01 Nov 2018

 

On sait la passion qui m’anime pour l’œuvre et la vie d’André Malraux.  Je ressens avec une très grande tristesse le décès de sa fille Florence.

Nombreux sont ceux qui ont bien davantage de titres à faire valoir pour parler de Florence Malraux. Je suis un des derniers arrivés dans le cercle très large de ses relations. Mais quand j’ai frappé à sa porte, elle m’a immédiatement accueilli.

C’était en 2014. J’avais entamé des recherches sur l’aventure indochinoise de Malraux. Je voulais actualiser cette œuvre pionnière que fut l’ouvrage de Walter Langlois paru en 1967, c’est-à-dire avant la publication des mémoires de Clara. L’ambition de mon livre, c’était de montrer qu’au-delà de l’épisode du vol d’éléments archéologiques dans les ruines non classées du temple de Banteay Srei, la séquence 1923-1925 était décisive parce que ces 26 mois ont fait du Malraux indifférent à la condition humaine un homme engagé au service de la dignité qui est en chacun. Je voulais aussi rendre à Clara la place qui revenait à cette femme remarquable.

Certes, je n’étais pas tout à fait un inconnu pour sa fille. Fin août 1989, lors du festival « Un livre à la mer, à Collioure, aux côtés de Jorge Semprun qui évoquait « Malraux et l’Espagne », j’avais traité de « Malraux et l’Asie ». Elle avait apprécié, m’a-t-on dit.

Comment dire l’émotion qui étreint un passionné de la vie et de l’œuvre d’André Malraux lorsque, à l’étage du 193 rue de l’Université, s’ouvre la porte et qu’il découvre Florence ? Car très vite, comme pour beaucoup, elle est devenue tout simplement Florence. Peut-être aussi parce que je ne lui avais pas caché mon émotion. Lors de cette première rencontre, nous avons parlé autant de Clara et de Semprun que de Malraux.

Nous nous sommes revus quelques fois. Elle s’est proposée de soutenir chez Gallimard mon livre dont elle appréciait les passages que je lui présentais. Mais j’avais un engagement moral à l’égard d’un éditeur de Perpignan. Elle m’avait confié son plaisir à la lecture des extraits où je parle de sa mère. Si elle trouvait impossible d’interpréter La Condition humaine au cinéma, elle souhaitait par contre voir La Voie Royale adaptée pour le grand écran. Elle espérait que mon ami le réalisateur cambodgien Rithy Panh puisse relever ce défi.

Quand le livre est sorti, Florence lui a apporté son soutien par sa présence lors de la présentation que j’en ai faite à la librairie parisienne Le Phénix, le 17 juin 2015. Elle avait aussi apprécié le facsimile de L’Indochine que j’avais fait réaliser pour cette présentation qui s’est tenue, jour pour jour, 90 ans après la sortie du premier numéro de ce journal au service des colonisés.

Reparti au , j’espérais lui rendre visite lors de mes retours qui me faisaient passer par Paris. Mais la maladie avait commencé ses ravages. Je ne l’ai plus revue. Simplicité, générosité, vivacité d’esprit sont les termes qui me viennent spontanément à l’esprit pour évoquer cette très grande dame.

Raoul Marc JENNAR

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