui constitue une réponse, sans doute incomplète et imparfaite, aux critiques violentes adressées au Gouvernement du Cambodge par un certain nombre de gouvernements occidentaux, d’organismes de l’ONU et d’ONG.

On peut, depuis Bruxelles, Paris, Genève, Londres, New York et Washington, formuler des critiques et des  exigences quant aux imperfections de la cambodgienne. D’un point de vue théorique, je suis même prêt à les partager. Mais le fait est que nous ne sommes pas dans la théorie et que les chevaliers blancs des droits de l’Homme seraient bien avisés de s’en rendre compte, eux qui furent totalement muets quand les hommes de Pol Pot – considérés alors comme des « progressistes  » – massacraient plus de deux millions de Cambodgiens.

Merci de prendre le temps de lire ce long texte. Vous y découvrirez tout autre chose que ce que vous pouvez lire dans Le Monde, dans Libération ou dans l’Express ou de ce que vous pouvez entendre sur  France Inter, Radio France International ou TV5 Monde.

rmj

Royaume du Cambodge

Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale

CAMBODGE

Stabilité et d’abord !

Février 2018

 

Des membres du Congrès des Etats-Unis et du Parlement européen, certains gouvernements occidentaux, certaines institutions des Nations Unies et certaines ONG de défense des droits de l’Homme ont exprimé récemment de très vives critiques à l’égard du Gouvernement cambodgien. Ils seraient bien avisés d’étudier davantage l’Histoire contemporaine de notre pays.

Ils apprendraient ainsi qu’une des pires tragédies du vingtième siècle infligée à notre pays au cours des décennies écoulées fut le résultat d’ingérences étrangères. On pourrait ironiser sur le gouvernement qui a inspiré le coup d’Etat de 1970 quand on se souvient qu’il prétendait imposer une démocratie libérale et le respect des droits de l’Homme pour prévenir la propagation du communisme. Ce gouvernement a provoqué le remplacement d’un dirigeant légitime par un groupe de personnes dont il pouvait s’assurer le contrôle, ce qui a conduit à la guerre et, pire, à un régime génocidaire. Le coup d’Etat de 1970 fut à l’origine des souffrances extrêmes du peuple cambodgien.

C’est la dure leçon que les autorités cambodgiennes retiennent aujourd’hui de ces évènements : le devoir prioritaire du Gouvernement royal est de protéger à tout prix sa population contre les ingérences de certains gouvernements occidentaux dans les affaires intérieures du pays. De par le monde, certains pays occidentaux ont très souvent invoqué le modèle occidental de démocratie et des droits de l’Homme comme prétexte pour renverser des dirigeants dont les orientations nationales n’étaient pas favorables à leurs intérêts.

Les Accords de Paris de 1991, qui n’ont pas apporté la au Cambodge du fait de leur volonté d’inclure les hommes de Pol Pot dans la solution, prétendaient imposer d’un seul coup un modèle parfait de démocratie libérale dans un pays qui n’a jamais connu ce système politique. Les auteurs occidentaux de ces Accords ont délibérément ignoré les conséquences sur une société brisée et profondément traumatisée et sur une génération qui a perdu l’immense majorité de ses ressources humaines. Ils ont totalement négligé l’impact de l’embargo impitoyable qu’ils ont imposé aux survivants en les empêchant pendant douze ans de se reconstituer en tant que nation et de reconstruire leur pays. C’est aux autorités cambodgiennes qu’il a incombé, en dépit de ces obstacles, de réaliser la pacification du pays et d’introduire les fondements d’une démocratie libérale dans un pays qui était loin d’être préparé pour un tel système.

Depuis 1991, certains gouvernements occidentaux ont tenté d’imposer leurs protégés à la direction du pays. Pendant les élections organisées par l’ONU en 1993, un haut fonctionnaire de l’ONU, de nationalité américaine, ne cachait pas que l’objectif était de chasser le PPC du pouvoir. En 1997, les mêmes gouvernements ont condamné le PPC parce qu’il avait anticipé un coup d’Etat qui aurait eu pour effet de ramener les Khmers rouges au pouvoir. Et depuis lors, l’opposition n’a pas cessé de bénéficier de l’appui financier et politique des mêmes gouvernements occidentaux. Tout au long des années écoulées, en exprimant sa gratitude pour l’aide occidentale, le Gouvernement royal devait consolider sa démocratie et reconstruire un pays.

L’Histoire a prouvé qu’un programme imposé par l’étranger n’a jamais été bénéfique pour le Cambodge et qu’au contraire il a conduit au bain de sang et à d’abominables destructions. Néanmoins, ignorant cette cruelle réalité, certains de ces pays veulent à tout prix répéter leurs fautes passées en tentant de provoquer un changement de régime, même si cela prend des formes plus sophistiquées et secrètes.

Ce document s’efforce de remettre en perspective les grandes difficultés auxquelles le Cambodge fait face pour maintenir la paix et promouvoir son développement alors qu’il est en butte aux ingérences étrangères permanentes qui ne cessent d’exiger des changements vers une « démocratie pure et parfaite » qui n’existe qu’en théorie. Il a pour objectif de présenter la vérité des faits sur les récents développements politiques du pays en démentant les accusations sans fondements et les insinuations d’institutions et de personnalités étrangères qui se moquent des conséquences de leurs actions.

La contradiction entre développement réel et démocratie sophistiquée

Ceux qui prétendent que la démocratie est le remède miracle à tous les maux politiques, économiques et sociaux devraient garder à l’esprit que la démocratie ne peut mettre en péril la souveraineté sacrée d’une nation. La manière de décliner la démocratie et les droits de l’Homme est propre à chaque pays et la transplantation forcée de ces principes risque d’échouer si le processus ne prend pas en compte le contexte national.

Depuis qu’une paix réelle s’est installée dans le pays en 1998, le Gouvernement royal fait face à un dilemme : le choix entre le mise en place d’une démocratie pure et parfaite imposée par les Accords de 1991 et la recherche progressive d’une augmentation du bien-être de ses citoyens.

Ce fut en effet un choix difficile parce que la démocratie ne s’implante pas du fait de la seule volonté politique. L’impact sur la démocratie de facteurs externes importants a été totalement dédaigné par les auteurs des Accords de Paris : l’absence ou la très faible perception de traditions démocratiques, le niveau médiocre d’éducation générale de la population, le manque d’appropriation du processus démocratique ne sont que quelques-uns des obstacles à l’application des Accords. La guerre et le régime de Pol Pot ont légué une culture de la violence omniprésente. Le manque de respect de l’autre a imprégné le tissu social de la société ; des media publient sans le moindre sens des responsabilités, d’éthique sociale et de professionnalisme des articles alimentés de propos diffamatoires et calomnieux, des photos indécentes de crimes sans le moindre respect pour la dignité humaine des victimes, etc.

Il n’y a pas de consensus général sur des questions nationales fondamentales : les opposants sont incapables d’exprimer leur opposition par des procédés démocratiques ; la compréhension globale de ce qu’est la primauté de la loi et du droit demeure très faible ; les principes fondamentaux du droit sont très largement ignorés. Ces faits illustrent combien longue, sinueuse et ardue est la marche vers une démocratie apaisée et qu’elle nécessite sans doute la transition vers une autre génération.

Mais, plus que jamais, l’absolue priorité du gouvernement est de préparer cette nouvelle génération maintenant. Et pour y parvenir, la paix et la stabilité politique doivent être assurées.

Les obstacles à la stabilité politique

Un régime politique stable requiert par dessus tout un consensus national sur des questions d’intérêt général et un dénominateur commun minimum consisterait à s’accorder sur une vision partagée du passé. Quand l’opposition refuse de reconnaître l’héritage du passé, quand elle s’emploie à réécrire l’Histoire et nie certains crimes commis pendant le régime de Pol Pot, il est pratiquement impossible de trouver un consensus national.

L’opposition cambodgienne, essentiellement le CNRP, a refusé de reconnaître les limites territoriales héritées du passé colonial et, à l’occasion de déclarations ultra-nationalistes, a proféré des revendications démagogiques en vue de gains électoraux. Le CNRP refuse de reconnaître que le 7 janvier 1979 soit le jour de la libération du régime génocidaire et elle rejette le rappel historique selon lequel, pendant dix ans, le Vietnam a rempli la tâche cruciale d’empêcher le retour au pouvoir des Khmers rouges. Même après que le tribunal cogéré par l’ONU et le Cambodge ait établi la matérialité des faits et condamné le directeur du Centre de sécurité S21 pour crimes contre l’humanité, Kem Sokha, président du CNRP, a osé affirmer que ce Centre n’était qu’une « mise en scène » (« just staged ») des Vietnamiens[1]. Comment est-il possible qu’il ait pu prononcer publiquement une opinion aussi irresponsable ? Mais, de nouveau, en dépit d’un déni aussi flagrant de faits historiques, le CNRP bénéficie d’un soutien complet et sans faille de la part de certains gouvernements occidentaux et d’organisations des droits de l’Homme, à l’ONU et parmi les ONG.

Les dirigeants du CNRP, quand ils s’expriment en langue khmère, attisent les sentiments racistes et xénophobes qui existent dans certains segments de la population cambodgienne. Ils incitent à la haine raciale, ce qui a conduit à la mort d’innocents dans un passé récent. Scandaleusement, quand le monde réagit avec indignation aux évènements de Charlottesville, des faits identiques de la part de l’opposition cambodgienne ne rencontrent que le silence hypocrite de certains gouvernements occidentaux et des organisations de défense des droits de l’Homme. Pendant plus de vingt ans d’un tel populisme et d’une telle démagogie, pas une seule fois l’opposition cambodgienne ne fut critiquée ou blâmée et encore moins condamnée par les politiciens étrangers et par les ONG qui prétendent défendre les droits de l’Homme.

Les dirigeants du CNRP n’hésitent pas à inciter le peuple à la violence. M. Sam Rainsy a poussé des petites gens à démanteler des poteaux frontaliers en face de soldats du pays voisin dans l’espoir de provoquer un incident majeur avec ce pays. Les faits attestent que les dirigeants du CNRP ont exhorté la population à manifester violemment en 2013-2014. Un tel appel à la violence, bien entendu systématiquement nié par le CNRP, est loin de constituer une méthode démocratique d’exprimer son mécontentement et son opposition. Une fois de plus, force est de constater que ni le Congrès des Etats-Unis, ni le Parlement européen n’ont jamais débattu ou adopté une résolution condamnant de telles méthodes.

Plus grave, dans une tentative d’exacerber les tensions nationalistes, l’opposition a publié un faux traité et de fausses cartes insinuant de la sorte que les dirigeants du Cambodge ont cédé des parties du territoire national aux voisins. De nouveau, silence total des amis occidentaux de l’opposition des deux côtés de l’Atlantique.

Une condition élémentaire pour une démocratie praticable est le respect de ceux qui se consacrent au service public. Au lieu de cela, le CNRP a choisi d’exprimer son opposition aux gouvernants par la voie d’insultes, de diffamations et de calomnies. Il n’y a pas eu une seule condamnation venant de l’Occident pour les propos insultants de M. Sam Rainsy à l’égard du Premier Ministre du Cambodge lors d’une interview publiée en 2015 dans un journal occidental, dont le contenu a provoqué la fin de « la culture de dialogue » proposée un an plus tôt par le Premier Ministre Samdech Techo Hun Sen.

Violation de l’indépendance et de la souveraineté du Cambodge et tentatives répétées de changement de régime masquées par la rhétorique de «la démocratie et les droits de l’Homme».

Comment des pays étrangers peuvent-ils affirmer leur engagement à promouvoir la démocratie, les droits de l’Homme et la primauté de la loi et du droit au Cambodge tout en ignorant son gouvernement légitime, sa souveraineté et son indépendance ? Peut-être convient-il de reformuler la question de la manière suivante : pourquoi le Cambodge, un petit pays sans intérêt économique stratégique, est-il l’objet d’une telle ingérence étrangère ? Et pourquoi ces pays poussent-ils à un changement de régime ?

Un aperçu du passé du Cambodge et un rappel de certains faits historiques peuvent apporter certaines lumières. Des preuves fournies par la recherche et des faits publics montrent les tentatives incessantes d’une grande puissance lointaine de s’immiscer dans les affaires intérieures du Cambodge afin de réaliser ses ambitions géopolitiques. Sans, bien entendu, tenir compte des conséquences et, plus grave encore, sans se soucier des souffrances du peuple cambodgien innocent. La rhétorique employée pour dissimuler ces ambitions a toujours été la défense des principes démocratiques et l’universalité des droits de l’Homme.

Le Cambodge et les Etats-Unis : une histoire de démocratie et de droits de l’Homme

En 1954, quand le Cambodge a refusé d’adhérer à l’alliance militaire voulue par les Etats-Unis, l’Organisation du Traité de l’Asie du Sud-est (SEATO selon son acronyme anglais), il est devenu « le méchant » pour l’administration américaine. Le 30 août 1956, à l’occasion d’une réunion du Conseil de Sécurité Nationale, il fut décidé que les USA apporterait un soutien armé aux milices opposées au gouvernement légitime du Cambodge. Cette politique fut confirmée en avril 1959 et cela au nom de « la démocratie, de la liberté et de l’auto-détermination » ! A partir de ce moment-là, le destin du Cambodge était scellé et c’est alors qu’a commencé le triste déroulement du drame cambodgien jusqu’à ce jour. Toujours au nom de la « démocratie et des droits de l’Homme », bien entendu.

Le destin du Cambodge a été décidé dans le secret du « Bureau ovale » sous la forme de bombardements en tapis et d’épandages mortels d’agent orange. Sa Majesté le Roi Père Norodom Sihanouk a écrit : « Beaucoup de mes amis américains seraient horrifiés par de telles remarques. Mais quelle est la différence entre brûler et gazé des gens dans des fours et le faire à toute une nation au grand jour ? C’est exactement ce que le Président Nixon fait aujourd’hui. Chacun connaît les horreurs d’Auschwitz et autres camps d’extermination. Mais Nixon mène une guerre d’extermination contre tout le peuple d’Indochine. »

Et cette saga a continué avec le coup d’Etat de 1970, orchestré par la CIA, qui a plongé le Cambodge dans la guerre du Vietnam pour finir sous le régime génocidaire des Khmers rouges. En novembre 1975 – sept mois après la prise de Phnom Penh par les troupes de Pol Pot – Henry Kissinger a déclaré au ministre thaïlandais des Affaires étrangères qu’il « devrait parler [aux Khmers rouges], que nous ne portons aucune hostilité à leur égard. Nous aimerions qu’ils soient indépendants comme un contrepoids au Nord-Vietnam…nous voudrions aussi dire aux Cambodgiens que nous voulons être amis avec eux. Ce sont des brutes criminelles, mais mais nous allons faire en sorte que cela ne nous arrêtera pas. Nous sommes prêts à améliorer nos relations avec eux ».

Ce qui s’est passé ensuite est le célèbre génocide. Tristement, au lieu de sauver le Cambodge de cette tragédie génocidaire, les Etats-Unis ont reconnu le régime. Mais était-ce pour défendre « la démocratie et les droits de l’Homme » ? Pendant que Pol Pot massacrait des millions de Cambodgiens, où étaient ceux qui se proclamaient les champions de « la démocratie et des droits de l’Homme » ? Et qu’en fut-il des autres pays occidentaux avec leur démocratie constitutionnellement enracinée et les droits de l’Homme intégrés dans leur ADN ? Où étaient-ils ?

La plus criante ironie de cette justice fut que les Etats-Unis ont conduit ensuite une coalition qui a défendu l’octroi à l’ONU du siège du Cambodge aux Khmers rouges et provoqué, chaque année, l’adoption d’une résolution interdisant toute aide au développement à une nation totalement détruite par les bombardements américains et, de ce fait, punissant pendant douze ans les survivants d’un régime génocidaire. Pendant les négociations qui ont abouti aux Accords de Paris en octobre 1991, les Etats-Unis furent en première ligne pour imposer une solution qui intégrait les Khmers rouges et leur accordait ainsi une complète amnistie pour les crimes contre l’humanité et le génocide commis entre 1975 et 1979.

Mais, une fois de plus, c’était au nom de « la démocratie et les droits de l’Homme ».

Tels sont les faits et ils ne sont pas contestables

« Non démocratique » quand cela ne correspond pas à vos projets. Le mépris flagrant de la légitimité des 5 élections générales passées.

Comment peut-on affirmer qu’on a à cœur les intérêts du Cambodge quand des faits historiques majeurs sont détournés pour satisfaire son propre projet politique ?

A partir des cendres de la guerre, le Cambodge a commencé à reconstruire sa société et à reconstituer, pièce par pièce, les fibres de la démocratie. Ce fut obtenu grâce  à l’aide de beaucoup d’amis étrangers à l’égard desquels nous resterons éternellement reconnaissants. Depuis les Accords de Paris de 1991, nous avons entrepris le voyage long et ardu de tenir avec succès 5 élections générales. Le premier scrutin, en 1993, fut conçu et organisé par les Nations Unies. Les élections de 1998 furent qualifiées par le chef de la délégation des observateurs américains de « miracle sur le Mékong ». Les élections de 2003 et de 2008 ont été appréciées positivement pour les améliorations significatives apportées à la loi électorale et à l’ensemble du processus électoral. En 2013, les élections ont été jugées libres et régulières, l’opposition gagnant 26 sièges et le parti gouvernemental en perdant 22. Les élections locales de 2017, suivies par le regard attentif de milliers d’observateurs, ont été généralement qualifiées de succès. Même l’ambassade des Etats-Unis à Phnom Penh a appelé tous les partis politiques et toutes les institutions à accepter le résultat du scrutin qu’elle a décrit comme pacifique et ordonné et représentant une étape importante dans le développement démocratique continu du Cambodge. Pour un pays sorti d’un tel drame, qu’est ce que le Cambodge aurait pu faire de plus ?  Comment pourrait-il être plus démocratique ?

Et pourtant, pour certains politiciens étrangers, ce n’est pas démocratique assez. Ce n’est pas légitime assez. Leurs arguments sont vraiment simplistes : « le gouvernement du Cambodge continue d’être non démocratiquement dominé par le parti gouvernemental PPC »… « le PPC est en mesure de faire passer n’importe quelle législation sans opposition »… « le Premier Ministre Hun Sen est le dirigeant le plus longtemps en poste dans l’Asie du Sud-Est ». Et cette rhétorique bat tous les records, répétées ad infinitum.

A la lumière de tels propos, on se demande si le mot « démocratie » n’a pas deux faces comme une pièce de monnaie : une face démocratique quand le parti vainqueur est de mon côté et, évidemment, une face non démocratique quand le parti vainqueur n’est pas de mon côté. Et qui a retourné la pièce de monnaie ?

Protéger l’intérêt vital du Cambodge à la paix, à la stabilité, à la croissance et à la prospérité : les réalisations du Cambodge à propos des droits humains fondamentaux : « la voie cambodgienne »

Un petit pays comme le Cambodge n’a aucun intérêt à être en désaccord avec les grandes puissances et les pays occidentaux. La politique étrangère du Cambodge a pour objectif de promouvoir et d’instaurer l’amitié et une bonne coopération avec tous les pays du monde. Aucun effort ne peut être épargné pour préserver une paix si difficilement acquise et la stabilité afin de développer le pays. Les expériences historiques amères des années 1970 et 1980 enseignent au Cambodge qu’il doit définir sa propre politique pour protéger sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale.

Toutefois, la paix ne peut pas être tenue pour acquise. Une fois le conflit terminé, les Cambodgiens, avec leur sueur et leur sang, ont reconstruit un pays appauvri par la guerre et en ont fait une société stable, prospère et florissante. En 1998, le Premier Ministre Samdech Techo Hun Sen fut le principal architecte d’une stratégie gagnant-gagnant qui a conduit au démantèlement total de l’appareil politique et militaire des Khmers rouges. Ce qui a apporté une paix complète, même dans les régions éloignées sous le contrôle des hommes de Pol Pot depuis 1989. Ce fut un aboutissement historique que l’ONU n’a pas réussi à accomplir en 1993. Et aujourd’hui, l’engagement du Cambodge à maintenir la paix et la stabilité se concrétise en envoyant dans le monde entier des forces cambodgiennes dans le cadre des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Le Cambodge, alors qu’il exerçait la présidente tournante de l’ASEAN, a manifesté la même préoccupation en préparant la Déclaration des droits de l’Homme de l’ASEAN qui fut signée par tous les dirigeants des pays de l’ASEAN le 18 novembre 2012 à Phnom Penh.

Ainsi que le déclarait un jour Pierre Beregovoy, alors Premier ministre de la France : « Que signifie voter pour celui qui a faim ? Que signifie la liberté d’expression pour qui est privé du savoir ? »

Il y a des droits humains plus urgents que les droits politiques. Ils sont énumérés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et c’est à ces droits-là que le Gouvernement royal du Cambodge, en priorité, a consacré tous ses efforts. Il fallait faire face aux conséquences des deux décennies tragiques, les années 70 et 80, dont les séquelles se sont prolongées pendant douze ans à cause de l’embargo. Les droits à l’alimentation, au logement, à la santé, à l’éducation, au travail sont de loin plus importants que le droit d’insulter ou de calomnier, de publier de fausses informations, d’exacerber la haine raciale, de provoquer des incidents avec un pays voisin.

Grâce à la paix et à la stabilité politique, l’économie du Cambodge est devenue une économie dont la croissance figure parmi les plus rapides au cours des deux dernières décennies, sans qu’elle soit surpassée par n’importe quelle autre société sortie d’un conflit. Mieux encore, le Cambodge a été élevé, en 2016, par la Banque Mondiale, dans la catégorie des pays à revenus faibles moyens. Une telle croissance économique s’est traduite par une diminution significative du taux de pauvreté qui est tombé en dessous de 10% en 2017 par rapport au 50% de 1992 et à la pauvreté totale et absolue de 1979. Parmi 69 pays qui disposent de données comparables, le Cambodge se situe au 4e rang pour ce qui est de la rapidité de la réduction de la pauvreté depuis 2004-2008. Avec la paix et la stabilité qui prévalent dans tout le pays, le Cambodge a réussi à réaliser la plupart des objectifs du Millénaire du Développement en avance sur le calendrier, tels que : réduction du taux de mortalité infantile, amélioration de la santé des mamans, lutte contre le sida, la malaria et autres maladies contagieuses.

Le Cambodge a enregistré des fortes hausses et des améliorations en ce qui concerne le développement humain tel qu’il est mesuré par l’Index du Développement Humain (IDH) : espérance de vie à la naissance, niveau d’éducation, conditions de vie décentes mesurées par le revenu national par tête d’habitant. L’Index du Développement Humain du PNUD a rangé le Cambodge comme la 7e croissance la plus rapide dans l’IDH avec les chiffres de la santé, de l’éducation et du revenu de l’économie qui croissent plus vite que dans n’importe quel pays de l’Asie-Pacifique. L’inscription dans l’enseignement primaire est passée de 82% en 1997 à 97% en 2016. De grands progrès ont été également réalisés dans l’amélioration de la santé des mamans, le développement de la petite enfance et l’enseignement primaire dans les régions rurales. Le taux de moralité maternelle pour 100.000 naissances d’enfants en vie a baissé de 472 en 2005 à 174 en 2014 et le taux de mortalité des moins de cinq ans a baissé de 83 pour mille en 2005 à 35 pour mille en 2014. En résumé, les droits humains fondamentaux des citoyens cambodgiens ont été satisfaits de manière significative pour ce qui est des droits essentiels à l’alimentation, la santé, le travail, la sécurité et la paix.

Les efforts pour libérer le peuple du Cambodge des entraves de l’absolue pauvreté doivent être considérés aussi comme la réalisation d’un droit humain. Le Cambodge ne devrait-il pas être félicité pour cela ? Sans doute pas, vu que le mérite devrait en revenir au PPC, le parti gouvernemental…

On le concède, il reste des problèmes sérieux à régler, mais après tout, la complète pacification du Cambodge date d’à peine deux décennies, ce qui n’est qu’un clin d’œil à l’échelle de l’Histoire. Nous devons mener un combat permanent contre la pauvreté restante, pour l’amélioration de la qualité de notre système judiciaire, pour diminuer le niveau de corruption, pour améliorer les conditions sociales des travailleurs, pour reconstituer le tissu social, pour protéger la biodiversité et l’environnement. Et la liste n’est pas close. Mais pour y parvenir avec succès, la paix et la stabilité politique sont des conditions sine qua non. La démocratie utopique peut attendre !

Pour le moment, c’est une « démocratie en progrès » qui a conçu une « voie cambodgienne ». Si on tient compte que le Cambodge est parti de rien après son passé tragique, il serait plus qu’équitable de reconnaître que beaucoup a été accompli en si peu de temps. Après tout, l’Occident a eu besoin de quelques siècles pour réaliser l’idéal de la démocratie et des droits de l’Homme.  La fameuse « Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen » fut prononcée en 1789. Après quoi, l’Occident s’est lancé dans une colonisation sauvage effrénée, à l’échelle des continents, soumettant nations après nations, réduisant en esclaves des millions d’être humains. Et il va sans dire que ce fut sans le moindre respect pour leurs droits humains, pour les droits des femmes, pour les droits des gens de couleur. Mais, bien entendu, ce n’est que de l’Histoire.

Pour l’heure, ce qui est important, c’est de maintenir le cap de notre croissance rapide et d’éviter les entraves à cette trajectoire. C’est une tâche difficile à accomplir si on tient compte des rivalités régionales et géopolitiques globales et des ingérences directes de l’étranger qui prennent la forme de sanctions ou de menaces de sanctions et de pressions indirectes par les attaques concertées de certains médias. Nonobstant ces défis, le Cambodge doit protéger ses intérêts vitaux que sont la paix et la stabilité sans lesquelles la croissance et la prospérité ne sont pas possibles et sans quoi l’Histoire se répétera.

Défendre la démocratie : le devoir de toute nation souveraine. Le cas des Etats-Unis

Aux Etats-Unis, de nombreuses lois régissent les comportements et les actes jugés non démocratiques et parmi celles-ci la loi sur l’espionnage, la loi sur l’enregistrement des agents étrangers, le code pénal et le code de procédure pénale dont le chapitre 115 traite de la trahison, de la sédition et des activités subversives.

Le Congrès américain, lorsqu’il a débattu de la loi sur l’espionnage, s’est préoccupé des citoyens américains agissant dans le secret pour faciliter l’infiltration d’une puissance étrangère dans le système politique. Une disposition essentielle de la loi sur cette question stipule : « Quiconque, en soutien à un gouvernement étranger, possède et contrôle sciemment et intégralement tout bien ou document utilisé ou conçu ou destiné à être utilisé en violation de toute loi pénale, ou de tout droit ou obligation des Etats-Unis en vertu de tout traité ou droit des gens, doit être condamné à une amende en vertu de ce titre ou emprisonné pas plus de dix ans, ou les deux »[2].

La loi américaine interdit actuellement toutes les contributions et dépenses politiques des ressortissants étrangers à tout candidat ou comité politique américain, que ce soit au niveau fédéral, étatique ou local. La loi interdit également la sollicitation, l’acceptation ou la réception d’une contribution ou d’un don d’un ressortissant étranger. En vertu de la loi sur la campagne électorale fédérale (FECA), un ressortissant étranger est défini comme une personne qui n’est pas un citoyen ou un ressortissant des États-Unis, et qui n’est pas légalement admis comme résident permanent. Le terme étranger est également défini par la loi pour désigner un «mandant étranger», tel qu’un gouvernement ou un parti politique étrangers, ou une organisation, société ou association organisée en vertu de la loi ou ayant son principal établissement dans un pays étranger.

Lorsque le ministère de la Justice des États-Unis a publié le 27 octobre 2017 un acte d’accusation du grand jury fédéral contre Paul Manafort, ancien directeur de la campagne Trump, dans le cadre de l’enquête sur la suspicion de tentatives étrangères d’ingérence dans les élections présidentielles américaines de 2016, les accusations ont réveillé de vieilles inquiétudes chez les législateurs américains.

Manafort (et Gates, son ancien adjoint) ont été inculpés pour douze chefs d’accusation par un grand jury, dont deux ont directement trait aux violations de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA). Ils ont été accusés d’avoir agi en tant qu’agents d’une puissance étrangère sans enregistrer leurs activités auprès du ministère de la Justice, comme l’exige la loi FARA[3].

Le cas de Manafort et Gates démontre à quel point les États-Unis sont sensibles aux ingérences étrangères dans leur propre politique intérieure. Pourtant, les États-Unis ne tiennent pas compte de sensibilités identiques lorsqu’il s’agit du gouvernement cambodgien.

G.                    L’arrestation de Kem Sokha pour son implication dans une tentative de « révolution de couleur pour un changement de régime » : un même objectif, deux normes subjectives

L’avantage d’une « démocratie en progrès », c’est qu’elle permet d’apprendre d’une démocratie plus mûre, dont l’ADN démocratique et des droits de l’homme est profondément enraciné, comment elle a été amenée à mettre en place un système sophistiqué pour défendre et protéger sa démocratie. Cette démocratie plus mûre associe la démocratie et la primauté de la loi et du droit. La démocratie sans la primauté de la loi et du droit équivaudrait à l’anarchie et personne ne veut cela.

L’ironie du sort est que le Cambodge est également tenu de protéger et de défendre sa démocratie durement conquise et quand nous le faisons, nous appliquons les lois mêmes qui ont été rédigées, prêchées et enseignées par les démocraties occidentales, qui sont si désireuses de mettre en placer un système juridique et judiciaire pour nous aider à devenir un État respectant la primauté de la loi et du droit, c’est-à-dire un Etat de droit.Malheureusement, pour des lois similaires et des cas similaires, le Cambodge est sujet à deux traitements différents. Devrions-nous être surpris après tout ? Peut-être pas. Nous avons compris que les principes de la démocratie et de la primauté de la loi et du droit ne sont reconnus comme étant appliqués que dans certains pays choisis. Pour le dire simplement, « toutes les nations sont égales, mais certaines sont plus égales que d’autres ».

De nombreuses activités menées jusqu’à présent par Kem Sokha et les cadres du CNRP relèvent d’une conspiration avec un pouvoir étranger pour renverser l’autorité légitime sous couvert de démocratie. Le pouvoir judiciaire cambodgien prépare le procès de Kem Sokha. A cette occasion, des preuves de son implication dans la tentative de « révolution de couleur » seront présentées au monde. Ce qui suit ne sont que quelques faits observés dans le passé. Une situation déjà constatée en Yougoslavie et en Serbie. Mais, historiquement plus proche de notre pays, nous gardons comme exemple en mémoire le coup d’Etat de 1970 coordonné par la CIA qui a renversé notre Chef d’Etat, Norodom Sihanouk.

Les autorités judiciaires cambodgiennes disposent de preuves solides et convaincantes pour inculper Kem Sokha conformément à la législation nationale cambodgienne. Il a été arrêté pour trahison comme stipulé et punissable en vertu du Code pénal cambodgien, chapitre 2 (atteinte à la sécurité de l’État), partie 1 (trahison et espionnage), article 443 (complot avec pouvoir étranger). Malgré son immunité parlementaire, son arrestation est jugée constitutionnelle et conforme aux lois cambodgiennes pertinentes, à savoir l’article 80 de la Constitution, les articles 87 et 91 du Code de procédure pénale et l’article 12 de la loi sur les parlementaires.

Paradoxalement, si elle était jugée devant un tribunal fédéral américain, une personne dans la situation de Kem Sokha serait inculpée au moins en vertu de la loi sur l’espionnage, de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers et du chapitre 115 du code pénal et du code de procédure pénale sur la trahison, la sédition et les activités subversives, sans mentionner un certain nombre de charges secondaires. Il devrait être reconnaissant que le système juridique du Cambodge soit encore naissant et moins sophistiqué que celui de son maître étranger.

Il existe des liens de causalité directs entre l’appel de Kem Sokha et Sam Rainsy pour une « révolution populaire » et la violence orchestrée qui en est résulté. La déclaration publique de Kem Sokha à ses partisans dans un clip vidéo diffusé sur CBN (Cambodian Broadcasting Network) en 2013, citée ci-dessous, démontre bien au-delà de tout doute raisonnable, l’implication « globale et stratégique » d’une puissance étrangère et son ingérence dans la politique intérieure du Cambodge et sa souveraineté nationale :

« … Depuis 1993, lorsque je suis devenu député pour la première fois, j’ai été le premier des politiciens cambodgiens du pays à être invité par le gouvernement américain aux Etats-Unis afin de prendre connaissance du processus démocratique. Ils m’ont aidé et je suis allé aux États-Unis une fois par an depuis 1993. Jusqu’à récemment, les États-Unis ont décidé que pour obtenir des changements au Cambodge, on m’a dit de quitter la politique pendant un certain temps. Alors, j’ai démissionné d’un parti politique en 2002 pour mettre en place une organisation connue sous le nom de « Centre Cambodgien pour les Droits de l’Homme-CCDH ». Quels sont les objectifs de la création du CCDH ? Ils ont dit que pour changer de dirigeants, nous ne pouvons pas lutter contre le sommet, nous ne pouvons pas changer le sommet.  Nous devons changer / déraciner le fond dabord. C’est leur stratégie pour la démocratie. Et les États-Unis m’ont aidé à mettre en œuvre les modèles de Yougoslavie et de Serbie qui ont réussi à renverser le dictateur Milosevic. Milosevic avait de nombreux chars, mais ils ont réussi en utilisant de telles stratégies et ils m’ont transmis ces expériences afin que je les applique au Cambodge. Mais ce fait, personne na rien su de cela. ·

Cependant, comme cette stratégie a atteint un certain niveau, je dois vous dire qu’à l’avenir, nous allons réussir. Je ne fais rien de ma propre pensée, mais sur les instructions d’experts et de professeurs des universités de Washington DC, de Montréal au Canada, de l’Américain recruté pour me conseiller dans la préparation de stratégies pour changer de leader. Et si je suis ces instructions et stratégies, et si j’échoue, alors je n’ai rien d’autre à dire. Mais maintenant nous avons vu que ces étapes ont été réussies jusqu’à aujourd’hui. Nous avons enseigné à nos gens jusqu’à ce qu’ils osent dire la vérité, oser manifester et se lever, et maintenant nous avons des millions de partisans … »

Cet aveu de Kem Sokha et la désignation de la puissance étrangère qui l’a préparé depuis 1993 à prendre le pouvoir au Cambodge correspondent de manière irréfutable aux événements qui se sont produits au cours de ces dernières années et que l’on a pu observé comme suit :

1)    Le « processus stratégique de planification du coup d’Etat « : Le retour de Kem Sokha dans la politique par l’établissement du Parti des Droits de l’Homme le 22 juillet 2007 et, par la suite, la fusion entre le Parti des Droits de l’Homme et le Parti Sam Rainsy pour devenir le CNRP, étaient coordonnés stratégiquement et financièrement par la puissance étrangère, derrière le noble masque de la promotion de la démocratie et des droits de l’Homme.

2)    Le « renforcement des capacités tactiques » pour mener à bien la mission : Le CNRP a reçu une formation systématique sur les méthodes pour mener la révolution de couleur, la plus évidente étant venue de CANVAS, une ONG américaine expérimentée dans la conduite des révolutions de couleur pour renverser les régimes démocratiques comme en Serbie et en Ukraine.Des instructeurs étrangers ont mené d’autres activités de formation au siège du CNRP et Place de la Démocratie, qui a servi de camp de base au CNRP pendant la période des élections générales. Des clips vidéo ont été montrés aux gens sur la façon de mettre en œuvre la révolution populaire, comment protester et se battre avec les forces de sécurité pendant la manifestation.

3)    La campagne externe pour mobiliser le soutien étranger avec le plein support de leurs médias :Après la fusion de leurs partis, Kem Sokha et les cadres du CNRP ont poursuivi leurs efforts pour mobiliser les appuis étrangers sous couvert de promotion de la démocratie. Ils l’ont fait directement avec des hauts fonctionnaires du Département d’Etat américain et de l’ambassade américaine au Cambodge et indirectement avec des groupes pro-démocratie basés aux Etats-Unis comme l’International Republican Institute et le National Democratic Institute. Les preuves factuelles et circonstancielles à ce propos sont accablantes. Par exemple, les dirigeants de l’opposition ont rendu régulièrement visite à l’ambassade américaine à Phnom Penh lors des manifestations de masse qui ont suivi les élections générales de 2013.Un soutien plus discret au CNRP est venu d’ONG étrangères de défense des droits de l’Homme. Il a pris la forme de formations aux stratégies, de planification de politiques, de programmes politiques, de programmes de renforcement des capacités pour les ONG cambodgiennes locales, etc.Le CNRP a bénéficié également du soutien systématique des émissions de radio en langue khmère, financées par les Etats-Unis, de Radio Free Asia, de Voice of America et de Voice of Democracy, les émissions du CCDH, autrefois créé par Kem Sokha. Au nom de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, ces stations de radio diffusaient des informations erronées ou biaisées visant à inciter les gens à s’opposer au gouvernement.

4) Les déclarations « préemptives » pour déclencher l’éruption de masse : La cinquième élection générale, qui s’est tenue le 28 juillet 2013, s’est déroulée librement et équitablement selon la loi et les procédures en vigueur. Les résultats annoncés par la Commission électorale nationale ont montré que le CPP a remporté 68 sièges et que le CNRP a gagné 55 sièges. Ce n’est qu’en analysant rétrospectivement l’événement que nous pouvons comprendre la raison pour laquelle les dirigeants du CNRP avaient annoncé avant les élections qu’ils n’accepteraient pas les résultats des élections si le CNRP n’était pas le parti gagnant. En conséquence, suite à l’annonce des résultats des élections, le CNRP a refusé de les reconnaître et a appelé à un plan de mobilisation de masse pour les annuler sous prétexte d’irrégularités de vote.Une autre déclaration préventive fut également prononcée par Sam Rainsy lors d’un rassemblement avec des Cambodgiens, en Finlande le 5 janvier 2013, au cours duquel il a ouvertement appelé au renversement du gouvernement cambodgien à travers une «révolution populaire».

5)    Le déroulement des événements violents : De nombreux événements qui se sont déroulés pendant et après les élections de 2013 sont caractéristiques d’actions préméditées visant à mener à bien la « révolution de couleur » :

• La violence dans les bureaux de vote à Stung Meanchey le 28 juillet 2013, qui a éclaté avec des électeurs qui se sont confrontés aux forces de sécurité sous prétexte d’irrégularités électorales.• La violence dans les rues le 15 septembre 2013 a débuté par des actes de provocation de la part des manifestants pour défier l’autorité des forces de sécurité chargées de maintenir l’ordre public à Phnom Penh. L’événement a laissé beaucoup de blessés et de morts et le CNRP a exigé de défiler avec les cadavres jusqu’à sa base de campagne au « Freedom Park ».

• La mobilisation des ouvriers d’usine visant à perturber les lieux publics et à bloquer les routes sous prétexte de réclamer des augmentations salariales menant aux incidents du Boulevard Veng Sreng les 2 et 3 janvier 2014. Ces incidents ont fait quatre morts lors d’affrontements entre manifestants violents et forces de sécurité.6)    Les conséquences de la campagne soutenue et systématique visant à discréditer le gouvernement cambodgien : Malgré le retour au calme après la convocation de l’Assemblée nationale et la formation du gouvernement, respectivement les 23 et 24 septembre 2013, la campagne de la révolution couleur du CNRP s’est poursuivie sans relâche sous différentes formes :

Ø     Le refus de quitter la Place de la Démocratie, y compris la mobilisation des forces pour organiser des manifestations de masse entre le 2 octobre 2013 et le 4 janvier 2014, durant lesquelles le CNRP et ses dirigeants ont constamment recours à des messages incendiaires et à une rhétorique nationaliste extrême afin de provoquer des troubles civils dans le but de demander un changement de régime. Les marches organisées contre le gouvernement avec des slogans provocateurs ont été un spectacle récurrent dans les différentes parties du pays. Kem Sokha a lancé un appel plus spécifique en faveur d’un changement de régime le 6 août 2013 à Kompong Speu :« Le CNRP aimerait informer le CPP que si vous ne voulez pas rendre justice aux gens lors des élections générales, nous mobiliserons des gens de tous les horizons pour vous changer ».

 Ø     M. Sam Rainsy a lancé un appel le 5 décembre 2017 aux forces armées royales cambodgiennes pour qu’elles retournent leurs armes contre l’actuel Premier ministre. Cet acte répréhensible est punissable en vertu de l’article 471 du Code pénal cambodgien.

Ø     Contester les prérogatives constitutionnelles du Parlement cambodgien d’adopter ou de modifier la loi sur les partis politiques, dont les dispositions nouvelles sont néanmoins conformes aux normes de conduite généralement reconnues dans d’autres sociétés démocratiques, telles que la prévention des abus des principes démocratiques fondamentaux, comme l’incitation à la haine raciale, à la diffamation et à d’autres actes jugés préjudiciables au tissu social de la nation, à la disqualification et à la privation du droit de vote et d’éligibilité des condamnés, etc.

Ø     Contester le droit souverain du gouvernement cambodgien de réglementer plus de 6 000 ONG locales et internationales opérant dans un vide juridique, ce qui fut fait avec la promulgation de la loi sur les associations et les ONG (LANGO). Encore une fois, cette loi a été soigneusement rédigée en adoptant les meilleures pratiques dans les lois comparables de pays démocratiques comme la France, l’Australie, Singapour, le Japon et les États-Unis (État de New York et Californie). Par conséquent, la fermeture du National Democratic Institute (NDI) au Cambodge, un an après l’adoption de la LANGO, fut un simple exercice de l’autorité de régulation gouvernementale. En attendant, des milliers d’ONG conformes à LANGO fonctionnent sans entrave dans tout le pays. Pourquoi le NDI devrait-il faire exception à la règle ?

Ø     Assimiler la fermeture d’un bulletin d’information en défaut de règlement de ses obligations fiscales à une restriction de la liberté de la presse avec une dramatisation en comparant The Cambodia Daily au New York Times, une sorte de gonflement de la taille d’une grenouille à celle d’un éléphant.

H.   La crédibilité des élections générales 2018 et l’avenir de la démocratie pluraliste au Cambodge. La dissolution du CNRP et l’interdiction faite à 118 de ses hauts dirigeants de se livrer à des activités politiques pendant cinq ans par la Cour suprême le 16 novembre 2017, conformément aux articles 6, 7 et 44 de la loi sur les partis politiques, ne peuvent être interprétées comme la volonté du gouvernement de mettre fin au système politique de la démocratie libérale pluraliste.Les 2 295 022 personnes qui ont voté pour le CNRP sont entièrement libres de voter pour un parti qui remplit son devoir de défendre l’intérêt national et qui refuse de servir l’agenda politique de pays étrangers.Les élections sont libres et équitables lorsqu’il existe un libre choix entre différents partis politiques capables d’exprimer librement leurs options pour l’avenir du Cambodge. Notre espace démocratique et notre système pluraliste sont encore bien vivants avec de nombreux partis politiques florissants prêts à se présenter aux prochaines élections générales prévues pour le 29 juillet 2018. Le Cambodge reste déterminé à poursuivre sa démocratie pluraliste conformément à sa propre Constitution et à tenir les élections générales d’une manière libre, juste et ordonnée, acceptable pour les électeurs cambodgiens. Pour garantir la crédibilité et la transparence de l’élection générale de 2018, les observateurs locaux et étrangers, ainsi que les agents des partis politiques respectifs sont invités à suivre et évaluer le processus et l’environnement électoral sans agenda caché, ni doubles critères.Cela étant dit, le Cambodge n’entend pas abandonner sa souveraineté nationale à une puissance étrangère. Après tout, aucune nation souveraine et fière ne devrait avoir à vendre son indépendance pour quelques millions de dollars d’aide au développement et d’accès au marché. Dans le passé, le Cambodge a supporté le poids de 12 ans d’embargo économique injuste et peut-être devra-t-il encore supporter le fardeau des sanctions économiques de l’Occident. Mais si l’Occident choisit, malgré tout, d’imposer ses sanctions, en dépit des dures vérités que nous avons présentées ici, alors que l’Histoire soit le juge de leurs actions. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est qu’ils reviennent à la raison et réalisent que tout ce que le Cambodge a fait, c’était de préserver sa paix et son développement  qu’il a si durement gagnés.

Conclusion Il est pénible pour le Gouvernement royal de devoir passer par un tel processus introspectif historique. Mais si nous voulons empêcher la répétition de l’Histoire, nous n’avons d’autre choix que de le faire. Le Cambodge plaide pour que l’Occident ne répète pas les mêmes erreurs et fautes que celles commises dans les années 80 quand il a puni les survivants du génocide ainsi que ceux qui ont vaillamment libéré le pays des crimes meurtriers des Khmers Rouges. Ces crimes contre l’humanité que l’Occident a mis 15 ans avant de les admettre et de les condamner.Le Cambodge estime inéquitable et injuste que l’Occident veuille imposer des sanctions à un gouvernement, qui a non seulement déployé tant d’efforts pour la paix, la stabilité et le développement, mais qui est le seul gouvernement capable de défendre ce pays contre l’ingérence étrangère, laquelle, en cas de succès, précipiterait le pays dans l’abîme des tragédies du passé.*****   

 

[1] The Cambodia Daily, 27 mai 2013.

[2] 18 U.S.C. § 957. Section 957.

[3] La loi FARA exige que toute personne physique ou morale qui agit « sur ordre, demande ou sous la direction ou le contrôle d’un mandant étranger » soit enregistrée auprès du ministère de la Justice. L’agent doit ensuite divulguer périodiquement la nature de ses arrangements financiers avec le mandant étranger et fournir des rapports détaillés et réguliers sur la distribution de « documents d’information » en son nom. La loi exige également que les informations qu’il diffuse soient clairement identifiées comme provenant d’un gouvernement étranger.

 

 

Lu 3573 fois Imprimer Imprimer
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (2 votes. Moyenne : 5,00 sur 5)
Loading...

2 Réponses pour “A propos du Cambodge”

  1. René de VOS a dit :

    Pleinement d’accord avec le fond de cette défense, je me déclare solidaire de ce pays et de ses gouvernants. Puis-je le diffuser auprès de ceux qui vont au Cambodge en tant que touristes et qui n’y verront que ce que les vendeurs de voyages organisés voudront bien leur montrer et qui n’entendront que les commentaires qu’on aura choisi de faire ? Il y a pourtant tant de travail à faire pour faire sortir de l’ombre ce formidable empire culturel, technique et politique qu’a été le Cambodge et qui a été tant maltraité par la pensée colonialiste et eurocentrée.

  2. Raoul Marc Jennar a dit :

    Bien évidemment,ce document est destiné à la plus large diffusion.

Répondre