09 Jan 2019

Le gouvernement vient de donner la liste des réformes qui auront sa priorité dans les douze mois à venir. Parmi les cinq premières figure une révision de la loi du 9 décembre 1905 « concernant la séparation des Églises et de l’État ».

Pourquoi modifier une loi qui constitue un des fondements du principe républicain d’ailleurs consacré par le premier article de la Constitution des IV et Ve Républiques ? Et pourquoi une telle hâte ?

Comme le soulignait Jaurès, un des principaux acteurs, avec Aristide Briand, du débat qui a conduit à cette loi, « la démocratie ne peut assurer son office qui est d’assurer l’égalité des droits que dans la laïcité ». Pour lui, démocratie et laïcité sont « indivisibles » puisque la mission de la démocratie est de réaliser l’égalité dans la liberté. Jaurès, comme tous ceux qui n’oublient rien de notre histoire commune, garde à l’esprit les conflits extrêmement sanglants qui ont opposé catholiques et protestants pendant des siècles ; il vient de vivre les déchirements de l’affaire Dreyfus où s’est répandu le poison de l’antisémitisme.

Jaurès est aussi particulièrement conscient du rôle des institutions religieuses. Le monothéisme pousse à l’absolutisme. Les Églises sont des instruments de pouvoir sur la société. A défaut de s’emparer de l’État comme elles l’ont fait pendant des siècles – et comme c’est encore le cas dans certains pays -, elles interviennent dans le débat public et s’emploient à infléchir la décision politique dans un sens conforme aux dogmes qu’elles tentent d’imposer.

Il faut donc, par une loi, tout à la fois immuniser l’État contre les Églises et garantir, dans la liberté de chacun, l’égalité de tous les citoyens qu’ils soient croyants ou pas et qu’elles que soient leurs convictions philosophiques ou religieuses. Tel est le fondement de la loi de 1905.

Il s’exprime dans l’article 1er de la loi : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. » ainsi que dans l’article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (…). » Avec la loi de 1905, c’est la formule de Victor Hugo qui devient réalité : « L’Etat chez lui, l’Église chez elle ».

Qui demande de la remettre en cause ? Lire la suite »

06 Jan 2019

NOUS NOUS OPPOSONS AUX MODIFICATIONS DE LA LOI DE SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L’ÉTAT DU 9 DÉCEMBRE 1905

Depuis 113 ans, la Loi de séparation des Églises et de l’État est un texte fondateur de notre République. Cette loi et nulle autre, assure la liberté de conscience et affirme sans ambigüité ni faux-semblants que la République ne reconnaît, ne salarie, ne subventionne aucun culte. Elle garantit le libre exercice des cultes assuré par des associations dont l’objet et le patrimoine doivent être strictement cultuels.

Par l’esprit et la lettre, elle œuvre au rassemblement des êtres humains par-delà leurs différences. Avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, elle est au cœur du fonctionnement de notre vie collective, elle est le moteur du développement de nos libertés, elle contribue de manière décisive à l’égalité entre tous les citoyens quelles que soient leurs convictions.

La Loi de 1905 est la clé de voûte de l’édifice démocratique et républicain qui nous abrite et l’expression de l’idéal de justice et de fraternité universelle qui nous anime. Le principe de laïcité qui en découle est si fondamental qu’il a été inscrit à l’article 1er de notre Constitution.

Par l’universalité des principes qu’elle affirme et des dispositions qu’elle édicte, la Loi de séparation s’applique à tous les cultes et pose le principe de leur adaptation à la société républicaine. Non l’inverse.
Les signataires de l’appel sont conscients des inquiétudes soulevées par les menées communautaristes et par les dérives intégristes de l’islamisme politique, qui affaiblissent la société française. L’organisation du culte musulman, la transparence de ses financements et le contrôle du respect de l’ordre public par les organes cultuels sont les trois préoccupations que met en avant le gouvernement pour envisager la révision de la Loi de séparation.
En aucun cas la modification de cette Loi ne saurait être l’un des moyens de droit permettant de résoudre ces graves problèmes. L’organisation d’un culte et a fortiori ses principes théologiques ne regardent pas l’État mais les croyants et les pratiquants. La transparence du financement privé des cultes peut être assurée par des mesures de police fiscale et par des contrôles étroits autorisés par les lois françaises. La police des cultes est déjà entièrement contenue dans la Loi de 1905. Quant à la lutte contre les menées subversives et terroristes, elle ne relève pas de cette loi.
Au moment où l’unité citoyenne et la paix sociale sont mises en péril, il ne peut être question d’affaiblir leurs fondations en ouvrant la voie aux exigences de tous les groupes de pression et en relativisant le caractère inviolable de leurs principes.
C’est pourquoi les signataires demandent à tous les citoyens et toutes les citoyennes, toutes les associations, tous les syndicats, tous les partis politiques républicains de se rassembler autour de cet appel pour en faire une très large pétition nationale exigeant le respect de la Loi de Séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905. Lire la suite »

02 Jan 2019

L’imprudente référence de François Ruffin à Etienne Chouard a remis en lumière ce personnage ambigu.

Chouard n’est pas un fasciste. C’est un naïf devenu un agitateur d’idées connu suite à son implication dans la campagne contre le TCE et les conférences qu’il donne depuis. C’est l’exemple parfait de ces individus sans véritable culture politique qui participent, dans cette période de crise comme dans les années Trente, à une effrayante confusion des idées. Mais un naïf, en politique, peut être dangereux.

Deux raisons de se méfier de lui.

a). Dans l’argumentaire qu’il déploie pour dénoncer l’état de notre système politique et faire valoir certaines de ses propositions, il n’hésite pas à reprendre à son compte les slogans des ligues fascistes des années Trente. Son « tous pourris » vise sans nuances tout le spectre politique. Et sa violente attaque contre le suffrage universel est digne des conservateurs les plus radicaux lorsqu’ils combattaient ce progrès. Il développe tout l’argumentaire des adversaires de la démocratie parlementaire. Il rejette toutes les propositions de réformes du mandat au motif qu’elles ne sortent pas du principe de la démocratie représentative dont il affirme que ce n’est pas la démocratie : ni la représentation proportionnelle, ni le suffrage universel obtenu après tant de combats douloureux, ni une conception du mandat interdisant tout cumul, limitant l’exercice d’un même mandat à deux ou trois mandatures, ni le référendum révocatoire ne trouvent grâce à ses yeux. Avec des arguments poujadistes et des références historiques tout à fait contestables, il défend une conception mythique et impraticable de la démocratie et s’en prend aux idéaux pour lesquels nos aînés se sont tant battus afin d’assurer la présence du peuple dans la représentation nationale. Lire la suite »

18 Déc 2018

Je m’interroge. Quand j’observe que, sur la base de critères identiques, le taux de pauvreté en France est plus élevé qu’au Cambodge. Quand j’entends les témoignages des « sans dents », des « riens », de toutes ces femmes et ces hommes, dans la force de l’âge, et de tous ces retraités. Quand je constate que la prétendue « mondialisation heureuse » a accru les inégalités dans des proportions dignes de la Chine. Quand j’observe ce basculement entre les générations qui espéraient plus pour leur descendance et celles qui redoutent l’avenir pour leurs enfants et petits enfants. La France retourne-t-elle à ce qu’elle fut avant 1936 ?

Chacun peut apporter son témoignage de ce qu’il subit du fait d’un pays mal gouverné par des élites arrogantes, méprisantes et, si on pense au changement climatique et à la destruction de la biodiversité, totalement irresponsables.

Nous subissons incontestablement ce que Serge Halimi appelait déjà « Le grand bond en arrière » (Fayard, 2004). Lire la suite »

17 Jan 2018

Alors que des femmes se battent en Algérie, en Arabie Saoudite, en Iran, en Indonésie, partout dans le monde musulman, pour le droit à la libre disposition de leur corps dans tous les moments de la vie, nous défendons chez nous le droit à la différence qui conduit au communautarisme et à la différence des droits.

Alors que nous nous sommes battus, pendant des siècles, contre l’absolutisme meurtrier de l’Eglise catholique, qui a inventé sa propre technique de torture (la Question), qui a terrorisé des populations entières avec sa propre Gestapo (l’Inquisition), qui a exterminé des peuples entiers au nom de l’évangélisation, qui a exercé une véritable dictature morale jusqu’au milieu du XXe siècle, qui encore aujourd’hui s’oppose à de nouveaux droits qui ne s’imposent à personne, nous invoquons le danger de stigmatiser une communauté religieuse pour tolérer ce que nous avons combattu ici et ce que combattent là-bas ces femmes qui se battent pour leur liberté. Au prix de leur vie.

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04 Juil 2017

A partir de 1999, je me suis adressé aux Françaises et aux Français à travers des articles, des livres et des conférences. Je l’ai fait d’abord pour alerter sur l’Organisation Mondiale du Commerce et les accords qu’elle gère, instruments de la mondialisation néo-libérale voulus, négociés et adoptés par nos gouvernements et ratifiés par nos parlements. Je me suis surtout concentré sur l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) dont la mise en oeuvre progressive conduit au démantèlement par étapes de tous les services publics et à l’ubérisation de nos sociétés et aussi sur les droits de propriété intellectuelle qui réduisent l’accès aux médicaments essentiels, favorisent les manipulations génétiques sur le vivant végétal, animal et humain et portent gravement atteinte à la biodiversité en légalisant la bio-piraterie. Ce qui m’a amené à mettre en lumière le rôle néfaste de l’Union européenne dans ces domaines, notamment par un livre à l’origine d’une évolution de mon engagement dans la sphère politique : « Europe, la trahison des élites ».

Ce livre, dont un chapitre analysait le projet de traité constitutionnel européen, m’a conduit, en 2004, à être, avec Yves Salesse, le co-auteur de l’appel des 200 pour un « non » de gauche au TCE et à devenir un des animateurs de la campagne pour ce « non ». Ce rejet du TCE se fondait sur l’espoir d’une possibilité de réformer l’UE. C’était un « non » pour un « oui » à une autre Europe, plus démocratique, plus sociale, plus écologique. J’ai animé 132 réunions publiques en 2004-2005. Notre victoire m’a conduit à participer, avec des centaines d’autres, à une tentative de transformer l’essai à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007 en élaborant un projet politique qui serait porté par une candidature commune. Nous avons passé toute l’année 2006 à travailler sur 125 propositions émergeant de dizaines de comité unitaires antilibéraux, les fameux CUAL. Mais nous nous sommes fracassés sur le choix de cette candidature, le PCF entendant imposer à tout prix sa candidate. Un authentique rassemblement alternatif se brisait sur la volonté d’un appareil politique partisan. Première immense déception.

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14 Juin 2017

La perspective d’une « chambre introuvable » (350 ultra-royalistes sur 400 élus, en 1815) aux ordres du Président de la République a ramené le mode de scrutin au premier plan des commentaires politiques. Pourtant, le phénomène, certes exceptionnel, n’est pas nouveau même si, sous la Ve République, il fut d’une ampleur moindre que celle annoncée : 1968, après les évènements de Mai, 1981 avec la première alternance, 1993 avec la débacle mitterrandienne.

On sait, depuis le Professeur Maurice Duverger, qu’il y a un lien mécanique entre le mode de scrutin et le système politique qu’il engendre. Même si cette « loi Duverger » demande à être nuancée, il demeure que dans un très grand nombre de cas, elle se vérifie et que les cas contraires sont à ranger dans la catégorie des exceptions.

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