05 Sep 2011

Sa famille, Bu Meng and Chum Mey, rescapés comme lui du centre S 21 de Tuol Sleng où ils furent tous trois torturés, ses amis au Cambodge et dans le monde pleurent Vann Nath qui, aujourd’hui vers 13 h, nous a quittés.

Une violente attaque cardiaque survenue le vendredi 26 août l’avait plongé dans le coma. La durée de l’arrêt cardiaque, les complications dont il souffrait laissaient peu d’espoir. Il s’est éteint sans avoir repris conscience, entouré de son épouse,  de ses enfants et de quelques amis proches dont le cinéaste Rithy Panh qui a tant travaillé avec lui pour que la mémoire de la tragédie cambodgienne ne s’efface pas.

C’était un artiste peintre. Et comme il peignait bien, ses bourreaux l’ont ménagé pour qu’il peigne des portraits de Pol Pot. A la libération, en 1979, il a mis son talent au service de la mémoire de son pays en peignant des scènes qu’il avait vécues ou qu’on lui avait narrées. Les originaux figurent au musée du génocide à Phnom Penh, sur les lieux mêmes où ces horreurs furent commises. Son travail et les exposés qu’il n’a pas cessé de prononcer, notamment à l’intention des jeunes, ont beaucoup contribué à faire connaître l’intensité de la barbarie des Khmers rouges.

Témoin de l’indicible, il l’avait peint. Il l’avait décrit aussi dans un livre publié en plusieurs langues dont l’édition française s’intitule : « Dans l’enfer de Tuol Sleng » (Calmann-Levy).

Il avait apporté un témoignage très émouvant lors du procès de Duch, le directeur de S 21, un témoignage qui reflétait  sa grande humanité. Le peuple cambodgien lui doit beaucoup. Comme tous ceux qui se battent pour que les auteurs de ces crimes soient jugés.  Et qu’il n’y ait ni pardon, ni oubli.

Je le pleure avec tous ceux qui l’ont aimé et apprécié.

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17 Avr 2011

Phnom Penh, 17 avril 1975 – 17 avril 2011

Aujourd’hui, il y a 36 ans, entraient dans Phnom Penh les soldats dont les chefs s’appelaient Pol Pot, Nuon Chea, Khieu Samphan, Ieng Sary. Une guerre de cinq ans s’achevait. Elle avait fait entre 600.000 et 800.000 morts (sur 8 millions d’habitants). Le Cambodge était désormais inscrit comme le pays ayant été le plus bombardé de toute l’histoire de l’humanité, ainsi que l’ont révélé les chiffres rendus publics sous la présidence de W. Clinton.

Le 17 avril 1975 commençait ce que Pierre Vidal-Naquet a appelé « le troisième génocide du siècle », une tragédie qui se traduisait, trois ans, huit mois et vingt jours plus tard, par la mort de 2.200.000 personnes. Un pays tout entier a été transformé par des idéologues sans le moindre souci pour la personne humaine, en un immense goulag. Travaux forcés, sous-alimentation délibérée, refus de soigner les malades, climat de terreur, élimination physique comme méthode de gouvernement, déportations successives, tortures et massacres.

Lorsque ce régime, qui véhiculait une idéologie aberrante tout à la fois autarcique et irrédentiste, collectiviste et raciste, a été renversé par un Vietnam dont il mettait gravement en cause la sécurité nationale, 90 % des personnes ayant acquis un degré de qualification et de formation avaient disparus, la santé mentale et physique des survivants était gravement altérée, la société était déstructurée, une formidable perte de sens affectait un peuple de survivants.

Ces évènements d’une intensité dramatique exceptionnelle sont victimes, en France, d’une sorte d’oubli. Dans un pays qui a inscrit dans sa culture un étonnant souci de la mémoire, celle-ci s’avère manifestement très sélective. Rares sont les ouvrages consacrés à la tragédie cambodgienne. Au regard des travaux publiés en langue anglaise, le nombre d’études sur l’histoire du Cambodge contemporain dont les auteurs sont francophones est dérisoire. Est-ce parce que la France porte sa part de responsabilités dans le destin d’un peuple qu’elle a colonisé, dont nombre d’intellectuels ont soutenu les génocidaires – on se souvient des titres se félicitant, il y a aujourd’hui 36 ans, de la « libération » de Phnom Penh – dont les gouvernements successifs ont participé à la punition collective qui fut infligée pendant dix ans, à partir de 1979, à un peuple martyr, coupable d’avoir été libéré de la tyrannie par un pays qui n’appartenait pas au camp occidental ?

17 avril 1975. Une date maudite pour un peuple qui m’est cher.

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14 Déc 2010

(intervention au colloque organisé sur le génocide cambodgien à l’Université Paris 8, du 9 au 11 décembre)

Il est fréquent de lire, sous des plumes occidentales, qu’il est bien tard, trente ans après les faits, pour juger aujourd’hui les responsables de ce que Pierre Vidal-Naquet a appelé « le troisième génocide du 20e siècle.»1 Et d’en attribuer tout aussitôt la responsabilité aux seuls Cambodgiens et en particulier aux dirigeants dont certains furent eux-mêmes des Khmers rouges.

C’est aller un peu vite en besogne et prendre de grandes libertés avec les faits. Si, au regard d’une tragédie d’une ampleur exceptionnelle, l’impunité de ses responsables fut exceptionnellement longue, cela s’explique en premier lieu par les choix géopolitiques des Occidentaux entre 1979 et 1991. Cela s’explique ensuite par l’échec de la mission des Nations Unies à pacifier le pays entre 1991 et 1993. Cela s’explique enfin par le temps qu’il a fallu après le départ de l’APRONUC pour arriver à la paix et à la possibilité de se saisir des dirigeants du Kampuchea Démocratique encore en vie.

Quant à assimiler tous les communistes cambodgiens à ceux qui sont entrés dans l’Histoire sous le nom infâme de « Khmers rouges », c’est procéder à un amalgame entre des femmes et des hommes qui aspiraient à des changements politiques et sociaux nécessaires et ceux dont ils ne partagaient ni les méthodes, ni les utopies meurtrières. Il est bon de rappeler, comme l’ont fait les magistrats instructeurs du procès du directeur de S21, que 75% de ses victimes étaient des communistes dont beaucoup avaient commis l’imprudence d’exprimer leur désaccord sur les moyens mis en oeuvre et sur les méthodes employées.

Mon propos, dans ce colloque, sera de relever et d’expliquer les étapes de cette longue quête d’une Justice qui, contrairement aux commentaires de certains observateurs étrangers, est attendue par l’immense majorité des survivants de cette tragédie hors du commun.

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30 Juin 2010

Janvier 1979, l’armée vietnamienne et des milliers d’insurgés cambodgiens mettent fin au régime de Pol Pot et de ses complices. Le Cambodge est ramené à l’âge de pierre. Plus d’un quart de la population a disparu. Les forces vives du pays sont dans les charniers.
La société est traumatisée et déstructurée, les infrastructures anéanties. Une coalition avec, derrière la Chine et les États-Unis, les pays d’Asie du Sud-Est et d’Europe décrète un embargo sur le pays et décide que les seuls représentants légaux du peuple cambodgien sont ses bourreaux : les Khmers rouges. Elle reconstitue l’armée de Pol Pot. Ces choix vont affecter profondément et durablement la vie du peuple cambodgien. Dix ans plus tard, les accords de paix n’apportent pas la paix, mais permettent au Cambodge de réintégrer la communauté internationale. Il revient aux Cambodgiens de pacifier eux-mêmes le pays. La paix et la stabilité politique qui suivent permettent de donner une impulsion nouvelle à la reconstruction, à un démarrage économique et à juger quelques-uns des responsables d’une des plus grandes tragédies du XXe siècle. Ce livre raconte ces trente années. (Présentation en format PDF ici) Lire la suite »

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11 Avr 2008

 Lettre au quotidien français Libération

Dans un petit article consacré à la traduction française du livre de Vann Nath, »Survivre à Tuol Sleng » (Libération 22-23 mars, page 10), Arnaud Vaulerin écrit « Vu la léthargie du tribunal pour les Khmers rouges, … »

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