27 Août 2018

Pour beaucoup, l’Europe, c’est une certaine idée de l’homme et de la société. Les idéaux du Siècle des Lumières. Le message de la Révolution française, de 1793. L’idée d’un Etat démocratique et redistributeur. Mais pour beaucoup aussi, et parfois les mêmes, l’Europe ce fut la base de départ d’une conquête du monde dès que les technologies de la navigation ont permis de franchir les océans. A partir du XVe siècle, les Européens se sont emparés, par le feu et par le sang, des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie. C’est-à-dire de la planète entière. Il s’est agi, souvent, de propager « la vraie foi ». Puis, dès la colonisation en place, d’exercer « une mission civilisatrice ». Il ne s’agissait, en fait, que d’appropriation et d’exploitation. C’est-à-dire de capitalisme.

L’ultime avatar de cette volonté européenne de domination, c’est le discours actuel sur les droits de l’Homme et l’ingérence auquel il donnerait droit. Mais cela ne marche plus. Les peuples du monde ne sont pas dupes. Ils observent les silences européens sur les crimes commis là où il y a des armes à vendre, du pétrole à acheter ; ils observent le soutien inconditionnel à un gouvernement israélien qui viole toutes les règles du droit international, parce qu’il s’agit d’effacer la mauvaise conscience européenne du sort tragique auquel ont été abandonnés les Juifs d’Europe pendant la Deuxième guerre mondiale ; ils observent l’exploitation scandaleuse de leurs ressources humaines et de leurs richesses naturelles par des firmes européennes, première cause de l’exode massif de migrants qui viennent chercher un petit peu en Europe ce que les Européens leur volent massivement chez eux ; ils observent les centaines de milliers de morts provoqués par un droit d’ingérence prétendument humanitaire. Les institutions de l’Union européenne peuvent répéter aux autres pays du monde qu’elles défendent des « valeurs et des principes », plus personne ne les prend au sérieux.

Il n’y a pas d’universalité des droits de l’Homme à la carte. Un oxymore, c’est la dérision de la crédibilité. Les Européens ont perdu leur dernière chance de se racheter aux yeux des peuples qu’ils ont, pendant cinq siècles, méprisés, humiliés, exploités, terrorisés, exterminés.

Epuisées par les deux grandes guerres du XXe siècle, les nations européennes ont reconquis une force économique en compensant la perte du contrôle des anciennes colonies par l’existence des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce et des accords de libre échanges qui ont remplacé le pouvoir des anciennes métropoles par celui des firmes transnationales. Plus besoin de contrôler des territoires et des peuples dès lors que les règles du commerce mondial imposent aux Etats de se soumettre à la logique marchande d’un marché mondialisé où la liberté de commercer, c’est la liberté du fort d’écraser plus faible que lui, c’est la liberté des firmes transnationales de détruire les industries locales. De ce colonialisme nouvelle manière, les peuples ne sont pas davantage dupes. Même quand ils sont dirigés par des potentats vendus au plus offrant des « partenaires » privés étrangers.

Conditionnés par les médias, abusés par les gouvernements et les partis qui les soutiennent, la plupart des citoyens et des citoyennes des pays d’Europe ne perçoivent pas le dégoût qu’inspire l’Europe au reste de la planète. On ne s’en rend compte que lorsqu’on se libère de ces influences néfastes en s’éloignant, en regardant l’Europe depuis les contrées où elle a sévi, en côtoyant des peuples riches de leur culture propre et d’un passé glorieux et avertis des souffrances subies par les Européens qui les ont niés dans leur dignité d’humain et dans leur fierté nationale.

Raoul M. Jennar

27 août 2018

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Une Réponse pour “Qu’est-ce que l’Europe pour le reste du monde ?”

  1. René de VOS a dit :

    Voila qui est bien dit. Malheureusement, ce n’est pas le tourisme « low coast  » qui permet d’ouvrir ces yeux et ces oreilles là. Encore faut-il que les peuples « européens » se libèrent de l’emprise de la dictature des actionnaires capitalistes aussi féroce et coupable que celles que leurs médias dénoncent à longueur de temps.

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