16 Jan 2015

Voici la contribution écrite par Jean-Luc Mélenchon sur le « Droit au blasphème » dans le « Dictionnaire de la laïcité » publié chez Armand Collin. Il rappelle qu’en République, le blasphème n’existe pas.

Un blasphème est un discours jugé insultant à l’égard de ce qui est vénéré par les religions ou de ce qu’elles considèrent comme sacré. Mais « le blasphème n’est scandaleux qu’aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée » a dit Pierre Bayle au XVIIème siècle. Aucune loi n’institue un espace sacré dont le contenu serait placé hors du champ de la loi librement débattue. Il n’y a donc pas de blasphème « objectif ». La notion de blasphème étant strictement religieuse, il existe du point de vue d’une société laïque une liberté de pensée et d’expression qui ne reconnait pas la limite de l’espace imaginaire déclaré comme sacré par les religions. Il n’y a donc pas de droit au blasphème puisque le blasphème n’a aucune réalité ni dans l’ordre de faits observables ni dans l’ordre juridique. Le « droit au blasphème » est donc aussi total que celui d’injurier le Père Noël.

Pourtant, les religions monothéistes ont réussi à imposer la condamnation du blasphème comme une norme. On trouve la condamnation à mort du blasphème dans les textes fondamentaux du Judaïsme, Christianisme et Islam.

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07 Jan 2015

Aujourd’hui, en France, des esprits libres sont morts, tués par des fanatiques de l’obscurantisme religieux. Ils avaient eu le courage, malgré les menaces, malgré les précédents, de continuer à affirmer le droit à l’irrespect de ce qu’on appelle les convenances. Ils le paient aujourd’hui de leur vie. Ce qui a été ciblé, c’est cette liberté d’expression refusée par les intégrismes religieux, quels qu’ils soient, c’est la laïcité. Et si la violence physique, armée, a frappé aujourd’hui, une violence verbale et haineuse s’exprimait il n’y a pas longtemps sur les Champs Elysées. C’est le même terreau dans lequel prennent racine les aboyeurs d’hier et les tueurs d’aujourd’hui. Répondre à la haine par une haine plus grande encore serait signer la victoire de la haine. Ce qui ne veut pas dire pardon et oubli. Jamais. Mais il faut raison garder. Et éviter les amalgames faciles, impulsifs, démagogiques. Il en fleurit sur les réseaux sociaux, signe manifeste de la maladie de notre France. Un sursaut républicain s’impose. Il doit venir du peuple. Mais il doit venir aussi de cette classe politique qui est pour beaucoup dans la dégradation de l’éthique républicaine.
rmj

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10 Mar 2011

 

A lire : les réalités du pouvoir pontifical sur la vie politique italienne et les projets de reconquête de l’emprise vaticane sur l’Europe dans le livre de Martine Nouaille, Benedetto, roi d’Italie. Chroniques d’un pays à l’ombre du Vatican, Editions Stock.

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27 Oct 2010

En Belgique, la relation entre l’Etat et les cultes est fondée sur un système de cultes reconnus. Dès lors qu’un culte est reconnu par la loi sur base d’un certain nombre de critères, l’Etat supporte les traitements et retraites des ministres de ce culte, il accorde la personnalité juridique au temporel de ce culte (l’ensemble de ses biens), il met en place une tutelle organisée sur la comptabilité et les opérations relatives à ces biens. Parmi les cultes actuellement reconnus, il y a les cultes catholique, islamique, israélite, anglican, protestant et orthodoxe. La laïcité, organisée en un « Conseil Central des Communautés Philosophiques non Confessionnelles de Belgique», bénéficie du même statut.

Ce système ne satisfait pas les partisans d’une organisation de la société fondée sur la laïcité, le seul système qui, tout en respectant la liberté d’opinion, y compris religieuse, ne fait pas supporter par la collectivité le fonctionnement des cultes. Les opinions philosophiques et religieuses sont de l’ordre de la sphère privée et ne doivent pas interférer dans la vie de la cité.

Une initiative vient d’être prise en Belgique francophone pour modifier le système existant. Elle s’inspire de la législation allemande. A l’heure d’un retour en force du religieux dans la sphère publique, cette initiative est particulièrement opportune. Même si elle ne met pas fin au financement public des cultes, ce qu’on doit regretter, elle établit un lien de responsabilité entre les croyants et leur église.

rmj

Pétition à l’attention des autorités fédérales

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07 Avr 2010

Depuis l’affaire de Creil en 1989, la LDH a maintenu avec constance sa position, joignant la critique du port du foulard et du voile, au nom de l’émancipation des femmes, au refus de toute loi excluante, stigmatisante et empiétant sur les libertés publiques. Or, il se trouve qu’aujourd’hui cette position est celle de nombreux citoyens et responsables politiques et en particulier celle de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, alors même que le débat s’est crispé.

Bien plus rédhibitoire que le foulard, on a vu apparaître le port ultra-minoritaire mais spectaculaire du voile intégral ; le gouvernement a lancé un débat sur l’identité nationale, très vite identifié par l’opinion comme un débat sur l’Islam ; le premier ministre nous annonce une loi interdisant le port de la burqa. Disons tout de suite, pour sortir de la confusion, que parler de « burqa » est un abus de langage : le mot désigne le costume généralement bleu, entièrement fermé, avec un grillage devant les yeux, imposé aux femmes par la société afghane. Le voile intégral, noir, d’origine saoudienne, est une négation rédhibitoire de la personne, mais il ne renvoie pas à l’horreur meurtrière des talibans. Dramatiser le débat, s’il en était besoin, n’est pas innocent.

Nous tenons à affirmer un certain nombre d’éléments essentiels.

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17 Fév 2010

 

Par Isabelle Stengers et Philippe Pignarre

(tribune à paraître sous peu)

Comment désormais croiser une femme portant le foulard, ou même dissimulant son visage sur quelque mode que ce soit, sans se demander : a-t-elle encore le droit d’avoir des idées politiques ? Si sa candidature à une élection pose problème, ne sera-t-elle pas, demain, privée du droit de vote ?

La nécessité de faire attention aux conséquences des propos que l’on tient n’est évidemment pas ce qui est le mieux partagé. Quelles sont les conséquences de ce rejet hors de la sphère politique des femmes portant le foulard ? Comment ne pas trembler en entendant les appels à « éradiquer » le voile (le mot est de Fadela Amara) qui ont suivi l’annonce qu’une candidate du NPA en portait un. De Nadine Morano à Jean-Luc Mélenchon, il semble bien y avoir unanimité dans l’excommunication : aurait-on enfin trouvé à cette occasion ce qui définit l’« identité nationale » ? Que ce soit une candidate du NPA est bien sûr ce qui permet de se déchaîner. N’y aurait-il pas là trahison à l’encontre des mouvements de libération et d’émancipation dont ce parti se doit d’être solidaire ?

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11 Fév 2010

Par Samuel Johsua

 Avertissement : dans ce texte je m’appuie sur des auteurs majeurs de référence. Il y en a d’autres, moins influents, sur cette question qui vont dans un autre sens, mais bon je laisse à mes contradicteurs la tâche de les trouver. Je ne vais pas encombrer de citations ce texte déjà long. On peut me faire confiance, ou pas. Pour ceux qui auraient des doutes sur mes affirmations, il sera temps de confronter les références plus tard. Je traite ici surtout de l’aspect laïc de notre débat (et bien que le plus difficile soit la question féministe, je n’y consacre que quelques développements) parce qu’il est clair que les divisions à ce propos sont les plus vives pour l’instant, surtout en dehors du npa, et à tort, mais c’est comme ça.

Enfin ce n’est pas parce que je m’intéresse à l’aire musulmane que cela veut dire que j’assigne toutes les composantes d’une population donnée à être musulmane, ni que je défende en quoi que ce soit que l’entrée religieuse soit indispensable pour une intervention parmi elle pour le NPA.

 La Laïcité, une même histoire, des positions diverses

La vigueur des oppositions tient en partie sur ce sujet au fait que se confrontent des options sur ce qu’est la laïcité, mais, la plupart du temps, sans que les protagonistes admettent (voire même sachent) qu’ils s’appuient en fait sur une de ses interprétations particulières. Dans ces conditions, le débat se fige rapidement entre ceux qui sont « fermes sur les principes » et « les traîtres ». Sauf qu’on n’est pas d’accord au départ sur ce que sont les principes eux-mêmes. L’idée de base, commune, est celle de la séparation de l’’État et des Églises. Elle prend son départ aux Etats-Unis naissants où elle se manifeste pour la première fois de manière constitutionnelle (alors que chez nous elle est d’abord seulement légale, la loi de 1905). Dans ce cas (et en général dans l’immense majorité des pays où c’est la sécularisation qui domine, laquelle inclut la laïcité, mais de manière moins spécifique), ce qui est réglé en fait, c’est la cohabitation des religions. Ces sociétés comprennent que pour y parvenir, il faut un État sans liens organiques avec elles, donc la séparation (« The Wall » dans la tradition américaine).

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