15 sept 2009

Hier, lundi 14 septembre, j’ai déposé comme expert devant la Chambre de première instance des Chambres extraordinaires dans les tribunaux cambodgiens, cette juridiction spéciale née d’un accord entre l’ONU et le Gouvernement du Cambodge pour juger les dirigeants Khmers rouges. Voici le texte de ma déposition.

A défaut de vérité, on trouvera des instants de vérité, et ces instants sont en fait tout ce dont nous disposons pour mettre de l’ordre dans ce chaos d’horreur. 

 Hannah Arendt

 Procès de Kaing Guek Eav, dit Duch

Déposition du Dr Raoul Marc JENNAR devant la Chambre de première instance

Monsieur le Président,

Madame et Messieurs les membres de cette Chambre de première instance,

1- C’est avec une grande émotion que j’interviens à cette barre. Emotion parce que je suis conscient du caractère historique de ce procès. Emotion parce que nous n’évoquons pas seulement des faits historiques, mais parce qu’il s’agit de vies et surtout de morts, de souffrances incommensurables et, au total, de l’apparition, encore une fois, de la barbarie, alors que ma génération fut bercée par le « plus jamais ça » prononcé par Sir Hartley Shawcross, le procureur général britannique, dans son réquisitoire final devant le tribunal de Nuremberg. Aussi, permettez-moi, en préalable, de m’incliner devant la mémoire des victimes du Kampuchea démocratique et d’exprimer ma sympathie et ma compassion à l’égard des survivants.

2- Le totalitarisme de droite a été jugé à Nuremberg et à Tokyo. Le totalitarisme invoquant des valeurs de gauche n’avait jusqu’ici fait l’objet d’aucun procès. Voici donc le premier et probablement le seul tribunal où vont être jugés les crimes d’un totalitarisme appliqué au nom de l’émancipation des peuples.

3- Je ne suis pas de ceux qui confondent les idéologies et les renvoient dos à dos. Les racines du communisme n’ont rien de commun avec celles du fascisme ou du militarisme. Mais lorsque les porteurs d’une idéologie font le choix de contraindre plutôt que de convaincre, ils se retrouvent dans le recours à des méthodes identiques et dans une commune aptitude à détruire la volonté des individus et la dignité qui est en chaque être humain.

4- Il s’agit donc ici et maintenant de juger ce qu’il conviendrait à mes yeux d’appeler le polpotisme et de vérifier en quoi la mise en œuvre de cette variante cambodgienne de l’idéologie communiste a conduit à une barbarie qui justifie les qualifications de crimes contre l’humanité et de violation grave des Conventions de Genève.

Lire la suite »

25 juil 2008

La frontière khméro-thaïlandaise et le Temple de Preah Vihear

La crise profonde que connaît la vie politique thaïlandaise depuis plusieurs années s’est accompagnée en septembre 2006 d’un coup d’État militaire. Lorsqu’un gouvernement civil succède au pouvoir de l’armée, celui-ci est l’objet d’une contestation croissante par une opposition à la fois parlementaire et extra-parlementaire. Des manifestations de grande ampleur sont organisées par une « Alliance pour la démocratie » pendant des mois. Cette crise de la société thaïlandaise a connu un tournant, lorsque le temple cambodgien de Preah Vihear a été inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO. Comme l’Histoire l’enseigne, le recours aux passions nationalistes est toujours une tentation lorsqu’un pays est extrêmement divisé.

Lire la suite »

\\ Mots Clés : , , , , , ,

18 juin 2008

Progrès et limites d’une Justice pénale internationale
Le droit d’assistance aux victimes militaires, lors d’un conflit armé, quel que soit l’uniforme des victimes fut, au 19e siècle, une percée majeure de la conscience universelle. A l’issue de la deuxième guerre mondiale, les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels ont consacré un véritable droit humanitaire concernant à la fois les militaires et les populations civiles. Mais on observe tous les jours à quel point le respect de ce droit demeure une préoccupation de tous les instants. Il en est ainsi parce que trop souvent, dans maints domaines et dans bon nombre de pays, les élites politiques se comportent comme si elles pouvaient agir en dehors du droit, comme si une impunité générale leur était garantie.

C’est pourtant un message contraire que tente d’imposer le droit pénal international. Lui aussi est né, pour l’essentiel, des leçons du deuxième conflit mondial. Le 14 novembre 1945 s’ouvrait à Nuremberg le premier procès mettant en cause un Etat, son régime politique et les principaux responsables politiques et militaires de ce régime. Cet automne s’ouvrira au Cambodge le premier des procès de Phnom Penh au cours desquels seront jugés « les hauts dirigeants du Kampuchea Démocratique et les principaux responsables de crimes et graves violations du droit pénal cambodgien, des règles et coutumes du droit international humanitaire, ainsi que des conventions internationales reconnues par le Cambodge » [(art. 2 de la loi créant les Chambres Extraordinaires dans les Tribunaux Cambodgiens (CETC)].

Lire la suite »

\\ Mots Clés : , , , , ,

25 avr 2008

 Souvent, dans la presse occidentale, il s’écrit que le Cambodge est une dictature, que la corruption y sévit, que le système judiciaire est aux ordres des puissants, que la liberté de la presse n’existe pas. On peut lire de telles assertions dans la presse et l’édition au Cambodge même.

La présente note se propose de dresser un état des lieux aussi honnête que possible.

Lire la suite »

\\ Mots Clés : , , , , , , , , ,

11 avr 2008

 Lettre au quotidien français Libération

Dans un petit article consacré à la traduction française du livre de Vann Nath, »Survivre à Tuol Sleng » (Libération 22-23 mars, page 10), Arnaud Vaulerin écrit « Vu la léthargie du tribunal pour les Khmers rouges, … »

Lire la suite »

\\ Mots Clés : , , , , ,

31 déc 2007

 

  • 1. «Raoul Jennar is considered a leading expert on Cambodia», The Nation, Bangkok, 8 juin 1991.
  • 2. «Les «rapports Jennar»…des documents incomparables, fourmillant de données militaires, politiques, sociologiques ou économiques…» in « Raoul Jennar, l’observateur engagé du Cambodge », Journal de Genève/Gazette de Lausanne, 21 octobre 1991.
  • Lire la suite »

31 déc 2007

 A. THESE DOCTORALE

Les frontières du Cambodge contemporain. Soutenue à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), Paris, le 14 septembre 1998. Membres du jury : MM. Domenach JL, Godement F. Isoart P. Mention : très honorable avec les félicitations du jury unanime.

B. MONOGRAPHIES

Lire la suite »