26 Juin 2011

Ce lundi 27 juin 2011, s’ouvre à Phnom Penh, le procès des dirigeants encore en vie du Kampuchea démocratique, le régime des Khmers rouges dirigés par Pol Pot. Ce fut un des plus barbares du XXe siècle. Les crimes commis n’ont de comparables que ceux de l’Allemagne nazie. Un des survivants d’Auschwitz, Primo Levi, écrivait à ce propos, « On nous demande souvent, comme si notre passé nous conférait un pouvoir prophétique, si « Auschwitz » reviendra : s’il se produira d’autres exterminations en masse, unilatérales, systématiques, mécanisées, voulues à un niveau gouvernemental, perpétrées sur des populations innocentes et désarmées, et légitimées par la doctrine du mépris. Par bonheur, nous ne sommes pas prophètes, mais il est possible de dire quelque chose : qu’une tragédie semblable, presque ignorée en Occident, a eu lieu autour de 1975 au Cambodge. »

Il faut donc se réjouir de l’ouverture de ce procès, important pour toute l’humanité, même s’il survient trente ans après les faits. Trente longues années d’impunité dont les Occidentaux et les Chinois portent la plus grande responsabilité, puisque c’est une coalition sino-occidentale qui a sanctionné le peuple cambodgien pour avoir été libéré de la barbarie des Khmers rouges par le Vietnam et qui a choisi de soutenir Pol Pot et ses complices pendant les dix années qui ont suivi leur chute, puisqu’il a fallu encore dix ans avant que le pays soit pacifié par les soins du gouvernement cambodgien, l’ONU ayant échoué dans cette mission et puisque six années de négociations avec l’ONU ont encore été nécessaires avant que soit mis en place un tribunal ad hoc lequel a eu besoin d’une bonne année avant d’être opérationnel fin juin 2007. Entretemps, Pol Pot, Son Sen (ministre de la Défense et responsable du Santebal, la Gestapo ou la Tchéka/KGB du Parti Communiste du Kampuchea), Yun Yat (ministre), Thiounn Thioeunn (ministre), Ta Mok (chef du commandement militaire) et son adjoint Kaè Pauk  (responsable des 100.000 morts des massacres de la zone est) sont morts. Ils exerçaient les plus hautes responsabilités avant 1979. Ils avaient tous bénéficié de la protection de la communauté internationale entre 1979 et 1993. Son Sen faisait même partie, avec Khieu Samphan, du Conseil National Suprême créé par les Accords de Paris (1991) et chargé d’incarner, pendant la période de transition, la souveraineté nationale !

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14 Déc 2010

(intervention au colloque organisé sur le génocide cambodgien à l’Université Paris 8, du 9 au 11 décembre)

Il est fréquent de lire, sous des plumes occidentales, qu’il est bien tard, trente ans après les faits, pour juger aujourd’hui les responsables de ce que Pierre Vidal-Naquet a appelé « le troisième génocide du 20e siècle.»1 Et d’en attribuer tout aussitôt la responsabilité aux seuls Cambodgiens et en particulier aux dirigeants dont certains furent eux-mêmes des Khmers rouges.

C’est aller un peu vite en besogne et prendre de grandes libertés avec les faits. Si, au regard d’une tragédie d’une ampleur exceptionnelle, l’impunité de ses responsables fut exceptionnellement longue, cela s’explique en premier lieu par les choix géopolitiques des Occidentaux entre 1979 et 1991. Cela s’explique ensuite par l’échec de la mission des Nations Unies à pacifier le pays entre 1991 et 1993. Cela s’explique enfin par le temps qu’il a fallu après le départ de l’APRONUC pour arriver à la paix et à la possibilité de se saisir des dirigeants du Kampuchea Démocratique encore en vie.

Quant à assimiler tous les communistes cambodgiens à ceux qui sont entrés dans l’Histoire sous le nom infâme de « Khmers rouges », c’est procéder à un amalgame entre des femmes et des hommes qui aspiraient à des changements politiques et sociaux nécessaires et ceux dont ils ne partagaient ni les méthodes, ni les utopies meurtrières. Il est bon de rappeler, comme l’ont fait les magistrats instructeurs du procès du directeur de S21, que 75% de ses victimes étaient des communistes dont beaucoup avaient commis l’imprudence d’exprimer leur désaccord sur les moyens mis en oeuvre et sur les méthodes employées.

Mon propos, dans ce colloque, sera de relever et d’expliquer les étapes de cette longue quête d’une Justice qui, contrairement aux commentaires de certains observateurs étrangers, est attendue par l’immense majorité des survivants de cette tragédie hors du commun.

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18 Juin 2008

Progrès et limites d’une Justice pénale internationale
Le droit d’assistance aux victimes militaires, lors d’un conflit armé, quel que soit l’uniforme des victimes fut, au 19e siècle, une percée majeure de la conscience universelle. A l’issue de la deuxième guerre mondiale, les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels ont consacré un véritable droit humanitaire concernant à la fois les militaires et les populations civiles. Mais on observe tous les jours à quel point le respect de ce droit demeure une préoccupation de tous les instants. Il en est ainsi parce que trop souvent, dans maints domaines et dans bon nombre de pays, les élites politiques se comportent comme si elles pouvaient agir en dehors du droit, comme si une impunité générale leur était garantie.

C’est pourtant un message contraire que tente d’imposer le droit pénal international. Lui aussi est né, pour l’essentiel, des leçons du deuxième conflit mondial. Le 14 novembre 1945 s’ouvrait à Nuremberg le premier procès mettant en cause un Etat, son régime politique et les principaux responsables politiques et militaires de ce régime. Cet automne s’ouvrira au Cambodge le premier des procès de Phnom Penh au cours desquels seront jugés « les hauts dirigeants du Kampuchea Démocratique et les principaux responsables de crimes et graves violations du droit pénal cambodgien, des règles et coutumes du droit international humanitaire, ainsi que des conventions internationales reconnues par le Cambodge » [(art. 2 de la loi créant les Chambres Extraordinaires dans les Tribunaux Cambodgiens (CETC)].

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