18 Déc 2018

Je m’interroge. Quand j’observe que, sur la base de critères identiques, le taux de pauvreté en France est plus élevé qu’au Cambodge. Quand j’entends les témoignages des « sans dents », des « riens », de toutes ces femmes et ces hommes, dans la force de l’âge, et de tous ces retraités. Quand je constate que la prétendue « mondialisation heureuse » a accru les inégalités dans des proportions dignes de la Chine. Quand j’observe ce basculement entre les générations qui espéraient plus pour leur descendance et celles qui redoutent l’avenir pour leurs enfants et petits enfants. La France retourne-t-elle à ce qu’elle fut avant 1936 ?

Chacun peut apporter son témoignage de ce qu’il subit du fait d’un pays mal gouverné par des élites arrogantes, méprisantes et, si on pense au changement climatique et à la destruction de la biodiversité, totalement irresponsables.

Nous subissons incontestablement ce que Serge Halimi appelait déjà « Le grand bond en arrière » (Fayard, 2004).

Il s’en suit que des droits fondamentaux, explicitement formulés dans cette Déclaration universelle des droits de l’Homme dont on célèbre le 70e anniversaire avec d’autant plus d’éclat qu’on ne l’applique pas, le droit à la santé, à l’alimentation, au logement, au travail ne sont pas satisfaits et qu’il y a désormais grand péril pour le droit à l’éducation.

Il fut un temps où réformer signifiait progresser. Depuis 1983, avec une constance égale quelle que soit la couleur de la majorité gouvernementale, réformer signifie démanteler, détruire tout ce qui a été péniblement conquis pour avancer vers cette République sociale que Jaurès appelait de ses voeux. Parce que depuis 1983, on refuse de s’attaquer aux véritables maux : la toute puissance du monde de la finance et des entreprises du CAC 40, l’évasion fiscale, la fraude, l’immunité fiscale des plus puissantes entreprises, l’injustice fiscale organisée. La représentation nationale a cédé à la logique du profit au détriment de l’intérêt général.

Alors oui, il faut s’y opposer. Oui, il faut résister. N’est-ce pas ce à quoi nous appelons depuis plus de vingt ans ? Ceux qui n’en peuvent plus de souffrir se laissent parfois aller à la violence. Parce qu’ils ont le sentiment qu’il ne leur reste plus que cela pour se faire entendre par un pouvoir sourd et aveugle. Mais la résistance passive, non violente, offre de multiples possibilités. En ayant recours à ses méthodes, l’Inde a fait céder ce qui était alors encore le plus grand empire du monde.

Je suis résolument aux côtés des gilets jaunes qui mettent en pratique cette résistance non violente et qui se battent pour une autre République, plus sociale, plus démocratique et plus écologique.

Ce n’est pas maintenant que le pouvoir est ébranlé qu’il faut s’arrêter. L’Histoire nous enseigne la capacité de récupération des luttes et même des acquis momentanés de celles-ci. Ne tombons pas dans le piège qu’ils tendent au nom du dialogue et de la concertation. Ne troquons pas une démobilisation réelle pour des promesses et des cadeaux de circonstance qui ne dureront pas.

« Qu’ils viennent me chercher » a osé dire l’élu de 18% du peuple. Ceux qui ont voulu se rendre à l’Elysée n’ont fait que l’écouter.

Il doit partir et avec lui cette Ve république où la liberté est brimée, où l’égalité est bafouée, où la fraternité n’existe que pour les riches.

Raoul Marc Jennar

18 décembre 2018

 

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