26 Jan 2015

Le patronat, dans tous les pays qui ont connu des luttes et des conquêtes sociales, et avec lui, bien entendu, la droite, mais aussi la social-démocratie, tous invoquent en toutes circonstances la nécessité de « réformes structurelles». Et, avec eux, la plupart des journalistes qui ne sont pas au service du devoir d’informer mais qui sont devenus les acteurs quotidiens de la mise en condition des peuples, les chiens de garde d’un système qui accroît les inégalités, génère de la pauvreté.

Ce qui se cache derrière cette formule, c’est tout simplement la volonté de détruire les acquis démocratiques et sociaux qui furent le résultat de dizaines d’années de luttes quand ceux qui se réclamaient du socialisme se battaient pour cet idéal.

Les réformes structurelles, ce sont d’abord les privatisations. C’est non seulement la liquidation d’un patrimoine acquis avec l’argent de tous, mais c’est aussi l’abandon des outils créés pour rendre accessible au plus grand nombre l’eau potable, le logement, la santé, l’éducation, la culture, les transports, les loisirs. De telle sorte que tout ce qui va dans le sens d’une plus grande égalité des droits, tout ce qui fait société, disparaisse au profit d’une société individualiste, du chacun pour soi. Une société où l’accès aux services dépend des moyens dont chacun dispose. Sous l’impulsion de l’Organisation Mondiale du Commerce, du FMI, de l’Union européenne et des gouvernements successifs, beaucoup a déjà été réalisé dans le domaine des privatisations. Il reste à faire disparaître la sécurité sociale au profit des assurances privées, l’école et l’hôpital au profit d’institutions privées. Et à faire en sorte, au-travers de traités dits de libre-échange qui sont en fait des traités de paupérisation, que tout changement en sens inverse dépende autant des pays étrangers que du nôtre.

Les réformes structurelles, c’est aussi la remise en question radicale du droit du travail, fruit de tant de luttes acharnées. Contrairement à ce que martèlent ces nouveaux directeurs de conscience qui sévissent dans les journaux, à la radio et à la télé, le droit du travail, ce n’est pas un catalogue de privilèges. C’est un inventaire de règles pour se protéger contre la violence et la rapacité des patrons et de leurs actionnaires. Car il y a nécessité à protéger les salariés pour éviter les accidents du travail, les maladies professionnelles, les abus de pouvoir des chefs d’entreprises. Garantir des conditions de sécurité et d’hygiène aux salariés n’a pas été donné ; il a fallu des luttes innombrables pour les obtenir. Et bien souvent, chaque fois que l’occasion se présente, les patrons jamais rassasiés n’hésitent pas à violer le droit du travail.

Les réformes structurelles, enfin, c’est livrer les salariés au bon vouloir des entreprises en remplaçant la loi par le contrat. La loi, gardienne de l’intérêt général impose les mêmes règles partout. Le contrat, typique d’une société qui a renoncé à la solidarité, laisse le salarié dans un face à face avec le patron et donc dans une relation inégalitaire puisque le primat européen de la concurrence permet aux patrons d’user du chantage à l’emploi dans un contexte où la libre circulation des personnes est devenue l’instrument du dumping social.

Il y a urgence pour celles et ceux qui ne se résignent pas à affirmer haut et fort, qu’ils rejettent les réformes structurelles, nouvel instrument de la lutte des classes possédantes contre les salariés. Nous ne voulons pas de ce retour au 19e siècle qu’on est en train de nous infliger sous le prétexte de modernité, un prétexte qui était déjà, sous la République romaine, l’argument des patriciens contre les plébéiens.

Ce qui, très concrètement, signifie le rejet des politiques du gouvernement Hollande-Valls et le rejet des principes fondamentaux à la base de l’Union européenne, car on ne rappellera jamais assez que sous le beau prétexte d’unir les peuples d’Europe, on les dresse les uns contre les autres au nom du dogme de la concurrence libre et non faussée.

Le peuple grec vient de montrer le chemin. Soyons à la hauteur du message qu’Athènes nous envoie. Pour l’heure, levons-nous en masse contre la loi Macron, instrument voulu par le MEDEF pour avancer sur la voie des réformes structurelles ; levons-nous en masse contre le traité UE-Canada, le traité UE-USA et les accords de partenariat économique qui soumettent les peuples à la dictature des firmes transnationales.

rmj

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16 Réponses pour “Réformes structurelles : le retour du 19e siècle”

  1. rossignol liliane a dit :

    merci de votre billet très pédagogique pour remettre les pendules à l’ heure .Nous en avons besoin , car ne comptons pas sur les médias qui serinent à longueur de journées et de nuits une info totalement orientée toujours dans le meme sens .. les chiens de garde nous intoxiquent et à nous de ne pas se laisser impressionner par leurs pseudos experts de tout poil , à toute occasion
    merci

  2. Beyrière Ch a dit :

    Merci de ce décodage des « réformes structurelles  » derrière lesquelles s’abritent pour leur dessein funeste tous les tenants de la pensée unique des marchés. « Réformes structurelles  » est bien le nom de code de démolition de notre protection et organisation sociale.
    Pinochet en son temps avait utilisé les chars, Thatcher et Reagan ont mis par terre toutes les formes de régulation….nous voyons le résultat avec la montée des inégalités ….. et la paupérisation

  3. René de VOS a dit :

    Le capitalisme n’est que l’institutionnalisation de la logique des gangs.

  4. Anny Sire Richard a dit :

    C’est clair, c’est net et précis…
    On devrait en faire un tract (indépendant des partis, car si l’on attend le feu vert et le consensus, tout sera voté !) et inonder les boites aux lettres. Nos concitoyens, nourris de TV, ne savent rien ! J’ose m’exprimer ainsi, alors que j’appartiens au PG, parce que la hiérarchie partidaire est très lente et que le « sur-place » devient trop souvent la règle, parce qu’en certains lieux, les assemblées citoyennes restent à l’état de friche… alors que l’action s’impose.
    Merci pour ce billet.

  5. Jean Claude Meyer a dit :

    Merci pour ce texte très clair et alarmant…

    Les tenants du grand marché transatlantique sont à l’œuvre. Après avoir détruit avec rage le tissu industriel de notre pays ainsi que ses structures d’approvisionnement (ferroviaire, compagnies maritimes et bientôt aéronautique), après donc avoir créé de toutes pièces des centaines de milliers de chômeurs et de travailleurs pauvres, ces gougnafiers s’attaquent à tout ce qui est le garant de l’ÉGALITÉ !

    L’accès libre et gratuit de tous à la santé, à l’éducation, à la culture (les musées étaient généralement gratuits le dimanche autrefois !!! Les théâtres faisaient des prix…)
    Et ce pour les confier aux rois de notre époque : les banquiers !

    Perdu, isolé, mal informé, le travailleur en vient à se vendre pour subsister… Comme les mineurs outre-Quiévrain casseurs de grève dans l’Assommoir !
    Dumping. Dumping !
    Esclave. Esclaves !

    Dans l’antiquité l’esclave c’était celui qui, ayant contracté une dette, n’avait de ressource que d’offrir sa force de travail pour la rembourser…
    Aujourd’hui la dette, c’est le fait de naître au mauvais endroit, dans la mauvaise famille…
    Aujourd’hui la dette c’est la vie tout simplement…
    Donnons, donnons, donnons toujours plus à nos maîtres bien-aimés, les banquiers !
    Esclaves de tous pays révoltez vous !

  6. CLAUDE CARRON a dit :

    Depuis le fameux réaménagement des mots par Giscard, muant pompeusement le manœuvre en « technicien de surface » à cette novlangue patronale nous renvoyant au 19 e siècle, en passant par la combine de Sarko manipulant la logique des mots pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils paraissent vouloir dire (ex : la discrimination positive), les spécialistes de la langue de bois et du bonneteau associé n’ont de cesse d’entourlouper le péquin. Il est temps que les mots reprennent vraiment leur sens initial. Des réformes, nous pouvons, nous aussi en faire dans la vraie gauche, mais elles n’auront évidemment pas la même orientation que celles des bourgeois de droite (et de fausse gauche) et du coup, je doute qu’ils soient vraiment pour lesdites « réformes ».

  7. Gérard BECQUET a dit :

    Les réformes structurelles sont des réformes déstructurantes.

    Mais en les nommant « structurelles », le pouvoir charge ces réformes d’une coloration positive et constructive. Cette formule floue, laisse quand même augurer que lorsque l’on s’attelle à une structure, c’est souvent pour la renforcer. On va donc « consolider » (et non détruire) la structure. C’est presque un sauvetage puisque ces réformes sont qualifiées systématiquement de « nécessaires ». Qui peut s’élever contre ce secourisme social ?
    Le pouvoir fait un travail considérable sur les mots. Certains disparaissent ; d’autres apparaissent, souvent à la place des disparus. Quand on m’enlève des mots et qu’on m’en met d’autres à la place, je ne pense plus de la même manière la réalité sociale. Il est faux de croire que ce sont les idées, les concepts qui créent les mots. Nous nous servons des mots mis à notre disposition dans la langue pour désigner et qualifier les situations que nous vivons ou qu’on nous fait vivre. En nous privant de certains mots, on nous prive de la possibilité de nommer la réalité que nous subissons. On nous prive de la possibilité de la décrire telle qu’elle est ou telle qu’on la ressent, et de la dénoncer. Franck Lepage, dans une de ses « conférences gesticulées » intitulée « Inculture(s) 1 » [L’éducation populaire, monsieur, ils n’en n’ont pas voulu…] convoque Marcuse à propos du vocabulaire, en lui attribuant cette déclaration : « Nous sommes en train de vivre en ce moment (1968) la toute dernière critique efficace du capitalisme parce qu’on est en train de nous changer les mots. On est en train de nous enlever des concepts qui permettent de penser négativement le capitalisme et de nous donner à la place des concepts opérationnels (concepts qui ne servent pas à penser mais à agir) qui le désignent d’une façon strictement positive ». C’est une chose que de désigner l’ouvrier au moyen du substantif « exploité » ; c’en est une autre que de l’affubler du terme « défavorisé » (*). « Exploité » est un mot terriblement embêtant pour le pouvoir. Il désigne non un état de la personne mais le résultat d’un processus qui est « l’exploitation ». Evidemment quand vous dites de quelqu’un que c’est un « exploité », tout de suite vous cherchez qui l’exploite. Quand vous le travestissez en « défavorisé », cet « exploité » devient un pauvre type n’ayant pas eu de bol. Que voulez-vous qu’on y fasse, c’est la faute à pas de chance. On ne va quand même pas aller faire chier le Medef parce que ce con n’a pas de pot ! Si l’on accepte de nommer cet individu « défavorisé » et si l’on admet de le penser comme tel, alors le pouvoir a réussi à transformer l’exploitation de l’homme par l’homme en trajectoire personnelle malencontreuse.
    Non seulement on nous prive d’un lexique de lutte mais on lui substitue une langue autre, une novlangue, qui fait appel à des mots édulcorés pour décrire ce qui devrait alimenter nos révoltes. Conséquence, on est privé de la possibilité de dire la réalité qui ressort de nos bouches en des mots maquillés par nos ennemis de classe.

    (*)On ne parle plus d’« ouvriers » mais d’« opérateurs ». Cf. Christophe Dejours, Souffrance en France, Seuil, Paris, 1998.

  8. DAUTEL a dit :

    L HEURE EST GRAVE

    N Y A T IL PAS DES PARTIS POLITIQUES QUI POURRAIENT EXIGER DES DEBATS TELEVISES POUR INFORMER LE PLUS GRAND NOMBRE

    LA MAJORITE DES PEUPLES NE SONT PAS INFORMES

    LES ECOLOGISTES PAR EXEMPLE NE POURRAIENT ILS PAS EXIGER

    UN REFERENDUM

  9. Réformes structurelles : le retour du XIXème siècle | Résistance Inventerre a dit :

    […] Depuis Mosset – 26/01/2015 – Raoul- Marc Jennar […]

  10. C. Lougovoy a dit :

    Ce Capitalisme là est clairement ANTI SOCIAL qu’on se le dise une fois pour toutes.

  11. CARLIN Jean-Pierre a dit :

    Ce décryptage, par Raoul Jennar, de ce que l’on doit entendre par « réformes structurelles » et les conclusions à en tirer sur le combat qui doit être mené dès à présent sont importants, – dans le droit fil de son action si militante anti-GMT. Pas question donc de le paraphraser : sa pédagogie suffit.
    Elle sert ce combat contre les accords tendant à « soumettre les peuples à la dictature des transnationales » et contre la loi Macron.

    Mais si, dans sa conclusion, il y associe très justement la lutte du peuple grec « qui vient de montrer le chemin », pour « être à la hauteur » y-a-t-il un ordre, du moins chronologique (« pour l’heure ») ? Je ne le pense pas et suis inquiet d’une attitude générale des milieux engagés concernés qui semble, pour l’instant, laisser les grecs assez seuls. Certes, c’est à eux seuls d’assumer d’abord ce qui est de leur responsabilité ; pour autant, sans anticiper des prises de position lourdes de conséquences, je n’ai guère entendu de déclarations de principe de solidarité. Alors que d’évidence, cela irait mieux en le disant, sans préjuger les applications.

    A mon fort modeste niveau, et dès les résultats électoraux connus, il m’avait semblé que, à l’égal de « Je suis Charlie » pour une autre raison bien sûr, affirmer « Je suis grec » participait de cette élémentaire solidarité avec le peuple grec. Or, aucun écho à cela, comme si personne ne se sentait totalement concerné… Angoissant…
    Etant aussi ajouté une évidence : cette solidarité devra être bientôt partagée par et avec tous les peuples d’Europe. Sinon l’échec sera pour eux tous également, avec la catastrophe d’une régression générale, les prédateurs reprenant de plus belle leur entreprise de destruction… Alors faut-t-il ‘laisser du temps au temps’ ? Jeu dangereux : les adversaires retricotent déjà leurs maillages !
    Comme Anny Sire Richard (n°4), je regrette le « sur place », y compris sur l’affaire grecque. (Quant aux ‘assemblées citoyennes’, il suffit déjà de relever l’influence voire plus du PCF – mais c’est une autre histoire). En revanche, certains en sont déjà à ‘chercher des poux dans la tête’ de Tsipras et des membres de son entourage…

    Je veux terminer sur moins inquiétant, puisqu’il s’agit de l’exploitation de la langue, évoqué par tous. En indiquant deux références, outre ‘les chiens de garde’ et les ‘nouveaux…’, car par forcément connues de tous :
    – « la langue du III° Reich » de Victor Klemperer, prof de philologie chassé de l’université de Dresde, sur ‘la destruction de l’esprit et de la culture allemands par la novlangue nazie’. (Albin Michel)
    – en référence et prolongement, le petit ouvrage d’Eric Hazan, de 2006 :LQR (Lingua Quintae Respublicae), chez Raisons d’agir.
    A 50 ans de distance, l’écho de Hazan à ce qui était déjà « devenu la référence de toute réflexion sur le langage totalitaire », constitue une alerte contre cette LQR d’aujourd’hui, « l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre », par imprégnation lente. Bonne lectures.

  12. Raoul Marc Jennar a dit :

    Cher Jean-Pierre, il ne peut être question de laisser le peuple grec se débrouiller seul face à un pouvoir UE qui n’existe que parce que des formations politiques de tous les pays de l’UE, y compris le nôtre, lui apportent leur soutien. Il nous faut être solidaires du peuple grec qui mène un combat européen. Et la meilleure façon de soutenir le peuple grec, c’est de combattre, chez nous, ceux qui nous gouvernent dont l’hypocrisie et la duplicité ne connaît pas de limites. Notre premier objectif doit être le rejet de la loi Macron. Et nous devons poursuivre inlassablement la mobilisation contre ces accords de libre-échange qui détruisent les souverainetés populaires et nous asservissent aux firmes privées.

  13. Melou jackie a dit :

    Excellent article comme souvent tu le fais.Il faudrait qu’il soit lu par un très grand nombre de concitoyens en France afin tous nous sachions ce que contient la loi Macron et le futur projet grand marché transatlantique(TAFTA).
    Nous constatons ,que souvent nos élus même ne savent pas de quoi il en retourne et c’est à nous de prendre le bâton de pèlerin et d’aller échanger avec eux jusqu’à obtenir une réunion publique d’information.(Ils ont besoin de nos voix n’est-ce pas?) Alors tous au boulot.
    Il en va de notre avenir et surtout nous devons être solidaire avec le peuple Grec et peut être bientot avec le peuple Espagnol.Unissons tous nos rêves et nos efforts nous seront plus forts ensemble

  14. Philippe a dit :

    Excellent article. Je tombe sur votre liste depuis les News de M COLLON; Je ne regrette pas le détours.
    Bonne journée et bonne continuation !

  15. René de VOS a dit :

    Je crois que le « capitalisme social » n’existe pas. @C. Lougovoy

  16. Raoul Marc Jennar a dit :

    René, bien d’accord. Non seulement, la logique du capitalisme est à l’opposé des exigences sociales et on le voit plus que jamais depuis une trentaine d’années, mais l’expression elle-même n’est rien d’autre qu’un oxymore. Cette expression participe de l’intoxication pour faire accepter l’inacceptable : le capitalisme.

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