09 Fév 2018

Ce monogramme utilisé par les empereurs de la branche autrichienne des Habsbourg résume la formule latine Austria Est Imperare Orbi Universo, il est de la mission de l’Autriche de dominer le monde. Il suffit de remplacer Austria par America et on trouvera la synthèse d’un document que vient de signer Donald Trump et qui s’intitule National Security Strategy of the United States of America – December 2017.

En 55 pages, les plus hautes autorités américaines confirment avec force leur volonté d’imposer à la planète entière leur leadership et par là même leur refus de s’inscrire dans un monde multipolaire qui réduit de fait leur sphère d’influence aux pays qui entendent demeurer leurs vassaux.

La vision messianique du rôle prépondérant des Etats-Unis d’Amérique dans le monde demeure plus que jamais le credo de la politique étrangère américaine : « America will lead abroad » affirme le document. Puisque « American principles are a lasting force for good in the world » On ne pourrait pas mieux répéter, une nouvelle fois, que ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour le monde.

L’émergence d’autres puissances est perçue comme un défi, une menace pour les Etats-Unis, leurs alliés et leurs partenaires. Il ne peut y avoir sur la planète qu’une seule influence dominante, celle des USA. Le légitime développement d’autres pays qui les conduit à exercer un rôle déterminant dans les relations internationales est interprété dans ce document comme une menace pour la puissance, l’influence, les intérêts et donc la sécurité et la prospérité des USA. La Chine et la Russie sont désignés comme les plus grandes menaces auxquelles sont associés la Corée du Nord et l’Iran.

Pour restaurer la suprématie US – America first ne signifie pas seulement d’abord l’Amérique, mais aussi l’Amérique über alles – le document établit la politique US sur quatre piliers : sécurité, domination économique et énergétique, augmentation de la force militaire, exaltation des valeurs américaines. Lire la suite »

21 Déc 2017

 

https://thmeythmey.com/?page=detail&id=59907

(voir aussi sur ma page facebook)

Je viens de donner une interview à un media cambodgien. J’aurai sous peu l’occasion de livrer mon analyse de ce qui se passe dans ce pays et qui s’écarte assez largement de ce que racontent les médias occidentaux (mais nous savons depuis longtemps que leur plume ou leur langue sont serves dès qu’il s’agit de gouvernements qui ne plaisent pas).

Dans cet entretien,  je rappelle la responsabilité des Européens dans leur soutien à la guerre infligée aux Cambodgiens par les USA entre 1970 et 1975, dans leur silence pendant le régime génocidaire de Pol Pot (1975-1979) et leur soutien à l’embargo voulu par les USA pour punir les Cambodgiens d’avoir été libérés des Khmers rouges par les Vietnamiens et avoir ainsi privé les survivants d’une des plus grandes tragédies du XXe siècle de toute aide pendant 12 ans (1979-1991).

Et aujourd’hui, ils veulent infliger des sanctions à un pays qui n’est pas encore en état d’appliquer la démocratie parfaite que les Occidentaux ont voulu implanter dans un pays qui n’avait jamais connu ce modèle de démocratie qui n’existe nulle part ailleurs sur le continent asiatique.

Mais quand on sait que Mme Rona Smith, Représentante spéciale de l’ONU pour les droits de l’Homme au Cambodge, qualifie de simples « troubles du siècle passé » le fait que le Cambodge ait été, du fait des USA, le pays le plus bombardé de toute l’histoire de l’humanité (2. 756.941 tonnes de bombes – plus que sur l’Allemagne et le Japon réunis, les deux bombes A comprises) et qu’il a subi par la même aviation, la plus longue guerre chimique connue jusqu’ici, que son peuple a souffert sous un régime génocidaire qui a rayé des vivants 2.200.00 êtres humains (sur environ 7.200.000) et qu’il a subi pendant douze ans l’interdiction de toute aide au développement, on a compris ce que signifie « la morale internationale ».

Meilleurs voeux aux survivants de toutes les lâchetés et de toutes les viles complicités de ceux qui nous gouvernent.

rmj

21.12.2017

 

23 Oct 2017

Quand les compromis diplomatiques ignorent les réalités du terrain

 Les Accords de Paris furent, à de rares exceptions près, très positivement accueillis par la plupart des observateurs et leur mise en œuvre par l’APRONUC (Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge) eut droit le plus souvent à des évaluations très positives. Aujourd’hui, des analyses plus nuancées ont été publiées en particulier dans le cadre de travaux comparant plusieurs opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Pour ma part, ce n’est pas comme politologue ou comme intellectuel, au sens que Malraux donnait à ce mot, mais c’est tout simplement comme être humain, que je ne peux partager ce degré de satisfaction que j’ai pu entendre.

Mon niveau, celui où je me suis tenu et où je me tiens encore, c’est celui que j’ai perçu comme étant le niveau des survivants de l’holocauste cambodgien. C’est aussi celui d’un Européen honteux d’avoir vu des pays qui me sont particulièrement chers, la Belgique et la France, punir avec d’autres les Cambodgiens d’avoir été libérés par les Vietnamiens en adoptant à l’ONU les positions que l’on sait. Si depuis 28 ans, j’entretiens avec ma troisième patrie – au sens où Cicéron entendait ce mot : l’endroit où on se sent bien – un lien si intense, c’est comme une manière de demander pardon pour le mal que nous avons fait, pardon pour l’injustice que nous avons commise depuis le confort des chancelleries où on joue le sort des peuples comme des pions sur un jeu d’échec. Jamais, jamais, je ne pourrai m’accommoder du cynisme d’un Henry Kissinger soutenant le coup d’Etat de 1970 ou d’un Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter organisant au Cambodge une guerre par procuration.

Les ombres des disparus hantent les rizières devenues des charniers et les murs des pagodes et des écoles transformées en centres de torture. Elles nous interrogent, nous Occidentaux : « pourquoi avez-vous traité ainsi ceux que nous avons laissés derrière nous ? »

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30 Juin 2017

source de la photo  :  http://bit.ly/2sy0aG6

Michael Vickery n’est plus. Il est décédé hier à Battambang à l’âge de 86 ans. Son nom ne dira sans doute pas grand chose à ceux qui sont étrangers à l’histoire du Cambodge. Mais pour tous ceux qui ont un attachement pour le pays des Khmers, c’est un savant hors normes qui vient de disparaître.

Docteur en histoire de l’Université de Yale avec une thèse sur le Cambodge après Angkor du 14e au 16e siècle, cet homme qui avait sur les Etats-Unis le regard critique d’un Noam Chomsky, laisse une oeuvre considérable qui s’est appuyée sur une maîtrise peu commune de plusieurs langues anciennes et modernes et un regard sans complaisance sur les travaux historiques existants.

Il a consacré sa vie à l’enseignement et à la recherche historique dans différentes universités de l’Asie du Sud-Est : Cambodge, Laos, Malaisie, Thaïlande. Chercheur indépendant, il fut un temps associé à l’Asia Research Institute de l’Université nationale de Singapour.

Il ne s’est pas seulement intéressé à l’histoire ancienne et il a fourni de nombreux travaux sur le Cambodge contemporain. Parmi les ouvrages les plus connus : Cambodia 1975-1982 (1984), Kampuchea, Politics, Economics and Society (1986), Society, Economics and Politics in Pre-Angkor Cambodia: The 7th-8th Centuries (1998), Cambodia: A Political Survey (2007).

Nous nous rencontrions régulièrement pendant les années 90-2000. Il appréciait mes écrits. Je savourais son français plein de gouaille qui s’apparentait à celui qu’on devait entendre dans les faubourgs populaires de Paris à la fin des années trente. Sa moustache rappelait nos papys d’autrefois. Il souriait peu, sauf lorsqu’il évoquait le gent féminine qui ne l’a jamais laissé insensible, jusqu’il y a quelques mois encore. Mais son érudition et sa capacité d’analyse stupéfiaient.

Il laisse inachevés de nouveaux travaux sur la période pré-angkorienne. Un savant s’en va. Cet amoureux du pays des Khmers va nous manquer énormément.
rmj

27 Mai 2017

A mes amis, à mes soeurs et mes frères du Cambodge,
une bonne nouvelle :
Un des responsables des pires souffrances endurées par les survivants de l’horrible période 1970-1979 vient de mourrir.
Il s’appelait Zbigniew Brzezinski. En 1979, il était le responsable à la sécurité nationale du Président des USA Jimmy Carter.
En janvier 1979, lorsque l’armée vietnamienne assistée de deux ou trois dizaines de milliers de Cambodgiens en rébellion contre le régime de Pol Pot met fin au régime sanguinaire de celui-ci, les USA ont deux options :
– accepter cette heureuse libération du peuple cambodgien et proposer aux Vietnamiens de rentrer chez eux car une force internationale va les remplacer pour empêcher le retour des Khmers rouges au pouvoir
ou bien
– condamner l’intervention vietnamienne, s’allier aux protecteurs des Khmers rouges, la Chine, reconstituer l’armée de Pol Pot dans des camps en Thaïlande, combattre l’armée vietnamienne et la jeune armée cambodgienne, imposer via l’ONU un embargo total au peuple cambodgien pour le punir d’avoir été libéré par les « mauvais » vietnamiens ?

Dans cet excellent livre du journaliste Nayan Chanda intitulé « Les frères ennemis » (presses du CNRS), on peut suivre le débat qui a eu lieu à Washington où les deux options furent examinées. Et c’est Zbigniew Brzezinski qui l’a emporté en privilégiant la deuxième option : le choix de la Chine et en théorisant la guerre par procuration : utiliser les Khmers rouges pour combattre les Vietnamiens sans se souvier un seul instant du sort des 4.5 millions de survivants des années 70.

Un monstre vient de mourir. Un inhumain qui prenait pour pertes et profits les immenses souffrances du peuple khmer qui avait subi la guerre américaine jusqu’en 1975 et ensuite le régime de Pot Pot.

Savez-vous seulement ce que fut la guerre américaine ? Le Cambodge est et demeure le pays le plus bombardé de l’histoire de l’humanité : 2.756.941 tonnes de bombes qui ont été déversées sur le Cambodge du 4 octobre 1965 au 15 août 1973 ; une guerre chimique de 8 ans avec 150.000 ha de plantations et de forêts détruites par l’agent orange et des dizaines de milliers de morts et des bébés difformes qui naissent encore aujourd’hui; un pays totalement détruit ; et après ça, le régime de Pol Pot : 2.200.0000 morts et une société complètement déstructurée, des survivants traumatisés, 90% des titulaires d’un certificat d’études dans les fosses communes; une immense perte de sens.
C’est à ce peuple victime que Brzezinski voulut qu’on imposa un embargo de douze ans, ce qui a signifié interdiction de toute aide au développement, à la reconstruction, à l’enseignement, à la santé depuis 1979… jusqu’en 1991.
Sa disparition est celle d’un de ceux qui ont tant fait souffrir le peuple cambodgien. Sa capacité de nuisance vient enfin de s’éteindre.
rmj

PS : La France, la Belgique et les autres valets des USA ont soutenu cet embargo de 1979 à 1991.

 

14 Fév 2017

Près de 13 000 personnes auraient été exécutées dans la prison syrienne Saidnaya entre 2011 et 2015. Pour le cinéaste Rithy Panh, cette violence demande notre pleine attention.

LE MONDE | 14.02.2017 à 06h37 • Mis à jour le 14.02.2017 à 07h15 | Par Rithy Panh (cinéaste)

« Je n’ai pas de solution pour la Syrie. Mais je veux savoir. Je ne détourne pas les yeux »

Par Rithy Panh, cinéaste

Je ne sais pas s’il y a un abattoir humain à Damas. Je ne dispose pas d’informations particulières mais je suis comme vous : j’ai lu ce nom, Saidnaya, le rapport d’Amnesty international, j’ai écouté les témoignages terrifiants, la soif, la faim, la torture, les pendaisons. J’ai observé cette photo prise du ciel, comme une araignée noire inapprochable. Je suis épouvanté.

Je me suis arrêté sur ce chiffre, entendu d’abord à la radio : 13 000 morts en quatre ans, dans ce seul lieu. Treize mille. Je l’écris sous deux formes, que chaque chiffre perdu dans le flux quotidien prenne sa signification. Se cherche un visage. Quatre années : le temps des Khmers rouges. 13 000 morts : ce chiffre m’a fait penser au centre d’extermination S21, à Phnom Penh, tout de suite – il ne faudrait pas dire « penser », c’est comme un réflexe de connaissance, une intuition, une estimation abjecte. Il y a tant d’images impossibles dans le monde. L’image des suppliciés, si proche, à portée de nos mains, nos mains impuissantes.

Dans l’approche du mal

Il y a tant de méthodes pour détruire l’homme et le faire parler. De quoi, et pour quoi, nul ne sait vraiment. Sauf peut-être Donald Trump, qui parle beaucoup mais ne sait rien de la guerre et de la violence véritable. L’homme démocratique peut aussi être un imbécile. A S21, on faisait manger aux prisonniers leurs excréments. On frappait. On électrocutait. On questionnait la nuit, le jour, pendant des semaines, des mois. Puis quand le dossier était complet, presque archivé déjà, le supplicié partait dans la nuit vers le champ de la mort.

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24 Oct 2016

Le Ministère cambodgien des Affaires étrangères et l’Ambassade de France à Phnom Penh ont organisé conjointement une séance académique pour marquer le 25e anniversaire des Accords de Paris, signés le 23 octobre 1991. La tonalité de la majorité des interventions relevait des propos convenus sur le « succès » de ces Accords. Toutefois, le Ministre cambodgien lui-même a tenu à indiquer :

« Pour celles et ceux qui, demeurés au Cambodge, survécurent à la tragédie du régime de Pol Pot et se réjouirent d’avoir été libérés de la tyrannie, les Accords de Paris constituent une étape dans un processus entamé le 7 janvier 1979. Pas une fin en soi. Une étape, parce que tout ce qui a précédé était incompréhensible à nos yeux : la négation par la communauté occidentale des crimes de masse commis dans notre pays, le maintien d’un dirigeant Khmer rouge comme représentant du Cambodge à l’ONU, la décision d’interdire toute aide au développement à un pays totalement détruit et à une société disloquée ayant perdu ses repères et ses élites, tout cela fut décidé dans le cadre des Nations Unies. Telle fut la réalité diplomatique des années qui ont suivi notre libération, de 1980 à 1991. J’ai eu l’occasion de le dire il y a quelques semaines devant l’assemblée générale de l’ONU, il y a pour nous un passé qui ne passe pas. Nous avons pris conscience de l’instrumentalisation du thème de la démocratie et de celui des droits de l’Homme selon les opportunités géopolitiques du moment. Et il est des Etats qui peuvent tout se permettre sans jamais être condamnés. Ce ne sont pas les principes qui guident les relations internationales, ce sont les intérêts du moment. C’est donc avec cette lucidité qu’il nous faut regarder, 25 ans après, ce qu’ont représenté les Accords de Paris ».

Pour ma part, j’ai proposé une lecture critique des Accords de Paris et de la manière dont ils ont été mis en oeuvre par l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC) dont j’étais un consultant :

Les Accords de Paris furent, à de rares exceptions près, très positivement accueillis par la plupart des observateurs et leur mise en œuvre par l’APRONUC eut droit le plus souvent à des évaluations très positives. Aujourd’hui, des analyses plus nuancées ont été publiées en particulier dans le cadre de travaux comparant plusieurs opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Pour ma part, ce n’est pas comme politologue ou comme intellectuel, au sens que Malraux donnait à ce mot, mais c’est tout simplement comme être humain, que je ne peux partager ce degré de satisfaction que j’ai pu entendre.

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