24 Oct 2016

Le Gouvernement du Cambodge et l’Ambassade de France à Phnom Penh ont organisé plusieurs évènements pour célébrer le cinquantième anniversaire du discours prononcé à Phnom Penh par Charles de Gaulle, Président de la République française, en 1966.  Parmi les manifestations qui ont eu lieu, une séance académique s’est tenue au cours de laquelle sont intervenus plusieurs orateurs. Il m’est revenu de traiter de l’impact international de ce célèbre discours. Celui-ci fut un évènement important pour tous ceux qui militaient contre l’intervention américaine au Vietnam. Voici le texte de ma communication.

Le discours de Phnom Penh de Charles de Gaulle ne fut pas, comme certains l’ont affirmé, un coup de tonnerre dans un ciel serein.

Ce fut plutôt l’aboutissement d’une réflexion commencée après la défaite des forces françaises en Indochine et les Accords de Genève de 1954. Ce que l’éditorial du journal Le Monde du 2 septembre 1966 confirmait en indiquant que le Général de Gaulle a « surtout donné un aspect plus solennel et plus dramatique aux idées qu’il n’a cessé de soutenir depuis août 1963« [1].

Pragmatique, le Président de la République française a tiré toutes les leçons de la guerre d’Indochine. On peut même déduire de la lettre qu’il adressait au Président Ho Chi Minh le 8 février 1966, qu’il reconnaissait les erreurs qu’il avait lui-même commises en 1945 [1]. Cette reconnaissance implicite deviendra tout à fait explicite en mars 1969 lors d’un entretien du général de Gaulle avec le président Nixon [2].

Convaincu qu’on ne peut imposer un destin différent à un peuple déterminé à faire valoir ses droits, même lorsque le sort des armes lui est défavorable comme ce fut le cas en Algérie, de Gaulle y voyait la confirmation de la force du sentiment national sur toute autre considération. Il avait compris que, comme l’écrivait l’éditorialiste du Monde, « les idéologies ne sont que le masque des ambitions et des rivalités nationales« [3].

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18 Mar 2010

Le 18 mars 1970, les deux assemblées parlementaires du Cambodge réunies en congrès, par appel nominal et en présence, dans l’hémicycle, de militaires armés votaient la destitution du Chef de l’Etat, le Prince Norodom Sihanouk, alors que le Parlement était encerclé par les chars (témoignage que m’a confié, en 1989,  M. In Tam, qui présidait la réunion). 

Ce coup d’Etat, orchestré par le général d’extrême-droite Lon Nol, premier ministre, et par le prince Sisowath Sirik Matak, éternel rival de Sihanouk au sein de la famille royale, s’est déroulé à l’instigation des Etats-Unis. Il s’est accompagné de massacres de populations civiles vietnamiennes aux allures de pogrom, voire de génocide.

Les USA de Nixon et Kissinger supportaient d’autant moins la neutralité officielle du Cambodge que celle-ci était devenue toute relative. En effet, alors que la guerre américaine au Vietnam faisait rage, Sihanouk avait du accepter un double fait accompli : l’installation de sanctuaires vietcongs (communistes et nationalistes du Sud-Vietnam) et le passage sur le territoire national de la « piste Ho Chi Minh » (du Vietnam du Nord communiste vers le Vietnam du Sud via le Laos et le Cambodge) destinée à permettre l’appui au Vietcong. Il avait également donné son feu vert au ravitaillement du Vietcong par la marine chinoise via le port de Sihanoukville et la route vers le sud-est cambodgien baptisée par analogie, « piste Sihanouk. »

Immédiatement, le nouveau pouvoir, bientôt baptisé République Khmère, appelait à l’aide les USA, le Sud-Vietnam, la Thaïlande et leurs alliés (comme par exemple l’Australie et les Philippines) afin de combattre le communisme. Le Cambodge de Lon Nol rejoignait le camp américain.

Le Cambodge de Sihanouk, de son côté, lançait depuis Pékin un appel à la résistance en sollicitant l’aide de toutes les forces cambodgiennes hostiles au nouveau régime (patriotes, royalistes, communistes pro-Hanoi et communistes ultranationalistes) et des pays du camp socialiste, en particulier la Chine, le Nord-Vietnam, le FNL au Sud-Vietnam.

Très vite, les alliés respectifs des deux protagonistes cambodgiens interviennent sur le sol khmer. Et la guerre du Vietnam s’étend à l’ensemble du territoire cambodgien. La guerre va durer cinq ans. Elle fera entre 800.000 et un million de morts ; le pays sera complètement détruit atteignant le triste record de pays le plus bombardé au km² dans l’histoire de l’humanité. Elle se terminera par la victoire des communistes ultranationalistes de Pol Pot. On connaît la suite.

Aujourd’hui encore, il se trouve dans la diaspora cambodgienne, des gens pour défendre le coup d’Etat du 18 mars 1970 et nier qu’il soit à l’origine de la tragédie qui suivit. Mais posons un instant la double question : que ce serait-il passé si Sihanouk n’avait pas été renversé ? Que ce serait-il passé si tout avait été évité pour que la guerre du Vietnam ne s’étende pas davantage au territoire cambodgien que ce qui était subi ou toléré avant le 18 mars ?  Les Khmers rouges – les polpotistes – n’étaient rien en 1970.

On ne refait pas l’histoire, bien entendu. Mais il faut tenir compte de ses leçons si on ne veut pas la revivre.

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14 Juil 2008

 Un système électoral qui favorise le parti dominant, une Justice qui criminalise les actes d’opposition politique et consacre le délit d’opinion, une presse sous contrôle, une adhésion sans réserve au capitalisme, une alliance inconditionnelle avec les USA, tel est le régime mis en place à Singapour par Lee Kuan Yew, qui en fut le premier ministre pendant 31 ans. Lorsqu’il est sorti de charge, il est devenu conseiller du gouvernement communiste du Vietnam, qui venait de décider de passer à l’économie de marché et présentait sa candidature à l’Organisation Mondiale du Commerce. Le principal conseil de Lee Kuan Yew aux communistes vietnamiens fut : « surtout ne modifiez rien à votre régime politique ; il garantit la stabilité indispensable pour les investisseurs étrangers. »

Cette anecdote, Harold Meyerson, aurait pu la rappeler dans l’article qu’il vient de publier dans le Washington Post sous le titre « Pourquoi étions-nous au Vietnam ?» (9 juillet 2009).

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28 Août 2007

 Monsieur le Rédacteur en Chef,

Le Figaro a publié, dans son édition datée du 21 août, un article intitulé « Le Far East de Phnom Penh » sous la signature de François Hauter. Voilà un bel exemple d’arrogance française et européenne et de très mauvais journalisme.

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