09 Août 2017

Je viens de rentrer en France par la voie des mers. Sur le conseil d’un ami aujourd’hui disparu, le grand journaliste italien Tiziano Terzani, j’ai effectué le retour en douceur de l’Orient extrême vers l’Europe. J’ai loué une cabine sur un cargo, en l’occurence un porte-conteneurs. C’est une expérience que je recommande vivement quand on veut rompre avec le rythme qu’impose aujourd’hui un certain modèle de société.

Les Chinois ont un proverbe pour chaque situation. « Un voyage de dix mille lieues commence aussi par un premier pas » disent-ils. Mon voyage de 8050 milles (en mer on compte en milles, soit 15.000 km) avait commencé par la route de Phnom Penh à Vung Tau, au Vietnam. Dix heures en minibus. Avec passage par Neak Loeung. Jusqu’il y a peu, c’est là qu’on franchissait en ferry le Mékong, large à cet endroit d’au moins deux kilomètres. Avec l’aide des Japonais, les autorités cambodgiennes ont construit un superbe pont qui rappelle celui qui passe au dessus de la Seine au Havre. Puis vient la frontière vietnamienne. On change de véhicule après avoir franchi les services de l’immigration à une vitesse proportionnelle au nombre de dollars glissés à un des agents qui proposent leur aide. Le 14 juillet, en fin de matinée, à Vung Tau, c’est l’embarquement sur le CC Lapérouse.

Pendant 23 jours, j’ai goûté d’un bonheur rare, d’un vrai luxe aujourd’hui : être coupé du monde. Vingt-trois jours d’un total isolement. Pas de courriers sur mes messageries, inaccessibles. Pas d’infos, ni de commentaires sur mes blogs ou sur Facebook, inaccessibles eux-aussi. Pas de télé. Pas de radio. Aucun motif de préoccupations. Aucune agression des réseaux sociaux. Aucune nouvelle des turpitudes humaines.  Lavé, par l’océan, des miasmes de la politique politicienne à la française. Une véritable cure de désintoxication.

Pendant 23 jours, autre bienfait, pas de contrainte horaire, à l’exception des repas de midi et du soir qui ont rythmé les journées. Pas d’obligation de me lever à une heure dite, d’être ici ou là à tel moment, d’avoir à faire ceci ou cela pour telle heure ou tel jour. Il s’est trouvé un moment où, désireux de quitter la passerelle, je me suis rendu compte que je n’étais tenu à rien, que je n’avais aucune obligation à satisfaire. Ce fut comme si je redécouvrais la liberté. Un instant rare de pur bonheur. La seule contrainte que je me sois infligée, c’est celle d’écrire. Mais écrire n’est en rien une contrainte, c’est un plaisir. Presqu’un besoin. Je reviens avec un carnet de notes d’une centaine de pages d’une écriture bien serrée. Du coup, entre les longues heures de méditation face aux étendues marines, l’écriture et les contacts avec l’équipage, je n’ai pas vu le temps passer.

Pendant 23 jours, j’ai vécu à côté de marins. Une communauté humaine qui m’était totalement inconnue. Et je me garderai bien d’écrire que je la connais désormais, tant il doit y avoir des vies de marin très différentes et tant chaque vie à bord est liée à une activité spécifique. Mais je retiens que pas un seul n’a refusé de me sourire, de me parler, de m’informer. Avec les Indiens et les Philippins, seul l’anglais permettait les échanges. Ils furent nombreux et plus que cordiaux, notamment avec les timoniers philippins sur la passerelle. Avec les officiers français dont je partageais l’apéro au carré des officiers et la table ensuite à la salle à manger, les rapports furent toujours très chaleureux. J’ai eu beaucoup de chance d’être le seul passager, car on m’a permis ce qu’on n’autorise sans doute  pas à tout un groupe (ce navire là dispose de six cabines pour passagers).

Pendant 23 jours, je me suis regardé dans le miroir des immensités marines. Moins pour faire un bilan que pour penser l’avenir. Un avenir très différent de ce qui m’a occupé en France depuis dix ans (voir mon billet précédent).

Tiziano avait raison : c’est une expérience exceptionnelle.

Raoul

 

04 Juil 2017

A partir de 1999, je me suis adressé aux Françaises et aux Français à travers des articles, des livres et des conférences. Je l’ai fait d’abord pour alerter sur l’Organisation Mondiale du Commerce et les accords qu’elle gère, instruments de la mondialisation néo-libérale voulus, négociés et adoptés par nos gouvernements et ratifiés par nos parlements. Je me suis surtout concentré sur l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) dont la mise en oeuvre progressive conduit au démantèlement par étapes de tous les services publics et à l’ubérisation de nos sociétés et aussi sur les droits de propriété intellectuelle qui réduisent l’accès aux médicaments essentiels, favorisent les manipulations génétiques sur le vivant végétal, animal et humain et portent gravement atteinte à la biodiversité en légalisant la bio-piraterie. Ce qui m’a amené à mettre en lumière le rôle néfaste de l’Union européenne dans ces domaines, notamment par un livre à l’origine d’une évolution de mon engagement dans la sphère politique : « Europe, la trahison des élites ».

Ce livre, dont un chapitre analysait le projet de traité constitutionnel européen, m’a conduit, en 2004, à être, avec Yves Salesse, le co-auteur de l’appel des 200 pour un « non » de gauche au TCE et à devenir un des animateurs de la campagne pour ce « non ». Ce rejet du TCE se fondait sur l’espoir d’une possibilité de réformer l’UE. C’était un « non » pour un « oui » à une autre Europe, plus démocratique, plus sociale, plus écologique. J’ai animé 132 réunions publiques en 2004-2005. Notre victoire m’a conduit à participer, avec des centaines d’autres, à une tentative de transformer l’essai à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007 en élaborant un projet politique qui serait porté par une candidature commune. Nous avons passé toute l’année 2006 à travailler sur 125 propositions émergeant de dizaines de comité unitaires antilibéraux, les fameux CUAL. Mais nous nous sommes fracassés sur le choix de cette candidature, le PCF entendant imposer à tout prix sa candidate. Un authentique rassemblement alternatif se brisait sur la volonté d’un appareil politique partisan. Première immense déception.

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30 Juin 2017

source de la photo  :  http://bit.ly/2sy0aG6

Michael Vickery n’est plus. Il est décédé hier à Battambang à l’âge de 86 ans. Son nom ne dira sans doute pas grand chose à ceux qui sont étrangers à l’histoire du Cambodge. Mais pour tous ceux qui ont un attachement pour le pays des Khmers, c’est un savant hors normes qui vient de disparaître.

Docteur en histoire de l’Université de Yale avec une thèse sur le Cambodge après Angkor du 14e au 16e siècle, cet homme qui avait sur les Etats-Unis le regard critique d’un Noam Chomsky, laisse une oeuvre considérable qui s’est appuyée sur une maîtrise peu commune de plusieurs langues anciennes et modernes et un regard sans complaisance sur les travaux historiques existants.

Il a consacré sa vie à l’enseignement et à la recherche historique dans différentes universités de l’Asie du Sud-Est : Cambodge, Laos, Malaisie, Thaïlande. Chercheur indépendant, il fut un temps associé à l’Asia Research Institute de l’Université nationale de Singapour.

Il ne s’est pas seulement intéressé à l’histoire ancienne et il a fourni de nombreux travaux sur le Cambodge contemporain. Parmi les ouvrages les plus connus : Cambodia 1975-1982 (1984), Kampuchea, Politics, Economics and Society (1986), Society, Economics and Politics in Pre-Angkor Cambodia: The 7th-8th Centuries (1998), Cambodia: A Political Survey (2007).

Nous nous rencontrions régulièrement pendant les années 90-2000. Il appréciait mes écrits. Je savourais son français plein de gouaille qui s’apparentait à celui qu’on devait entendre dans les faubourgs populaires de Paris à la fin des années trente. Sa moustache rappelait nos papys d’autrefois. Il souriait peu, sauf lorsqu’il évoquait le gent féminine qui ne l’a jamais laissé insensible, jusqu’il y a quelques mois encore. Mais son érudition et sa capacité d’analyse stupéfiaient.

Il laisse inachevés de nouveaux travaux sur la période pré-angkorienne. Un savant s’en va. Cet amoureux du pays des Khmers va nous manquer énormément.
rmj

14 Juin 2017

La perspective d’une « chambre introuvable » (350 ultra-royalistes sur 400 élus, en 1815) aux ordres du Président de la République a ramené le mode de scrutin au premier plan des commentaires politiques. Pourtant, le phénomène, certes exceptionnel, n’est pas nouveau même si, sous la Ve République, il fut d’une ampleur moindre que celle annoncée : 1968, après les évènements de Mai, 1981 avec la première alternance, 1993 avec la débacle mitterrandienne.

On sait, depuis le Professeur Maurice Duverger, qu’il y a un lien mécanique entre le mode de scrutin et le système politique qu’il engendre. Même si cette « loi Duverger » demande à être nuancée, il demeure que dans un très grand nombre de cas, elle se vérifie et que les cas contraires sont à ranger dans la catégorie des exceptions.

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27 Mai 2017

A mes amis, à mes soeurs et mes frères du Cambodge,
une bonne nouvelle :
Un des responsables des pires souffrances endurées par les survivants de l’horrible période 1970-1979 vient de mourrir.
Il s’appelait Zbigniew Brzezinski. En 1979, il était le responsable à la sécurité nationale du Président des USA Jimmy Carter.
En janvier 1979, lorsque l’armée vietnamienne assistée de deux ou trois dizaines de milliers de Cambodgiens en rébellion contre le régime de Pol Pot met fin au régime sanguinaire de celui-ci, les USA ont deux options :
– accepter cette heureuse libération du peuple cambodgien et proposer aux Vietnamiens de rentrer chez eux car une force internationale va les remplacer pour empêcher le retour des Khmers rouges au pouvoir
ou bien
– condamner l’intervention vietnamienne, s’allier aux protecteurs des Khmers rouges, la Chine, reconstituer l’armée de Pol Pot dans des camps en Thaïlande, combattre l’armée vietnamienne et la jeune armée cambodgienne, imposer via l’ONU un embargo total au peuple cambodgien pour le punir d’avoir été libéré par les « mauvais » vietnamiens ?

Dans cet excellent livre du journaliste Nayan Chanda intitulé « Les frères ennemis » (presses du CNRS), on peut suivre le débat qui a eu lieu à Washington où les deux options furent examinées. Et c’est Zbigniew Brzezinski qui l’a emporté en privilégiant la deuxième option : le choix de la Chine et en théorisant la guerre par procuration : utiliser les Khmers rouges pour combattre les Vietnamiens sans se souvier un seul instant du sort des 4.5 millions de survivants des années 70.

Un monstre vient de mourir. Un inhumain qui prenait pour pertes et profits les immenses souffrances du peuple khmer qui avait subi la guerre américaine jusqu’en 1975 et ensuite le régime de Pot Pot.

Savez-vous seulement ce que fut la guerre américaine ? Le Cambodge est et demeure le pays le plus bombardé de l’histoire de l’humanité : 2.756.941 tonnes de bombes qui ont été déversées sur le Cambodge du 4 octobre 1965 au 15 août 1973 ; une guerre chimique de 8 ans avec 150.000 ha de plantations et de forêts détruites par l’agent orange et des dizaines de milliers de morts et des bébés difformes qui naissent encore aujourd’hui; un pays totalement détruit ; et après ça, le régime de Pol Pot : 2.200.0000 morts et une société complètement déstructurée, des survivants traumatisés, 90% des titulaires d’un certificat d’études dans les fosses communes; une immense perte de sens.
C’est à ce peuple victime que Brzezinski voulut qu’on imposa un embargo de douze ans, ce qui a signifié interdiction de toute aide au développement, à la reconstruction, à l’enseignement, à la santé depuis 1979… jusqu’en 1991.
Sa disparition est celle d’un de ceux qui ont tant fait souffrir le peuple cambodgien. Sa capacité de nuisance vient enfin de s’éteindre.
rmj

PS : La France, la Belgique et les autres valets des USA ont soutenu cet embargo de 1979 à 1991.

 

26 Mai 2017

Une chronique constitutionnelle de Louis Saisi sur l’enjeu des prochaines élections législatives du mois de juin : « Les 11 et 18 juin 2017, les Français auront le choix entre un plébiscite et l’élection d’un contrepouvoir législatif. »

Les 11 et 18 juin 2017, les Français auront le choix entre un plébiscite ou l’élection d’un contrepouvoir législatif…

22 Mai 2017

EL KHOMRI, LE FOLL, TOURAINE, VALLS, quatre ministres du quinquennat Hollande contre lesquels Macron ne présente aucun candidat. Quatre ardents défenseurs des thèses libérales, des cadeaux au patronat, du démantèlement du droit du travail, du soutien à l’agro-business et aux pesticides, de la privatisation de la santé publique. Quatre parlementaires qui soutiendront Macron s’ils sont élus puisqu’ils s’inscrivent dès à présent dans l’orientation présidentielle.

Il fallait tout faire, si on a combattu leurs politiques, pour les empêcher d’être élus. Mais d’autres considérations très bassement politiciennes l’ont emporté et les voix de gauche vont s’éparpiller favorisant de la sorte leur élection.

Ceux qui ont fait le choix d’affaiblir l’alternative démocratique, sociale et écologique portent une écrasante responsabilité car rien, absolument rien, ne justifie que  ces gens-là ne soient pas sanctionnés pour leurs  nuisances passées et empêchés d’en commettre dans le futur.

On rêve d’un sursaut, d’un désistement, dans chacune des quatre circonscriptions concernées, en faveur d’une seule candidature afin de créer une dynamique unitaire et de priver Macron de ces quatre soutiens qui sont de sinistres symboles du quinquennat Hollande.

Quelle est la crédibilité des différent(e)s candidat(e)s à gauche, alors qu’ils ne font pas tout ce qui s’impose pour que leurs propos aient du sens ?

Les électrices et les électeurs des 4 circonscriptions (1ère de l’Essonne, 18e de Paris, 4e de la Sarthe, 3e d’Indre-et-Loire) devraient montrer qu’ils sont plus sages et plus déterminés que les dirigeants des différents appareils et forcer à l’unité et aux désistements indispensables.

Devant la défaillance et la duplicité des appareils, il ne reste que le peuple. Mais quand il le veut, le peuple peut tout.

rmj