26 Juin 2019

On se souvient de l’horrible drame qui a frappé, il y a cinq ans déjà, le vol Amsterdam-Kuala Lumpur de la Malaysian Airlines abattu par un missile sol-air au dessus de la partie de l’Ukraine où un mouvement pro-russe fait sécession. 298 personnes, dont un grand nombre d’habitants des Pays-Bas, ont perdu la vie.

Ce drame rappelait, une fois de plus, que le monde n’est pas en paix et que le survol de territoires en conflits est lourd de risques. Ce que bon nombre de compagnies aériennes semblaient avoir alors oublié.

Dès le début, les pays de l’OTAN, c’est-à-dire les pays sous tutelle des USA, ont accusé la Russie. Sans avancer la moindre preuve. Et en assimilant des sécessionnistes ukrainiens aux Russes. Comme si chaque opération militaire dans cette région de l’est de l’Ukraine était décidée à Moscou.

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18 Mar 2019

On est sidéré d’apprendre, presque chaque jour, qu’il se trouve un gouvernement et une majorité de parlementaires qui défendent des choix qui vont tous dans le même sens : la destruction de la planète.

Ils défendent le nucléaire mais sont incapables de garantir en toute transparence la sécurité des populations et d’anticiper les effets sur l’environnement et la santé des générations futures des déchets qui s’accumulent année après année.

Ils défendent les pesticides et autres perturbateurs endocriniens et se moquent éperdument des conséquences pour la santé non seulement de ceux qui les utilisent professionnellement, mais de l’ensemble de la population. Comme leurs ainés en politique qui avaient autrefois contesté la dangerosité du plomb, puis plus tard de l’amiante, ce sont les industriels dont la logique n’est pas l’intérêt général qu’ils préfèrent écouter.

Ils sont incapables de remettre en question un modèle de société qui va rendre la planète invivable pour les êtres humains et bon nombre d’êtres vivants. Malgré des rapports qui s’accumulent depuis le premier qui remonte déjà à 1972, malgré des phénomènes – sécheresses et incendies ; averses torrentielles et inondations ; tornades ; fonte des pôles et des glaciers ; élévation du niveau des eaux ; destruction de grande ampleur de la biodiversité – de plus en plus perceptibles et de plus en plus manifestes, ils ne font rien qui soit à la hauteur des défis. Rien. Rien que du faux semblant pour faire croire qu’ils agissent alors qu’il n’en est rien.

Ces praticiens du « après nous les mouches », obsédés par le court terme et ses profits immédiats, ont pourtant des enfants et des petits enfants. Pensent-ils que ces enfants de privilégiés auront le privilège d’échapper aux drames que l’incurie de leurs parents est en train de préparer ?

Personne ne sera à l’abri. Mais s’en soucient-ils ?

Quand on étudie l’enchainement des faits qui ont conduit aux deux guerres mondiales, aux guerres d’Indochine et du Vietnam, à celle d’Algérie, au chaos endémique du Proche et du Moyen-Orient, n’est-ce pas la même irresponsabilité de ceux qui se prétendent en toutes occasions des responsables qui est la cause des malheurs des peuples ? Si à l’occasion des conflits que je viens de citer, les politiciens pouvaient peut-être protéger leurs proches de leurs propres lâchetés, il en va tout autrement des phénomènes qui sont à l’œuvre, qu’ils ont provoqués, mais qu’ils refusent de contrôler et de stopper.

Ces phénomènes sont d’une ampleur telle qu’ils frapperont tout le monde, partout, indistinctement. Leurs enfants crèveront aussi.

La jeunesse du monde l’a compris qui se lève et réclame les changements radicaux qui s’imposent. Il lui reste à comprendre que ceux qui dirigent et ceux qui votent des lois ne sont manifestement pas disposés à changer. Il faudra donc les chasser. C’est une question de survie.

Raoul M. Jennar

18 mars 2019

 

24 Fév 2019

Il y a bien évidemment la négation du génocide des Arméniens par les descendants de ceux qui l’ont perpétré. Il y a la négation de la Shoah par les antisémites d’hier et d’aujourd’hui et leurs complices. Il se trouve des Cambodgiens pour nier les crimes contre l’humanité et le génocide perpétrés par des Cambodgiens sous le régime de Pol Pot. Et nombreux sont les Hutus à nier le génocide commis au Rwanda.

Je suis stupéfait de la montée en puissance de ce déni du réel. Dans les quatre cas que je viens de citer, les faits sont établis. Les preuves existent. Les procédures judiciaires quand elles ont eu lieu, les travaux d’historiens rigoureux qui s’accumulent avec le temps ont confirmé la matérialité des faits.

On ne lave pas la honte des crimes commis en les niant, si tant est que la honte soit la motivation du déni. Ce qui peut être le cas. Mais chaque peuple doit assumer son passé et refuser une version de ce passé qui s’accommode d’une réécriture complaisante. Aucune cause d’aujourd’hui ne justifie la négation d’un passé criminel. Pire. Nier les crimes d’hier, c’est s’autoriser à les répéter.

La violence des négationnistes, dans leurs propos et parfois dans leurs actes, atteste qu’on se trouve non pas dans l’ordre de la raison, mais dans celui de la passion, aveugle et sourde aux évidences.

Je reçois des messages niant la Shoah, niant les crimes de Pol Pot. Je refuse de les publier. Je refuse de propager des propos qui salissent la mémoire des victimes, qui travestissent l’histoire et pervertissent le débat public.

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02 Jan 2019

L’imprudente référence de François Ruffin à Etienne Chouard a remis en lumière ce personnage ambigu.

Chouard n’est pas un fasciste. C’est un naïf devenu un agitateur d’idées connu suite à son implication dans la campagne contre le TCE et les conférences qu’il donne depuis. C’est l’exemple parfait de ces individus sans véritable culture politique qui participent, dans cette période de crise comme dans les années Trente, à une effrayante confusion des idées. Mais un naïf, en politique, peut être dangereux.

Deux raisons de se méfier de lui.

a). Dans l’argumentaire qu’il déploie pour dénoncer l’état de notre système politique et faire valoir certaines de ses propositions, il n’hésite pas à reprendre à son compte les slogans des ligues fascistes des années Trente. Son « tous pourris » vise sans nuances tout le spectre politique. Et sa violente attaque contre le suffrage universel est digne des conservateurs les plus radicaux lorsqu’ils combattaient ce progrès. Il développe tout l’argumentaire des adversaires de la démocratie parlementaire. Il rejette toutes les propositions de réformes du mandat au motif qu’elles ne sortent pas du principe de la démocratie représentative dont il affirme que ce n’est pas la démocratie : ni la représentation proportionnelle, ni le suffrage universel obtenu après tant de combats douloureux, ni une conception du mandat interdisant tout cumul, limitant l’exercice d’un même mandat à deux ou trois mandatures, ni le référendum révocatoire ne trouvent grâce à ses yeux. Avec des arguments poujadistes et des références historiques tout à fait contestables, il défend une conception mythique et impraticable de la démocratie et s’en prend aux idéaux pour lesquels nos aînés se sont tant battus afin d’assurer la présence du peuple dans la représentation nationale. Lire la suite »

09 Fév 2018

Ce monogramme utilisé par les empereurs de la branche autrichienne des Habsbourg résume la formule latine Austria Est Imperare Orbi Universo, il est de la mission de l’Autriche de dominer le monde. Il suffit de remplacer Austria par America et on trouvera la synthèse d’un document que vient de signer Donald Trump et qui s’intitule National Security Strategy of the United States of America – December 2017.

En 55 pages, les plus hautes autorités américaines confirment avec force leur volonté d’imposer à la planète entière leur leadership et par là même leur refus de s’inscrire dans un monde multipolaire qui réduit de fait leur sphère d’influence aux pays qui entendent demeurer leurs vassaux.

La vision messianique du rôle prépondérant des Etats-Unis d’Amérique dans le monde demeure plus que jamais le credo de la politique étrangère américaine : « America will lead abroad » affirme le document. Puisque « American principles are a lasting force for good in the world » On ne pourrait pas mieux répéter, une nouvelle fois, que ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour le monde.

L’émergence d’autres puissances est perçue comme un défi, une menace pour les Etats-Unis, leurs alliés et leurs partenaires. Il ne peut y avoir sur la planète qu’une seule influence dominante, celle des USA. Le légitime développement d’autres pays qui les conduit à exercer un rôle déterminant dans les relations internationales est interprété dans ce document comme une menace pour la puissance, l’influence, les intérêts et donc la sécurité et la prospérité des USA. La Chine et la Russie sont désignés comme les plus grandes menaces auxquelles sont associés la Corée du Nord et l’Iran.

Pour restaurer la suprématie US – America first ne signifie pas seulement d’abord l’Amérique, mais aussi l’Amérique über alles – le document établit la politique US sur quatre piliers : sécurité, domination économique et énergétique, augmentation de la force militaire, exaltation des valeurs américaines. Lire la suite »

09 Août 2017

Je viens de rentrer en France par la voie des mers. Sur le conseil d’un ami aujourd’hui disparu, le grand journaliste italien Tiziano Terzani, j’ai effectué le retour en douceur de l’Orient extrême vers l’Europe. J’ai loué une cabine sur un cargo, en l’occurence un porte-conteneurs. C’est une expérience que je recommande vivement quand on veut rompre avec le rythme qu’impose aujourd’hui un certain modèle de société.

Les Chinois ont un proverbe pour chaque situation. « Un voyage de dix mille lieues commence aussi par un premier pas » disent-ils. Mon voyage de 8050 milles (en mer on compte en milles, soit 15.000 km) avait commencé par la route de Phnom Penh à Vung Tau, au Vietnam. Dix heures en minibus. Avec passage par Neak Loeung. Jusqu’il y a peu, c’est là qu’on franchissait en ferry le Mékong, large à cet endroit d’au moins deux kilomètres. Avec l’aide des Japonais, les autorités cambodgiennes ont construit un superbe pont qui rappelle celui qui passe au dessus de la Seine au Havre. Puis vient la frontière vietnamienne. On change de véhicule après avoir franchi les services de l’immigration à une vitesse proportionnelle au nombre de dollars glissés à un des agents qui proposent leur aide. Le 14 juillet, en fin de matinée, à Vung Tau, c’est l’embarquement sur le CC Lapérouse.

Pendant 23 jours, j’ai goûté d’un bonheur rare, d’un vrai luxe aujourd’hui : être coupé du monde. Vingt-trois jours d’un total isolement. Pas de courriers sur mes messageries, inaccessibles. Pas d’infos, ni de commentaires sur mes blogs ou sur Facebook, inaccessibles eux-aussi. Pas de télé. Pas de radio. Aucun motif de préoccupations. Aucune agression des réseaux sociaux. Aucune nouvelle des turpitudes humaines.  Lavé, par l’océan, des miasmes de la politique politicienne à la française. Une véritable cure de désintoxication.

Pendant 23 jours, autre bienfait, pas de contrainte horaire, à l’exception des repas de midi et du soir qui ont rythmé les journées. Pas d’obligation de me lever à une heure dite, d’être ici ou là à tel moment, d’avoir à faire ceci ou cela pour telle heure ou tel jour. Il s’est trouvé un moment où, désireux de quitter la passerelle, je me suis rendu compte que je n’étais tenu à rien, que je n’avais aucune obligation à satisfaire. Ce fut comme si je redécouvrais la liberté. Un instant rare de pur bonheur. La seule contrainte que je me sois infligée, c’est celle d’écrire. Mais écrire n’est en rien une contrainte, c’est un plaisir. Presqu’un besoin. Je reviens avec un carnet de notes d’une centaine de pages d’une écriture bien serrée. Du coup, entre les longues heures de méditation face aux étendues marines, l’écriture et les contacts avec l’équipage, je n’ai pas vu le temps passer.

Pendant 23 jours, j’ai vécu à côté de marins. Une communauté humaine qui m’était totalement inconnue. Et je me garderai bien d’écrire que je la connais désormais, tant il doit y avoir des vies de marin très différentes et tant chaque vie à bord est liée à une activité spécifique. Mais je retiens que pas un seul n’a refusé de me sourire, de me parler, de m’informer. Avec les Indiens et les Philippins, seul l’anglais permettait les échanges. Ils furent nombreux et plus que cordiaux, notamment avec les timoniers philippins sur la passerelle. Avec les officiers français dont je partageais l’apéro au carré des officiers et la table ensuite à la salle à manger, les rapports furent toujours très chaleureux. J’ai eu beaucoup de chance d’être le seul passager, car on m’a permis ce qu’on n’autorise sans doute  pas à tout un groupe (ce navire là dispose de six cabines pour passagers).

Pendant 23 jours, je me suis regardé dans le miroir des immensités marines. Moins pour faire un bilan que pour penser l’avenir. Un avenir très différent de ce qui m’a occupé en France depuis dix ans (voir mon billet précédent).

Tiziano avait raison : c’est une expérience exceptionnelle.

Raoul

 

04 Juil 2017

A partir de 1999, je me suis adressé aux Françaises et aux Français à travers des articles, des livres et des conférences. Je l’ai fait d’abord pour alerter sur l’Organisation Mondiale du Commerce et les accords qu’elle gère, instruments de la mondialisation néo-libérale voulus, négociés et adoptés par nos gouvernements et ratifiés par nos parlements. Je me suis surtout concentré sur l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) dont la mise en oeuvre progressive conduit au démantèlement par étapes de tous les services publics et à l’ubérisation de nos sociétés et aussi sur les droits de propriété intellectuelle qui réduisent l’accès aux médicaments essentiels, favorisent les manipulations génétiques sur le vivant végétal, animal et humain et portent gravement atteinte à la biodiversité en légalisant la bio-piraterie. Ce qui m’a amené à mettre en lumière le rôle néfaste de l’Union européenne dans ces domaines, notamment par un livre à l’origine d’une évolution de mon engagement dans la sphère politique : « Europe, la trahison des élites ».

Ce livre, dont un chapitre analysait le projet de traité constitutionnel européen, m’a conduit, en 2004, à être, avec Yves Salesse, le co-auteur de l’appel des 200 pour un « non » de gauche au TCE et à devenir un des animateurs de la campagne pour ce « non ». Ce rejet du TCE se fondait sur l’espoir d’une possibilité de réformer l’UE. C’était un « non » pour un « oui » à une autre Europe, plus démocratique, plus sociale, plus écologique. J’ai animé 132 réunions publiques en 2004-2005. Notre victoire m’a conduit à participer, avec des centaines d’autres, à une tentative de transformer l’essai à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007 en élaborant un projet politique qui serait porté par une candidature commune. Nous avons passé toute l’année 2006 à travailler sur 125 propositions émergeant de dizaines de comité unitaires antilibéraux, les fameux CUAL. Mais nous nous sommes fracassés sur le choix de cette candidature, le PCF entendant imposer à tout prix sa candidate. Un authentique rassemblement alternatif se brisait sur la volonté d’un appareil politique partisan. Première immense déception.

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