28 Oct 2018

Il devient de plus en plus manifeste que les prochaines élections européennes, en mai 2019, vont revêtir une importance exceptionnelle par rapport à ce qu’a représenté, jusqu’ici, ce scrutin.

En France, le retour à une liste nationale unique va renforcer l’enjeu national d’une élection qui va donner au peuple la première occasion de s’exprimer sur une présidence dont la politique conduit à imposer un modèle de société qui est en rupture totale avec ce qu’est la France, par une aggravation brutale des politiques néolibérales amorcées à partir de 1983.

En Europe, pour la première fois, le débat va porter sur le modèle d’union des peuples d’Europe tel qu’il s’est progressivement imposé depuis le grand tournant de l’Acte unique européen de Jacques Delors (1986) et l’adhésion totale du supranationalisme européen à un qui porte en lui les germes de la destruction même de cette union.

Le phénomène nouveau et dont on doit se réjouir, même s’il est tardif (le premier appel à un changement de modèle intitulé « Halte à la Croissance » date de 1972), c’est la prise de conscience grandissante de l’urgence écologique : changement climatique, destruction de la biodiversité, graves dangers pour la santé des peuples et la survie des espèces vivantes sont des sujets de plus en plus popularisés. Un terme nouveau s’impose  pour annoncer les catastrophes à venir : l’effondrement de la planète.

Face à cette urgence écologique, la défaillance des gouvernants est stupéfiante. Et celle de l’, somme aggravée des volontés gouvernementales, l’est encore plus. Nous sommes en présence d’une irresponsabilité majeure de la caste politique de la même nature que celle qui a conduit aux deux conflits mondiaux du siècle passé. Les courtes vues, les hypocrisies, les lâchetés, les intérêts étroits prennent toujours la priorité chez ceux qui nous gouvernent depuis plusieurs décennies.

La capitulation de la social- face au néolibéralisme, son incapacité à intégrer les défis écologiques, son adhésion sans réserve à un supranationalisme européen et à un atlantisme tous deux incompatibles avec les valeurs qu’elle prétendait défendre depuis Jaurès, expliquent son effondrement partout en Europe, mais livrent les peuples à la démagogie de partis qui se nourrissent de ce qu’il y a de plus égoïste dans la nature humaine.

L’ politique, telle qu’elle s’est concrétisée jusqu’ici, a, elle aussi, échoué en ne remettant pas clairement en question les fondements d’un système où la direction des peuples est guidée par la logique du monde des affaires et de la finance et en adhérant aveuglément à un fédéralisme européen qui nie les droits des différents peuples et leurs aspirations à la maîtrise de leur destin.

Or, aujourd’hui, en France, mais partout dans l’espace européen, l’impératif catégorique, c’est un projet politique global qui accorde la priorité absolue aux défis écologiques et qui propose de le mettre en œuvre dans un cadre européen nouveau, qui offre des garanties démocratiques, qui soit à l’abri des pressions des intérêts particuliers, qui soit respectueux des aspirations légitimes des différents peuples. L’Union Européenne a démontré qu’elle a échoué à satisfaire ces trois exigences : elle n’est pas démocratique ; elle est l’instrument politique d’intérêts particuliers et tous ses efforts tendent à nier les nations qui la composent.

Force m’est de constater une impasse française : ceux qui, en principe, font des défis écologiques leur priorité, sont ceux qui ont soutenu aveuglément l’Union européenne, qui ont adhéré au projet de Constitution européenne en 2005, qui ont rendu possible son application à travers le traité de Lisbonne en février 2008, qui ont soutenu au gouvernement les privatisations de Jospin et, après 2012, le renforcement d’institutions européennes non soumises au contrôle démocratique, qui se sont totalement compromis avec la social-démocratie et ses reniements et ont ainsi apporté du crédit à l’idée d’un possible « capitalisme vert » dont on a pourtant, chaque jour, la démonstration qu’il s’agit d’une imposture.

Certes, les enjeux écologiques ne sont plus l’exclusivité du parti qui en avait fait sa marque de fabrique. D’autres formations, à gauche – on ne peut créditer aucune formation de droite, LREM incluse, d’un réel souci écologique – ont intégré avec des intensités variables la dimension écologique. Mais sans jamais en faire la priorité absolue. Or, la survie de la planète telle qu’elle nous a été léguée doit soumettre toutes les autres questions à cette priorité. Avant la catastrophe. Avant l’irréparable.

Je n’ai pas de solution en poche. J’exprime mon désarroi. Certains s’en souviennent peut-être à cause des centaines sinon des milliers de réunions publiques où je suis intervenu, depuis 1999 : par mes conférences et mes écrits, je me suis battu contre la mondialisation néolibérale imposée par des accords de l’Organisation Mondiale du Commerce voulus et négociés par tous les gouvernements français ; je me suis battu contre le projet de Constitution européenne, contre le traité de Lisbonne, contre le Mécanisme Européen de Stabilité, contre le TSCG (le pacte budgétaire), contre le Traité transatlantique, contre le CETA. Parce que c’était le même combat contre le néolibéralisme qui détruit les hommes et la planète. Je l’ai fait parfois aux côtés d’hommes et de femmes qui soutenaient tantôt José Bové, tantôt Olivier Besancenot, tantôt Jean-Luc Mélenchon. Je suis intervenu lors de plusieurs Fêtes de l’Huma et à l’invitation de militants communistes dont j’ai apprécié la force de l’engagement. J’ai découvert la grande fraternité qui rassemble femmes et hommes de bonne volonté pourtant de sensibilités différentes. J’ai déchanté gravement devant les divisions opposant les appareils politiques et certaines personnalités. Je me suis mis en congé.

Mais l’urgence nous fait devoir. Nous avons une immense responsabilité à l’égard de nos enfants et petits-enfants. Nous devons stopper cette marche vers l’abîme. Nous ne pouvons pas manquer l’échéance des européennes. Il reste sept mois pour proposer au peuple français un projet et une équipe à la hauteur de ses attentes profondes et des urgences les plus grandes. Je suis disponible pour ce combat.

Raoul M. Jennar

28 octobre 2018

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Une Réponse pour “Ecologie et Europe : un oxymore à surmonter”

  1. RV a dit :

    « D’autres formations, à gauche […] ont intégré avec des intensités variables la dimension écologique. Mais sans jamais en faire la priorité absolue. »
    ———————————————————-
    Je me suis replongé dans « L’avenir en commun »,
    le programme de la France Insoumise,
    qui est d’ailleurs disponible en ligne,
    https://laec.fr/sommaire#chapitre-3

    on peut y lire ce qui suit sur cette page
    https://laec.fr/section/38/la-transition-ecologique-enjeu-central

    …/…
    Pour les tenants du système, l’écologie est une question à part. C’est
    tout l’inverse. L’urgence écologique est une question fondamentale.
    C’est autour et à partir de l’exigence écologique que doit se penser
    toute la politique de la Nation. Pour cela, la préoccupation écologique
    doit être inscrite au sommet de la hiérarchie des normes et de
    l’activité de l’État. Le temps de l’écosystème, c’est le temps long. Le
    temps court de la finance et du productivisme saccage tout. La
    reconquête du temps long est la principale exigence. C’est le but de la
    planification écologique : mettre en cohérence dans le temps et dans
    l’espace les mesures nécessaires pour faire bifurquer le modèle de
    production, de consommation et d’échanges.
    …/…

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