Depuis la mi-octobre, le matraquage audiovisuel ne cesse pas. L’anniversaire de la chute du mur est ressassé à longueur d’antenne comme condamnation définitive de tout socialisme, identifié à la caricature totalitaire et sanglante de la contre-révolution stalinienne. La victoire du « monde libre », lisez de la spéculation folle, de l’inégalité croissante, de la destruction systématique de la planète, du milliard et demi d’affamés quand le pape anti-contraception en réclame deux ou trois de plus, semble ignorer que rien ne se serait passé, sans le choix historique de Gorbatchev. Curieusement, c’est en Allemagne même que le succès de die Linke, animé par les démocrates et révolutionnaires de l’ex RDA, montre le chemin de l’espoir à une gauche européenne, fourvoyée dans la veulerie libérale. Là réside le mauvais exemple pour notre Badinguet qui voit son étoile décroître, créant un début de panique à droite, en France où les forces révolutionnaires, certes dispersées, constituent toujours un potentiel d’une dangereuse contestation.
 D’où le vacarme publicitaire avec lequel on fait d’un non événement un énorme leurre destiné à faire oublier les nuages de crise qui s’accumulent sur le salariat et l’urgence d’une solution de remplacement au capitalisme obsolète. Cela n’est pas sans rappeler le tintamarre orchestré à  chaque visite publicitaire du Pape à la recherche de ses troupes : la religion est une affaire privée, respectons ses adeptes comme ils doivent respecter notre peu d’intérêt pour la chose. Personne ici, sil n’y avait eu ce battage, ne songerait au Mur détruit. Il faut redonner des couleurs à l’épouvantail communiste disparu pour masquer la disparition annoncée d’un capitalisme en implosion.
 On rabâche la chute du Mur,  mais on ne dit mot sur celui, bien réel celui-là , qui s’élève en Palestine, créant un apartheid de fait, calqué sur celui, défunt, de l’Afrique du Sud. Il humilie, affame, assoiffe, réprime et tue les civils palestiniens depuis cinquante ans. Cette situation intolérable du seul Etat au monde où coexistent des citoyens et de sous-citoyens, enflamme le monde musulman. Le tonneau de poudre qu’Obama voulait désamorcer, est toujours prêt d’embraser le Moyen-Orient et, partant, le reste du monde : l’Iran, demain ses alliés la Russie et la Chine. Cyniques, les dirigeants israéliens s’assoient sur les décisions de l’ONU et poursuivent la colonisation, assurés qu’ils sont du soutien des lobbies US. Ils hurlent contre la menace de bombe atomique iranienne quand la leur qui fonde leur supériorité militaire sur les Arabes, est tolérée quand ils n’ont jamais signé le traité contre la dissémination ! Cette intransigeance ultra-nationaliste et agressive nourrit le terrorisme, encourage les progrès inquiétants des autres totalitaires Ben Laden ou Ahmanidejad.
La télévision ne cesse de multiplier les émissions, évocations, feuilletons qui rappellent la Shoah. Certes, au pays des Le Pen, Bousquet et ses amis, ce rappel n’est pas inutile. Mais comment ne pas le ressentir comme une campagne larvée des lobbies ultras nationalistes pour parler d’autre chose : il y a bien eu quelques bavures à Gaza ou au Liban, quelques milliers de victimes pour trois dizaines de militaires israéliens, mais voyez comme nos ancêtres ont souffert ! Sans diminuer en rien l’horreur antisémite sans nom du nazisme, faut-il rappeler qu’autant de civils polonais, davantage encore de russes, ont été massacrés par la Wehrmacht et qu’on n’en parle jamais ?
Le titre du livre de Yuri Slezkine nomme le XXe siècle : le siècle juif . Ses valeurs de mobilité, d’urbanité, de culture, de flexibilité professionnelle, auraient été communiquées par le peuple juif au monde occidental. La modernité, c’est que nous sommes devenus tous juifs ! Le juif, prototype de l’homme du vingtième siècle, titre le critique du Monde ! Tout n’est pas faux dans cette affirmation : moins de 1 % de la population mondiale truste 25 % des prix Nobel ! Ils sont présents dans tous les domaines de la création, avec Kafaka, Proust , Schonberg ou Malher, jusque dans l’apport décisif à la doctrine socialiste, illustrée par Marx, Rosa Luxembourg, Adorno et tant d’autres.
Henri Meschonnik, poète inspiré et linguiste des plus pertinents, dans l’utopie du Juif, va dans le même sens quand il analyse l’apparition historique du phénomène Juif. Tout en se défendant de ramener ces qualités exceptionnelles à des origines religieuses, il trouve cependant dans le talmud et l’ancien testament (à condition qu’ils soient traduits dans les respect de leur prosodie) le livre de référence qu’il oppose en bloc à la pensée grecque qualifiée de binaire (y compris Démocrite et Epicure ?). L’introduction de l’éthique dans le politique, grâce à la « poétique », au rythme,  restitués au langage, tiendrait à la bonne lecture de l’ancien testament et le messianisme juif viendrait quelque part de cette origine mystique, ethnique. Il critique la thèse sartrienne d’une édification de ses singulières qualités intellectuelles comme réaction historique à l’antisémitisme du christianisme qui a contraint les Juifs à des siècles de migrations, de déportations, et donc à une éducation efficiente de l’adaptation, de la résistance, de la solidarité et de l’ouverture à l’intelligence internationale. Invoquant Benjamin, resté à mi-chemin, comme Hannah Arendt, entre mysticisme et marxisme, il veut trouver une autre définition, ambiguë, à ce rôle historique si particulier mais peine à la préciser, sauf dans la poétique originaire du talmud, ce qui n’est pas sans cousiner malgré ses dénégations, avec l’enracinement irrationnel des ultra religieux. Sinon de quel phlogistique on parle ? C’est ainsi qu’on cherchera en vain dans ces cinq cents pages la moindre allusion à l’occupation coloniale de la Palestine, en dehors du fait que Arafat ait préfacé l’édition arabe de Mein Kampf, ce qui naturellement est condamnable, mais n’autorise en rien un colonialisme tardif autant que violent.
Fort heureusement, nombre d’intellectuels juifs demeurent ancrés dans un regard rationnel, historique, débarrassé de toute mystique, de tout tabou. Schlomo Sand est de ceux-là  avec son livre précieux : l’invention du peuple juif. Analysant les recherches historiques et archéologiques récentes, il montre l’inanité des tentatives de l’extrême droite universitaire qui, à Tel-aviv, veut prouver la réalité millénaire de l’existence d’un peuple juif et de son droit au Sol. Jusqu’à rechercher de façon stupéfiante des bases génétiques à la judéité, reprenant à son compte les aberrations de la « science » hitlérienne (la Race, le Sang, la Terre), en en retournant la finalité, race maudite, race élue ! Peine perdue, malgré les subventions, aucune preuve n’a pu être établie. Sauf que les gènes séfarades sont proches des palestiniens ! Ainsi, la revendication territoriale d’un illusoire peuple juif sur la Palestine est sans fondement. L’étude de la diaspora au travers des siècles montre qu’il n’y a jamais eu d’exode massif puisqu’on n’en retrouve aucune trace archéologique. Au contraire, la thèse avancée par l’auteur, celle de la création, parallèlement au christianisme de saint Paul, par un prosélytisme simultané, de plusieurs royaumes de confession juive, au Yémen, au Magrheb, en Russie entre Oural et Caucase, semble bien montrer l’origine des migrations ultérieures vers l’Europe occidentale, suivant les deux grands catégories, ashkénazes d’origine russe et séfarades, maghrébine, est due à l’extinction de ces royaumes. Mieux encore, d’autres études archéologiques ont montré que le caractère historique des récits de la Bible n’était rien moins que fondé. Son apparition tiendrait plus à la lutte d’un des deux petits royaumes, deux siècles avant JC, Judée et Chaldée pour réunifier les deux peuples en consolidant par une solide doctrine mythique une autonomie nationale commune, ruinée jusqu’alors par les deux puissants empires égyptien et sumérien dont le territoire d’Israël à leurs confins, était le champ de bataille favori, sporadiquement assujetti. Nombre de légendes orales, provenant souvent de traditions sumériennes ou égyptiennes antérieures, furent rédigées et incorporées dans un corps de doctrine nouveau : la Bible, affirmant l’origine divine du peuple unique et de son roi pour des motifs de consolidation politique évidents.
 Ainsi, l’édification par le sionisme de la fin du XIXe siècle, du mythe de la diaspora, de l’exode et du droit imprescriptible au retour en Terre Sainte, s’effondre, ne subsiste qu’une entreprise idéologique ultra-nationaliste, dans l’esprit de cette époque, prenant appui sur la résistance à l’antisémitisme mais faisant aujourd’hui des Palestiniens, absurdement, après les Juifs, de nouveaux boucs émissaires, bientôt promis à l’expiation des méfaits nazis dont ils ne sont responsables en rien.
Wallerstein pense que la crise du capitalisme est générale et définitive et qu’elle peut ouvrir au choix entre deux directions probabilistes et opposées : la dystopie et l’utopie. La dystopie, c’est la promesse de sombrer à nouveau dans les pires ornières de l’aliénation marchande jusqu’à de nouveaux totalitarismes, vers une nouvelle apocalypse. La floraison des Murs, suivant l’exemple d’Israël, offre bien une odieuse solution d’apartheid : stocker les infra humains dans des ghettos murés où ils crèvent, pour qu’une minorité continue de se goberger en pillant la planète et réprimant la masse des pauvres. La fragilité des basculements démocratiques mondiaux laisse la voie ouverte à l’irruption de ces nouveaux visages de la bête immonde. Le monde arabe, la Chine, sans parler des dangereuses dérives européennes (Berlusconi…) ou états-uniennes (la contre-offensive des Républicains contre Obama) demeurent d’énormes abcès de fixation des néo-fascismes pour de prochaines régressions totalitaires déchaînées.
L’utopie c’est au contraire un nouveau bond en avant de la rationalité et de la démocratie, le bonheur individuel épanoui dans la relation sociale dont parle l’optimisme de Misrahi. C’est l’engagement dans le dépérissement de l’exploitation et de l’Etat, comme une très longue marche vers l’autogestion.
L’anniversaire de la chute du Mur devrait au moins montrer, comme le fait Zizek dans le Monde du 8/11, que
1/ tout n’était pas négatif à l’est et positif à l’ouest.Â
2/ que le régime policier et l’étatisation de l’économie étaient les causes de l’implosion fatale du post-stalinisme, cette contre-révolution totalitaire. La gauche de la gauche ne pourra inventer une nouvelle libération qu’en s’affranchissant de ces pesanteurs bureaucratiques devenues totalement irréalistes, obsolètes, en s’affirmant pour le socialisme par en bas, pour l’autogestion et le dépérissement de l’Etat. En France, on en est encore loin avec la fixation hystérique sur l’extension des services publics comme seul cautère aux méfaits de la finance.
Le problème de ce temps à venir est peut-être que le Juif qui porte l’uniforme colonialiste de Tsahal ou celui de l’habileté médiatique des lobbies irrédentistes ne devienne à aucun prix le prototype de l’homme du XXIe siècle ! Dans un retournement obscène de la domination du nazisme, les victimes d’hier mutant en bourreaux d’aujourd’hui contre un bouc émissaire de rechange, vers une même apocalypse totalitaire. De l’utopie à la dystopie.
Déjà le parti travailliste d’Israël a tracé la voie de la capitulation (molletiste !) devant l’extrême-droite. Les PS européens souffrent des mêmes syndromes suicidaires.
Commémorons donc la chute du Mur de Berlin comme une immortelle conquête de liberté, mais l’urgence serait de consacrer quinze jours de télévision objective pour informer enfin sur la nécessité absolue de démolir ces épouvantables réincarnations du Mur, en Israël aux USA et ailleurs, afin que très vite nos concitoyens puissent admirer bientôt les dominos de leur destruction et que la paix mondiale et leur avenir soient préservés.
JP Lefebvre, novembre 2009
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Mots-Clés (tags) : Berlin, communisme, Israël, Palestine, RDA, socialisme

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novembre 10th, 2009 à 16 h 41 min
« L’utopie c’est au contraire un nouveau bond en avant de la rationalité et de la démocratie ».
« …. En France, on en est encore loin avec la fixation hystérique sur l’extension des services publics comme seul cautère aux méfaits de la finance ».
D’accord avec la première phrase.
…Par contre, il n’y a pas « fixation hystérique » quand le peuple se mobilise pour sauver ses services publics du pillage organisé par l’ETAT BOURGEOIS au service des multinationales.
Voter contre le changement de statut de la Poste sous la houlette du sarkozysme, ce n’est pas une « fixation hystérique »!
Ce que veulent les nonistes de gauche ce n’est pas un conservatisme, au contraire , toute la force de leur argumentation fut de vouloir « une autre Europe »…
De même le mouvement social est porteur de revendications autogestionnaire ou du moins d’une logique progressiste allant du « droit de regard dans les gestions (y compris celles des services publics) jusqu’à l’autogestion, en passant par toutes les luttes concrètes pour « la citoyenneté à l’entreprise », « de nouveaux critères de gestion permettant de dépasser les carcans imposés par « la rentabilité des actions ».
Il serait dangereux pour « le débouché politique des luttes sociales », de méconnaître ce qui est effectivement défendu dans « la défense des services publics »:
ce serait confondre ETAT et Collectivités populaires, et cette vision figée de « nous-mêmes » nous culpabilise comme des réactionnaires étatistes:
les économistes du PCF travaillent pour un progressisme dont la logique aboutit au dépassement de l’ETAT.
Il y a donc des intellectuels influents dans toutes les organisations de cette gauche de gauche, et travestir leur message n’est pas utile pour les « convergences nécessaires »!
N’inventons pas des obstacles à notre « UTOPIE »!
novembre 10th, 2009 à 17 h 08 min
Bravo, cher Raoul
http://www.dailymotion.com/video/xb31pm_francois-cluzet-parle-de-salah-hamo_news
Bien à vous,
Gilbert de Pertuis en Luberon
novembre 10th, 2009 à 22 h 15 min
« moins de 1 % de la population mondiale truste 25 % des prix Nobel ! Ils sont présents dans tous les domaines de la création, avec Kafaka, Proust , Schonberg ou Malher, jusque dans l’apport décisif à la doctrine socialiste, illustrée par Marx, Rosa Luxembourg, Adorno et tant d’autres »
Cette considération me met très mal à l’aise. Ne serait-il pas temps de démythifier la judéité pour le plus grand bénéfice des intéressés?…