14 Déc 2010

(intervention au colloque organisé sur le génocide cambodgien à l’Université Paris 8, du 9 au 11 décembre)

Il est fréquent de lire, sous des plumes occidentales, qu’il est bien tard, trente ans après les faits, pour juger aujourd’hui les responsables de ce que Pierre Vidal-Naquet a appelé « le troisième génocide du 20e siècle.»1 Et d’en attribuer tout aussitôt la responsabilité aux seuls Cambodgiens et en particulier aux dirigeants dont certains furent eux-mêmes des Khmers rouges.

C’est aller un peu vite en besogne et prendre de grandes libertés avec les faits. Si, au regard d’une tragédie d’une ampleur exceptionnelle, l’impunité de ses responsables fut exceptionnellement longue, cela s’explique en premier lieu par les choix géopolitiques des Occidentaux entre 1979 et 1991. Cela s’explique ensuite par l’échec de la mission des Nations Unies à pacifier le pays entre 1991 et 1993. Cela s’explique enfin par le temps qu’il a fallu après le départ de l’APRONUC pour arriver à la paix et à la possibilité de se saisir des dirigeants du Kampuchea Démocratique encore en vie.

Quant à assimiler tous les communistes cambodgiens à ceux qui sont entrés dans l’Histoire sous le nom infâme de « Khmers rouges », c’est procéder à un amalgame entre des femmes et des hommes qui aspiraient à des changements politiques et sociaux nécessaires et ceux dont ils ne partagaient ni les méthodes, ni les utopies meurtrières. Il est bon de rappeler, comme l’ont fait les magistrats instructeurs du procès du directeur de S21, que 75% de ses victimes étaient des communistes dont beaucoup avaient commis l’imprudence d’exprimer leur désaccord sur les moyens mis en oeuvre et sur les méthodes employées.

Mon propos, dans ce colloque, sera de relever et d’expliquer les étapes de cette longue quête d’une Justice qui, contrairement aux commentaires de certains observateurs étrangers, est attendue par l’immense majorité des survivants de cette tragédie hors du commun.

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