06 Juin 2011

A la demande d’André Bellon, l’animateur de l’association « Pour une Constituante », j’ai rédigé une réflexion sur la question de la représentation et ma réaction à la proposition avancée ici et là de procéder au choix des représentants par tirage au sort.

Voici le début de ce papier qu’on trouvera également sur le site de cette association :

La démocratie représentative postule la désignation de représentants. Une longue lutte populaire, qui prit les allures d’un véritable combat de classes, a conduit à l’instauration du suffrage universel comme mode de désignation des représentants. Aujourd’hui, cette manière de choisir les représentants du peuple est instituée comme un critère incontournable pour juger du caractère démocratique d’un système politique. Mais le principe un citoyen-une voix, qui devait assurer que la majorité du peuple, celle qui ne vit que de son labeur, se retrouve majoritaire dans les enceintes élues, a été détourné à la fois par des techniques électorales et par un dévoiement de la représentation. De telle sorte qu’aujourd’hui, et l’abstention le confirme, un grand nombre de représentés ne se sentent plus représentés par leurs représentants. Pour beaucoup, la formule par laquelle Abraham Lincoln définissait la démocratiele gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple – est plus que jamais éloignée de la réalité.

En France, la Constitution de la Ve République proposée par la droite, en affaiblissant le pouvoir de la représentation tout en renforçant le pouvoir exécutif, a affecté le caractère démocratique de la République. L’élection du président au suffrage universel à laquelle se sont ajoutés, à l’initiative du PS, le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier des scrutins présidentiel et législatif ont accentué cette dérive. Les lois successives de décentralisation ont confirmé au niveau des collectivités territoriales cette suprématie de l’exécutif sur la représentation.

Aujourd’hui, certains voient dans l’élection comme mode de désignation des représentants la source de tous les maux. Si on lit un des auteurs les plus acharnés à faire le procès de l’élection, celle-ci induirait « mécaniquement une aristocratie élective« . « Avec l’élection, écrit-il, les riches gouvernent toujours, les pauvres jamais. » Selon lui, « après deux siècles de pratique, on constate que l’élection pousse au mensonge, prête le flanc à la corruption, étouffe les résistances contre les abus de pouvoir et s’avère naturellement élitiste parce qu’elle verrouille l’accès au pouvoir du plus grand nombre au profit des riches. » Et de proposer, en guise de remède, une chimère : le tirage au sort.

Je ne partage absolument pas cette approche des problèmes posés par la représentation et la solution proposée. A mon estime, ceux qui proposent le tirage au sort confondent causes et effets et fournissent ainsi une illustration de la confusion des esprits et du désarroi qui affectent bon nombre de citoyens, sincèrement attachés à la démocratie et désorientés par les dérives et les dévoiements qu’elle subit. Il y a confusion entre le principe de l’élection et celui de l’éligibilité, entre suffrage universel et modalités électorales de son application, entre mode de désignation des représentants et exercice de la représentation.

 

Renoncer à l’élection, c’est renoncer au principe du contrat social et du mandat qu’il met en place entre le peuple et ceux qu’il choisit pour agir temporairement en son nom. On ne s’en remet pas au hasard pour choisir son représentant : on le choisit pour les valeurs qu’il défend, pour les orientations qu’il propose, pour la politique qu’il veut mettre en oeuvre. On passe avec lui un contrat moral en lui confiant un mandat dont il devra rendre compte de la manière dont il l’a rempli. Le hasard n’a pas sa place dans un tel choix totalement conditionné par le débat d’idées dans lequel il s’inscrit.

Que déciderait aujourd’hui une telle assemblée sur le sort à réserver aux immigrés ou aux musulmans ? Quel serait le mandat d’un représentant tiré au sort ? En quoi un « élu » né du hasard serait-il plus indépendant, en particulier à l’égard des lobbies, qu’un élu issu d’un choix conscient et délibéré ? Quelle garantie aurait l’électeur d’une telle assemblée que la raison ne cède pas aux modes, aux pulsions, aux démagogies du moment ? En quoi, une assemblée issue du tirage au sort serait-elle davantage représentative qu’une assemblée élue selon la règle du scrutin proportionnel ? En quoi, un « élu » du tirage au sort serait-il davantage comptable de ses choix qu’un élu du suffrage universel ? De quelle manière le tirage au sort empêcherait-il que se constituent entre « élus » de la sorte des coalitions d’intérêts ?

Les partisans du tirage au sort prétendent améliorer la démocratie en supprimant un de ses fondements : le libre choix d’un candidat par les citoyens. En fait, dans un tel système, le citoyen s’en remet au hasard en ignorant tout de celui qui le représentera. On prétend remédier aux maux qui affectent la représentation en la supprimant. On crée l’illusion d’une démocratie directe en confiant à des inconnus le sort du peuple.

Les maux que prétendent résoudre les partisans du titrage au sort sont réels. Leur remède n’en est pas un. C’est un placebo. Les solutions sont dans le travail que devrait effectuer une assemblée constituante pour réinventer une démocratie nouvelle, pour instaurer enfin la République.

Trois maux affectent profondément le système représentatif : le mode de scrutin majoritaire, la personnalisation du débat politique et la professionnalisation de la représentation.

Le scrutin majoritaire, à un ou deux tours, est un véritable détournement du suffrage universel. Au motif qu’il assure des majorités stables – une affirmation qui ne se vérifie plus aussi automatiquement à mesure que les citoyens ne distinguent plus nettement ce qui différencie les projets politiques proposés – ce système refuse la présence dans une assemblée censée représenter le peuple tout entier de sensibilités certes minoritaires mais qui s’inscrivent dans la durée ou reflètent des préoccupations nouvelles. Ce système conduit progressivement au bipartisme, dont on voit dans les pays où il est pratiqué, combien il favorise le système en place et ses conservatismes. Les abus en France du mode de scrutin proportionnel, entre 1946 et 1958, ont convaincu à tort de la nocivité de ce système. Pourtant, encadré par des techniques qui ont fait leurs preuves ailleurs (taux plancher requis pour accéder à la représentation, motion de méfiance constructive indispensable au changement d’une coalition gouvernementale, etc.), la représentation proportionnelle, en permettant à tous les courants de la société réellement représentatifs de se retrouver dans les assemblées élues, conforte la confiance des citoyens dans le système représentatif, mais surtout favorise l’apport d’idées nouvelles et l’enrichissement du débat.

La personnalisation du débat politique remplace le choix des politiques par le choix des personnes. Elle résulte d’une part de la concentration des pouvoirs au sein d’une même personne (président de la République, président de région, président de conseil général, maire) et d’autre part de l’effondrement du politique face à l’économique. Le ralliement inconditionnel de la gauche dite de gouvernement au libre échange le plus débridé, qui conduit à la concurrence de tous contre tous, n’offre plus d’alternative crédible à la dictature des marchés. De telle sorte qu’on évolue vers un système politique où les choix se réduisent à des choix de personnalités certes porteuses d’accents différenciés, mais d’accord sur l’essentiel. Entre un Valls et un Copé , quelle différence ? Quand on ne peut plus changer le cours des choses qu’à la marge, alors que les inégalités et les injustices sont criantes, alors que tout un système politico-économique est au service d’une minorité, c’est le système qu’on rejette. La démocratie représentative ne retrouvera un sens que si elle propose des alternatives et pas seulement des alternances.

La professionnalisation de la représentation a totalement perverti la notion de mandat. Et de ce fait remet en cause le contrat social. C’est un des maux qu’il faut combattre le plus vigoureusement. Cumuler des mandats et les indemnités qui les accompagnent, exercer pendant trois, quatre, cinq législatures le même mandat, ce n’est plus porter dans une assemblée les attentes du peuple, c’est exercer un métier. Il en résulte de nombreuses dérives conditionnées par le souci de la réélection et les habitudes nées de la pratique prolongée du mandat. Il importe de mettre fin à tout ce qui favorise cette professionnalisation.

Quant à la démocratie directe, après plus d’un siècle d’enseignement obligatoire, avec un niveau général d’éducation élevé, avec un accès renforcé aux informations, elle s’avère devenir un complément nécessaire de la démocratie représentative aux échelons où elle peut se pratiquer le plus facilement, celui de nos collectivités territoriales. Au plan national, le référendum d’initiative populaire doit être retenu sans que le Parlement puisse y faire obstacle, pourvu qu’il écarte toute possibilité plébiscitaire et que les conditions de son application soient à l’abri d’initiatives démagogiques.

Les solutions aux perversions de la démocratie représentative existent. Une assemblée constituante peut les apporter. Point n’est besoin de recourir à des remèdes qui seraient pires que les maux qu’on prétend combattre. Ce n’est pas en convoquant l’obscurantisme qu’on instaure la lumière.

Raoul Marc JENNAR

On trouvera également cet article avec le lien suivant: http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article417

 

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70 Réponses pour “Le tirage au sort : une chimère”

  1. harvest a dit :

    A Etienne,
    ça me peine de vous voir épuiser votre énergie à tenter de raisonner une personne qui ne mérite pas d’être appelée votre ami.
    Si celui-ci vous a paru, dans le passé, être d’opinion respectable et accessible à une discussion contradictoire, vous devriez peut-être aller (faire) vérifier que c’est bien lui qui vous répond. Peut-être est-il détenu dans une sombre geôle de la « république » et un Guéant ou un Lefevre répond-il à sa place.
    Courage ! Personne ne peut tenter de vous assimiler à un quelconque fascisme sans s’exposer lui-même à la suspicion.
    Cordialement.

  2. Samuel Schweikert a dit :

    @ Harvest,

    vu ses conceptions, il me paraît à peu près certain qu’Étienne ne souhaite pas être représenté.

    Cela dit, je pense le connaître suffisamment pour douter fortement qu’il mélange l’amitié et le débats d’idée ou qu’il ne juge pas respectable l’opinion de Raoul-Marc Jennar, sur ce sujet comme sur tout autre.

    Quant à notre hôte, que je sache, il n’a jamais assimilé Étienne Chouard à « un quelconque fascisme ».

  3. Jim a dit :

    @Samuel Schweikert

    Si si, je vous assure, j’ai suivi avec attention ces débats sans intervenir.

    L’a

  4. Jim a dit :

    @Samuel Schweikert

    Si si, je vous assure, j’ai suivi avec attention ces débats sans intervenir.

    L’argument (non pas logique, n’en demandons pas trop!!!, mais rhétorique) lancé par RMJ à la face de Chouard avait été le suivant : « les fachistes voulaient supprimer l’élection au suffrage universel, et vous vous voulez supprimer l’élection au suffrage universel? »

    Derrière, un merdeux prétentieux qui a beaucoup lu mais au QI très moyen avait embrayé en disant clairement que critiquer le suffrage universel était le signe des ennemis de la démocratie, car le suffrage était la conquête patati patata, bref cela ressemblait à une lecture de messe par un curé de campagne sous éduqué.

    Chouard avait été vexé, ce qui se comprend!

    Tout est consultable en ligne très facilement.

    Voilà pour la remise à niveau de la vérité de ce débat, en tout cas sur ce point.

  5. YETI a dit :

    LE VOTE SECRET D’UN SENAT TIRE AU SORT EST INCORRUPTIBLE, c’estun référendum a petite échelle avec des citoyens qui ont potassé le sujet.

    C’est une assemblée proportionnelle effectivement.

    Le désaccord avec le parlement ouinouin d’élus professionnels peut se tranché par référendum

    Personne n’a demandé aux français s’ils voulaient faire venir 10 millions d’immigrés et bétonner le pays, on le sait bien ….

  6. D. a dit :

    « Il importe de mettre fin à tout ce qui favorise cette professionnalisation. »

    Le suffrage universel lui-même favorise la professionalisation. C’est inéluctable : un professionnel (ou celui qui a le soutien de professionnels) aura toujours plus de chances d’être élu qu’un amateur.

  7. biophil a dit :

    Je ne suis pas (encore) convaincu que le tirage au sort tel que ses partisans nous le présentent aujourd’hui soit susceptible de nous garantir les bienfaits qu’ils en attendent. Les raisons de mon scepticisme tiennent surtout au fait que je ne trouve pas fort sexy cette proposition.
    En effet, tout en approuvant l’analyse qui conduit à chercher un système beaucoup plus juste, je ne peux m’empêcher de m’imaginer, par exemple, dans la peau d’un « tiré au sort » et d’y voir un sort finalement bien peu enviable. Est-ce au bout du fusil qu’on va conduire ces malheureux à exercer leur job ?
    Dame ! à lire les travaux sur la « Constitution nationale d’origine citoyenne » sur le site d’Etienne, j’en tremble déjà à l’idée d’être désigné: hyper-contrôlé, révocable à tout moment, contraint à me former très sérieusement et très rapidement puis, après une courte période, renvoyé dans mes foyer,inéligible à vie pourquoi pas, et enfin mal payé aussi sans doute pour parfaire le tableau. Bref, tout le contraire de ce qui se passe aujourd’hui, j’en conviens. Mais qui, dites-moi, qui sera volontaire pour ce type de boulot ? Pas moi en tout cas !

    J’admets que la démocratie ça se mérite, mais n’oublions tout de même pas que nous sommes humains et que dans le monde idéal auquel nous aspirons un certain plaisir est requis, comme une reconnaissance pour le boulot accompli. Faute de quoi la démotivation, le bâclage, voire le sabotage, guette comme dans les meilleures bureaucraties.

    Alors si aujourd’hui le citoyen se trouve effectivement largué et sans prise sur les décisions qui le concernent, je doute aussi que dans le brouhaha d’une expression citoyenne libérée nous puissions trancher plus sereinement et prendre de meilleures décisions.

    Enfin, les défis, notamment environnementaux, sont tels que la question centrale demeure: les solutions plus durables et plus justes peuvent-elles être librement consenties ou doivent-elles être imposées à une population qui jusqu’ici a démontré un manque de maturité épouvantable ? Car, enfin, si l’exercice de la démocratie est difficile aujourd’hui (mais toutefois possible, il « suffit » de se mobiliser en masse), elle n’en reste pas moins difficile et n’en demande pas moins de sens civique et de mobilisation demain avec une Constitution, fut-ce-telle d’origine citoyenne.

    Amitiés aux deux principaux protagonistes du débat sur cette page.

  8. Alain Guillou a dit :

    Pour garantir le citoyen tiré au sort contre les chantages, la corruption, l’intimidation et encore biens des tracas que connaissent entre autre les citoyens délégués du personnel d’entreprise…On fait quoi ? on lui donne les protections et le respect dont bénéficient les « élus -pourris » ?

    Il me semble qu’il faut chercher d’où vient le pourrissement des moeurs politiques bien ailleurs que dans l’élection, cependant pourquoi ne pas expérimenter un tirage au sort en doublure de l’élection, ne serait-ce que pour faire tomber les à prioris favorables comme les préjugés défavorables, et surtout, dans le but de poser à chaque citoy’en le cas de conscience utile suivant : que ferais-je si j’étais tiré au sort pour « ça » ?

    l’ennemi du tirage au sort le plus redoutable est son partisan « dogmatique » dont la motivation est le dogme de la nuisance absolue des partis et autres communautés, stigmatisés jusqu’à réveiller de vieux souvenirs nauséabonds…

  9. Alain Guillou et Héloïse a dit :

    Revenons sur ce que ses adeptes présentent par erreur comme « le doute scientifique », et qui en réalité est le noyau dur de toute idéologie totalitaire : tout humain est corruptible donc tous les humains sont corrompus ! Tout élu est corruptible et doit être suspecté corrompu…(voire même ceci : « l’élu est corrompu par nature »)…etc et on en arrive à l’interdiction des partis, mais pas seulement : telle race, tel groupe, telle classe sociale, telle communauté forcément conspirent !…et puis finalement on aboutit à un air irrespirable d’où est exlue la potentielle vertu d’une église, d’un parti, d’un groupement organisé de plus de trois personnes, vertu civilisatrice, jetée aux poubelles pour promouvoir là l’obsession paranoîaque d’une potentielle corruption. La doctrine du tirage au sort, si elle devient de cette façon doctrinaire est « insupportable », car elle dit une chose paradoxale qu’une assemblée tirée au sort elle-même ne supporterait pas:
    « Les partis sont tous fatalement pourris et facteurs de corruption, mais nous défendrons le tirage au sort comme si nous étions le parti du tirage au sort, c’est-à-dire sans hésiter à utiliser la stratégie mensongère des partis, de tous les partis : l’amalgame « !
    Je ne caricature qu’à peine…La démocratie directe est ce vers quoi les démocrates « véritables » aimeraient tendre, sachant que la vie de chacun lui oppose des obstacles liés à la limite individuelle des « emplois du temps » (pourquoi y a-t-il si peu de femmes disponibles pour « le débat démocratique »?).
    La volonté populaire n’est pas « spontanée » innée chez chaque citoyen pris individuellement comme un échantillon probant, elle se cultive à plusieurs, et la vie du peuple tant qu’elle est contrainte par son maintien dans « la survie », ne lui procure pas les conditions de se former une volonté politique « chacun pour soi »…autrement qu’en bénéficiant du droit de se syndiquer et de s’entre-déléguer dans son parti, face aux efforts produits par ceux qui dominent depuis des siècles, organisés « naturellement » par leur héritage historique.
    Qu’enfin des partis politiques aient conquis le droit d’exprimer et de promouvoir des doctrines politiques, voilà qu’une démocratie est possible, pas « gagnée », mais simplement « possible »…Car on ne débat pas sans confronter des doctrines distinctes. Les individus tirés au sort ne sont porteurs d’aucune doctrine, par contre la société d’où ils émergent est structurée selon une doctrine bien assimilée par les dominants, et qu’ils aimeraient autant ne pas avoir à confronter ouvertement avec des « insurgés organisés selon une doctrine adverse »…Donc le tiré au sort tout nu n’est qu’une proie, un bel agneau à qui l’on dit vas-y, bèle comme tu le pense …nos « experts » vont te retourner ta « volonté populaire » …ça va changer!
    Enfin pour conclure, ici nous lisons des avis opposés et une belle confrontation « de haut niveau » entre citoyens hautemant qualifiés, et je leur demande de ne pas laisser un JIM traiter de « merdeux » quelqu’un qui répondant sans doute comme par hasard aux normes de recrutement du tirage au sort s’introduisent « malencontreusement » dans ce « débat de haut niveau »!
    Il faut donc accepter une vision de « la démocratie » qui ne soit ni angélique ni défaitiste : Rousseau avait semble-t-il déjà prévenu les gens surs de leurs lumières de la complexité et de l’ambiguité des « choses », une fois mises en mouvement par la vie !

  10. Raoul Marc Jennar a dit :

    @Alain Guillou et Héloïse – Au risque de passer pour un censeur, j’efface systématiquement tout commentaire grossier où les insultes tiennent lieu d’arguments. Les opinions contraires, fussent-elles radicalement opposées, sont les bienvenues pourvu qu’elles s’expriment avec courtoisie.

  11. Alain Guillou a dit :

    Ce que je veux dire, le plus poliment possible, c’est que les citoyens tirés au sort ne seront pas choisis, par définition. Certes ils seront « statistiquement représentatifs », comme un échantillon puisé au hasard dans une « chose inerte » peut l’être…Sauf que l’échantillon, ici est vivant, évolutif, complexe, « humain » et l’erreur de principe consiste à l’avoir mis en scène comme un simple « échantillon » qu’il ne sera jamais : une fois sorti de l’aquarium le poisson n’est plus ! l’aquarium c’est « la société civile », et même tiré au sort, « l’échantillon » n’a plus rien à voir avec le citoyen lambda ! Il vaut mieux, de ce point de vue précis, choisir un citoyen tel qu’il s’est fait connaître à la société civile, comme candidat « homme public », et alors, cet humain a l’avantage d’être responsable de l’image qu’il a annoncée. Il s’agit d’une remarque qui sera sans doute balayée avec mépris, mais justement, il s’agit précisément d’un « détail  » essentiel : nous ne sommes rien sans les signes dont nous assumons la responsabilité, face à la société, en nous « singularisant », avec l’estime de « soi » sans laquelle nous ne sommes rien que chosifiés, comme dans les pires conceptions de « l’homme ».
    Symétrie, d’ailleurs, du côté de l’électeur, qui associe une idée à une personnalité humaine qui va la défendre, et non pas à un inconnu soi-disant « neutre »… »sensé fonctionner comme lui-même »…J’observe le même « petit détail » dans la perception de ce qu’est le droit de constituer un parti politique : il s’agit de personnes singulières, différentes, qui décident de « faire du commun » autour d’un principe « politique » (ou plusieurs). Il ne s’agit jamais d’idée -objet séparable de personnes humaines s’y attachant.
    Enfin la notion de confiance est la sève de toute « civilisation »…Interdire la confiance sous prétexte qu’il y a des accrocs dans les contrats, n’a pas de sens…Aucune cellule familiale n’existerait sans la confiance (on ne va pas encore relire Alain !).
    Alors je pense qu’il est précieux, et même vital pour la démocratie d »être fondée sur la confiance…en sachant que la vigilance s’impose ainsi que la conscience des risques comme les dérives constitutionnelles etc…D’ailleurs il est notable que le scandale des élus ayant « vendu » (?) la confiance qu’on leur accordait à des commissaires non élus vienne finalement de l’indifférence du citoyen moyen…celui qu’immanquablement nous aurions tiré au sort, si les statistiques valent. Bien sûr je finis sur l’ambiguité, toujours la même, celle que Rousseau opposait aux Voltaires et autres « purs esprits ».
    Pourtant je crois, grâce en partie à Etienne Chouard, que le tirage au sort peut jouer un rôle en confrontation avec le suffrage universel, ce rôle étant de révéler au « peuple » sa propre part de faiblesse et la nécessité de s’en affranchir par un processus d’éducation populaire: pour avoir confiance en soi il ne faut pas fermer les yeux !

  12. D. a dit :

    Il vaut mieux, de ce point de vue précis, choisir un citoyen tel qu’il s’est fait connaître à la société civile, comme candidat « homme public », et alors, cet humain a l’avantage d’être responsable de l’image qu’il a annoncée.

    >> Comment sa responsabilité est-elle engagée ? Par sa réelection ?

  13. Pons Georges a dit :

    Je n’ai jamais été convaincu par les arguments d’Etienne Chouard et suis donc d’accord avec la réaction de Raoul Marc, sauf quand il dit : « Les maux que prétendent résoudre les partisans du titrage au sort sont réels. Leur remède n’en est pas un. C’est un placebo. »
    Un placebo a souvent de bons résultats, au pire, il laisse les choses en l’état. Il faut avoir d’inaltérables illusions sur l’espèce humaine et sur la mansuétude du hasard pour imaginer un tirage au sort donnant à la démocratie ses meilleures chances d’expression.

  14. remy40 a dit :

    Bonjour,

    j’ai lu votre article avec intérêt mais j’ai quelques remarques à vous faire.

    J’imagine que par « un des auteurs les plus acharnés » vous voulez parler d’Etienne Chouard. Pourquoi ne pas dire son nom ? C’est de peur de lui faire de la pub ?

    Vous dîtes : « Renoncer à l’élection, c’est renoncer au principe du contrat social et du mandat qu’il met en place entre le peuple et ceux qu’il choisit pour agir temporairement en son nom ».

    L’utilisation du tirage au sort pour rendre notre système politique plus démocratique n’implique pas la renonciation à l’élection. C’est un raccourci un peu simpliste que vous faites là. On peut très bien imaginer une représentation élue, mais contrôlée par une assemblée populaire tirée au sort par exemple. Le rôle de cette assemblée populaire serait de vérifier que les promesses des élus sont réellement tenues, et si ce n’est pas le cas, alors l’élu doit rendre des comptes. Ceci est un exemple, on peut imaginer tout un tas de combinaisons entre l’élection (dont il existe bien entendu de nombreuses modalités) et le tirage au sort. Si vous écoutez bien Etienne Chouard, vous verrez que c’est ce qu’il défend.

    Que déciderait aujourd’hui une telle assemblée sur le sort à réserver aux immigrés ou aux musulmans ?

    Ce n’est pas très honnête intellectuellement d’essayer de faire deviner les décisions que prendraient une assemblée tirée au sort s’en en définir les pouvoirs et sans dire dans quel système politique elle s’insèrerait, surtout si on la compare à l’assemblée nationale actuelle dont on connait les pouvoirs, les limites, la façon dont elle est constituée, etc … Et qui plus est, sur un sujet sulfureux, dont les débats sont rarement dépassionnés.

    Quel serait le mandat d’un représentant tiré au sort ?

    Cela dépend dans quel cadre. Encore une fois, vous partez du principe qu’un tiré au sort serait nécessairement l’équivalent d’un député actuel. Hors, l’utilisation du tirage au sort ne peut se résumer ainsi (cf. plus haut).

    En quoi un « élu » né du hasard serait-il plus indépendant, en particulier à l’égard des lobbies, qu’un élu issu d’un choix conscient et délibéré ?

    Si vous faites référence à un élu ici d’une élection sans candidat, vous avez sans doute raison, il n’y a pas de différence importante. En revanche, pour les élections telles qu’elles se pratiquent actuellement, la différence est considérable. Il n’y a même pas besoin d’argumenter tant les exemples de conflits d’intérêts font foison dans l’actualité.

    Je suis d’accord avec vous sur les maux.

    Bref, quand je lis votre article, j’ai l’impression que vous êtes resté sur une utilisation bête et méchante du tirage au sort, sans en saisir toute la subtilité, et sans comprendre qu’une utilisation raisonnée en complément d’élections aux modalités réfléchies, donnerait vraiment une dimension démocratique à notre système politique. Je vous conseille de relire ou réecouter les défenseurs du tirage au sort, pour en saisir la subtilité, avant d’apporter un tel jugement.

    Cordialement

  15. Raoul Marc Jennar a dit :

    Bonjour,
    Merci d’avoir lu mon article et d’avoir partagé votre opinion. Cet article avait, en son temps, suscité de nombreuses réactions. J’y ai apporté deux longues réponses auxquelles je me permets de vous renvoyer. Je demeure attaché à cette conquête que représente le suffrage universel. Je reconnais que les partis politiques l’ont très largement dévoyé. J’ai proposé des réformes pour lui rendre sa force. J’ai la faiblesse de penser que si ces réformes étaient adoptées, la démocratie représentative ne mériterait plus les critiques que lui font aujourd’hui les propagandistes du tirage au sort. Je demeure hostile à l’idée de m’en remettre au hasard pour le choix de ceux qui vont me représenter. Quant à Etienne Chouard, qui fut mon ami, comme il persiste à utiliser des arguments qui furent ceux des pires ennemis de la démocratie, comme il entretient une ambiguïté dangereuse quant à ses relations en recommandant sur son site des liens qui renvoient à des gens d’extrême-droite (après avoir accepté d’accorder un entretien à Minute, un organe de presse qui soutient le FN), j’ai renoncé à cette amitié et je préfère le citer le moins possible. Cordialement.

  16. remy40 a dit :

    Effectivement, j’ai découvert l’ensemble des commentaires et vos échanges avec Etienne Chouard sur le site pouruneconstituante.fr après avoir publié mon commentaire. Par curiosité, je vais prendre le temps de lire les réformes que vous proposez au suffrage universel. Je peux trouver ces infos sur votre site ?

    C’est marrant, parce que pour moi qui ne connait pas Etienne Chouard, je comprends assez facilement sa position par rapport aux liens et à un entretien avec Minute. Pour les liens, j’imagine qu’il doit s’agir de Soral et de Meyssan. Je ne connais pas Meyssan, mais j’ai déjà écouté pas mal de vidéos de Soral, et il a avant tout un discours de résistant au système actuel, avec des analyses géopolitiques plutôt pertinentes. Après, qu’une partie de son discours soit d’extrême droite, peut être, mais je ne le pense pas. Dans tous les cas, ça n’enlève rien à la qualité de ses analyses. Pour le FN, sa tendance ‘islamophobe est inacceptable, mais pour autant, tout est il mauvais dans les analyses ou les propositions du FN ? Si on y réfléchit, une partie des propositions du FN sont similaires à celles du NDA de Dupont-Aignan ou au FDG de Mélenchon, à savoir sortir de l’Europe, reprendre notre souveraineté nationale. Sur ce point, je ne serais pas choqué qu’Etienne Chouard rejoigne l’avis de ces 3 partis.

    Tout ça pour dire qu’il faut bien entendu condamner des propos tenus innaceptable par telle ou telle personne ou parti mais il faut aussi savoir faire la part des choses et savoir reconnaitre les bonnes idées quelque soit les personnes qui les défendent, et ne pas systématiquement tout refuser en bloc sous prétexte qu’une personne ou un parti a aussi de très mauvaises idées.

    Quand j’écoute Etienne Chouard, j’ai justement l’impression d’écouter quelqu’un qui sait très bien faire la part des choses, qui sait s’en tenir aux idées et pas aux personnes qui expriment ces idées, et je trouve que c’est une très grande qualité qui permet d’avancer. Je comprends d’ailleurs qu’il soit surpris des accusations qu’il reçoit en ce moment, concernant l’extrême droite, je le serais tout autant à sa place. Je comprends aussi son désarroi quand les personnes qui l’accusent, refusent de discuter avec lui de cette accusation (notamment le FDG à Toulouse).

    Peut être que je me trompe sur sa personne, après tout je ne l’ai jamais rencontré, mais ça m’étonnerait fortement.

  17. Raoul Marc Jennar a dit :

    Vous trouverez les propositions que j’ai formulées dans les deux longues réponses faites aux commentaires de mon article initial sur le tirage au sort. Pour le surplus, permettez-moi d’être dans le plus total désaccord avec vous s’agissant du FN et de personnages qui partagent les valeurs de l’extrême-droite. Je ne fraie pas avec ces gens-là. Adhérant totalement aux valeurs des philosophes des Lumières, j’ai fait mien Le combat contre toutes les formes de nationalisme et de mépris de la dignité humaine. C’est un combat essentiel à mes yeux (je signale au passage pour votre information que le FdG ne défend pas des thèses nationalistes et n’est pas en faveur de la sortie de l’Union européenne, mais bien de la réforme de celle-ci afin de la rendre démocratique, sociale et écologique).Si vous prenez la peine de me lire sur mon blog, vous comprendrez les raisons de notre désaccord.

  18. remy40 a dit :

    Merci, j’essaierai de prendre le temps de lire vos 2 longues réponses alors.

    Exact pour le FDG, c’était une erreur de ma part.

    Pour le reste, c’est un débat qui nous entraînerait trop loin du sujet de votre article. Pour résumé ce que je voulais dire et pour voir plus loin que l’extrême droite, c’est que lorsqu’on juge une idée en tenant compte de la personne qui l’émet, cela fausse notre jugement. Je pense qu’on y gagnerait beaucoup à se focaliser sur les idées, et pas sur les personnes. Cela vaut dans tous les domaines. Dans la sphère politique actuelle, c’est exactement le contraire, on se focalise sur les partis ou les personnes, les idées sont secondaires. Un parti politique va automatiquement aller à l’encontre d’un autre, et ce, quelques soit l’idée, sous prétexte que l’idée vient d’un parti n’ayant pas la même ligne idéologique (suffit de regarder un débat PS-UMP par exemple).

    Je suis sûr que si on prenait un chapeau, qu’on mettait une centaine d’idée sans le nom des émetteurs de l’idée, et qu’on piochait dans ce chapeau, on serait souvent bien surpris d’apprendre qui a émis telle ou telle idée.

    Finalement, c’est comme ça que je perçois le comportement d’Etienne Chouard.

  19. Jean Hugues Robert a dit :

    Etienne Chouard apporte une réponse concrète à une problème central : la corruptibilité des gens de pouvoir. Cette réponse consiste à diluer le pouvoir de sorte à décourager les corrupteurs. Il préconise pour cela de répartir le pouvoir d’une façon imprévisible, éphémère et collégiale.

    Si l’on s’accorde pour dire que le pouvoir corrompt, et ça semble faire l’unanimité ici, inutile de chercher plus loin : il faut le diluer, jusqu’à un niveau tel qu’il ne soit plus nocif. C’est à l’extrême l’idée « par le peuple », cad divisé à part égales entre 60 et quelques millions de personnes en France. La technologie permettra demain de le faire en pratique (cf démocratie « fluide » au sein du parti pirate par exemple).

    J’en déduis que les partisans d’une concentration du pouvoir, quels qu’en soit les dépositaires, soit espèrent qu’un pouvoir puisse ne pas être corrupteur (cf « homme providentiel » & co) soit visent le pouvoir eux-mêmes, soit sont des naïfs au service des précédents.

  20. Raoul Marc Jennar – antiseptic faeries± a dit :

    […] Le 6 juin 2011, Raoul Marc Jennar publie sur son blog un billet intitulé Le tirage au sort : une chimère. […]

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